Eugène Papineau, missionnaire jésuite chez les Ojibwés de l’Ontario

Dès la fin de ses études en philosophie en 1900, Eugène Papineau [1] part en mission d’évangélisation des Ojibwés à Wikwemikong (île Manitoulin) en Ontario.

« Biographical sketch of Reverend Father Eugene Papineau, S.J. », Desclée de Brouwer & Co., [1938?], 62 pages. BAnQ Vieux-Montréal (P7, S4, D19).

Dans une longue missive commencée le 26 juin 1903 et seulement complétée le 17 mars 1904, la maladie ayant forcé le père jésuite à de longs mois de repos, Eugène Papineau salue le juge Augustin-[Cyrille] Papineau dans la langue ojibwé qu’il apprend, salutation qu’il traduit en ces mots « Toi qui es Juge, que j’estime et vénère beaucoup ».

Augustin-Cyrille Papineau, [vers 1881]. BAnQ Vieux-Montréal, (P7, S13, D3, P83). Photo : William Notman.

Eugène Papineau, s.j., au juge Augustin Papineau, 1903, p. I. BAnQ Vieux-Montréal, (P7, S1, D140).

Cette remarquable lettre donne un accès privilégié aux réflexions d’un prêtre dévoué à sa mission auprès des Ojibwés, intéressé « à tout ce qui est canadien-français » et à la famille Papineau. Voici quelques sujets abordés dans cette missive à replacer, cela va de soi, dans le contexte de l’époque.

Relations avec les Ojibwés

Eugène Papineau évoque les difficultés rencontrées à convertir les Ojibwés au catholicisme, « [j]e crois que l’on devrait exiger un « vœu de patience » pour  chaque missionnaire…» (p. IV), mais il reconnaît que plus ils « conserveront leurs coutumes et leur language [sic], plus ils demeureront à l’écart des blancs [sic], le mieux ce sera pour le salut de leur âme; car dès qu’ils viennent en contact avec le prétendu monde civilisé, ils en adoptent tous les vices et n’ont point la force d’en imiter les rares vertus » (p. IV). Le père jésuite décrit aussi la « cérémonie par laquelle les Sauteux naturalisent un blanc [sic] ». Au cours de cette cérémonie traditionnelle, ils lui ont donné, en témoignage de reconnaissance, « le nouveau nom : « Ga-Minodee » i. e. l’homme qui a bon cœur » (p. V et VI).

Assimilation des Canadiens français

Eugène Papineau s’inquiète de l’assimilation rapide de ses compatriotes venus s’établir en Ontario. « On parle beaucoup du progrès des nôtres dans l’Ontario. C’est un leurre. » Il souligne qu’« [i]l y a même des villages entièrement composés de Canadiens-Français [sic], et où le français n’est plus compris » (p. VII).

Eugène Papineau, s.j., au juge Augustin Papineau, 1904, p. VII. BAnQ Vieux-Montréal, (P7, S1, D140).

Amédée Papineau et Henri Bourassa

Ayant appris la mort d’Amédée Papineau, qui s’était converti au presbytérianisme, le prêtre demande à Augustin-[Cyrille] Papineau si son frère s’est reconverti à la foi catholique avant son décès. Il écrit avoir prié « avec toute la ferveur possible pour que le Divin Sauveur reprît possession de cette chère âme » (p. VI). Enfin, « fier des faits et gestes » d’Henri Bourassa, le père Eugène Papineau affirme que « si nous avions seulement vingt-cinq hommes de sa trempe les choses prendraient une autre tournure » (p. VII).

Cette correspondance représente un exceptionnel témoignage des préoccupations et des intérêts d’un missionnaire jésuite au début du XXe siècle.

Marthe Léger, archiviste – BAnQ Vieux-Montréal

[1] Eugène Papineau, fils de Joseph Papineau dit Montigny et de Joséphine Mercier, est né à Saint-Vincent-de-Paul (Laval) le 18 janvier 1876. Il est décédé à Toronto le 31 juillet 1931.

En complément :

OUELLET, Fernand et DIONNE, René. Journal du père Dominique du Ranquet, missionnaire jésuite en Ontario de 1843 à 1900. Vermillon, 2000, 272 pages.