Souvenirs d’amitié : Aurélie Papineau et Louisa Trudeau

BAnQ Gatineau conserve les archives de deux familles importantes de la Petite-Nation : les Mackay-Papineau. Ces archives sont essentiellement composées de lettres entre la famille et leurs amis. Parmi ces correspondants, on retrouve Aurélie Papineau et sa cousine, Marie-Louise Trudeau (Louisa). Ces deux jeunes femmes font leurs études ensemble au Collège Saint-Joseph à Montréal. Pendant toute leur vie, elles restent de grandes amies et correspondent régulièrement.

 

Louisa Trudeau, [187?]. BAnQ Gatineau (P71,S2,D1,P52). Photographe non identifié.

 

Aurélie Papineau-Mackay, [187?]. BAnQ Gatineau (P71,S2,D2,P23). Photographe : George A. Snider.

 

Ces photos nous donnent l’impression qu’elles sont plutôt austères et sévères, mais leurs lettres nous révèlent une réalité bien différente. Comme nous possédons seulement les archives d’Aurélie Papineau, nous n’avons pas les lettres écrites par celle-ci. Par contre, les lettres de Louisa Trudeau nous laissent entrevoir une relation espiègle et taquine. Leurs échanges s’échelonnent entre 1846 et 1872.

Évidemment, dans ces lettres, on retrouve les habituels échanges de nouvelles sur la santé de la famille et des amis. La première lettre de Louisa semble toute innocente jusqu’à ce qu’on arrive au passage où Louisa écrit : « Si j’écris mal, ce n’est pas ma faute. J’ai pris un petit coup. N’en parle pas à personne. Pourtant, je bois beaucoup moins depuis que tu n’es pas en ville. »

Dans sa deuxième lettre, Louisa, qui doit avoir environ 17 ans, fait allusion à des confidences faites lors de leur séjour au couvent, au sujet d’un dénommé Sam qui plaisait bien à Aurélie. Avec raison, puisqu’à la lettre suivante, Louisa félicite son amie pour son mariage à venir, d’une manière toute particulière.

 

 

 

 

Lettre de Louisa Trudeau à Aurélie Papineau, 4 janvier 1848. BAnQ Gatineau (P17,S1,D2).

 

La lettre commence par une belle introduction : « Ma chère bonne à rien, Il est donc vrai que tu te décides à franchir la grande barrière. Je te félicite sur ton courage et quoique je ne te désapprouve pas, j’aime mieux que ce soit toi que moi. Tu fais bien. Selon toutes les apparences, tu en as rencontré un de plus drôle que toi ma sorcière! » En fait, ce « drôle », c’est François-Samuel MacKay, notaire et futur maire et juge de paix de Papineauville. Louisa poursuit sa lettre ainsi : « Je puis te demander cela comme amie et je te promets de n’en pas parler, mais je crois que tu l’as demandé en mariage toi-même. Car, je ne crois pas qu’un aussi joli garçon que lui aurait pensé tout seul à te faire la question, toi, si mal servie par la nature. »

 

François-Samuel Mackay, notaire, [1860-1877]. BAnQ Gatineau (P17,S10,D1,P30). Photographe : Notman.

 

Louisa rit d’ailleurs autant d’elle-même et de sa corpulence assez lourde que de son amie : « Tu parles de ta chère moitié. Lorsque je me marierai, je ne pourrai pas dire cela, car je serai ses trois quarts. Je me propose d’en prendre un petit. »

Les échanges entre les deux amies vont se poursuivre. Louisa affirme qu’elle restera vieille fille toute sa vie. Néanmoins, elle épouse finalement Augustin Papineau, le frère d’Aurélie. La nature de la correspondance change alors puisque les deux amies parlent de plus en plus de leurs enfants, de leurs maris et de leurs vies domestiques. En 1865, Louisa écrit : « A-t-on jamais vu une femme avoir trois garçons. C’est vraiment ridicule! Pour mon aînée, tu n’es pas aussi fine que moi. Tu aurais dû avoir une petite fille. Je savais bien que je vous paierais, le Mr Mackay qui m’appelait la mère aux garçons. Je voudrais bien savoir qui a le plus de garçons de nous deux maintenant que j’ai payé mes dettes ».

 

Membres de la famille du notaire François-Samuel Mackay et d’Aurélie Papineau devant une maison de bois, [189?]. BAnQ Gatineau (P71,S2,D133). Photographe non identifié.

 

Il ne s’agit ici que de quelques extraits d’une riche correspondance entre deux grandes amies. Pour voir toutes les lettres, nous vous invitons à venir à BAnQ Gatineau consulter les fonds Familles Mackay-Papineau et Famille François-Samuel Mackay. Ça en vaut le déplacement!

 

Jacinthe Duval, archiviste-coordonnatrice – BAnQ Gatineau

 

Pour en savoir plus

LACHANCE, Micheline. La saga des Papineau : d’après les mémoires inédits du dernier seigneur de Montebello. Montréal, Québec Amérique, 2013, 594 p.

PAPINEAU, Honorine. Mille amitiés : correspondance 1837-1914. L’Assomption, Éditions Point du jour, 2016, 303 p.