L’Osstidcho : une archiviste enquête!

logo_osstidchoLa recherche iconographique peut relever du défi dans le domaine des archives. Il faut parfois moduler sa stratégie en fonction des thèmes à illustrer et se faufiler dans la peau d’un véritable enquêteur. Voici le récit d’une de ces aventures inespérées.

Depuis 2012, BAnQ a mis en ligne un microsite Web sur L’Osstidcho, spectacle de chansons et d’humour produit au Théâtre de Quat’Sous en 1968, mettant en scène Robert Charlebois, Yvon Deschamps, Louise Forestier et Mouffe. Mon rôle a consisté à glaner tout ce que l’institution recèle dans ses fonds pour illustrer le projet. Un défi de taille, car peu de photographies semblent subsister, sauf quelques rares clichés de Ronald Labelle.

Pour me mettre au parfum, je parcours L’Osstidcho ou le désordre libérateur de Bruno Roy, un essai exhaustif parsemé d’entrevues recueillies auprès des principaux acteurs de ce spectacle culte. Seule lacune : le peu d’illustrations. Mon premier réflexe est d’interroger Pistard. Les résultats s’avèrent peu concluants : trois photographies et un dossier de production documentent L’Osstidcho King Size présenté à la Comédie-Canadienne.

Il me faut élargir mon angle de vue, explorer de nouveaux territoires, tout en gardant le cap. Nouvelle feuille de route au programme : primo, consulter l’inventaire du fonds du célèbre Paul Buissonneau (MSS465) , metteur en scène du spectacle et fondateur du théâtre de Quat’Sous. Secundo, consulter les archivistes qui ont traité certains fonds, tels les fonds Comédie Canadienne (MSS461) et Yvon Deschamps (P765). Tertio, me tourner vers le fonds Antoine Desilets (P697), un photographe renommé qui a côtoyé les créateurs de L’Osstidcho à la fin des années 1960 : les quatre comédiens, ainsi que le Quatuor du nouveau jazz libre du Québec, Claude Péloquin, Marcel Sabourin, Guy Latraverse, Gratien Gélinas.

Les belles trouvailles que j’y fais me lancent sur une piste imprévue. Pourquoi ne pas consulter les fonds de journaux pour lesquels Antoine Desilets a travaillé?  Malheureusement, aucune entrée sous Osstidcho ne figure aux répertoires ciblés, mais en passant au peigne fin la pile des dossiers photographiques consacrés à Robert Charlebois dans le fonds Québec-Presse (P404), l’inattendu se produit. Un trésor longtemps enfoui s’offre à moi : des planches contacts de la première mouture de L’Osstidcho au Théâtre de Quat’Sous en mai-juin 1968. Près de 200 clichés pris en rafale : devant le Quat’Sous, dans le hall, en coulisse ou sur scène. Rares traces tangibles à ce jour! Une merveille réalisée par le simple déclic d’une caméra. C’est à couper le souffle. Le pur frisson de la découverte! 

Ces photographies ne portent aucune estampille qui en identifie l’auteur. Nous avons communiqué avec les créateurs potentiels ou leurs ayants droit pour élucider ce mystère, mais l’énigme reste toujours entière. Toutefois, grâce à la magie du numérique en haute résolution, le grand public peut aujourd’hui revivre sur fond sonore cet événement mythique qu’est L’Osstidcho sur le portail de BAnQ. Qui sait, peut-être qu’au fil du temps, d’autres images ressurgiront de l’oubli!

 

Marielle Lavertu, archiviste – Centre d’archives de Montréal