Le premier départ des Filles du roi pour Québec à partir de La Rochelle

Collaboration spéciale

 

La date exacte du départ des navires L’Aigle d’Or et Le Jardin de Hollande est longtemps restée un mystère enfoui dans les archives.

 Une véritable enquête

Les commémorations du 350e anniversaire du départ du premier contingent de Filles du roi pour Québec ont été l’occasion d’explorer encore les papiers de l’amirauté de La Rochelle, conservés aux Archives départementales de la Charente-Maritime, à la recherche de nouveaux indices sur ces migrantes particulières. La relecture attentive d’un rapport du capitaine du Jardin de Hollande, Jean Guillen (ou Guillon), apporte la réponse à la question tant de fois posée : à quelle date ces navires ont-ils quitté La Rochelle ? Car si la date exacte de l’arrivée à Québec, le 22 septembre 1663, est connue depuis longtemps, entre autres par le journal des Jésuites, la date du départ n’était qu’hypothétique entre la mi-mai et la mi-juin.

Dans ce rapport, déposé à l’amirauté de La Rochelle en 1664, le capitaine atteste être parti du port rochelais le 3 juin 1663 à destination de Québec. Ainsi Le Jardin de Hollande et L’Aigle d’Or, armés en convoi, ont quitté La Rochelle ce jour-là, c’était un dimanche.

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Mince précision, certes, mais d’autant plus précieuse qu’aucun autre document lié à cette expédition ne semble avoir été retrouvé dans les fonds conservés aux Archives départementales de la Charente-Maritime.

Transcription

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Un vide archivistique

Les Filles du roi ne semblent pas avoir laissé beaucoup de traces écrites à La Rochelle avant d’embarquer. Ainsi, par exemple, et contrairement aux engagés, elles n’ont pas passé de contrat devant notaire. En France, elles n’ont pas contracté mariage. Sans famille ni bien, elles n’ont pas fait de testament préalable au départ, pas plus qu’elles n’ont passé d’accord telles les familles de Marans recrutées par Jeanne Mance.

À l’opposé des femmes d’affaires, elle n’ont pas une activité conduisant à la rédaction de documents, sources potentielles pour retracer leur histoire. Comme sans capacité sociale ou civile donnant lieu, en temps ordinaire, à la production de papiers que l’histoire conserve, elles sont dans l’anonymat du groupe, du contingent.

 Les filles prêtes à partir en Canada sont évoquées dans les archives des institutions religieuses, dans la correspondance administrative royale et coloniale. Mais aucun rôle d’embarquement de Filles du roi aux Archives de la Charente-Maritime n’a été repéré.

Ce n’est qu’au détour de recherches et de croisements que le seul document nominatif d’une Fille du roi, Jeanne Bénard, a été identifié jusqu’à présent.

Mais les chercheurs poursuivent leurs enquêtes…

Pauline Arseneault et Aline Carpentier-Le Corre, Archives départementales de la Charente-Maritime, La Rochelle (France).