Livres et films mettant de l’avant les langues autochtones

À l’occasion du Mois national de l’histoire autochtone, et pour souligner le lancement cette année de la Décennie internationale des langues autochtones (2022-2032) par l’UNESCO, nous poursuivons notre exploration des langues autochtones dans les collections de BAnQ et ailleurs. Un premier billet, paru la semaine dernière, brossait un portrait de la situation des langues autochtones au Québec et proposait des ressources pour en faire l’apprentissage. Voici maintenant des suggestions de livres, de films ou de documentaires qui comprennent des passages dans diverses langues autochtones.  

Note : La graphie de certains noms de peuples ou de langues autochtones peut varier.

Des suggestions de lecture

Je suis une maudite Sauvagesse = Eukuan nin matshi-manitu innushkueu, An Antane Kapesh

Page couverture Je suis une maudite sauvagesse

An Antane Kapesh est la première auteure innue à avoir été publiée au Québec. Son texte, Je suis une maudite sauvagesse, est un essai fondateur de la littérature autochtone. Elle y dénonce la violence avec laquelle les Blancs ont pris possession des ressources et des territoires ancestraux des Autochtones, et la façon dont ils ont détruit leur mode de vie et leur culture. Devant les effets dévastateurs de la colonisation, An Antane Kapesh affirme avec force et fierté son identité, retrouvant dans le titre de « Sauvagesse » la puissance même dont on voudrait la priver : ce titre la désigne à ses yeux comme étant « la première à avoir vécu dans la forêt. Or, toute chose qui vit dans la forêt correspond à la vie la meilleure » (p. 203).

Publiée une première fois en 1976, cette version française, accompagnée du texte original en innu, a été revue par sa traductrice, José Mailhot. Cette nouvelle édition est préfacée par Naomi Fontaine. 

Uumajursiutik unaatuinnamut = Chasseur au harpon = Hunter with harpoon, Markoosie Patsauq

page couverture Chasseur au harpon

En 1969, Markoosie Patsauq, pilote d’avion né à Inukjuak, au Nunavik, publie en inuktitut syllabique le roman Uumajursiutik unaatuinnamut dans le Inuktitut Magazine. Il s’agit de la première fiction autochtone de forme longue publiée au Canada.

On demande aussitôt à l’auteur d’adapter son roman en anglais pour le lectorat du Sud; or, le texte qui en résulte, Harpoon of the Hunter, remanié par les éditeurs pour en faciliter la commercialisation, diverge de l’original à bien des égards. Cette autotraduction en anglais fait néanmoins autorité et est transposée dans de nombreuses langues, dont le français (Le harpon du chasseur), ce qui contribue à populariser l’œuvre de Markoosie Patsauq partout dans le monde.

Près de 50 ans après la publication de la première version qui a fait connaître l’œuvre au public francophone, Marc-Antoine Mahieu et Valerie Henitiuk jugent opportun de revisiter le texte en inuktitut : ils produisent pour la première fois des traductions française et anglaise rigoureuses à partir de l’original, offrant un accès plus direct au texte de Markoosie Patsauq. C’est cette traduction française qui est publiée aux Éditions du Boréal en 2021, sous le titre Chasseur au harpon. L’édition critique publiée par McGill-Queen’s University Press la même année réunit le texte en inuktitut ainsi que les traductions anglaise et française faites à partir de l’original.

Les lecteurs et les lectrices peuvent désormais remonter à la source de cette œuvre incontournable, enlevante et sombre, et plonger dans le récit des aventures de Kamik. Celui-ci traque un ours malade et violent avec d’autres chasseurs de sa communauté, alors que sa quête et sa survie sont menacées sans cesse par l’environnement arctique.

Nin auass = Moi l’enfant : poèmes de la jeunesse innue, Joséphine Bacon et Laure Morali

Pendant quatre ans, Joséphine Bacon et Laure Morali ont parcouru les 10 nations innues du Québec et y ont offert des ateliers d’écriture à plus d’un millier d’élèves du primaire et du secondaire. De ces rencontres a découlé la publication d’une anthologie de poèmes bilingue innu-aimun/français, magnifiquement illustrée par Lydia Mestokosho-Paradis, artiste en arts visuels originaire d’Ekuanitshit. Nin Auass est un florilège de poèmes d’une beauté saisissante, d’où émergent des images et des paysages évocateurs. On y entend la voix fière et forte de cette jeunesse qui incarne l’espoir et l’avenir de la langue et de la culture innues.

Regardez cette capsule de la Fabrique culturelle dans laquelle Joséphine Bacon, Laure Morali et Lydia Mestokosho-Paradis commentent le projet, sa visée et leur démarche. Le tout est entrecoupé d’extraits de poèmes récités en français et en innu.

Les visages de la terre, de Louis-Karl Picard-Sioui

page couverture les visages de la terre

Ce recueil de l’écrivain Louis-Karl Picard-Sioui, originaire de Wendake, comporte des poèmes en français et en wendat. L’auteur y aborde les thèmes du deuil, de la survivance et des liens entre les humains et les divers éléments de la nature. Ce livre a été finaliste aux Prix littéraires du Gouverneur général en 2020, catégorie « Poésie ».

Aalaapi : faire silence pour entendre quelque chose de beau, collectif Aalaapi

page de couverture faire silence pour entendre quelque chose de beau

Cette pièce de théâtre a été conçue à partir d’un balado documentaire. La version audio, disponible sur la plateforme OHdio de Radio-Canada, nous plonge dans les bruits de la nature et de la vie : une émission de radio du Nunavik, des conversations entre des femmes originaires de ce territoire… En français, en anglais et en inuktitut.

Vous trouverez d’autres livres numériques mettant de l’avant les langues autochtones sur pretnumerique.ca.

Des films ou documentaires vidéo sur les langues autochtones

Le site Web de Wapikoni est une source riche pour qui s’intéresse à la cinématographie autochtone et au patrimoine culturel des Premières Nations, des Inuits et des Métis. On y trouve de nombreux films produits par des membres de communautés autochtones. Ils sont en langues variées, notamment en langues autochtones; des sous-titres permettent de comprendre tous les dialogues. Depuis 2004, le Wapikoni mobile se déplace dans les communautés autochtones et permet aux jeunes des Premières Nations de se familiariser avec les outils numériques en réalisant des courts métrages et des œuvres musicales.

Le film documentaire Ohero : Kon – Under the Husk, disponible dans Kanopy, est principalement en anglais, mais il comporte des chants et quelques phrases en mohawk. Il porte sur un rite de passage à l’âge adulte pour les jeunes filles. On y suit le parcours de deux amies adolescentes d’Akwesasne, soutenues par d’autres femmes à chacune des étapes qu’elles doivent franchir. On est aussi témoin de leur désir d’apprendre le mohawk afin de garder cette langue vivante.

livres et films autochtones. Image tirée du film Ohero:Kon Under the Husk, jeune adolescente d'Akwesasne.
Ohero:Kon Under the Husk

par Manon Beauchemin, Esther Laforce, Lidia Merola et Maude Pumont, bibliothécaire,
Grande Bibliothèque

Pour utiliser les ressources numériques de BAnQ, il faut être abonné à BAnQ et s’authentifier.
Abonnez-vous.