Les langues autochtones : un trésor à découvrir… et à protéger

Saviez-vous qu’environ 40 % des 6700 langues parlées dans le monde risquent de disparaître, et que la plupart d’entre elles sont des langues autochtones? C’est ce qu’a estimé l’Instance permanente sur les questions autochtones des Nations Unies en 2016. L’organisation internationale a donc déclaré la décennie 2022-2032 la Décennie internationale des langues autochtones.

Les objectifs visés par les Nations Unies sont les suivants : sensibiliser le monde entier à la situation critique de nombreuses langues autochtones, et engendrer une mobilisation afin de les préserver, de favoriser leur revitalisation et de les soutenir.


« Les langues jouent un rôle essentiel dans la vie quotidienne des individus, non seulement en tant qu’outil de communication, d’éducation, d’intégration sociale et de développement, mais également comme gardiennes de l’identité et de l’histoire culturelle, des traditions et souvenirs propres à chacun. Pourtant, malgré leur valeur inestimable, les langues du monde entier continuent de disparaître à un rythme alarmant. »

L’UNESCO, pour l’Année internationale des langues autochtones (en 2019)



Note : La graphie de certains noms de peuples ou de langues autochtones peut varier.

Principales langues autochtones parlées au Québec

Au Québec, les langues autochtones proviennent de trois familles linguistiques : algonquienne, iroquoienne et eskimo-aléoute. Elles sont toutes en danger de disparition, victimes d’un déclin du nombre de leurs locuteurs. Dans la famille iroquoienne, le huron s’est éteint au début du xxe siècle, tandis que le wendat connaît un processus de revitalisation. La carte ci-dessous montre le nombre de locuteurs des langues autochtones toujours parlées au Québec ainsi que les endroits où vivent leurs communautés.

Les principales langues autochtones parlées au Québec
Cri 17 510 locuteurs
Inuktitut 12 490 locuteurs
Innu 9 850 locuteurs
Attikameks 6 635 locuteurs
Algonquin 2 245 locuteurs
Micmacs 880 locuteurs
Naskapi 770 locuteurs
Mohawk 690 locuteurs
Source : « À la rescousse des langues autochtones du Québec », L’Actualité

Nous vous conseillons la lecture de l’article « Les langues autochtones du Québec », rédigé par Lynn Drapeau, professeure associée au Département de linguistique de l’Université du Québec à Montréal. Elle y mentionne 10 langues d’une grande diversité dont les structures et les systèmes d’écriture varient de l’une à l’autre.  De plus, le court reportage Comment protéger les langues autochtones au Canada présente plusieurs pistes pour préserver ces langues.

Vous voulez vous initier aux langues autochtones?

Pour apprendre l’innu-aimun, vous pouvez télécharger l’application mobile Conversation : innu (pour Android et iOS). Elle a été conçue par l’Institut Tshakapesh, qui œuvre pour la préservation et la promotion de la langue et de la culture innues. De plus, sur le site Web de l’Institut, vous trouverez des leçons interactives et des ressources supplémentaires pour apprendre la langue.

Des applications Conversation sont aussi offertes pour l’apprentissage d’autres langues de la famille algonquienne parlées au Québec. Chacune présente une vingtaine de thèmes de conversation. Voici les liens pour les télécharger :

Les créateurs des applications Conversation sont également à l’origine de l’Atlas linguistique algonquien, qui comprend des ressources supplémentaires pour apprendre les langues algonquiennes. Pour la langue abénakise, nous vous proposons le dictionnaire abénakis réalisé par le Conseil des Abénakis de Wôlinak et le ministère du Patrimoine canadien.

Du côté de la famille linguistique iroquoienne, le site Web Langue wendat propose un dictionnaire, un abécédaire incluant la prononciation des différents sons, ainsi que des leçons et des exercices pour développer ses connaissances. De plus, l’Association pour la préservation de la langue mohawk a créé quelques dizaines de leçons portant sur le vocabulaire ou la communication orale.

Pour apprendre l’inuktitut, une des principales langues parlées par les Inuits du Canada, la commission scolaire du Nunavik, Kativik Ilisarniliriniq, a créé Nunavik-IcE, qui propose des ressources touchant plusieurs matières scolaires, dont l’inuktitut. On y apprend notamment les nombreux mots servant à identifier les divers types de neige, ainsi que la prononciation de plus de 100 lieux au Nunavik.

Lange autochtone - Inuktitut
Vocabulaire: neige
Aqilluqaq
Neige poudreuse, fraiche
Idéale pour boucher les interstices entre les blocs d’un igloo
Sitilluqaq
Neige dure et compacte, vieillie
Idéale pour construire des igloos solides, mais peu isolés
Pukajaq
Neige formée de petits cristaux
Idéale pour construire des igloos bien isolés pour temps froids, mais fragile dans le blizzard
Pukak
Neige formée de cristaux de taille moyenne
Neige idéale pour transformer en eau potable
Pukarlaq 
Neige formée de cristaux de grande taille
Reconnue comme produisant le plus important ratio d’eau potable
Irralijuq 
Pluie verglaçante
Bilik 
Flocon de neige

Qanittaq
Neige fraichement tombée
Reconnue comme produisant le moins important ratio d’eau potable
Aniuvak 
Accumulation de neige
Kanngutiit
Neige qui s’accumule sur les câbles et les branches
Survient dans des conditions très froides
Kaniq
Frimas se formant à l’intérieur d’une fenêtre ou même sous les vêtements
Survient dans des conditions très froides
Aputitsaq
Terme utilisé pour désigner une neige appropriée pour construire un igloo
Capture d’écran du cours Vocabulaire : neige

Si vous souhaitez en apprendre davantage sur une autre langue autochtone, consultez le site du gouvernement du Canada, qui propose plusieurs ressources. Il est aussi possible de vous inscrire dans divers établissements pour suivre des cours selon votre niveau. Par exemple, l’organisation Montréal Autochtone offre des cours gratuits d’abénakis, d’anishinaabe et d’innu.

Des activités à BAnQ tout au long du mois de juin

Pour le Mois national de l’histoire autochtone, BAnQ offre plusieurs activités célébrant les langues autochtones, qui sauront vous en mettre plein la vue et les oreilles!

  • Un concert mettant en vedette l’auteur-compositeur ilnu (innu) Mike Paul, qui chante en langue innue, en français et en anglais, aura lieu dans le Jardin d’art, derrière la Grande Bibliothèque, le vendredi 17 juin à 12 h.
  • Les 16, 17, 18 et 21 juin, une quinzaine de livres anciens en langues autochtones tirés des collections patrimoniales de BAnQ seront exposés en vitrine à la Bibliothèque nationale (site Grande Bibliothèque). Ces livres sont inscrits au Registre de la Mémoire du monde du Canada. Vous voulez en apprendre davantage sur la collection de livres anciens en langues autochtones de BAnQ? Un article détaillé et fort instructif lui est consacré dans le blogue Carnets de la Bibliothèque nationale.
  • L’artiste multidisciplinaire innue Natasha Kanapé Fontaine fera la lecture de Je suis une maudite sauvagesse, œuvre phare d’An Antane Kapesh, à l’Auditorium de la Grande Bibliothèque le samedi 18 juin à 19 h. Le spectacle est présenté en innu-aimun, avec surtitres français. Réservez votre place!
  • Pendant tout le mois de juin, des extraits du lexique wendat-français annexé au Grand voyage au pays des Hurons de Gabriel Sagard, publié en 1632, seront projetés sur la façade de la Grande Bibliothèque.

Ne ratez pas ces rendez-vous!

par Manon Beauchemin, Lidia Merola et Maude Pumont, bibliothécaires, Grande Bibliothèque

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