Oscars : les réalisateurs nommés dans la catégorie Meilleur réalisateur pour un film qui n’est pas en anglais

« Quand vous aurez surmonté la barrière des 2 cm de sous-titres, vous découvrirez des films étonnants. »

C’est avec cette phrase pleine d’ironie autant que de bienveillance que le réalisateur sud-coréen Bong Joon-ho s’est adressé au public américain en acceptant l’un de ses quatre Oscars pour le film Parasite en 2020. Il devenait alors le premier à recevoir l’Oscar de la meilleure réalisation pour un film qui n’était pas en anglais. En effet, sur les 10 réalisateurs en lice dans cette catégorie pour un film non anglophone entre 1929 et 1998 – parmi lesquels Akira Kurosawa, Federico Fellini, Ingmar Bergman et François Truffaut –, aucun n’avait remporté la statuette.

Depuis une vingtaine d’années, avec les multiples nominations de La vie est belle (Roberto Benigni, 1998, Italie) puis celles de Tigre et Dragon (Ang Lee, 2001, Taiwan), l’Académie des Oscars semble plus ouverte aux films en d’autres langues que l’anglais. Ainsi, en 2022, le réalisateur japonais Ryusuke Hamaguchi est déjà le 11e réalisateur depuis 1999 à être en lice pour la meilleure réalisation pour un film non anglophone.

Voici 7 de ces 11 réalisateurs et leurs films que vous pouvez voir sur Kanopy.

La vie est belle (1998, Italie) de Roberto Benigni, nommé en 1999 pour ce film

Déporté dans un camp de concentration avec son jeune fils, un libraire juif tente de lui faire croire qu’il ne s’agit que d’un jeu. (Source : Mediafilm)

En mêlant le burlesque à la tragédie de la Seconde Guerre mondiale, le réalisateur et acteur italien Roberto Benigni se place dans la lignée du film Le grand dictateur (1940) de Charlie Chaplin, qui utilisait déjà l’humour et la poésie comme armes face à l’horreur. Si certains critiques ont reproché à La vie est belle une infantilisation du spectateur ou un traitement inapproprié de la Shoah, le public et l’Académie des Oscars ont préféré saluer le profond humanisme du film. Véritable torrent d’émotions, La vie est belle nous fait d’abord rire aux éclats dans une première partie avant de nous bouleverser avec l’extraordinaire combat de ce père pour préserver son enfant de l’enfer des camps.

Pour aller plus loin :

Douleur et gloire (Pain and Glory) (2019, Espagne) de Pedro Almodóvar, nommé en 2003 pour Parle avec elle

La présentation à la cinémathèque d’un de ses plus grands films incite un réalisateur à se réconcilier avec l’acteur principal, après 32 ans de brouille. (Source : Mediafilm)

Avec ce 21e film, le célèbre réalisateur espagnol Pedro Almodóvar ne s’est sans doute jamais autant livré. À l’instar de son héros réalisateur (son alter ego joué par Antonio Banderas), il semble ici faire le point sur sa vie, ses films, son enfance, et s’inscrit dans la veine autobiographique de Federico Fellini (8 ½). Mêlant, comme dans ses précédentes œuvres, le présent et le passé, le réalisateur crée un kaléidoscope coloré, chaleureux et introspectif. Bénéficiant du jeu tout en nuances de son acteur fétiche Antonio Banderas, Douleur et Gloire s’avère être un des films les plus doux du réalisateur.

La cité de Dieu (City of God) (2002, Brésil) de Fernando Meirelles et Kátia Lund, nommé en 2004 pour ce film

Les parcours distincts de deux jeunes ayant grandi dans l’enfer de la violence d’une favela de Rio. (Source : Mediafilm)

Avec ce film, le duo de cinéastes a frappé fort et a certainement mis en scène le film brésilien le plus vu de ces 20 dernières années. La force du film est de toute évidence dans sa mise en scène : grâce à un montage virtuose, digne des meilleures sagas scorsesiennes, et à un impressionnant sens de l’image, le film nous fait voir la transformation stupéfiante d’une favela sur une trentaine d’années. Si la violence y semble inexorable, elle est néanmoins tempérée par les deux attachants jeunes héros, et certaines péripéties ne manquent pas d’humour. 

The Artist (2012, France) de Michel Hazanavicius, nommé en 2012 pour ce film

Au début du cinéma parlant, un très populaire acteur de films muets tombe dans l’oubli pendant qu’une de ses fans devenue actrice connaît la gloire. (Source : Mediafilm)

Le réalisateur français Michel Hazanavicius, amoureux fou du cinéma américain, en réutilise les codes et les formes, oscillant constamment entre l’hommage et le pastiche. Son premier film, La classe américaine (1992), est un montage d’extraits de films dont il double tous les dialogues sur un ton potache, et les deux premiers OSS 117 de savoureuses parodies de James Bond. Avec The Artist, il tente un pari fou : réaliser en 2011 un film muet, en noir et blanc, dont l’action se déroule dans le Hollywood des années 1930. Le résultat est un mélodrame flamboyant et burlesque en forme d’hommage aux grands maîtres qui ravira aussi bien les amateurs des grands films muets que les néophytes qui découvriront un cinéma d’un autre temps.

  • Vous trouverez sur Kanopy et AVOD les grands films muets de Charlie Chaplin, Fritz Lang, Buster Keaton ou Friedrich Wilhelm Murnau.

Shaking Tokyo, court métrage dans Tokyo (2008, Japon) de Bong Joon-ho, nommé en 2020 pour Parasite

À Tokyo, les destins fantastiques d’une jeune femme en étrange mutation, d’un monstre d’apparence humaine sorti des égouts et d’un homme cloîtré chez lui depuis 10 ans. (Source : Mediafilm)

Entre Memories of Murder (2003) et Parasite (2020), ses deux incontestables classiques, la star du nouveau cinéma sud-coréen Bong Joon-ho a parcouru tous les genres avec un égal bonheur : suspense, drame, science-fiction, film de monstres ou fable écologiste. Rien ne peut résister à son style virtuose ni à son humour dévastateur. Avec Shaking Tokyo, il signe un huis clos aux frontières du fantastique sur le mal-être dans les grandes mégalopoles et prouve à nouveau son attachement aux déclassés de la société. Agrémenté de la touche burlesque et du sens du cadrage habituels du cinéaste, ce portrait d’un hikikomori (personne souffrant d’un syndrome d’isolement particulièrement extrême) rythmé par les secousses sismiques et les guitares mélancoliques de la trame sonore se révèle particulièrement attachant.

  • Interior Design (Michel Gondry) et Merde (Leos Carax), les deux premiers courts métrages de Tokyo, sont également à voir.

Ida (2013, Pologne) de Paweł Pawlikowski, nommé en 2019 pour Cold War

En Pologne, au début des années 1960, une novice sur le point de prononcer ses vœux découvre ses véritables origines et de tragiques secrets familiaux. (Source : Mediafilm)

Intéressant parcours que celui du réalisateur polonais Pawel Pawlikowski. Il quitte la Pologne à 14 ans pour la Grande-Bretagne, un pays dans lequel il va tourner ses premiers films à la fin des années 1980. Il attendra son cinquième film de fiction pour enfin revenir filmer son pays natal. Bien lui en a pris, car Ida est l’œuvre où son talent se montre le plus éclatant. L’impressionnante maîtrise de la mise en scène (noir et blanc soyeux, cadres stricts et composés, silences) et l’intelligence avec laquelle il traite du poids de l’Histoire et de la mémoire évoquent les grands maîtres européens (Dreyer, Bergman, Angelopoulos).

Munyurangabo (2007, Rwanda) de Lee Isaac Chung, nommé en 2021 pour Minari

Un adolescent de Kigali prend la route avec un ami dans le but d’aller tuer l’homme qui, durant le génocide rwandais, a assassiné son père. (Source : Mediafilm)

La genèse de ce film est étonnante : médecin de formation mais passionné de cinéma, Lee Isaac Chung, un Américain d’origine coréenne, accompagne sa femme au Rwanda afin d’y donner des cours de cinéma. Sur place, alors que ce n’était pas prévu, il décide de tourner son premier film sur les traumatismes du génocide rwandais. Interprété en kinyarwanda et tourné en une dizaine de jours, le film est en grande partie improvisé avec des acteurs non professionnels. Il diffère donc des fictions américaines sur ce conflit et fait penser aux films néoréalistes de l’après-guerre. Cet impressionnant premier film a obtenu un joli succès dans les festivals et récolté plusieurs prix. 100 Days (Nick Hughes, 2001), le premier film de fiction sur le génocide rwandais, est également sur Kanopy.

Les films nommés à l’Oscar du meilleur film international que vous pouvez voir sur Kanopy

À lire aussi : « Golden Globes : voyez d’autres œuvres des lauréats »

Veuillez noter que les films présentés ici, disponibles sur la plateforme Kanopy au moment de l’écriture de ce billet de blogue, peuvent ensuite disparaître de la plateforme.

par Éric Solitude, bibliothécaire
section Musique et films, Grande Bibliothèque

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