Se raconter soi-même ou écrire la vie des autres

La prédominance des autofictions et des récits à caractères autobiographiques parmi les finalistes des romans français des Prix littéraires du Gouverneur général 2020 nous a donné envie de mettre de l’avant plusieurs œuvres marquantes de ce genre littéraire disponibles dans la collection numérique de BAnQ. Bien que découlant de procédés de création très différents, nous leur avons joint les romans biographiques. Ceux-ci présentent la vie et le parcours de personnalités remarquables de domaines variés, comme la littérature, les arts, le sport ou la science. La vie, intime ou publique, les expériences que sa mise en récit éclaire, et les réflexions qu’elle suscite sont les points communs de tous ces écrits.

Pour les intéressés, mentionnons que le terme « autofiction » aurait été forgé par l’auteur français Serge Doubrovsky en 1977. Il désigne un genre littéraire dans lequel le narrateur, qui est aussi l’auteur, présente un récit basé à la fois sur des éléments de sa vie personnelle et sur la fiction. Le livre L’autofiction, par Isabelle Grell, vous permettra d’en savoir plus.

Bonnes lectures!

Autofictions et récits autobiographiques

Putain
Nelly Arcan

Probablement l’œuvre d’autofiction la plus connue des lettres québécoises, le roman Putain, de la regrettée Nelly Arcan, a été présenté, au moment de sa publication en 2001, comme un livre qui révélait la voix d’une travailleuse du sexe. C’est aussi un récit sur les rapports de pouvoir entre les genres, et sur les codes asphyxiants de la beauté et de la séduction que la société impose trop souvent aux femmes.

Ouvrir son cœur
Alexie Morin

Dans Ouvrir son cœur, roman qui a reçu le Prix des libraires du Québec en 2019, Alexie Morin retrace les souvenirs de son enfance et de son adolescence. Ayant grandi dans une petite ville où elle subissait du rejet en raison de sa différence, l’autrice conserve des sentiments de peur et de honte, qu’elle scrute ici, sans complaisance pour elle-même ou les autres. Un exercice d’écriture sincère, une plongée dans la vulnérabilité.

Chasse à l’homme
Sophie Létourneau

Roman qui s’ouvre d’emblée avec une définition de l’autofiction comme un « geste par lequel [l’écrivain] engage son corps, ses proches, sa vie (sa mort) » (p. 7), Chasse à l’homme est le récit d’une quête amoureuse dans laquelle Sophie Létourneau s’est lancée après avoir consulté une cartomancienne. Une écriture par fragments finement ciselée et parfaitement rythmée, grâce à laquelle l’autrice exprime son grand attachement à la littérature. Ce roman a reçu le Prix littéraire du Gouverneur général en 2020.

La place
Annie Ernaux

Adoptant ce qu’elle appelle une « écriture plate » (p. 24), c’est-à-dire une écriture simple et sans artifice, Annie Ernaux entreprend, dans La place, de raconter la vie de son père qui vient de mourir. À travers ce récit, elle raconte aussi ce qui a fini par la séparer de lui. Son père était en effet un ouvrier d’origine modeste qui, devenu petit commerçant, espérait que sa fille, grâce à ses études universitaires, accède à un statut social supérieur au sien. Ce livre est ainsi une réflexion sur ce qui est défait dans les liens familiaux par les rapports de classes que la société produit. Quatrième roman d’une autrice française qui a investi toute sa vie le récit de soi, La place a obtenu le prix Renaudot en 1984.

À lire également :

Romans biographiques

Les femmes du braconnier
Claude Pujade-Renaud

Ce roman retrace la vie et le parcours tragique d’une figure marquante de la littérature américaine du 20e siècle, Sylvia Plath, autrice entre autres du roman The Bell Jar et du recueil de poésie Ariel. Présentant la jeunesse de Plath, sa relation passionnée et maritale avec le poète britannique Ted Hugues, son expérience de la maternité, sa rupture amoureuse, et jusqu’à son suicide, le roman se cristallise particulièrement dans le jeu de rivalité qui opposait Plath à la maîtresse de Hugues, Assia Wevill. Une œuvre et des vies qui finissent par nous hanter.

Les villes de papier
Dominique Fortier

C’est le portrait d’une autre icône de la littérature américaine, Emily Dickinson, que trace l’écrivaine québécoise Dominique Fortier dans Les villes de papier. Poète qui a passé une grande partie de sa vie recluse dans une maison du Massachusetts, Emily Dickinson a fait de l’écriture une manière unique d’habiter le monde, écrivant des centaines de poèmes et n’en publiant que très peu de son vivant. Le roman, qui a reçu le prix Renaudot en 2020, mélange deux histoires qui se font écho l’une à l’autre : d’un côté, le récit s’attache à la vie et à l’œuvre d’Emily Dickinson. De l’autre, l’autrice Dominique Fortier raconte sa propre installation dans une maison de Nouvelle-Angleterre.

Des éclairs
Jean Echenoz

Sur sa quatrième de couverture, on mentionne que Des éclairs est une « fiction sans scrupules biographiques ». Tout de même, le roman suit la vie de l’ingénieur Nikola Tesla, qui a travaillé sur l’électricité auprès de Thomas Edison. Mais à travers le style d’Echenoz, ce parcours remarquable prend des allures de conte. À lire conjointement avec les romans Ravel et Courir; ensemble, ces trois romans forment une série de trois vies.

La petite communiste qui ne souriait jamais
Lola Lafon

À quatorze ans, Nadia Comaneci a ravi le monde entier aux Jeux olympiques de Montréal par la pureté de sa performance athlétique. C’était en 1976. En 1989, elle fuit la Roumanie pour s’installer aux États-Unis, pendant que les médias lui fabriquent une image de star déchue. Ce roman retrace le parcours de cette athlète, entre 1969 et 1990, en comblant, par l’imagination, « les silences de l’histoire et ceux de l’héroïne » (p. 9).

À lire également :

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par Esther Laforce, bibliothécaire
Arts et littérature, Grande Bibliothèque

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