De la poésie « entre nos mains »

Si la 22e édition du Festival de la poésie de Montréal (FPM) propose une fois de plus une programmation entièrement virtuelle, elle n’en est pas moins ancrée dans le réel.

« Le moment où nos mains arriveront enfin à se toucher », un intitulé porteur d’espoir, renvoie à notre besoin de contact humain ainsi qu’à l’impossibilité à le combler présentement, si ce n’est qu’en prenant part à des rendez-vous poétiques du FPM empreints de sensibilité, et qui sauront nous toucher, autrement.

Quelques évènements notables du Festival de la poésie de Montréal à ne pas manquer :

  • Rue des poètes, à BAnQ, du 1er juin au 15 août. 
  • Cérémonies pour le moment où nos mains arriveront enfin à se toucher, sur YouTube dès le 3 juin à 20h.
  • Cycle des territoires, pour voix et orgue, sur Facebook dès le 6 juin à 14h.

Voir la programmation complète

Nous vous invitons également à découvrir quelques-uns des recueils de poésie québécoise publiés dans les douze derniers mois.

Suggestions

La femme cent couleurs
Lorrie Jean-Louis

« J’ai le cœur boréal / en océan indien / […] mes mères gémissent ma venue / me disent les couleurs des crayons / mes mères pensent ma déraison / la vie m’a faite ressac. » (p. 13)

Lauréate du Prix des libraires du Québec 2021, Lorrie Jean-Louis nous offre avec ce titre une perspective de l’Amérique qu’elle voudrait différente, plus inclusive, avec mille et une origines, comme autant de couleurs qu’il en existe. À cela s’ajoute une volonté de rejoindre toutes les femmes, « ces sœurs qui ne peuvent s’asseoir sans mourir », de les représenter sous une même teinte unificatrice.

Cœur Yoyo 
Laura Doyle Péan

« cœur yoyo / oublié au fond d’une poche / celle de la veste / que je ne te rendrai pas / et qui porte encore ton odeur » (p. 46)

Un cœur qui balance entre l’amour et la peine, entre le haut et le bas à chaque coup, entre l’élévation et la chute, rattrapé de justesse par un mouvement du poignet.

C’est ce mouvement perpétuel et inéluctable, un mouvement d’un équilibre fragile, une lutte sans bruit contre la gravité, que décrit Laura Péan Doyle avec une poésie de peu de mots.

Chambres claires
Laeticia Beaumel

« […] quelles rues ne sont tombées de fatigue à nous mener ainsi jusqu’au bout de nous-mêmes face au noir qui couvre il fallait toujours se voir à l’heure des ports quand le bleu flambe et consume les nuits analgésiques sous des hasards de chambres claires » (p. 47)

Ce sont des vers sans structure, des oxymores sans ponctuation, des fragments de phrases remplis d’une force rare et récités d’un même souffle. Laeticia Beaumel ne veut plus adhérer à cette loi du silence et prône plutôt une délivrance dans l’acte d’aimer et d’être aimé.e. Les corps deviennent territoires, la liberté passe par les sentiments et la parole s’avère salvatrice.

Rien du tout
Olivia Tapiero

Un essai poétique comme il s’en fait peu, Rien du tout est d’une fragilité assumée.

Olivia Tapiero brandit sa voix comme étendard pour les peuples sans défense, les injustices subies, le passé irrécupérable. Oz, Alger, Oka, elle revêt mille visages de destins opprimés et prend pour point de départ son expérience personnelle pour rejoindre et réparer l’universel.

« Je me ressemble dans toutes les villes, les muscles noués de mon visage perdent l’habitude de parler la langue, il y en a qui faut déterrer dans des lieux endormis de la bouche. En traversant le douar je reconnais une écriture : les grottes, les nuits des corps qui se réchauffent, l’odeur ferreuse des accouchements, les chiffres comptés dans la langue de l’autre. J’apprends à ne pas baisser le regard. » (p. 119)

La route des oiseaux de mer
Hélène Leclerc

« J’écris pour célébrer ce qui reste de beauté dans le monde en cette époque de grands bouleversements. Quand tout s’écroulera, j’écrirai encore sur la lumière qui glisse sur l’eau et sur l’oiseau qui s’envole. » (Résumé de l’éditeur)

Pour des haïkus qui respirent le bonheur et qui font l’effet d’un baume sur le cœur, nous vous invitons à lire ceux d’Hélène Leclerc, qui voit la beauté dans les gestes simples du quotidien, ce qui rend ses écrits tout à fait lumineux.

D’ailleurs, vous pouvez la regarder lire ses haïkus ici.

Pour aller plus loin

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Vous souhaitez obtenir encore plus de suggestions de lecture? Nous vous invitons à utiliser le service Quoilire.ca, grâce auquel des bibliothécaires de la Grande Bibliothèque vous proposeront des lectures personnalisées.

par Dolly Tawil, bibliothécaire-coordonnatrice
Arts et littérature, Grande Bibliothèque

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