Gorbatchev et la fin de l’Union soviétique

Mikhaïl Gorbatchev a été le dernier dirigeant de l’URSS. Il a reçu le prix Nobel de la Paix en 1990 en raison de son action décisive dans la fin de la guerre froide et le démantèlement de l’empire soviétique. Admiré à l’Ouest, il est l’une des figures politiques les plus critiquées et même détestées de la Russie actuelle. Selon un sondage mené en mars 2019, un Russe sur deux aurait préféré que tout soit resté comme avant.

Le 2 mars 2021 marque le quatre-vingt-dixième anniversaire de naissance de ce grand démocrate qui nous a évité « l’Armageddon nucléaire », pour reprendre l’expression de l’historien Stephen Kotkin. Voici quelques ressources électroniques pour aller plus loin.

Livres

Gorbatchev
par Bernard Lecomte

Journaliste ayant couvert les dernières années des régimes prosoviétiques d’Europe de l’Est, Bernard Lecomte était bien placé pour écrire la biographie de Mikhaïl Gorbatchev. On y suit la carrière et le parcours personnel d’un homme qui crut pouvoir moderniser un régime qui envoya son propre grand-père au Goulag. Gorbatchev a tout tenté afin de revivifier un système à bout de souffle. Selon Bernard Lecompte, c’était perdu d’avance, car vouloir y incorporer démocratie et liberté revenait à « miner les fondements [du régime] et [à] le condamner à mort. »

Le roman de la perestroïka : à la cour des tsars rouges
par Vladimir Fédorovski

Pour se familiariser rapidement avec Mikhaïl Gorbatchev et son cheminement de réformateur, rien ne vaut un de ces petits livres bien menés et bien informés, sur fond d’anecdotes personnelles, dont Vladimir Fédorovski a le secret. Dans Le roman de la perestroïka, Fédorovski nous présente un Gorbatchev s’écartant volontairement du chemin souhaité par son parrain politique Iouri Andropov, à savoir une évolution à la chinoise (économie de marché et contrôle absolu de la vie politique). Si les Russes et les peuples de l’Empire ont pu sortir du soviétisme sans effusion de sang, c’est à Gorbatchev — et dans une certaine mesure à Boris Eltsine — qu’ils le doivent, estime Vladimir Fédorovski. En même temps, constate-t-il, les partisans du statu quo n’avaient plus les moyens de leurs ambitions. Le rêve soviétique était mort depuis longtemps.

Gorbatchev, le pari perdu ? De la perestroïka à l’implosion de l’URSS
par Andreï Gratchev

Ex-conseiller et porte-parole de Gorbatchev, Andreï Gratchev a mené une série d’entretiens très fouillés avec des acteurs de la perestroïka. Selon lui, Gorbatchev a constamment abordé le défi de la transformation du régime en s’appuyant sur les valeurs fondamentales de démocratisation et de liberté. Gratchev voit en Gorbatchev un grand réformateur, un genre de Khrouchtchev qui aurait eu la chance de faire des études supérieures. Selon lui, Gorbatchev aurait pu gagner le pari de la perestroïka (soit de sauver le régime en le transformant démocratiquement). Pour cela, il aurait fallu nouer « un contrat stratégique avec l’Occident » sous forme d’aide économique massive. Or, à l’exception de François Mitterrand, les dirigeants de l’Ouest ont refusé de soutenir financièrement ce régime à bout de souffle, craint pour ce qu’il était.

Le professeur et auteur Jacques Lévesque considère que « la lecture de ce livre sera fort intéressante pour tous ceux qui veulent revisiter ou mieux comprendre les événements internationaux extraordinaires des années Gorbatchev. » Publié dans la revue Études internationales en 2012, ce commentaire de Jacques Lévesque se retrouve dans Érudit, l’excellente plateforme québécoise de diffusion de revues savantes et culturelles.  

Films

Rencontre avec Mikhaïl Gorbatchev

Cette vidéo de la chaîne Radio-Canada comporte une courte entrevue avec Mikhaïl Gorbatchev réalisée en 2009. L’intervieweuse Alexandra Szacka en discute avec les journalistes Jean-François Lépine et Joyce Napier.

Meeting Gorbachev

Le réalisateur Werner Herzog s’entretient avec le père de la perestroïka. Selon le critique du Guardian, il ne s’agit pas du meilleur Herzog, trop complaisant à l’égard de son sujet et de lui-même. Mais c’est tout de même du Herzog.

Conversations with Gorbachev

Réalisé en 1994, ce film de 94 minutes comporte une entrevue de Mikhaïl Gorbatchev par Stephen Cohen. Entre eux, le courant passe. Il faut dire que Cohen était l’auteur d’une biographie, fort lue, de Nikolaï Boukharine. Personnage clé des débuts du régime, Boukharine avait inspiré des penseurs de la perestroïka à la recherche d’un « socialisme à visage humain ». Au milieu des années 2000, Gorbatchev se souvenait que cette biographie « résonnait avec les changements sociaux de cette époque ».

The Arrow of Time

Ce film de 2018 contient des entrevues avec Mikhaïl Gorbatchev et des personnalités européennes au cœur des événements ayant mené à la chute du mur de Berlin. Le site Film-documentaire.fr estime que « The Arrow of Time » nous sert une rétrospective à la fois palpitante et inquiétante de notre histoire complexe, tout en lançant un appel à ne pas reproduire les erreurs du passé. »

Expositions

On the Eve of Perestroika

Le musée Multimedia Art Museum Moscow (MAMM), autrefois Moscow House Of Photography, offre un aperçu en ligne d’une exposition de photos d’Alexander Strinadko intitulée On the Eve of Perestroika (« À la veille de la perestroïka »). Selon le magazine L’Œil de la Photographie, « Alexander Strinadko est reconnu comme l’un des représentants les plus brillants de la photographie documentaire contemporaine (…) l’intérêt de Strinadko réside dans le sujet et la vie quotidienne, sur la base desquels il résout des tâches de composition complexes ».

Chansons

Emblématique de la perestroïka, le groupe rock Kino de Viktor Tsoi a acquis une dimension mythique depuis la mort accidentelle de son leader en 1990. Selon Gorbatchev, la chanson Je veux du changement a bien reflété le profond désir de transformation de l’Union soviétique des années quatre-vingt. On trouve cette version de Je veux du changement dans YouTube. En voici le refrain :

Du changement !
Nos cœurs réclament du changement,
Nos yeux réclament du changement,
Dans notre rire et dans nos yeux,
Et dans la pulsation des veines
Du changement !
Nous attendons du changement.

Intitulée Bonne nuit, une autre chanson de Kino a exprimé la tension entre désirs de changements et forces de l’habitude. Elle peut être écoutée dans YouTube.

Viktor Tsoi y chantait ceci :

J’attendais ces temps et ces temps sont venus,
Ceux qui se taisaient ont cessé de se taire.
Ceux qui n’ont plus rien à attendre se mettent en selle.
On ne peut pas les rattraper. On ne peut plus les rattraper.
À ceux qui vont dormir d’un sommeil serein, bonne nuit…
À ceux qui vont dormir d’un sommeil serein, bonne nuit…

par Jean-François Barbe, bibliothécaire
Histoire, sciences humaines et sociales, Grande Bibliothèque

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