Dans la peau de Vladimir Poutine

Au pouvoir depuis un peu plus de vingt ans, le président de la Russie Vladimir Poutine fait face à une vague de contestation menée par le blogueur Alexeï Navalny. L’avenir dira si ces manifestations constituent une lame de fond ou l’expression momentanée d’un mécontentement gérable à l’égard de celui qui incarne le régime actuel. Que représente Vladimir Poutine? Quels sont ses appuis? Ces livres numériques nous aident à en savoir un peu plus.

Lectures

Poutine de A à Z
par Vladimir Fédorovski, avec la collaboration de Patrice de Méritens

Ex-conseiller diplomatique à l’ambassade d’URSS à Paris et ex-interprète de Léonid Brejnev, Vladimir Fédorovski a acquis la citoyenneté française en 1995. Depuis ce temps, il est devenu une machine à produire de très bons petits livres d’introduction à l’histoire de la Russie et de ses dirigeants. Il en a déjà signé une quarantaine! La formule rédactionnelle – chapitres courts, découpages thématiques clairs comme de l’eau de roche – se prête bien à la lecture dans un autobus ou entre deux rendez-vous. Poutine de A à Z ne fait pas exception. S’appuyant sur des confidences et des anecdotes d’acteurs politiques, Fédorovski explore la vision géopolitique de Poutine, sa conception pragmatique de la vie politique, sa vie privée, etc. Selon Fédorovski, la majorité des Russes lui sait gré d’avoir restauré l’autorité de l’État, mise à mal lors des turbulentes années quatre-vingt-dix. Poutine, dit-il, est « un reflet de la Russie elle-même, avec ses hantises, ses faiblesses, ses fantasmes et sa force ».

La Russie de Poutine en 100 questions
par Tatiana Kastouéva-Jean

Destiné à un large public, ce livre constate que les Russes ont, du moins jusqu’au milieu des années 2010, majoritairement appuyé la politique poutienne du rétablissement de l’État et de son retour sur la scène internationale. Le régime dit « semi-autoritaire » de Vladimir Poutine n’a toutefois pas les mains libres. Une démographie en berne, l’hyperdépendance de l’économie nationale par rapport aux hydrocarbures, de criantes inégalités sociales et territoriales esquissent des lignes de fractures potentielles du régime. Selon l’auteure, Vladimir Poutine n’a pas la capacité de réformer le pays en profondeur puisqu’il craindrait la perte de contrôle de ce genre de projet, comme cela avait été le cas avec Gorbachev et la glasnost des années quatre-vingt.

Comprendre le poutinisme
par Françoise Thom

« Françoise Thom, la procureure de Poutine », titrait le journal Le Monde du 22 octobre 2019. Repéré dans la ressource électronique Eureka, cet article résumait ainsi Comprendre le poutinisme : l’auteure y « décortiquait au scalpel la propagande du pouvoir russe et le profil “kagébiste” de son président, issu des rangs du KGB, non sans s’attarder sur l’influence concentrationnaire encore présente dans les mentalités et les réseaux. Un essai devenu une Bible pour certains; un brûlot pour d’autres. »

The new tsar : the rise and reign of Vladimir Putin
par Steven Lee Myers

L’auteur de cette monumentale biographie a été correspondant du New York Times à Moscou pendant sept ans. Il examine la vie et la carrière de Vladimir Poutine, de son enfance jusqu’à l’annexion de la Crimée en 2014. Fourmillant de détails et d’anecdotes issus de ses observations attentives et de conversations avec des gens bien informés, cette biographie reste la plus complète, à ce jour, sur le marché. Selon Steven Lee Myers, Poutine se veut la dernière ligne de défense entre l’ordre et le chaos. Loin de regretter les années soviétiques, Poutine est bien au fait des réalités objectives à l’intérieur du pays. En politique étrangère, sa stratégie consisterait à projeter autorité et robustesse afin de susciter le meilleur rapport de force possible dans l’échiquier mondial.

Putin’s people : how the KGB took back Russia and then took on the West
par Catherine Belton

Ex-correspondante du Financial Times à Moscou, l’auteure estime que de nombreux spécialistes des services de renseignement soviétiques s’étaient préparés, dès la fin des années quatre-vingt, au choc de la dislocation de l’URSS survenu en 1991. Ces spécialistes du renseignement se seraient alors approprié certains flux financiers afin de participer de plain-pied à la naissance du capitalisme en Russie. Ce que l’auteure désigne comme étant le « capitalisme à la sauce KGB » bénéficierait non seulement à ces agents du renseignement reconvertis dans les affaires, mais également, par leur capacité de protection, aux oligarques ayant raflé les gros lots lors du processus de privatisation des années quatre-vingt-dix. Catherine Belton invoque la création d’un genre de « fonds commun » secret, dédié à la politique étrangère du pays, auquel les oligarques seraient tenus de contribuer. Ce genre de fonds servirait à financer des opérations d’influence et de déstabilisation à l’étranger, telles les fameuses « usines à trolls » mises en cause lors des élections présidentielles américaines de 2016. L’auteure Anne Applebaum qualifie ce livre de « récit définitif de la montée de Poutine et du poutinisme » (https://www.theatlantic.com/magazine/archive/2020/09/catherine-belton-putins-people/614212/). 

Film

Putin’s revenge
par Michael Kirk, PBS, 2017. Accès par Kanopy.

Première partie
Deuxième partie

Produit par la chaîne américaine PBS, ce documentaire comprend deux parties. La première propose un portrait de Vladimir Poutine, de sa carrière et de sa vision des États-Unis. La seconde porte sur les élections présidentielles américaines de 2016 et du soi-disant engagement de la Russie dans cette bataille, présenté ici comme un fait avéré.

par Jean-François Barbe, bibliothécaire
Histoire, sciences humaines et sociales, Grande Bibliothèque

Pour utiliser les ressources numériques de BAnQ, il faut être abonné à BAnQ et s’authentifier.
Abonnez-vous.