Jacques Ferron aurait cent ans aujourd’hui

Nous célébrons cette année le centenaire de Jacques Ferron, né à Louiseville le 20 janvier 1921. Grand écrivain, auteur de romans, de pièces de théâtre et de contes, il a été lauréat en 1977 du prix Athanase-David soulignant ainsi sa contribution remarquable à la littérature québécoise. Même si Ferron nous a quittés en 1985, son œuvre est bien vivante et deux rééditions importantes la souligneront en 2021 : celle de l’intégrale des Contes et celle de la biographie de Marcel Olscamp, Le fils du notaire.

En plus d’être écrivain, Jacques Ferron est médecin, profession qu’il pratique d’abord en Gaspésie, puis sur la Rive-Sud de Montréal, de même que dans deux hôpitaux psychiatriques. Cette expérience aura une grande influence sur sa vie et son œuvre. D’une part, les nombreux accouchements qu’il pratique le rapprochent des femmes et de la cause féministe. D’autre part, la folie tient un rôle central dans plusieurs de ses écrits. Il développera également un regard critique face à la médecine et à son influence grandissante dans nos vies. Jacques Ferron s’amusera à dire qu’il a été son « propre mécène », puisque son salaire de médecin lui a permis d’entretenir sa passion pour la littérature.

Jacques Ferron est aussi un homme engagé. Très jeune, conquis aux idées révolutionnaires, il flirte un temps avec le communisme, puis adopte le socialisme et enfin milite activement pour l’indépendance du Québec. Cela l’amènera à fonder en 1963 le Parti Rhinocéros, parti fédéral entièrement voué à la critique du Canada et de ses institutions. Mêlant humour absurde et ironie, ce parti dirigé par Jacques Ferron sous le titre pompeux d’Éminence de la Grande Corne, attirera à lui de nombreuses personnalités fantasques.

Nous vous proposons dans ce billet une sélection d’œuvres de Jacques Ferron, de même que des ouvrages qui lui sont consacrés, tous disponibles en format numérique à BAnQ. Nous vous invitons à lire ou à relire les textes de cet écrivain original qui n’a pas fini de nous inspirer! 

« Autrefois je n’étais pas un robineux, j’étais quelqu’un de plus honorable, j’étais un vagabond, non pas celui qui épeure les femmes et à qui elles donnent un cent pour éloigner le mauvais sort, mais le vagabond connu de toute la province, qu’on accueille avec joie, qu’on retient même car il apporte dans son sac la sagesse et la fantaisie. Aussi longtemps que durait la saison douce, je parcourais les routes. »
Jacques Ferron, « Suite à Martine »

Pour découvrir Jacques Ferron

Contes
Jacques Ferron

À l’occasion de leur soixantième anniversaire en 2020, les Éditions Hurtubise publient une sélection des Contes de Jacques Ferron, enrichie d’illustrations magnifiques de Marc Séguin. Cet ouvrage regroupe 14 des 44 contes publiés en 1968 dans la première édition complète. Le choix des textes est le fruit d’une collaboration entre la succession de Jacques Ferron, en particulier son fils Jean-Olivier qui signe la préface, et Marcel Olscamp, grand spécialiste de l’œuvre de Jacques Ferron.

Contes
Jacques Ferron

La Bibliothèque du Nouveau Monde propose une édition critique des Contes de Jacques Ferron, rassemblés par Jean-Marcel Paquette, professeur de littérature à l’Université Laval. Ce dernier s’est intéressé dès 1970 à l’œuvre de l’écrivain dans Jacques Ferron malgré lui. Ce recueil regroupe 71 contes écrits entre 1942 et 1975, incluant les 44 de l’édition intégrale parue en 1968, puis rééditée en 1993. Les autres contes sont inédits ou ont été publiés dans des périodiques.  

La conférence inachevée : Le pas de Gamelin et autres récits
Jacques Ferron

Médecin pendant 16 mois (1970-1971) à l’hôpital psychiatrique Saint-Jean-de-Dieu de Montréal, Jacques Ferron a côtoyé des êtres dysfonctionnels et fantastiques, qui lui ont servi d’inspiration dans ce recueil de 15 textes. Fidèle à son habitude de puiser dans les événements de sa vie pour en générer un matériau fictionnel, l’auteur relate ici, notamment dans « Le pas de Gamelin », le texte inaugural, ses visites auprès des « femmes folles ». On y lit toute l’ironie critique si caractéristique de l’œuvre de Jacques Ferron, mais on y ressent aussi toute l’affection que celui-ci porte à ses patients.

L’amélanchier
Jacques Ferron, adaptation de Denis Côté

Voici l’adaptation en livre audio de l’œuvre la plus célèbre de Jacques Ferron. Elle relate le récit de l’enfance de Tinamer de Portanqueu, qui apprend de son père travaillant à l’hôpital psychiatrique du Mont-Thabor, que le monde est divisé en deux. D’une part, il y a le bon côté des choses, celui de l’enfance et de la nature, en particulier l’amélanchier, qui dans sa floraison amène le printemps. D’autre part, il y a le mauvais côté des choses où règnent les maladies de la ville, les relations humaines complexes et la perte de l’innocence.

Jacques Ferron : le médecin, le politique et l’écrivain
Marguerite Paulin

Cette biographie de Jacques Ferron permet de découvrir ses multiples facettes, qu’il s’agisse de sa carrière de médecin, de son engagement politique ou de ses œuvres littéraires. Marguerite Paulin nous offre ici un récit vivant et accessible, entièrement voué à la mémoire du grand écrivain. On le consultera avec profit avant de se lancer dans la lecture d’ouvrages plus fouillés tels que les entretiens de Jacques Ferron avec Pierre L’Hérault, Par la porte d’en arrière.

Le cabinet du docteur Ferron
Jean-Daniel Lafond

Consacré à la vie et à l’univers artistique de Jacques Ferron, ce long métrage documentaire de Jean-Daniel Lafond, disponible en ligne sur le site de l’ONF, marie fiction et biographie. Insérant des entrevues dans une narration composée de nombreux extraits de l’œuvre de Jacques Ferron, ce film lève le voile sur un créateur émouvant au profil complexe, profondément engagé dans les luttes d’une société qu’il a tenté de rendre meilleure.

Voilà qui termine notre trop courte incursion dans l’univers de Jacques Ferron! Nous vous invitons également à consulter les archives textuelles en ligne de BAnQ, où vous retrouverez 12 manuscrits de Jacques Ferron. Nous vous souhaitons de très belles lectures « ferroniennes » en cette année du centenaire du grand écrivain.

«Il avait un os de travers au-dessus de l’estomac; il n’était pas malade, seulement l’os gênait, le piquant à chaque respiration; il lui fallait rester tranquille en attendant que l’os reprît sa place. Au bout de trois ou quatre semaines le maudit os n’avait pas bougé; le bonhomme allait de mal en pis; on manda le ramancheur, mais le ramancheur, l’ayant tâté, refusa de le ramancher, car il aurait en même temps que replacé l’os, décroché le nerf du cœur. Le bonhomme était fini. On envoya chercher le curé. »
Jacques Ferron, « La mort du bonhomme »


par Wissal Ouardani, bibliothécaire Arts et Littérature

Direction de la médiation documentaire et numérique, Grande Bibliothèque

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