Un peu de réalisme magique pour le temps des fêtes

Il y a fort à parier que nous aurons tous et toutes un peu plus de temps libre qu’à l’habitude pendant le congé des fêtes. Pourquoi ne pas en profiter pour enfin faire le casse-tête de 1000 morceaux qui traîne dans l’armoire, cuisiner des douzaines de biscuits ou regarder en rafale des séries sur Tou.tv? Bien sûr, cela pourrait être également le temps idéal pour lire, que ce soit pour nous replonger dans une œuvre marquante de notre jeunesse (Marie-Tempête!) ou pour nous attaquer au classique qui trône dans notre bibliothèque depuis plusieurs années. Eh bien, nous vous suggérons tout autre chose : pourquoi ne pas explorer un genre littéraire qui vous est peut-être inconnu? Le réalisme magique nous apparaissait comme le type de lecture idéal pour sortir de notre réalité et plonger directement dans l’imaginaire foisonnant de grand(e)s écrivain(e)s.

Le réalisme magique, c’est quoi?

Dans ce genre littéraire, le récit est ancré dans le réel auquel des éléments d’étrangeté, d’irrationalité et de mystère sont introduits sans être remis en cause. Il est très commun de confondre le réalisme magique, le fantastique et le merveilleux, mais des caractéristiques particulières distinguent souvent ces genres. Par exemple, le protagoniste d’un récit de réalisme magique pourrait avoir une grand-mère fantôme sans que les autres personnages ne s’en étonnent, alors que la présence d’un fantôme provoquerait la stupéfaction dans un roman fantastique. De même, le contexte du récit permet de dissocier le réalisme magique du merveilleux traditionnel : l’un est réaliste avec quelques intrusions du surnaturel, alors que l’autre se fonde sur un monde où les fantômes, les vampires, les loups-garous et autres créatures ou phénomènes qui défient la réalité traversent le récit de part en part.

Le réalisme magique, qui représente également un courant dans d’autres disciplines artistiques comme la peinture et le cinéma (Le Labyrinthe de Pan de Guillermo del Toro, par exemple), abonde tout particulièrement dans la littérature hispanique. Ses auteur(trice)s en sont les maîtres incontestés : les œuvres de Gabriel Garcia Marquez et d’Isabel Allende sont souvent citées comme classiques du genre. Toutefois, les écrivain(e)s d’autres pays le pratiquent aussi avec brio. Ainsi, vous retrouverez dans ces quelques suggestions des romans d’ici et d’ailleurs qui adhèrent à ce genre… ou qui flirtent avec ce dernier!

Romans québécois et canadiens

Tu aimeras ce que tu as tué
Kevin Lambert

La mort est omniprésente dans ce récit fascinant à l’écriture acérée et d’une justesse désarmante. Faldistoire, Sébastien et Sylvie vivent une enfance banale secouée d’événements sombres et tragiques se terminant invariablement au cimetière de Chicoutimi, là où les crapauds chantent. Dans ce roman où les vivants jouent aux morts et les morts jouent aux vivants se dessine une réalité dure et particulièrement cruelle envers les personnes marginalisées et leur différence.

Mars
Marie-Jeanne Bérard

Anaïs ne veut plus être Anaïs. Ce qui avait débuté comme un jeu anodin — s’effacer dans la foule à l’heure de pointe — prend une ampleur inégalée. Anaïs devient stagnante et invisible, elle erre dans les lieux publics, à l’image d’un fantôme bienveillant. Cet état lui apporte une paix qui ne dure pas et bientôt elle s’isole et s’enracine à un arbre, complètement désincarnée. Puis, une journée de mars ensoleillée, Anaïs redevient matérielle et retourne chez elle, où elle reçoit la visite de l’homme du mois de mars. Magnifique récit énigmatique à l’écriture poétique et rêveuse, Mars flirte entre l’imaginaire et le réel, alors qu’Anaïs s’efface et se redessine au fil des pages.

Ténèbre
Paul Kawczak

Ce roman d’une virtuosité rare, finaliste et lauréat de plusieurs prix littéraires ici et à l’étranger, suit les aventures d’un géomètre belge au crépuscule du XIXe siècle. Dépêché en Afrique par le roi pour y tracer la frontière nord du Congo, Pierre Claes côtoie une myriade de personnages singuliers, dont Xi Xiao, tatoueur et bourreau maître du lingchi (le supplice de la découpe de la chair humaine), qui s’éprend du jeune explorateur. Récit fiévreux et violent, pétri d’érotisme, de magie et d’onirisme, Ténèbre décrit dans une langue luxuriante et ciselée la mutilation des corps comme des territoires et porte un regard impitoyable sur la barbarie de la colonisation. Une œuvre sublime et bouleversante qui marque l’entrée en scène d’un auteur de grand talent.

Rougarou, Cherie Dimaline

La chambre verte, Martine Desjardins

Juliette ou Les morts ne portent pas de bigoudis, Pénélope Mallard

Borealium tremens, Mathieu Villeneuve

Le nid de pierres, Tristan Malavoy-Racine

Hôtel Lonely Hearts, Heather O’Neill

Oscar, Mauricio Segura

La ballade d’Ali Baba, Catherine Mavrikakis

Du ventre de la baleine, Michael Crummey

Romans étrangers

Conte d’hiver
Mark Helprin

Se déroulant dans un New York enneigé, ce roman enchanteur et inclassable est peuplé d’une panoplie de personnages étranges et fascinants. Laissez-vous porter par cette histoire d’amour entre un voleur et une jeune fille fortunée, une lecture hors du commun qui rappelle les romans de Dickens.

Le maître et Marguerite
Mikhaïl Boulgakov

Trois récits s’entrelacent dans ce classique de la littérature russe, qui déroute et séduit des générations de lecteurs depuis sa publication en 1973, trente ans après son écriture, alors que son auteur vivait sous le joug de la dictature stalinienne. Du Moscou des années 1930 à la Judée de Ponce Pilate, ce roman rempli de personnages saugrenus (le diable qui prend des traits humains, un chat doué de parole, une femme qui défile dans le ciel moscovite sur un balai) se déploie au rythme de péripéties fantastico-burlesques. Cette œuvre unique, à la fois histoire d’amour, satire politique, roman philosophique et ode à la liberté, saura vous envoûter à coup sûr. Une lecture étourdissante et jouissive!

Les allusions au diable et à Ponce Pilate dans la chanson Sympathy for the Devil des Rolling Stones auront peut-être mis la puce à l’oreille des mélomanes… et avec raison! En effet, Mick Jagger, le leader du  célèbre quatuor britannique, reconnaît que les paroles du premier morceau de l’album Beggars Banquet lancé en 1968, narré du point de vue du diable, s’inspirent partiellement du roman de Boulgakov.

Beloved
Toni Morrison

Le cinquième — et sans doute le plus célèbre — roman de l’autrice nobélisée raconte l’histoire du fantôme d’une enfant qui sème la panique dans la maison de Sethe, ancienne esclave en fuite qui, par amour, a commis l’irréparable. C’est aussi l’histoire d’une mystérieuse inconnue qui fait irruption dans la vie de Sethe et de ses proches, et qui ravive des plaies toujours béantes, que le temps à lui seul ne peut cicatriser…

Inspiré d’un fait divers, ce chef-d’œuvre de la littérature américaine bouleverse par son lyrisme, ses dialogues d’une justesse et d’une force inédites, et son portrait des affres de l’esclavage. Réflexion poignante sur l’amour d’une mère, la culpabilité, la dépossession et la résilience, Beloved vous habitera longtemps après sa lecture.

Ailleurs, Dario Franceschini

La nostalgie, Mircea Cărtărescu

Jonathan Strange & Mr Norrell, Susanna Clarke

Deux ans, huit mois et vingt-huit nuits, Salman Rushdie

La singulière tristesse du gâteau au citron, Aimee Bender

Swamplandia!, Karen Russell

Mr Vertigo, Paul Auster

Chroniques de l’oiseau à ressort, Haruki Murakami

Le vicomte pourfendu, Italo Calvino

Le cœur cousu, Carole Martinez

The Water Dancer, Ta-Nehisi Coates

The World We Knew, Alice Hoffman

Nous espérons que ces romans ajouteront une touche d’imaginaire à vos temps libres.

Joyeuses fêtes à toutes et à tous!

Vous souhaitez encore plus de suggestions? Utilisez le service Quoilire.ca où des bibliothécaires vous suggèrent des lectures personnalisées!

par Lidia Merola et Marie-Ève Plamondon, bibliothécaires
Arts et littérature, Grande Bibliothèque

Pour utiliser les ressources numériques de BAnQ, il faut être abonné à BAnQ et s’authentifier.
Abonnez-vous.