La pluralité des voix et le féminisme

Le Salon du livre de Montréal a pris son envol aujourd’hui et nous accueille virtuellement jusqu’au 15 novembre. Il s’articule autour de plusieurs thèmes d’actualité, susceptibles de rejoindre un vaste public. Nous vous suggérons quelques titres de romans sur deux de ces thèmes – la pluralité des voix et le féminisme – et vous faisons découvrir des romans d’ici et d’ailleurs, représentatifs de la diversité du Québec et du monde.

Vivre ensemble : la pluralité des voix

Nous avons la chance, au Québec, de vivre dans une société baignée de multiples influences culturelles. Les auteurs et auteures d’ici qui sont issus de l’immigration nous permettent de découvrir et d’entendre des histoires et des points de vue différents. Voici quelques romans qui sauront assurément vous plaire et enrichir votre culture littéraire.

Seulement attendre et regarder
Elena Botchorichvili 

Ce roman relate l’histoire d’un groupe d’expatriés d’anciens pays communistes qui sont hébergés à Montréal par le professeur Dubé, éminent ethnolinguiste. Ces expatriés partagent avec nous leurs propos mordants sur le pays « quand même stupide » qui les a accueillis « sans mode d’emploi ». En fait, ils ne savent tout simplement pas comment vivre au Canada! L’humour et la mélancolie sont au rendez-vous.

Adel, l’apprenti migrateur
Salah el Khalfa Beddiari

Adel, tout juste arrivé au Québec, est enthousiaste à l’idée d’y faire sa place. Les pages de ce roman sont remplies de phrases empreintes de poésie et de philosophie. Nous y suivons le parcours d’Adel, ses interrogations et son désir d’intégration souvent parsemé d’embûches.

Boîtes d’allumettes
Martina Chumova

Ce court roman nous plonge dans les souvenirs de la narratrice, une jeune femme qui a passé son enfance dans la Tchécoslovaquie des années 1980. Elle raconte à son amoureux le communisme écrasant de l’époque, puis sa fuite avec ses parents, grâce à des papiers trafiqués, jusqu’à son arrivée à Montréal, où tout est si différent! Les lecteurs constateront à travers les mots de la narratrice que l’exil peut être douloureux et entraîner des séquelles chez ceux et celles qui le vivent.

Explication de la nuit
Edem Awumey 

Ito Baraka a le cancer. Il se meurt à Gatineau, loin de la chaleur de son pays d’origine, le Togo. Mais, avant de partir, il souhaite terminer un roman, dans lequel il racontera son histoire. Il y relatera la dictature et la torture qu’il a subie, son internement dans un camp d’où les gens ne reviennent habituellement jamais et sa fuite vers le Québec. Explication de la nuit est un roman dur, touchant et plein de lumière.

D’autres suggestions

Étrangers de A à Z : microrécits de Daniel Castillo Durante
Longueuilistan de Mourad Saouli
Le cimetière des abeilles d’Alina Dumitrescu
Ru de Kim Thúy
Le bonheur a la queue glissante d’Abla Farhoud
Le cafard de Rawi Hage
La trilogie coréenne d’Ook Chung
De glace et d’ombre de H. Nigel Thomas

Féminisme et diversité

Nous vous proposons un panorama de romans d’écrivaines féministes d’ici et d’ailleurs, vus sous l’angle de la diversité, de la pluralité des voix et du vivre ensemble. Non seulement ces œuvres sont-elles le fruit du labeur d’écrivaines féministes de cultures diverses, mais les personnages principaux de ces romans sont toutes des femmes, souvent elles-mêmes aux prises avec des enjeux identitaires caractéristiques de notre monde pluriel.

Femmes au temps des carnassiers
Marie-Célie Agnant

Marie-Célie Agnant est une écrivaine québécoise d’origine haïtienne, auteure de nombreux romans, nouvelles et livres jeunesse. Ce roman raconte l’histoire de trois femmes liées par une nuit d’horreur. Les événements se déroulent en Haïti en 1958, après la prise du pouvoir par François Duvalier. La dictature s’abat sur le pays et une répression féroce s’ensuit, dont sont victimes la journaliste Mika Pelrin et sa fille, Soledad. Arrêtées par les miliciens de Duvalier, torturées et violées, elles tenteront de survivre aux traitements subis aux mains de ces « carnassiers ». Soledad vivra à Grenade, où elle donnera naissance à Junon, neuf mois après ces événements. Junon retournera en Haïti en 1974, pour y confronter son passé et découvrir l’état du pays sous la dictature de Jean-Claude Duvalier, fils de François.

Mon ennemie Nelly
Karine Rosso

Écrivaine québécoise d’origine colombienne, Karine Rosso est chargée de cours à l’Université de Sherbrooke et membre fondatrice de la librairie féministe L’Euguélionne. Dans ce roman, elle met en scène une jeune Montréalaise d’origine colombienne comme elle, récemment revenue de plusieurs années passées dans son pays d’origine. L’héroïne, étudiante au doctorat en études littéraires, s’intéresse à l’œuvre de Nelly Arcan, avec qui elle partage les questionnements sur la place obsédante de la beauté dans la vie des femmes. Ce roman explore la condition des femmes québécoises issues d’autres cultures.

Homo sapienne
Niviaq Korneliussen

Jeune auteure groenlandaise, Niviaq Korneliussen signe ici un roman sur les identités culturelles, sexuelles et de genre. On y suit le quotidien de cinq jeunes de Nuuk au Groenland, dont l’une découvre son amour des femmes et une autre, qu’elle est un homme. L’auteure utilise un langage cru et moderne, s’inspirant des réseaux sociaux et mêlant l’anglais, le danois et le groenlandais, dans un récit qui tranche sur l’image traditionnelle qu’on peut avoir du peuple inuit.  

Délivrances
Toni Morrison

Toni Morrison, lauréate du Nobel de littérature en 1993, est l’une des plus remarquables écrivaines de notre temps. Son œuvre explore les démons du racisme et les fantômes de l’esclavage aux États-Unis. Dans son onzième roman, Délivrances, elle raconte l’histoire de Lula Ann Bridewell, rejetée dès son jeune âge par ses parents mulâtres au teint clair, parce que sa peau est « trop noire ». Ce roman puissant aborde les thèmes du racisme et de la pédophilie dans la société américaine contemporaine.

Miss Islande
Audur Ava Olafsdottir

Audur Ava Olafsdottir est une écrivaine islandaise plusieurs fois primée. Son sixième roman, Miss Islande, a remporté le prestigieux prix Médicis étranger en 2019. Nous sommes en Islande en 1963. Hekla, jeune islandaise de 21 ans, quitte la ferme de ses parents pour la capitale, Reykjavik. Elle compte y entamer sa carrière d’écrivaine, mais on lui conseille de tenter sa chance au concours de Miss Islande plutôt que de perdre son temps à inventer des histoires. Ce roman plein d’humour est une ode à la liberté et à la création.

Les mille talents d’Eurídice Gusmão
Martha Batalha

Premier roman de Martha Batalha, journaliste et écrivaine brésilienne, Les mille talents d’Euridice Gusmão a connu un succès fou lors de sa sortie au Brésil en 2016. Ce n’est pas étonnant, étant donné l’humour qui émaille ses pages et le côté attachant de son héroïne, Euridice. L’action se déroule dans le Rio des années 1950, où la femme se devait de jouer son rôle d’épouse et de mère modèles, tout entière consacrée à l’époux, aux enfants et aux tâches ménagères. Mais cette vie rangée n’est pas au goût d’Euridice, au grand dam de son mari Antenor.

Kim Jiyoung, née en 1982
Cho Nam-joo

Ce roman de l’écrivaine sud-coréenne Cho Nam-joo a remporté un immense succès dans son pays et bien au-delà. Il raconte les aventures de Kim Jiyoung, jeune fille née en 1982, qui évolue dans une Corée du Sud patriarcale, où bien peu de place est laissée aux aspirations des femmes. Ces dernières n’ont d’autre horizon que de prendre soin de leurs enfants et d’abandonner leurs études ou leur travail. Kim Jiyoung semble suivre ce chemin tracé d’avance, jusqu’à ce qu’elle commence à parler avec la voix d’autres femmes. Mais que lui arrive-t-il donc?

Celles qui attendent
Fatou Diome

Fatou Diome est une écrivaine franco-sénégalaise dont l’œuvre explore l’immigration africaine en Europe et les relations entre les deux continents. Dans ce roman, elle raconte la vie de quatre femmes dans un village du Sénégal. Lamine et Issa, deux jeunes hommes de ce village, sont partis en Europe chercher fortune, poussés par leurs mères, Arame et Bougna. Avant leur départ, les deux hommes ont épousé Coumba et Daba, qui acceptent les conditions de leur mariage, attirées par le mirage d’un retour dans le prestige. Mais fortune et prestige ne sont qu’illusions, et ces quatre femmes deviennent celles qui attendent, en vain.

Le pays des autres
Leïla Slimani

Leïla Slimani est une écrivaine franco-marocaine, dont les romans ont été couronnés de succès. Elle est notamment lauréate du prix Goncourt en 2016 pour son deuxième roman, Chanson douce. Dans Le pays des autres, elle raconte l’histoire de Mathilde, jeune alsacienne qui, en 1944, s’éprend d’Amine, un Marocain combattant dans l’armée française. La jeune femme le suit au Maroc, où elle s’installe et fonde avec lui une famille. Mathilde est bientôt étouffée par sa solitude et par le caractère traditionnel de la société marocaine, qui la rejette en tant qu’étrangère et la brime en tant que femme. Il s’agit du premier roman d’une trilogie, inspirée de la vie de la grand-mère de l’auteure.

Nous vous recommandons aussi de consulter nos suggestions de lectures sur le féminisme dans la littérature québécoise.

Nous vous souhaitons des lectures enrichissantes et un Salon du livre de Montréal à la fois instructif et divertissant!

par Wissal Ouardani  et Chantal Valade, bibliothécaires
Arts et littérature, Grande Bibliothèque

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