30 ans de la fin de la crise d’Oka

par Éric Solitude, bibliothécaire
Musique et films, Grande Bibliothèque

Le projet d’agrandissement d’un terrain de golf sur des terres où se trouve un cimetière autochtone déclenche la colère des Mohawks au cours de l’été 1990. Le 11 juillet  débute ainsi la crise d’Oka au cours de laquelle les manifestants mohawks vont affronter le service de police provinciale du Québec et l’armée canadienne. Le 26 septembre, après 78 jours de conflit, prend fin une crise qui aura durablement marqué le pays.

À l’occasion de l’anniversaire de la fin de la crise d’Oka, apprenez-en plus sur cet événement et plus généralement sur les luttes autochtones en Amérique du Nord grâce à notre sélection de films et de livres.

4 films sur la crise d’Oka à voir sur le site de l’ONF

L’immense cinéaste Alanis Obomsawin, présente sur les lieux avec sa caméra tout au long de la crise, a tourné quatre films essentiels sur la résistance des Mohawks d’Oka.

Kanehsatake, 270 ans de résistance* (Alanis Obomsawin, 1993, Canada)

Durant 78 jours et autant de nuits d’angoisse, la réalisatrice Alanis Obomsawin filme la confrontation armée opposant la communauté kanien’kéhaka (mohawk) aux policiers et à l’armée canadienne. Ce portrait des personnes qui se trouvent derrière les barricades donne un aperçu de la détermination indéfectible des Kanien’kéhaka à assurer la protection de leurs terres et présente au public une perspective privilégiée sur une lutte autochtone séculaire. (Source : ONF)

Prix du meilleur film au Festival international du film de Toronto

Spudwrench : l’homme de Kahnawake* (Alanis Obomsawin, 1997, Canada)

Durant la crise d’Oka de 1990, Randy Horne, un monteur de poutres d’acier mohawk, se retrouve derrière les barricades pour empêcher la municipalité d’Oka d’agrandir un terrain de golf qui aurait empiété sur un territoire mohawk sacré. Ce film est à la fois un portrait de Randy Horne et des générations de Mohawks audacieux qui l’ont précédé comme travailleurs dans la construction, et un regard unique derrière les barricades sur un homme qui défend avec passion un territoire sacré. (Source : ONF)

Pluie de pierres à Whiskey Trench (Alanis Obomsawin, 2000, Canada)

Au plus fort des tensions qui règnent à Oka en 1990, les femmes, les enfants et les aînés kanien’kehá:ka (mohawks) fuient Kahnawake, craignant pour leur sécurité. Une fois qu’ils ont dépassé le cordon de l’armée canadienne qui encercle leur village, une foule de manifestants non autochtones en furie leur lance des pierres. Cet étalage de haine et de violence viscérales – rarement vu si ostensiblement au Canada – ébranle la nation et révèle les graves dangers qui pèsent sur les Kanien’kehá:ka dans leur lutte pour défendre un lieu sacré. (Source : ONF)

Je m’appelle Kahentiiosta* (Alanis Obomsawin, 1996, Canada)

Kahentiiosta était à Kanehsatake, du début à la fin de la crise. Le film décrit ce qu’elle y a vécu, puis surtout sa comparution au tribunal parce que le Procureur général n’acceptait pas son nom mohawk, et enfin sa vie et celle d’autres « warriors » au camp militaire de Farnham. (Source : ONF)

5 films sur les luttes autochtones à voir sur le site de l’ONF

Six milles à l’horizon* (Sara Roque, 2009, Canada)

Ce documentaire se déroule sur le territoire des Six Nations établi par le traité de Haldimand et désigné sous le nom de réserve 40 et 40 B. Il brosse le portrait d’un groupe de femmes qui a conduit sa communauté, la plus grande réserve du Canada — celle des Six Nations de Grand River —, à imposer un blocus historique pour protéger ses terres. (Source : ONF)

La Couronne cherche-t-elle à nous faire la guerre? * (Alanis Obomsawin, 2002, Canada)

À l’été 2000, le pays assiste avec stupéfaction à la guerre que livre le ministère des Pêches et des Océans aux pêcheurs mi’gmaqs de Burnt Church, au Nouveau-Brunswick. Pourquoi les fonctionnaires de l’État canadien s’en prennent-ils à des citoyens qui exercent des droits reconnus par le plus haut tribunal du pays? (Source : ONF)

La route de la liberté* (Angelina McLeod, 2019, Canada)

Cette série documentaire en cinq épisodes relate la passionnante histoire de la Première Nation anichinabée de Shoal Lake 40 et du combat qu’elle a livré pour bâtir une route. Angelina McLeod, la réalisatrice de la série et membre de la communauté de Shoal Lake 40, met en lumière la dignité, la force et la persévérance de cette population. Dans la foulée de la construction de la « route de la liberté », celle-ci reprendra possession de son histoire et de son avenir. (Source : ONF)

Les événements de Restigouche* (Alanis Obomsawin, 1984, Canada)

Les 11 et 20 juin 1981, la Sûreté du Québec mène des rafles dans la réserve de Restigouche, en Gaspésie. En cause : les droits ancestraux de pêche au saumon des Micmacs. Les restrictions que le gouvernement québécois tente d’imposer sur cette pêche, source d’alimentation et de revenus pour les Micmacs, ont soulevé colère et consternation. Lancé en 1984, ce compte rendu coup de poing de l’intervention policière a fait connaître Alanis Obomsawin à l’international. Le film comprend un échange mémorable entre le ministre des Pêches, Lucien Lessard, qui a ordonné les rafles, et la réalisatrice. Des décennies plus tard, Jeff Barnaby, réalisateur de Rimes pour jeunes goules, citera ce film comme source d’inspiration. « Pour moi, ce documentaire a cristallisé l’idée que les films peuvent être une forme de contestation sociale… Tout a commencé là, avec ce film. » (Source : ONF)

Vous êtes en terre indienne* (Michael Kanentakeron Mitchell, 1969, Canada)

Ce court documentaire de 1969 est l’une des œuvres les plus influentes de la première équipe de production entièrement autochtone de l’ONF. Il relate la manifestation, en 1969, des Kanien’kéhaka (Mohawks) d’Akwesasne, sur la frontière canado-américaine. Lorsque les autorités canadiennes décident de leur imposer des taxes sur leurs achats effectués aux États-Unis – contrairement à ce qui avait été établi par le traité Jay de 1794 –, les manifestants de Kanien’kéhaka bloquent le pont international entre l’Ontario et l’État de New York. Le réalisateur, Michael Kanentakeron Mitchell, est plus tard devenu le grand chef d’Akwesasne. Vous êtes en terre indienne a été montré à travers le continent, aidant à mobiliser une nouvelle vague de militants autochtones. (Source : ONF)

7 films à voir sur Kanopy

En complément des documents sur les luttes des autochtones au Canada, retrouvez sur Kanopy des films très éclairants sur les luttes autochtones aux États-Unis. De l’autre côté de la frontière, les Autochtones se battent de la même manière contre le système (judiciaire, administratif, scolaire) pour exister, se faire reconnaitre ou tout simplement ne pas disparaitre.

Lake of Betrayal* (Paul D. Lamont, 2017, États-Unis)

 

Achevé en 1965, le barrage de Kinzua sur la rivière Allegheny en Pennsylvanie visait à atténuer les inondations à Pittsburgh – 200 milles en aval, mais le réservoir de 27 milles qui s’est formé derrière a inondé de vastes étendues des terres ancestrales des Indiens Seneca. Ce documentaire se penche sur le combat de la nation Seneca pour protéger sa souveraineté contre la politique de résiliation indienne du gouvernement américain.

Who Controls the Land* (Lucian Read, Sterlin Harjo, 2018, États-Unis)

Dans le comté de San Juan, dans l’Utah, l’acteur amérindien Martin Sensmeier (Westworld) enquête sur la controverse autour du monument national des Bears Ears. Il découvre que cette bataille s’inscrit dans une guerre de longue date entre les citoyens amérindiens du comté et leurs voisins mormons pour savoir qui contrôlera l’avenir du comté. On apprend dans ce film  comment les droits de vote refusés par les Mormons ont conduit à la marginalisation de leurs voisins autochtones et décrit la longue histoire de pillage des sites archéologiques sacrés dans le comté. (Source : Kanopy). Épisode de la série America Divided.

By Blood* (Marcos Barbery, Sam Russell, 2015), États-Unis)

Le film relate la bataille d’Indiens d’Amérique d’origine africaine luttant pour retrouver leur citoyenneté tribale. L’impact de cette bataille s’est traduit par l’ouverture d’un conflit plus large sur la race, l’identité et les droits souverains des peuples autochtones.

Le film montre les deux côtés de la bataille, l’impact émotionnel de la question et l’urgence croissante du débat : une histoire amérindienne et afro-américaine a été négligée et un corps tribal a l’impression que sa souveraineté est assiégée. (Source : Kanopy)

 Prix du meilleur court métrage documentaire au Festival du film amérindien du sud-est

Standing Bear’s Footsteps* (Christine Lesiak, 2011, États-Unis)

Pour honorer le souhait de son fils d’être enterré dans son pays natal, le chef Ponca Standing Bear est parti pour le Nebraska. Capturé en route, il décide de poursuivre un célèbre général de l’armée américaine pour obtenir sa liberté – choisissant de combattre l’injustice non pas avec des armes, mais avec des mots. Le chef s’est donc présenté devant le tribunal pour prouver qu’un Amérindien était bien une personne en vertu de la loi. (Source : Kanopy)

Prix régional Heartland

Who Owns the Past?* (Jed Riffe, 2001, États-Unis)

En 1990, après une longue lutte entre les groupes de défense des droits des Amérindiens et la communauté  scientifique, la loi sur le rapatriement et la protection des tombes amérindiennes a été adoptée. Cette loi permet aux squelettes et aux objets funéraires des musées du pays de rentrer chez eux et protège les tombes amérindiennes de nouvelles profanations. Cependant la découverte d’un squelette vieux de 9000 ans sur les rives du fleuve Columbia près de Kennewick relance le conflit entre les anthropologues et les Amérindiens sur le contrôle des restes humains trouvés sur les terres ancestrales. (Source : Kanopy)

Prix du meilleur documentaire historique au WorldFest Houston

Standing Silent Nation: A Native American Family Seeking Economic Independence* (Courtney Hermann, Suree Towfighnia, 2007, États-Unis)

Alex White Plume, un cultivateur de chanvre industriel de la tribu Oglala, voit une occasion de faire baisser le taux de chômage de 85 % qui mine la réserve de Pine Ridge.  Cependant, chaque année sa récolte est perturbée par la Drug Enforcement Administration (DEA), l’accusant injustement de faire pousser de la marijuana.

Des champs de chanvre de Pine Ridge à la Cour fédérale d’appel des États-Unis, le film retrace les efforts d’une famille emportée malgré elle dans une lutte pour la souveraineté tribale, les droits économiques pour simplement avoir voulu créer une indépendance économique pour elle-même, sa réserve et les générations futures. (Source : Kanopy)

In Whose Honor? American Indian Mascots in Sports* (Jay Rosenstein, 1997, États-Unis)

Ce documentaire est le premier à aborder le sujet des mascottes sportives amérindiennes utilisées dans le sport américain. Il suit l’histoire de Charlene Teters, une Amérindienne de Spokane, dans sa lutte pour protéger ses symboles culturels et son identité face à l’université de l’Illinois qui tente de justifier la mascotte de son équipe. (Source : Kanopy)

Autres films

Beyond Recognition Culture* (Michelle Grace Steinberg, 2014, États-Unis)
Our Spirits Don’t Speak English* (Chip Richie, 2008, États-Unis)
Language Healers* (Brian McDermott, 2014, États-Unis)
Indian Self-Rule: A Problem of History* (Selma Thomas, 1985, États-Unis)

Livres numériques sur la crise d’Oka

La crise d’Oka en récits : territoire, cinéma et littérature* (Isabelle St-Amand, 2015)

Ce livre envisage la crise d’Oka, ou la résistance à Kanehsatà:ke, comme un espace de focalisation où se donne à voir la relation globale entre les peuples. Qu’est-ce que l’événement fait ressurgir, transforme et crée, dans la scénographie du siège, mais aussi dans les films documentaires et les récits littéraires, autochtones et allochtones? À l’heure où une nouvelle génération revient sur cette crise politique aux enjeux non résolus, ce livre ouvre un espace où entrent en relation et s’affrontent différents intérêts, connaissances et expressions relatifs à ce conflit territorial. Il engage une réflexion épistémologique essentielle à un processus de décolonisation aussi impératif qu’exigeant.

La crise d’Oka : au-delà des barricades* (Émilie Guilbeault-Cayer, 2012)

Dans ce livre, Émilie Guilbeault-Cayer utilise la crise d’Oka comme révélateur de l’évolution des relations entre l’État québécois et les Autochtones. L’auteure est historienne et s’intéresse notamment au discours des responsables politiques et aux mutations dans les  attitudes des gouvernements face aux revendications amérindiennes.

 

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