Du pointillé à la ligne continue : comment s’est cartographié l’Arctique

Par Cédric Dolarian, bibliothécaire 
Direction générale de la Grande Bibliothèque

L’exploration des côtes de l’Arctique par les Européens, depuis les Grandes Découvertes jusqu’au début du XXe siècle, a été largement menée dans l’espoir de repérer le nébuleux passage du Nord-Ouest. Les cartes géographiques s’élaborent alors sous forme d’esquisses approximatives et leurs traits seront graduellement précisés d’une expédition à l’autre, formant une représentation de plus en plus étoffée de ce territoire dont la part d’inconnu s’efface avec les années.

Disparaîtront, dans la même mesure, ces lignes pointillées signalant le seuil de l’inconnu : intrigante ponctuation cartographique qui traduit l’espoir et dirige le regard vers des mondes entiers à découvrir. Les régions arctiques s’en trouvent d’ailleurs parsemées sur une carte de Jacques Nicolas Bellin publiée en 1755. Contre les étendues immensurables de ce que nous appelons aujourd’hui l’île de Baffin, au cœur de suppositions ballottées entre terre et mer, se trouve inscrite la phrase « Toute cette Partie est entierement Inconnue ». Pas trop loin : une île aux contours indécis, presque fantomatique, où flottent les mots « Tout cecy est Inconnu ».

Carte de l'Amérique septentrionale
Jacques Nicolas Bellin, Carte de l’Amérique septentrionale depuis le 28 degré de latitude jusqu’au 72, Paris, chez l’auteur, 1755.

 

La carte de l’explorateur québécois Joseph-Elzéar Bernier fait toujours usage de lignes pointillées plus d’un siècle et demi plus tard, bien que les côtes de ces régions soient alors beaucoup plus précisément dessinées.

Carte de la mer Arctique
Joseph-Elzéar Bernier, Discoveries in the Arctic Sea with additions and changes to 1909, London, Hydrographic Office, 1909?.

 

Ces ouvertures vers des mondes inexplorés, qu’évoquent de formidables surfaces blanches ou grisées sur les cartes, projettent l’esprit vers des images de l’exotique et de l’étrange. C’est là une absence qui nous interpelle et son immensité se répercute sur des angoisses de vide. Un vide que l’on remplit de scènes fantaisistes, sans doute alors plus acceptables à l’esprit humain, et qui paraissent aujourd’hui tout à fait extravagantes. C’est d’ailleurs ainsi que les riverains de la baie d’Hudson peuvent chasser au trident et camper sous les palmiers.

Inhabitants of North America, near Hudson’s bay with their manner of killing wild fowl. Archives nationales à Québec, Collection initiale (P600, S5, PGC45).

 

Au fil des décennies, des explorations et des publications, cartes et globes se garnissent et se complètent; le tracé incertain se dissipe et se corrige, les pointillés disparaissent…

Pour en savoir plus sur l’évolution de la cartographie du territoire arctique, consultez les cartes géographiques numérisées dans BAnQ numérique.