Hommage à de grandes historiennes

Par Michèle Lefebvre, bibliothécaire à la Direction de la recherche et de la diffusion des collections patrimoniales

 

Ce dernier billet d’une série de trois est publié en amont du colloque Profession historienne? Les femmes dans la production et la diffusion des savoirs historiques au Canada français, XIXe et XXe siècle, qui retrace le long parcours des femmes au Québec pour atteindre le statut d’historiennes professionnelles. Pour en savoir plus ou pour vous inscrire au colloque, consultez ce site web.

 

Le début d’un temps nouveau…

En 1964, la femme mariée cesse d’être une éternelle mineure au Québec. En effet, la Loi sur la capacité juridique de la femme mariée permet enfin à cette dernière de devenir majeure juridiquement parlant : elle peut désormais gérer ses biens elle-même, intenter un recours devant les tribunaux, etc. La loi met fin par la même occasion au devoir d’obéissance de l’épouse envers son mari. Et finalement, la femme mariée peut maintenant exercer une profession sans devoir obtenir l’autorisation de son époux.

Nous sommes en pleine Révolution tranquille. La société québécoise se transforme à toute vitesse, le mouvement féministe a le vent dans les voiles… Les Québécoises questionnent l’ordre ancien; de plus en plus de femmes choisissent d’investir la sphère publique, tentant de leur mieux de concilier travail et famille. Elles choisissent les champs d’études qui leur plaisent et rêvent d’exercer une profession qui leur ressemble.

C’est dans ce contexte que pour la première fois, quelques Québécoises obtiennent un doctorat en histoire, puis qu’elles sont admises comme professeures de cette discipline dans la sacro-sainte enceinte universitaire, jusque-là une chasse gardée masculine.

 

Capture de l'article
Despatie, Sylvie et autres, « Une grande historienne : Louise Dechêne », Le Devoir, 8 juillet 2000, p. A10

Louise Dechêne

Mère monoparentale de trois enfants, Louise Dechêne décide dans les années 1960 d’étudier dans le domaine qui la passionne, l’histoire. Après avoir fréquenté l’Université Laval, elle quitte le Québec pour rédiger sa thèse à Paris, sous la direction de Robert Mandrou, accompagnée de ses jeunes enfants. Ces derniers vont d’ailleurs lui rendre hommage dans la préface de son ouvrage posthume Le peuple, l’État et la guerre au Canada sous le Régime français (2008) : « Notre mère était une femme remarquable et imposante, féministe avant l’heure. […] Dans les années 1960, une femme sans fortune qui s’exile seule à Paris avec sa progéniture, c’était peu commun » (p. 8).

Première de couverture du livre
Dechêne, Louise, Habitants et marchands de Montréal au XVIIe siècle, Paris/Montréal, Plon, 1974.

L’ouvrage qui émerge de sa thèse, Habitants et marchands de Montréal au XVIIe siècle, publié en 1974, devient rapidement un incontournable des études historiques québécoises.  Il marque le triomphe au Québec d’une nouvelle manière de faire l’histoire, influencée par l’École historique française des Annales et ancrée dans une étude rigoureuse et méticuleuse des sources archivistiques. Le livre se mérite le Prix du Gouverneur général et le prix François-Xavier Garneau.

Louise Dechêne entame alors une carrière de professeure à l’Université d’Ottawa, à l’Université de Montréal puis enfin à l’Université McGill. Pendant toute sa carrière, elle travaillera à approfondir et à corriger nos connaissances sur la société de la Nouvelle-France et sur les conditions matérielles de ses habitants, publiant notamment Le partage des subsistances au Canada sous le Régime français (1994) et, à titre posthume, Le peuple, l’État et la guerre au Canada sous le Régime français  (2008).

Son œuvre exemplaire servira de modèle et d’inspiration pour les historiennes qui vont la côtoyer et lui succéder dans cette profession désormais ouverte aux femmes. Quelques-uns de ses collègues lui rendront d’ailleurs un hommage ému au moment de son décès, en 2000 (Despatie, Sylvie et autres, « Une grande historienne : Louise Dechêne », Le Devoir, 8 juillet 2000, p. A10).

 

Andrée Désilets

C’est Andrée Désilets qui aurait reçu le premier doctorat en histoire d’une université québécoise (l’Université Laval) décerné à une femme, en 1967 (Gilles Fisette, « Grande entrevue – À fleur de peau », La Tribune, 1er février 2003, p. A8). Elle est engagée comme professeure à l’Université de Sherbrooke en 1970, puis dès 1972, elle devient la première femme à diriger un département d’histoire au Québec. En 1991, à la fin de sa carrière, l’Université de Sherbrooke la nomme professeure émérite.

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Gilles Fisette, « Grande entrevue – À fleur de peau », La Tribune, 1er février 2003, p. A8.

Originaire de Sherbrooke, elle consacre beaucoup de temps et d’énergie à soutenir les recherches portant sur l’histoire de l’Estrie, et publie elle-même sur le sujet. Près d’une trentaine de mémoires ou de thèses de ses étudiants touchent l’histoire de la région. Au cours de son mandat à la Société d’histoire de Sherbrooke, elle orchestre le chantier qui mène en 1990 à l’agrément par les Archives nationales du Québec du centre d’archives privées de cette société d’histoire, prouvant ainsi l’importance qu’elle accorde à la préservation et à l’accessibilité des sources historiques.

Elle est également le catalyseur de la création du Centre d’interprétation de l’histoire de cette même société, aujourd’hui le Mhist-Musée d’histoire de Sherbrooke. Elle affirme à ce sujet : « C’est un instrument qui donnera du prestige à l’histoire, sensibilisera davantage la population à son passé et accroîtra le sentiment d’appartenance à la région » (Jeannot Bernier, « Andrée Désilets : L’historienne qui défriche en pensant à demain », La Tribune, 13 avril 1991, p. B3).

Elle accordera aussi à la biographie historique un intérêt marqué tout au long de sa carrière : après avoir pris pour sujet de thèse la vie de Hector-Louis Langevin (publié en 1969 sous le titre Hector-Louis Langevin; un Père de la Confédération canadienne, 1826-1906), elle signera des dizaines d’articles dans le Dictionnaire biographique du Canada et rédigera les biographies de l’homme politique Louis-Rodrigue Masson et de François-Xavier Lemieux, qui fut l’avocat de Louis Riel, mais aussi l’arrière-grand-père maternel de Désilets.

Cet intérêt pour la biographie historique, et pour l’humain en général, sera partagé par plusieurs de ses consœurs-historiennes, entre autres Denise Robillard et Andrée Lévesque.

 

Denise Robillard

Denise Robillard, titulaire d’un doctorat en sciences religieuses de l’Université d’Ottawa, n’a jamais fait partie du corps professoral d’une université. Mais elle a mené une carrière qui lui mérite une place parmi nos historiennes professionnelles. Spécialiste en histoire religieuse québécoise du XXe siècle, elle rédige des biographies importantes sur le cardinal Paul-Émile Léger (sa thèse de doctorat à l’origine), Émilie Tavernier-Gamelin et Monseigneur Joseph Charbonneau, ainsi que des ouvrages sur certaines congrégations religieuses et sociétés catholiques.

Un peu à la manière d’une Marie-Claire Daveluy – qui a su conjuguer sa passion pour l’histoire avec la nécessité de subvenir à ses besoins en se faisant bibliothécaire, une profession associée à la recherche –, Denise Robillard travaillera dans des domaines liés à l’écriture et à la recherche, entre autres à titre de journaliste, de recherchiste aux émissions Second regard et Les grandes religions présentées à Radio-Canada et de rédactrice en chef de la revue Liturgie et vie chrétienne. Elle est connue pour la minutie de ses recherches dans les archives religieuses. Et le défi est grand quand on sait que l’Église catholique n’ouvre ses archives aux laïques qu’avec la plus grande parcimonie.

Son intérêt pour la biographie historique demeure entier, encore aujourd’hui, puisqu’elle vient de publier, en 2021, à l’âge de 90 ans, Témoin d’une Église de printemps : itinéraire spirituel et pastoral de Paul-Émile Charbonneau.

 

Andrée Lévesque

L’historienne Andrée Lévesque est quant à elle spécialiste de l’histoire de la gauche et de l’histoire des femmes au Québec, un nouveau champ de recherche qui émerge dans les années 1970. Après avoir obtenu son doctorat à l’Université Duke, en Caroline du Nord, elle enseigne l’histoire des femmes à l’Université d’Otago, en Nouvelle-Zélande, en 1975 et 1976. Revenue au Québec, elle devient professeure d’histoire à l’Université d’Ottawa puis à l’Université McGill de Montréal, où elle sera nommée professeure émérite.

Intéressée par les groupes marginalisés dans le Québec du XXe siècle, notamment les prostituées, les communistes et les féministes, elle rédige de nombreux travaux sur ces sujets ainsi que quelques biographies.

Il n’est pas inutile de rappeler ici que le genre biographique a été le premier investi par les femmes qui ont écrit sur l’histoire du Québec, qu’il s’agisse de Laure Conan, de Marie-Claire Daveluy ou de Corinne Rocheleau-Rouleau. Les concours d’histoire de revues fondées par des femmes – comme Le Coin du feu, Le Journal de Françoise ou La Revue moderne – ont porté sur des figures historiques. Considérée comme moins érudite que l’essai historique et plus proche de la sphère intime associée aux femmes, la biographie a probablement semblé plus accessible à ces historiennes de la marge.

Ce genre, qui sera boudé par les historiens de l’École des Annales car jugé trop anecdotique, centré sur l’individu plutôt que sur un groupe étudié dans la longue durée, regagne ses lettres de noblesse avec les travaux d’envergure d’historiennes comme Andrée Lévesque. Ses biographies de Jeanne Corbin et d’Éva Circé-Côté peignent les mentalités d’une époque tout autant que le destin d’une femme.

Première de couverture du livre illustrée d'un portrait d'Éva Circé-Côté
Lévesque, Andrée, Éva Circé-Côté, libre-penseuse, 1871-1949, Montréal, Éditions du Remue-ménage, 2010.

Dans son article intitulé « Réflexion sur la biographie historique en l’an 2000 » (Revue d’histoire de l’Amérique française, vol. 54, no 1, été 2000, p. 95–102), elle expose les écueils du genre biographique, mais également les avenues intéressantes que ce genre ouvre à l’historien. Elle écrit : « L’étude d’individus en tant que membres de groupes sociaux, définis par leur classe, leur genre, leur ethnie et leur statut social permet de dépasser le particulier pour capter beaucoup plus qu’un cheminement individuel, soit les traits spécifiques d’une période historique donnée » (p. 100).

Micheline Dumont évoquera elle aussi les pièges de la biographie historique, qui pendant longtemps s’est focalisée sur le destin de femmes « exceptionnelles », c’est-à-dire ayant mené des « vies d’hommes » ou de « saintes », les seules méritant d’être relatées… Mais elle parlera aussi de la possibilité de raconter la vie de ces femmes autrement, dans une perspective féministe, et de faire émerger de l’ombre des figures féminines méconnues, alimentant du même coup l’histoire des femmes (Découvrir la mémoire des femmes : une historienne face à l’histoire des femmes, 2001, p. 63 et suiv.).

Andrée Lévesque ne craint pas de prendre position publiquement sur des sujets d’actualité qui résonnent avec le passé. Elle fait entre autres publier dans Le Devoir du 23 mars 2004 l’article « À la recherche du temps dépassé » (p. A8) pour dénoncer le désengagement de l’État québécois, qui commence à l’époque à réduire les services publics. Elle y fait un parallèle avec les années Duplessis, lorsque les plus démunis, sans filet social, avaient difficilement accès aux soins de santé et à l’éducation, notamment.

Résolument féministe, Andrée Lévesque s’insurge, comme Micheline Dumont et Nadia Fahmi-Eid, contre des accusations concernant le soi-disant manque de rigueur des travaux en histoire des femmes. Selon ses détracteurs, l’histoire des femmes serait subjective, puisqu’écrite par des femmes qui visent à dénoncer leur condition d’opprimées, voire à se poser en victimes. Comme elle aurait pour véritable objectif de promouvoir la lutte pour l’égalité des sexes, elle ne pourrait pas se dire objective, donc valable (« Réflexions sur l’histoire des femmes dans l’histoire du Québec », Revue d’histoire de l’Amérique française, vol. 51, no 2, automne 1997, p. 271-284).

Comme si les historiennes ne pouvaient pas faire preuve de rigueur scientifique malgré leurs convictions personnelles. Comme si leur oppression n’était pas une réalité objective. Et comme si les travaux des hommes historiens, qui ont pourtant « oublié » dans leur histoire officielle la réalité des femmes pendant des siècles, étaient plus objectifs…

Car ce n’est bien sûr pas un hasard si l’histoire des femmes apparaît au moment où celles-ci obtiennent pour la première fois des postes de professeures d’histoire dans des universités, au cours des années 1960 et 1970. Tant que l’histoire officielle est écrite par des hommes, les femmes en sont quasi absentes. Cette histoire masculine s’intéresse surtout au pouvoir, à la guerre et à la diplomatie, des sphères d’activité dont les femmes ont été écartées pendant des millénaires, à quelques exceptions près. Micheline Dumont fournit un exemple éloquent : en 1975, sur les 2296 notices biographiques alors existantes du Dictionnaire biographique du Canada, seules 90 sont consacrées à des femmes…

Comme l’écrit si bien Andrée Lévesque : « L’histoire des femmes a posé des défis à l’histoire générale en élargissant l’objet historique et en poussant l’histoire à intégrer ces nouveaux objets d’enquête: la socialisation, la reproduction, la sexualité, le travail non rémunéré, pour n’en nommer que quelques-uns. » (« Réflexions sur l’histoire des femmes dans l’histoire du Québec », Revue d’histoire de l’Amérique française, vol. 51, no 2, automne 1997, p. 279).

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Isabelle Pion, « Sur les traces de Thérèse Casgrain – L’historienne féministe Micheline Dumont recevra un Prix du gouverneur général », La Tribune, 12 octobre 2017, p. 23.

 

Micheline Dumont

Au Québec, Micheline Dumont et Nadia Fahmi-Eid ont compté parmi les pionnières du développement de l’histoire des femmes. Micheline Dumont avoue que c’est en écrivant sur l’histoire des femmes qu’elle est devenue féministe. Suivant un cheminement inverse, plusieurs ont d’abord investi cette histoire pour faire connaître les injustices commises contre elles.

Comme beaucoup d’autres, Micheline Dumont essaiera de concilier sa vie de famille et ses aspirations professionnelles à une époque où il n’existe aucune forme d’aide de l’État pour les femmes sur le marché du travail. Enceinte de cinq mois, elle soutient en 1964 sa thèse sur les missionnaires en Acadie à l’Université Laval. En 1968, on lui demande de rédiger une courte synthèse historique de la condition féminine pour la Commission royale d’enquête sur la situation de la femme au Canada, qui sera publiée dans le rapport d’enquête final. La documentation sur l’histoire des femmes est alors presque inexistante…

Peu de temps après, en 1970, Micheline Dumont obtient un poste de professeure en histoire à l’Université de Sherbrooke, là où se déroulera toute sa carrière, au terme de laquelle elle sera nommée professeure émérite (« La présence des femmes dans les universités », La Tribune, 30 juin 2000, p. A6). L’histoire des femmes devient peu à peu le principal objet de ses recherches et la passion d’une vie. Elle n’hésite pas au fil des années à clamer son indignation face à ce qu’elle appelle « l’invisibilité historique des femmes ». Elle défend la pertinence d’écrire l’histoire des femmes pour faire connaître les contributions fondamentales de cette moitié de l’humanité et faire avancer sa marche vers l’égalité de ses droits. « Car savoir, n’est-ce pas déjà agir? », nous dit-elle (Découvrir la mémoire des femmes : une historienne face à l’histoire des femmes, 2001, p. 44).

Première couverture du livre illustrée d'une ancienne photographie en noir et blanc
Dumont, Micheline et Nadia Fahmi-Eid (sous la direction de), Les Couventines : l’éducation des filles au Québec dans les congrégations religieuses enseignantes, 1840-1960, Montréal, Boréal, 1986.

À la fin des années 1970, elle fait des rencontres déterminantes pour l’orientation de sa carrière. Avec trois autres chercheuses, elle forme le Collectif Clio qui accouchera en 1982 d’un ouvrage majeur, L’Histoire des femmes du Québec depuis quatre siècles, le premier à faire une synthèse sur le sujet. L’ouvrage, un véritable succès de librairie, sera revu et augmenté en 1992.

Micheline Dumont s’associe également à Nadia Fahmi-Eid, professeure d’histoire à l’UQAM, pour former le groupe de recherche en histoire de l’éducation des filles (GRHEF). Elles dirigent ensemble les ouvrages collectifs Maîtresses de maison, maîtresses d’école : femmes, famille et éducation dans l’histoire du Québec (1983) et Les couventines : l’éducation des filles au Québec dans les congrégations religieuses enseignantes, 1840–1960 (1986), devenus eux aussi des classiques. Bien d’autres livres et articles suivront…

Nadia Fahmi-Eid

Pour sa part, Nadia Fahmi-Eid participe, dès 1972, à la création du premier cours de l’UQAM sur les femmes, un cours collectif et multidisciplinaire qui accueille la première année plus de deux cents étudiantes… et quelques étudiants… L’expérience menée avec un groupe de collègues débouchera sur la création du Groupe interdisciplinaire pour l’enseignement et la recherche sur les femmes (GIERF), aujourd’hui l’Institut de recherches et d’études féministes (IREF).

En plus des ouvrages nommés plus haut dirigés en collaboration avec Micheline Dumont, Nadia Fahmi-Eid s’intéresse notamment au travail des femmes dans le domaine de la santé. Elle publie aussi quelques textes théoriques sur la place des femmes dans l’histoire, s’interrogeant entre autres sur le caractère sélectif de la mémoire collective et sur les conséquences de cette sélectivité en regard de la manière dont une nation se perçoit et se bâtit. Bien sûr, malgré la volonté d’objectivité des historiens et des historiennes, l’histoire est construite et orientée en quelque sorte par ceux qui la font, eux-mêmes influencés/influençant le contexte politique, social et idéologique de la société où elle s’élabore.

Nadia Fahmi-Eid se demande avec les féministes de son époque : « Se pourrait-il que la mémoire historique ait un sexe? […] Se pourrait-il enfin que la transcription historique de la pensée et de l’expérience des femmes soit le lieu et l’enjeu d’une véritable lutte de pouvoir entre les sexes? » (« L’histoire des femmes : construction et déconstruction d’une mémoire sociale », Sociologie et sociétés, vol. 29, no 2, automne 1997, p. 23).

En 2014, l’historienne cosigne, avec Jacques Beauchemin, Le sens de l’histoire : pour une réforme du programme d’histoire et éducation à la citoyenneté de 3e et de 4e secondaire : rapport final à la suite de la consultation sur l’enseignement de l’histoire. Un des consensus de la consultation concerne l’importance, après avoir écrit pendant quatre décennies l’histoire des femmes en parallèle de l’histoire officielle, d’intégrer enfin la première à la deuxième. Les auteurs affirment que « l’histoire des femmes et des rapports de genre devrait s’insérer de façon plus claire et plus robuste dans la trame et les fils conducteurs du futur programme. Il semblerait naturel que ces fils conducteurs témoignent systématiquement des changements sociaux et politiques qui concernent plus de la moitié de la population » (p. 36).

En effet, comme l’a souligné entre autres Micheline Dumont, l’un des dangers de considérer l’histoire des femmes comme un champ de recherche autonome, c’est de la mettre en marge de l’histoire officielle. Même si des historiennes et des historiens documentent ce domaine d’études depuis quelques décennies, on peut encore se demander, comme Nadia Fahmi-Eid, Micheline Dumont et bien d’autres, si un jour le destin des femmes sera intégré, au même titre que celui des hommes, dans la trame historique de l’humanité.

 

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Karine Tremblay, « La volonté de changer les choses – L’historienne Micheline Dumont revisite l’histoire du point de vue des femmes », La Tribune, 24 novembre 2001, p. G8.

 

En attendant ce jour, rien ne nous empêche de rendre hommage à ces historiennes qui, comme Louise Dechêne, Andrée Désilets, Denise Robillard, Andrée Lévesque, Micheline Dumont et Nadia Fahmi-Eid, ont œuvré et œuvrent encore pour faire entrer les femmes par la grande porte de l’histoire.