« Ça coule ! » : le plan d’intervention de BAnQ

Par Marie-Claude Rioux, restauratrice
Direction de la conservation et de la numérisation

 

Dans les réserves de la Bibliothèque nationale, situées dans le quartier Rosemont–La Petite-Patrie, sont conservées plusieurs collections patrimoniales. Afin de s’assurer que celles-ci soient épargnées advenant un sinistre causé par l’eau, la Direction de la conservation et de la numérisation s’est dotée d’un plan d’intervention.

Toute institution possédant des collections précieuses et/ou uniques devrait avoir un plan d’intervention. La clé d’un sauvetage réussi est sans aucun doute un plan d’intervention bien préparé. Il est important que ce plan soit fait avant un sinistre, qu’il soit connu des équipes qui devront intervenir et que tout le matériel nécessaire aux premières interventions soit disponible. Ainsi, l’étendue des dommages sera restreinte, le stress des intervenants réduit et la rapidité d’action permettra de mieux protéger les collections. Rédigé par la Direction de la conservation et de la numérisation, avec la collaboration de ses restaurateurs et de ses techniciens en muséologie, le plan d’intervention de BAnQ a été préparé minutieusement.

 

Le plan d’intervention

Relié dans un cartable, le plan d’intervention de BAnQ est connu de nos agents de sécurité, restaurateurs et techniciens en muséologie, qui en détiennent une copie. Peu volumineux, il est concis et rassemble les informations nécessaires aux premières interventions d’urgence. Un surplus d’information ne ferait qu’alourdir et ralentir le processus de décisions.

Le plan d’intervention de BAnQ prévoit les étapes à suivre en cas de sinistre, décrit les rôles des intervenants et fournit un plan du bâtiment. On y trouve différentes méthodes pour décrire la quantité de documents touchés par l’eau, la liste des matériaux composant les chariots d’urgence, la liste téléphonique des intervenants et volontaires, ainsi qu’un tableau intitulé Sauvetage en en clin d’œil.

Ce tableau résume l’ensemble des gestes à poser dans les 24 à 48 heures suivant un sinistre. Dans un premier temps, le tableau fournit une liste en ordre alphabétique des 17 types de documents se retrouvant dans les collections. Les plus sensibles à l’eau sont mis en rouge pour indiquer qu’ils sont prioritaires lors de l’intervention de sauvetage. Selon que les documents soient touchés légèrement ou fortement par l’eau, la colonne suivante indique la technique de séchage la plus appropriée. Un séchage à l’air pour les documents légèrement mouillés ou par lyophilisation pour ceux qui le sont davantage. (1)  Dans le cas d’un sinistre majeur, les documents sont lyophilisés par une firme externe. BAnQ possède un lyophilisateur pour des sinistres mineurs, mais en raison de son petit format, le temps de séchage pour récupérer une large collection touchée par l’eau serait trop long.

 

Enclenchement du plan d’intervention

Dans le cas d’un sinistre mineur (peu de documents légèrement mouillés), les restaurateurs et les techniciens en muséologie prennent l’intervention en main. Sur chacun des étages du bâtiment, des chariots d’intervention sont disponibles avec le matériel nécessaire. On retrouve, sur ces chariots, entre autres des essuie-tout efficaces, des bandes absorbantes permettant de faire des barrages, des racloirs, des vadrouilles, des aspirateurs de type Shop Vac et des tables pliantes. Ainsi, en cas de panne d’ascenseur, l’équipe d’intervention principale a tout ce dont elle a besoin. De plus dans nos locaux « salle de quarantaine », plusieurs buvards, ventilateurs, outils et équipements sont aussi disponibles. Il est important de noter que la vérification du

Photographie : Michaël Côté

matériel sur les chariots et dans la salle de quarantaine est faite régulièrement.  On évite ainsi de mauvaises surprises et des délais inutiles lors d’un sinistre.

Dans le cas d’un sinistre majeur (beaucoup de documents moyennement à grandement mouillés), l’équipe d’intervention peut faire appel à des volontaires. Ces derniers sont des employés de la Bibliothèque qui ont manifesté leur disponibilité pour participer à une intervention de sauvetage. Afin de rendre leurs interventions plus efficaces et sécuritaires, ceux-ci ont reçu une formation, répétée périodiquement. Cette formation les familiarise, entre autres, avec la manipulation de documents mouillés, les techniques de séchage et d’emballage. Lors d’un sinistre majeur, beaucoup de documents sont touchés, beaucoup de bras sont donc nécessaires pour évacuer, sécher et emballer les documents. Le rôle des volontaires se situe donc au niveau de la manipulation des documents endommagés.

Aucune institution ne souhaite que ses collections soient touchées par un sinistre et encore moins en l’absence d’un plan d’intervention. BAnQ est bien préparée à toutes éventualités.

 

(1 ) La lyophilisation est un procédé qui consiste à congeler dans un premier temps les documents. Les documents sont mis par la suite dans le lyophilisateur où le vide se fait. La glace s’évapore alors grâce au processus de sublimation.