La préservation du contenu audiovisuel : l’éternel recommencement !

Par Denis Mondion, technicien principal en audiovisuel
Direction de la conservation et de la numérisation

La numérisation des documents analogiques audiovisuels devient un incontournable pour toutes les institutions dont la mission est de préserver la mémoire collective. Cela est d’autant plus vrai pour les films et vidéos, car cette technique d’enregistrement sera très bientôt pratiquement disparue. Les équipements ne sont plus fabriqués et ceux qui restent sur le marché doivent généralement être réparés.

Pour la préservation des archives audiovisuelles, plusieurs aspects sont à prendre en considération : l’obsolescence des équipements de lecture, la dégradation des supports physiques, l’état du média, le traitement de préparation, les normes et les formats de numérisation, ainsi qu’une connaissance approfondie des techniques d’audio et de vidéo.

La préparation matérielle

La préparation du média est la première étape à considérer tant pour les bandes audio et vidéo que les films devant être transférés en vidéo. Une première inspection visuelle permet, dans bien des cas, de déterminer s’il y a une dégradation physique, chimique ou mécanique.

Système de nettoyage PTR (Particule Transfer Roller)

Le nettoyage des films se fait généralement sur une machine qui fonctionne selon le système PTR (Particule Transfer Roller). Il s’agit principalement de rouleaux en caoutchouc, auxquels collent les petites poussières quand la pellicule passe entre eux. D’autres systèmes existent avec des solvants chimiques, mais le système PTR est efficace et écologique.

Équipement de nettoyage à sec

Pour les bandes audio et vidéo, des équipements de nettoyages spécialisés sont utilisés. Ceux-ci fonctionnent à sec avec des rouleaux de tissu nettoyants et un module muni d’une lame en saphir. On enlève des particules et l’on assure un meilleur contact du ruban avec les têtes de lecture.

 

 

 

Chambre environnementale

En plus du nettoyage à sec, une chambre environnementale est régulièrement utilisée. Cette dernière permet d’augmenter le taux d’humidité et de chauffer les bandes audio et vidéo en les assouplissant, pour réduire l’effet collant causé par la dégradation chimique du média. Pour certains supports, un traitement à 48 °C à environ 30 % d’humidité, pendant une durée de 8 à 12 heures, donne généralement un excellent résultat. Cependant, les bandes ainsi traitées ne seront lisibles que quelques jours. Un deuxième nettoyage à sec après le passage dans la chambre environnementale s’avère parfois nécessaire pour une préparation optimale.

La numérisation

La vidéo présente des particularités spécifiques dont il faut tenir compte pendant la numérisation, pour produire une copie numérique aussi fidèle à l’original que possible. Une excellente connaissance des techniques d’enregistrement, de production, de postproduction, de distribution et de projection est nécessaire pour réaliser une bonne copie.

La numérisation des vidéos à des fins archivistiques doit représenter le plus fidèlement possible le médium original, tel qu’il a été produit. Il faut choisir un format qui, selon les connaissances actuelles, assurera la plus grande pérennité. Le premier choix est évidemment le non compressé, mais il faut aussi prendre en compte le poids des fichiers et l’espace de stockage nécessaire selon le nombre de documents à traiter. C’est pourquoi la majorité des institutions de mémoire ont opté pour des formats compressés. BAnQ a choisi le JPEG2000 et le Quicktime ProRes HQ.

Le JPEG2000 génère un fichier plus lourd et moins flexible. La majorité de nos archives étant de source analogique en définition standard, les captures de fichiers de conservation se font habituellement en ProRes, à l’exception des films qui sont transférés en JPEG2000 chez un prestataire de service.

Nous créons trois fichiers pour chaque document audiovisuel numérisé. Le premier fichier est destiné à la conservation. C’est la capture informatique proprement dite avec toutes les pistes audio séparées et les niveaux vidéo d’acquisition originaux (colorimétrie incluse). Comme l’enregistrement initial peut avoir été réalisé de façon plus ou moins optimale, il y aura par la suite un master de diffusion, sur lequel le niveau audio des pistes sera ajusté, tout comme l’ensemble des niveaux des pistes vidéo. Dans ce fichier, les grands espaces de noir entre les items de la source sont éliminés. Finalement, un troisième fichier, de plus basse résolution, est créé pour la consultation sur les plateformes WEB. L’objectif n’est pas de restaurer, mais de préserver le plus fidèlement possible le matériel de base des originaux, tout en permettant un visionnement agréable pour les utilisateurs.

Le tout est par la suite transféré sur nos serveurs et archivé sur des rubans informatiques LTO. En ce moment, les rubans informatiques de type LTO sont économiques et fiables, mais pour assurer la pérennité des documents, il faudra être certain qu’ils demeureront lisibles jusqu’à l’obsolescence des équipements de lecture. Et nous voici de retour à la case départ !