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Boire l’horizon comme du petit lait

27 mai 2016 par Gilbert Turp | Catégorie(s) : Non classé

Déjà l’avant-dernière page de ce cahier. Je le terminerai dimanche sans doute et poserai ma plume.

Si j’avais à faire le portrait collectif de tous ceux qui m’habitent, je retiendrais ceci : on sait que la vie peut être dure et douce, que le temps peut être libre ou nous être volé, que l’argent est une nécessité avec laquelle il ne sert à rien de discuter, que le sexe ne tient pas toujours ses promesses, que le mensonge est une forme de violence dont les livres nous protègent, et que malgré les mauvais jours que l’on subit parfois, l’existence se boit comme du petit lait quand on a devant soi le sentiment d’avoir un horizon.

Les gens n’ont pas besoin de demander la lune quand ils ont l’horizon. Hélas, celui-ci peut nous être voilé quand nos regards se brouillent et nous être caché par quelque mur aveugle.

Chaque personne qui traverse ma grande baie a, un jour ou l’autre, levé les yeux vers mes fenêtres en fixant l’horizon comme s’il était un vaste rien. À ceux qui aujourd’hui pourraient penser que l’horizon est vide et qu’ils n’ont rien, j’aurais envie d’ouvrir les bras pour qu’ils sachent qu’ils m’ont, moi. Parce que je fais partie de l’horizon. Je suis faite  de possibilités, d’élans et de rencontres. J’en ai chaque jour la preuve en observant le fourmillement des uns et le bruissement des autres. Tiens, là, il y a cette femme qui  goute un moment de bien-être, de calme et de sérénité. Tout près, un homme boit, les yeux clos de contentement, son bonheur comme du petit lait.

 

savoir_respirer_par_les_oreilles

 

 

Aquarelle, Caroline Boileau

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