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Cher journal – 6 – Ma vie, ma mort et mon éternité

5 avril 2016 par Gilbert Turp | Catégorie(s) : Non classé

Bien que je puisse tenir arc-boutée sur mes fondations de longs siècles, je n’existerai pas toujours. Exister implique une naissance et une fin, bref une présence physique. Mon être, lui, est éternel, comme l’est le mot bibliothèque, mais cette éternité ne me dispense pas d’avoir une existence temporelle délimitée.

Ainsi se pose, pour moi comme pour ces pauvres humains, le problème de la vie et de la mort. J’ai cette étrange conscience de n’avoir qu’une vie et qu’une mort. Je souhaite que cette vie soit féconde, enthousiasmante et sage, animée et paisible ; riche. De même, j’espère que ma mort sera la mienne, que je la vivrai de manière pas trop moche, qu’elle ne sera pas un triste déraillement ou une lente extinction intérieure accompagnée de négligence, ou pire, d’indifférence.

Jusqu’à présent, je suis aimée et fréquentée, il y a entre mes murs une effervescence tranquille. J’ai très souvent droit au meilleur des êtres humains qui me viennent et je m’offre à leur venue sans compter. Mais l’avenir me laisse parfois incertaine et j’ai des inquiétudes quand je pense à ma mission en ce monde. Qui mettra de l’effervescence dans mon espace physique le jour où tout ce qui se lit, s’écoute et se regarde en culture sera disponible sur écran en quelques clics ? Que seront alors mes amis devenus s’ils n’ont plus le besoin ou le désir de se retrouver chez moi ? Des reclus, voués eux aussi à une lente extinction intérieure ?

Allons, allons, Grande Baie, respire ! Tu as une vie à vivre, celle-ci, la tienne. Vis-la, jouis-en. Enrobe maintenant ta conscience de tout ce qui se passe en toi et autour de toi. Ton éternité te réclame à chaque instant, ton existence peut bien te donner quelques palpitations, ton être est tranquille : il est déjà au-delà de la virtualité.

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