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Les deux amies, suite et fin

15 mars 2016 par Gilbert Turp | Catégorie(s) : Non classé

Nos deux amies, la forte et la frêle, se connaissent depuis 15-20 ans. Avant cela, rien ne les destinait à se rencontrer un jour.

 

 

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Si la première est de la ville, la seconde vient de la campagne. Une ferme et douze enfants. L’éducation était prioritaire pour les parents. Il y avait là une école de rang d’une seule classe, mixte, à neuf niveaux. Notre frêle amie y passera neuf ans avant de se diriger vers l’école Normale pour être institutrice. Les garçons eux allèrent au cours classique, sauf l’aîné qui a repris la ferme. Les parents, très croyants, espéraient surtout que leurs enfants deviennent prêtres et religieuses. Un seul garçon sera prêtre pendant dix ans, et toutes les filles seront religieuses, sauf une, destinée à rester obstinément vieille fille, comme on disait alors en laissant deviner une mystérieuse sexualité.

Notre amie, elle, restera 21 ans au couvent avant de quitter. Il aura été pas mal plus facile d’y entrer que d’en sortir. Toutes ces années, elle aura été professeur de mathématiques dans une institution religieuse privée, où son excellence fut remarquée, puis au moment où l’éducation se laïcise, l’institution ferme ses portes. Ce qui cause à la mathématicienne une mauvaise surprise : elle a beau être tout-à-fait compétente, elle n’a pas les papiers. Les religieuses de l’institution où elle enseignait n’étaient pas très préoccupées par les papiers. Mais maintenant, le ministère veut les papiers, malgré son expérience.

Puisqu’il lui faut retourner aux études, elle opte pour un virage : la psychologie. Tout en étudiant, elle suit une thérapie pour mieux composer avec son propre passé familial, le sentiment d’abandon, l’absence de choix. Enfin, elle travaillera comme psychologue à l’hôpital et dans un centre de réadaptation pour enfants jusqu’à sa retraite. Il y aura alors quelqu’un dans sa vie et puis, ça passera.

Mais le goût d’aider, lui, ne se retire jamais et un organisme nommé La Maison des Enfants a besoin de bénévoles. C’est là qu’elle rencontre son amie, la grande femme forte. C’est elle qui a fondé la Maison des Enfants après avoir travaillé, élevé sa famille et fait ce qu’elle s’était promis de faire quand elle était enfant : le tour du monde.
C’est donc en prenant soin de l’enfance que les deux amies se rencontrent. Dans cette maison à pignons d’Hochelaga, les petits et petites trouvent, jusqu’à douze ans, une pièce pour jouer et pour se déguiser, une pièce pour lire et étudier, une pièce pour réfléchir tranquilles et rêvasser en paix.

 

 

une_pensee_elephantesque

Une place pour jouer

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Et pour se déguiser

 

 

J’ai eu le temps de connaître ces deux amies car elles ont fait de la francisation chez moi pendant trois ans, auprès de groupes d’immigrants dont le savoir et l’expérience sont utiles à tous. Elles continuent à faire de la francisation, à plus de 80 ans aujourd’hui, en Centre Communautaire où je les imagine lisant des poèmes à haute voix pour que le français chante aussi dans les cœurs.

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