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Microcosme de la cité – 5 – On ne peut pas ne pas avoir d’histoire

8 mars 2016 par Gilbert Turp | Catégorie(s) : Non classé

Le quartier latin se prolonge dans ma galerie studieuse du troisième. Ceux qui y passent du temps semblent hantés par le monologue intérieur qui leur tient lieu d’études. Parfois une phrase muette pointe sur leurs lèvres, comme s’ils répondaient enfin à une question qui leur a été posée il y a longtemps. Ces passants à l’allure d’éternels étudiants ont parfois l’air d’attendre quelque chose. Mais ils ne demandent rien ou, s’ils ont une demande, ils ne la formulent pas ; ils la sécrètent à même le corps, la tenue, la gestuelle, et ces mèches de cheveux dans lesquelles leurs doigts nerveux se sont emmêlés. Les quartiers universitaires de la ville sont pleins de ces passants hantés par leur esprit en vrille.

 

elle

 

Au café du rez-de-chaussée, on se croirait à une terrasse par un beau jour de mai. Là, pas de hantise mais de la brise, un air sur lequel la parole fuse. Les gens sont attablés, pas pressés ni préoccupés. Ils semblent sans attente, comme si le présent leur suffisait. À ceux qui les écoutent, ils parlent de ce qu’ils vivent. Ils disent tantôt ce qu’ils aiment, tantôt ce qu’ils espèrent, tantôt ce qu’ils font et tantôt ce qui leur arrive. Ils ne cherchent pas à convaincre, ils racontent.

Parfois, cependant, ils parlent plutôt de ce qu’ils n’aiment pas, de ce qui les désespère, de ce qu’ils ne se décident pas à faire. Ils ne racontent plus ce qu’ils vivent, alors, mais s’efforcent au contraire de convaincre qui les écoute qu’il ne leur arrive rien. Mais ils se trompent. Car pour peu que l’on se sente citoyen dans la cité, ou chez soi dans ma Grande Baie, on découvre bientôt qu’il arrive toujours quelque chose, toujours.

On ne peut pas ne pas avoir d’histoire.

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