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Cette nuit, j’ai rêvé – 4

1 mars 2016 par Gilbert Turp | Catégorie(s) : Non classé

Aujourd’hui, c’est tranquille et la lumière presque printanière qui s’écoule gentiment par mes fenêtres me rappelle la teinte de mon rêve de la nuit. J’ai rêvé à ma sœur ainée d’Amérique, née à Boston en 1848. Je lui rendais visite et j’avais une pointe d’envie pour son jardin entouré d’une galerie ressemblant à un cloître. Ma sœur ainée est la première bibliothèque publique du continent, elle nous a tout appris, à nous ses cadettes, car nos parents étaient à l’époque trop occupés par toutes sortes d’affaires privées pour veiller correctement à notre éducation. C’est ma sœur ainée qui m’a enseigné à ouvrir ma porte à tous, riches et pauvres, petits et grands, habitués réguliers et visiteurs occasionnels.

Dans mon rêve, je revenais chez moi pour découvrir qu’on avait bâti pendant mon voyage une grande galerie longeant la rue Berri jusqu’à la rue Ontario, puis virait à gauche en suivant le terrain vague jusqu’à faire le tour du quadrilatère qui jouxte mon actuel jardin. Cette galerie relativement étroite, rappelait elle aussi un cloître à sa façon d’enclore mon jardin. Une odeur de bois blond se mêlait à celles des livres rangés dans ce nouvel espace ouvert. De nombreuses fenêtres donnaient sur la rue, et des ouvertures vitrées permettaient d’accéder au jardin intérieur. Comme chez ma sœur ainée, on y trouvait un café, des tables et des chaises où les gens lisaient et écoutaient les oiseaux chanter.

Puis, l’hiver arrivait brusquement et mon jardin intérieur se transformait en patinoire, si soudainement que des pages de livres gelées se retrouvaient prises sous la glace. Les lecteurs, patins aux pieds, filaient alors entre leurs lignes. Je me réveillai en pensant qu’au printemps (me rappelant ici un épisode des voyages de Pantagruel, chez Rabelais), les pages pourraient dégeler et la brise les soulèveraient à nouveau pour qu’on puisse s’en saisir et les lire au jardin renaissant, dans l’arôme du café et du lilas.

Je trouve que je fais des beaux rêves, cette année.

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