Portail BAnQ Nétiquette

Ce don que j’ai – 6 – Jérusalem et la demoiselle en blanc

27 février 2016 par Gilbert Turp | Catégorie(s) : Non classé

Un très grand gars, Haïtien, dont les vêtements indiquent qu’il est infirmier, cherche un endroit où s’asseoir, deux romans graphiques sous le bras. Il trouve après un temps un coin paisible qui lui plait et son immense corps fait ouf en se déposant avec une certaine grâce. Géant tranquille à la respiration pleine de silence avec du chant dedans. Les gens qui chantonnent ainsi me donnent souvent l’impression d’avoir au fond d’eux-mêmes une joie de vivre inaltérable, qui donne de l’éclat à leurs yeux.

Il ouvre les deux romans graphiques avec curiosité : Chroniques de Jérusalem, de Guy Delisle et La demoiselle en blanc, de Dominick Parenteau-Lebeuf & Éléonore Goldberg. Deux classiques du genre, déjà.

Je me demande parfois comment ranger ces œuvres pour l’instant éparpillées un peu partout dans mes étages. Car il me semble que le roman graphique déploie aujourd’hui sa spécificité. Il propose une sorte de scénarisation narrative qui, par ses superpositions de calligraphie et de dessin, enchevêtre de façon tout à fait singulière le récit au découpage et l’unité de trait au séquentiel.

Son côté « fait à la main » capte une aura qui refuse de se dissiper. Par le dessin, la calligraphie, les ellipses du récit, le travelling et les panoramiques, sa dramaturgie nous raconte la mémoire des choses. Les pages sont tout entières imprégnées d’aventures advenues. La main qui trace produit moins des images que le souvenir des images. Ces romans graphiques ont ainsi leur rythme propre et une étrange fluidité qui peut rappeler, peut-être, la photo sépia et le cinéma en noir et blanc.

Même en couleurs, les romans graphiques s’adressent à nos zones grises. Et le grand infirmier Haïtien qui les feuillette me laisse entendre par son chant intérieur une douce nostalgie.

 

 

ogresse

 

Les commentaires sont fermés.




© Bibliothèque et Archives nationales du Québec