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L’art neuf d’être solaire

10 février 2016 par Gilbert Turp | Catégorie(s) : Non classé

Le bonheur connaît les mots de la souffrance et, parce qu’il les connaît, il est capable de les retourner comme des pierres au jardin. Alors la nuit devient le jour, l’obscurité l’éclat. Voilà ce que je pense en la regardant.

Elle est une jeune poète crue qui travaille avec le langage et le corps ; là où le drame du langage se vit à même le corps. Elle franchit la studieuse galerie du troisième et sa longue chevelure la suit avec une seconde de retard, comme une traîne. Elle est lumineuse, heureuse. Ça se voit tout de suite, même si elle le cache de son mieux parce qu’être si solaire en ce vieux jour chagrin de février pourrait passer pour de l’insolence.
Elle se demande si traiter de sexe comme elle a l’impulsion de le faire est un passage obligé quand on sent naître la poésie en soi. Est-ce parce qu’elle est jeune ? Parce qu’il faut mettre des mots et des actes de corps sur les sensations de la fulgurance ou sur le sentiment d’absence. Faut-il réinventer sans cesse la valse du grand désir et de la source sèche du manque ?

Faut-il qu’elle rende aux jeunes femmes de 2016 la geste épique du lit qui nommera ce qu’elles ressentent dans la zone informulée, inédite, de leur expérience ?
Et je sais, moi, qu’elle est heureuse parce qu’elle est abondante ; elle qui pourtant voulait disparaître de maigreur il y a quelques années. Elle qui ne trouvait pas sa place et qui, par conséquent, en prenait le moins possible. Elle que la privation de nourriture attirait comme une drogue.
Un vieil enthousiaste a eut un jour la bonne idée de lui dire : tu veux créer ? Tu veux réinventer la vie ? Alors il faut que tu te nourrisses, que tu retrouves le goût. Le goût des aliments, de la chair, du plaisir, le goût des choses à dire. Le goût.
Aujourd’hui elle rayonne, elle célèbre intensément les misères traversées, elle joue généreusement des différences entre s’exposer et s’ouvrir, elle déniche ce qui mûrit dans les failles de la joie. Elle a enfin sur le bout de langue la saveur d’aimer et d’être aimée, reçue. Ça a le goût d’une chair de fruit qui prend sa place sur les coteaux de l’âme.

 

 

 

tous les desirs

Tant de désirs ! Crayon, aquarelle, Caroline Boileau

 

 

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