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Microcosme de la cité – 4 – Ivresse

31 décembre 2015 par Gilbert Turp | Catégorie(s) : Non classé

Je ne connais de l’ivresse que ce que mon don de lecture et l’observation m’enseignent. Je ne peux évidemment pas m’enivrer, mais est-il toujours nécessaire de vivre l’expérience des choses pour les connaître ? Peut-être pas, et c’est pourquoi je me permets de penser que l’étrange euphorie que j’ai ressentie mardi le 30 décembre dernier quand la neige est enfin arrivée était belle et bien de l’ivresse. Je n’ai ni titubé ni déraillé, ni rit exagérément ni ne me suis fâchée pour une niaiserie, mais je crois vraiment que j’étais ivre devant la neige tant je m’inquiétais de finir 2015 au sec et dans le gris.

Je sais que bien des gens détestent l’hiver, et surtout ses incommodités en territoire urbain. À ceux-là, je voudrais être une campagne accueillante pour qu’ils s’y sentent emmitouflés dans la blancheur et l’odeur de sapinage. Car, en vérité, que serait-on sans l’hiver ? Que serait cette ville sans ces voitures mal prises dont les roues spinnent dans le beurre, incommodité par excellence qui permet à des jeunes gens de venir au secours de leurs ainés totalement désemparés derrière leur volant ? Que serait ce pays sans ces clients à lunettes givrées qui entrent dans les commerces – ou viennent chez moi – sans voir à deux pas devant eux ?

Que serait enfin cette fragile humanité si la nature ne nous rappelait pas de temps à autre sa fertile souveraineté ?

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