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Ce don que j’ai – 3

8 décembre 2015 par Gilbert Turp | Catégorie(s) : Non classé

du vent dans les oreillesUn homme est assis, des écouteurs sur les oreilles, complètement absorbé. Il parcoure un petit ouvrage composé des actes d’un colloque tenu à l’occasion du prix Hollberg 2013, décerné aux sciences humaines. Il lit un texte de Julia Kristeva, la récipiendaire du prix, dont il recopie studieusement des passages :
« L’alternative à la religiosité montante comme à son envers qu’est le nihilisme borné, vient déjà et précisément de ces lieux de pensée que nous essayons, non pas d’occuper, mais de faire vivre. Nous pour qui l’arrimage aux sciences humaines et sociales provient essentiellement de notre implication dans la littérature et la psychanalyse (…) deux expériences de langage qui mettent à mal le duo métaphysique raison/foi (…) Le risque de la liberté face à la morale entraîne la découverte suivante : la mise en question est inhérente au désir. »
L’homme aux écouteurs relit à nouveau le passage de Kristeva en le marmonnant à voix basse, si bien qu’on peut lire sur ses lèvres : Raison/foi ; liberté/désir. Il réfléchit un instant et note quelque chose. C’est bien le troisième étage, ça, l’étage le plus studieux, le plus propice aux grosses interrogations et à ceux qui recherchent le calme et la concentration.
Les habitués du troisième s’installent souvent avec une bonne pile de livres qu’ils consultent sur place avant de décider d’en emprunter deux ou trois. Ils lisent et écrivent en silence leurs travaux, leurs réflexions, leur fiction parfois, assis dans les grands fauteuils gris installés tout au long des larges fenêtres donnant sur la rue Berri et l’horizon de l’Est. Parfois, quelqu’un lève la tête pour réfléchir et son regard se perd dans le gris saisonnier de la ville et le ciel à perte de vue. Cette personne regarde sans voir tant ses yeux sont tournés vers l’intérieur, comme si elle contemplait une image inversée du ciel dans son esprit, lui aussi à perte de vue.

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