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Ce don que j’ai

21 octobre 2015 par Gilbert Turp | Catégorie(s) : Non classé

Ce don que j’ai de savoir ce que lisent ceux et celles qui ouvrent un livre dans mes allées, s’applique également à tout le contenu écrit auquel les gens accèdent en mon sein. Ouvrages en ligne, revues, journaux. Je m’efforce le plus souvent de ne pas réveiller ce don en présence des textes sur ordinateur car je n’en finirais plus d’endiguer le déferlement. Mais parfois, comme tout à l’heure, je jette un œil par-dessus l’épaule des éplucheurs de journaux.

Je suis tombée sur quelques articles traitant de questions que Justin Trudeau, le tout nouveau premier ministre de la fédération canadienne, ne manquerait pas de devoir éventuellement traduire. Il y avait là l’expression Premières Nations, et plus loin, Nation Québécoise. Dans les deux cas, les termes originels anglais réfèrent, en français, aux populations, non aux États. Alors il vaudrait peut-être mieux traduire First nations par Premiers Peuples. Et nation Québécoise par peuple Québécois. Ce serait plus juste, il me semble, puisque les peuples autochtones et québécois existent, tandis que les nations autochtones et québécoise, au sens d’État, ont un statut existentiel passablement flou, sémantiquement parlant du moins.

Mais le mot peuple est souvent utilisé au sens anglais de people qui, dans la langue courante d’aujourd’hui, réfère à quelque chose comme « les gens », tout le monde quoi.
Bref, si le premier ministre se soucie de nation, se soucie-t-il des peuples ? Et s’il parle du peuple, parle-t-il de tout le monde ?
À force de décalages de sens par effet de traduction, je crains que plus personne un jour ne puisse s’entendre sur ce que les mots même veulent dire. C’est comme ça que je comprends maintenant pourquoi tant d’habitués de ma section journaux et revues pensent que les politiciens disent n’importe quoi.

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