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Les gens sont des énigmes – 2

9 octobre 2015 par Gilbert Turp | Catégorie(s) : Non classé

Tout bien considéré, je suis une énigme moi aussi, comme les gens. Je veux dire que je ne sais pas qui je suis en dehors de ce que je suis pour ceux qui comptent sur moi. Pour les uns, je suis une île entourée de silence, comme Montréal la ville-île qui m’enveloppe. Pour d’autres, je suis une oasis de paix dans le bruit incessant du dehors. D’autres enfin me voient comme une immensité feutrée et vaguement intimidante où les choses se passent sous la surface.
Ceux-là, je les attire avec mon quatrième étage, là où sont mes enregistrements de musique et de cinéma. Avec le temps, ils apprivoisent mes autres milieux de vie, comme on apprivoise les différents quartiers de la ville qu’on habite. Cependant, certains de mes familiers du quatrième ne se sont encore jamais risqués sur mes autres étages. Ils n’ont pas fait le tour de moi, n’ont jamais emprunté ma promenade qui va du rez-de-chaussée jusqu’au troisième et dont les vues sur mes espaces intérieurs autant que sur le dehors sont belles ou intrigantes, plurielles. Peut-être qu’ils n’aiment pas lire, tout simplement, et que mes enregistrements de cinéma et de musique les comblent.
J’ai l’impression que les gens qui n’aiment pas lire croient parfois que la lecture est une activité austère, asséchante. Mais il suffit d’observer quelqu’un qui est absorbé par un livre pour deviner toute une ébullition sous son crâne. On ne sait pas ce qui se passe sous ce crâne, l’énigme humaine demeure entière, mais c’est assurément plein d’activité et de concentration. Les gens qui lisent sont occupés, attentifs, parfois même habités. Leur visage est intéressant, il embellit, illuminé par une auréole spirituelle parfaitement visible. Les gens qui lisent écoutent une voix dans leur conscience.

C’est peut-être ça, finalement, l’écriture : une voix sans la parole.

arriver sinstaller

Les gens qui lisent écoutent une voix dans leur conscience, aquarelle et crayon mine ; Caroline Boileau

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