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Les chambres de bois

30 septembre 2015 par Gilbert Turp | Catégorie(s) : Non classé

Daniel est né avec une vieille âme : à dix ans, il savait déjà quelle direction il espérait que sa vie prenne. Il s’en faisait des rêves. Certains sont déjà en cours, d’autres attendront peut-être des décennies avant d’advenir. Il vient chercher dans ma Grande Baie ces livres – récents et anciens – qui racontent déjà chacun des rêves qu’il compte vivre. Pour lui, je suis bien la Gespeg de ses découvertes.

Virginie, sa copine, est une jeune âme. Elle repousse ses rêves avec inquiétude car elle craint qu’ils virent au cauchemar. Virginie se tourne vers l’incertain lendemain qui l’attend tout de suite après chaque nuit. Elle écoute de la musique du matin au soir, même pendant ses cours au cégep elle en écoute, assise au fond, discrètement, tandis que ses doigts agiles courrent sur le mini-clavier de son téléphone intelligent. Cela ne lui laisse pas beaucoup de temps pour lire. Elle lit quand elle y est obligée par un professeur, mais elle n’y entend pas grand chose. Elle ne sait pas encore que l’on peut écouter les livres.

Daniel l’entraîne dans la chambre de bois qui abrite la collection nationale. Les chambres de bois, d’Anne Hébert, roman marquant et merveilleux, a donné cette idée des deux chambres aux architectes. La première est la vaste chambre de la collection universelle dont les dimensions ne peuvent s’appréhender d’un seul regard. La seconde est celle-ci, haute chambre plus circonscrite que l’on peut embrasser d’un seul pivotement sur soi-même. C’est ce que fait Virginie, impressionnée. Et pour une raison que je ne m’explique pas, elle éteint sa musique pour écouter le souffle calfeutré du lieu. Tout est beau ici, du bois blond aux lampes vertes, et propice à l’apprivoisement des rêves. Virginie pourrait même trouver une édition rare du livre d’Anne Hébert. Les chambres de bois, c’est un parfait roman pour une jeune âme que les cauchemars inquiètent. L’écriture de l’auteure est si somptueuse et charnelle que la part angoissante du récit se transforme en lumière que le langage laisse échapper.

 

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Chambre de bois, Caroline Boileau

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