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Les gens sont des énigmes

26 septembre 2015 par Gilbert Turp | Catégorie(s) : Non classé

L’être humain est, de tous les animaux, celui qui compose le plus mal avec la souffrance. Voilà ce que la moitié des livres que je contiens finissent par dire. Les gens qui me fréquentent n’y échappent pas ; certains détestent souffrir au point qu’ils s’en font une faute. D’autres se sont inventés un droit au bonheur qui, de temps à autre, ne fait que les rendre plus malheureux encore, tant leur concept de bonheur s’avère évanescent. Vraiment, les gens sont des énigmes.

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Parce que j’appartiens au règne minéral, je suis imperturbable devant la souffrance. On peut me casser, me négliger, me démolir, me ruiner, je ne me révolterai pas, je ne fuirai pas, je ne ferai pas d’esclandre. L’irréparable sera commis, c’est tout. Je retournerai à mon éternité, qui tient au seul fait que je suis, même quand je n’existe pas. J’étais là, minérale, avant de prendre ma forme de Grande Baie et je ne cesserai pas de l’être après. Je dois ma perpétuation à mes métamorphoses. Telle est, au-delà de toute forme, ma substance.

Quand l’être humain, dans sa marche, bute sur une pierre ; la pierre n’a pas mal. L’être humain, lui, devient parfois si offensé qu’une pierre ose lui causer de la douleur qu’il se fâche contre elle, la déterre avec colère et la garoche au loin. Comme si le fait de voir une faute dans la souffrance l’obligeait à punir la pierre. Vraiment, oui, vraiment, les gens sont des énigmes ; et si les livres identifient le problème des humains avec la souffrance, ils n’y remédient que bien provisoirement.

Mais oublions tout ça un instant. L’automne s’infiltre depuis deux jours par mes lattes et par mes ouvertures. La saison m’emmitoufle déjà de sa poésie : les changements plus soudains de lumière et le croquant des pommes.

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