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Les feux d’artifice

25 septembre 2015 par Gilbert Turp | Catégorie(s) : Non classé

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Feux d’artifice

Monsieur Saint-Onge n’est pas un esthète. C’est un éthicien. Retraité depuis quelques années, il vient lire ici, il s’installe une heure ou deux et il dialogue avec l’auteur des pages qu’il tient entre ses mains. Le mot retraité, dans sa bouche, n’a rien à voir avec le mot désœuvré. Au contraire, il est à l’œuvre. Le temps ne se retire pas, il s’étend dans les confins de son esprit. Il lit énormément, de tout, avec la curiosité du voyageur. Mais il vous dira que les sujets importent. Certains écrivains s’attaquent visiblement à des sujets trop grands pour eux, pense-t-il. D’autres se restreignent aux sujets déjà familiers, cernés, tout pensés d’avance et sans surprise possible. D’autres enfin s’affairent à vous montrer qu’ils sont brillants. Ceux-là font des feux d’artifices. Et ils brillent en effet.
L’ennui, cependant, c’est qu’après en avoir mis plein la vue, les feux d’artifice se dissipent avant de toucher terre. Ils sont alors, au mieux, la métaphore des étoiles filantes, une mémoire cosmique en allée, dont l’éclat de brillance s’achève en poussière et sombre dans le silence. Au pire, les feux d’artifice ne subsistent que par le spectacle sans histoire de leur dissipation, à l’image d’une foule elle-même dissipée qui, une fois les feux du pont Jacques-Cartier éteints, ne peut que se dissiper encore vers les rues de la ville.
Monsieur Saint-Onge n’est pas un esthète, donc. Et il s’en réjouit car les esthètes souffrent en vieillissant de voir la beauté si fugitive leur échapper. Les esthètes ont parfois avec le temps des aigreurs et des regrets qui les retirent du monde, triste retraite. L’éthique permet, elle, d’abonder avec le sens et de se faire une joie d’être abondant. Ainsi, une citation de Boris Cirulnik glanée dans le roman Philippe H ou la malencontre, de Mylène Fortin, devient matière à réflexion. Une phrase lui fait penser à une chose qui lui fait penser à autre chose qui lui fait se souvenir d’une de ces choses à laquelle il n’avait plus pensé peut-être.
Ainsi, il se demande tout en lisant : Ne sommes-nous que des névroses en collision dès que nous nous rencontrons hors des structures sociales qui nous encadrent ? L’amour est-il une illusion de liberté ? Et le désir, un malentendu malencontreux ? Sommes-nous une faille, voire une faillite ?
Ensuite, évoquant d’autres livres, il se demande : vaut-il mieux que les écrivains écrivent au « je » et racontent leur expérience alors même que la vie les entraîne dans son syphon ? Ou bien, faut-il attendre que l’expérience se transmue en histoire pour la raconter à la troisième personne, et la réinventer ?
Une telle méditation, tout en bonds, presque dansante ne pouvait qu’aboutir à cet aveu : aux feux d’artifice des écritures qui se dissipent, monsieur Saint-Onge préfère les livres qui ont de la persistance et qui se déposent en lui, au chaud, là où ce qui fait la saveur de la vie et du monde se distribue entre sa mémoire et sa conscience.

Parlant de rencontres,croyez-vous aux coïncidences ?

Parlant de rencontres,croyez-vous aux coïncidences ?

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