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À l’auditorium

24 septembre 2015 par Gilbert Turp | Catégorie(s) : Non classé

Alain Deneault est un chercheur à qui il arrive de traverser ma galerie des transparences. Hier soir, il est passé pour aller parler aux gens qui s’étaient rassemblés à l’auditorium.
Il y avait un débat électoral. Chouette ! Ce n’est pas tous les jours que j’accueille un débat électoral. C’était intéressant, et parfois, franchement rigolo. Qui l’eut cru ? Ils sont tous venus, le bleu, l’orangé, la rouge, le vert, le bloc (un autre genre de bleu). Il était question des paradis fiscaux, une question qu’a approfondie monsieur Deneault et qui m’intéresse aussi au plus haut point parce que, même si je ne coûte rien, je ne suis pas gratuite. Quand je pense aux 200 milliards que les entreprises et quelques individus de citoyenneté canadienne enfouissent dans ces paradis, je me demande s’ils ne me privent pas de ma raison profonde : donner accès à une expérience d’humanité. Car l’humanité se caractérise par la capacité de désirer, de nommer ses aspirations, ses rêves – et ça, c’est en moi que vous le trouverez, du moins dans sa version écrite.
Bref, si les éviteurs fiscaux éprouvaient ne serait-ce qu’une petite gêne, ils pourraient contribuer à une hauteur très humble, comme celle de la petite classe moyenne, disons 20 %. Ce serait toujours bien 40 milliards que nos futurs élus pourraient, dans leur infinie sagesse, distribuer. Je leur ferais signe alors, il y a tant de choses que je pourrais faire !
Mais je voulais marquer ici ma mémoire de la saisissante humanité de monsieur Deneault. Qu‘un chercheur dont les travaux sont si importants, si précieux, soit de surcroît un homme si fragilement bon, porteur d’un timide mais manifeste amour de la vie, voilà qui me remue. Si mes bras de Grande Baie pouvaient se replier, quelle étreinte je lui aurais donné. Je l’aurais enserré dans ma chaleur de bois pour le remercier ! Et pourtant, je ne suis pas une grande dame politique. Je ne veux pas jouer de jeux. Je veux transmettre.
Hier soir, à l’auditorium, j’écoutais sa voix doucement flûtée et je regardais son grand corps timide, un peu vouté, surtout de l’épaule droite, et tout cela me le faisait voir à nu, ouvert, plein de ce qui fait un être humain : des inquiétudes, une générosité, des doutes, de la lucidité, des fulgurances, de l’ombre, de la patience, une pensée avec son faufil rouge d’affects et une simplicité au fond de l’œil, une magnifique amitié pour ceux qui savent la valeur d’une main tendue qui s’ouvre avec, dans la paume, un peu de lumière.
Dans mon lit cette nuit, je me disais que, d’une certaine manière, rien n’était peut-être plus politique aujourd’hui qu’un être humain qui se présente à nu comme ça, fort et fragile, et tout entier tendu vers la clarté.

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