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Chapeau du jour

21 septembre 2015 par Gilbert Turp | Catégorie(s) : Non classé

Tiens, aujourd’hui madame J*** porte un chapeau qui laisse ses yeux dans l’ombre, lui donnant un air à la Ingrid Bergman dans Casablanca. J*** écrit depuis une bonne quinzaine d’années, avec une pudeur lyrique dans l’expression. L’arabe a quelque chose d’incantatoire dans son rythme ; une phrase longue d’une page n’étonne pas et les mélopées du savoir-dire invitent les demi-teintes. La pudeur orientale est une ombre qui s’étend au sol, muette et attentive, et vous indique qu’elle est là et qu’il n’en tient qu’à vous d’en deviner le frémissement.
J*** vit à Montréal depuis au moins dix ans, puisque je l’accueille depuis mes tous débuts. Cette fois, elle désire consulter des ouvrages de référence sur le monde de l’édition québécoise et parcourir les sites internet des éditeurs. C’est qu’elle veut écrire le livre de son Montréal et l’écrire en français. De son village natal, où chaque maison la connaissait, elle a tout dit. Montréal, cette ville juste assez grande pour qu’elle s’y perde sans crainte le temps d’une promenade ou d’une activité gratuite, est sa nouvelle histoire et elle requiert une nouvelle langue. C’est une histoire de déambulations. Ici, elle peut oublier les regards indiscrets qui vous suivent, les commérages qui suintent du voisinage dès que vous dérogez au sillon tout tracé des habitudes. Ici, elle peut oublier ses tâches du soir et son rôle auprès de ses fils, de son mari. Elle a envie de parler de cette ville  où parfois, l’après-midi, se perdre est se trouver.

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Madame J*** et son chapeau ; Aquarelle, Caroline Boileau

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