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La gaillarde

16 septembre 2015 par Gilbert Turp | Catégorie(s) : Non classé

la gaillarde

La gaillarde, vivace rustique ; aquarelle et mine de plomb, Caroline Boileau

 

Sa mère disait de madame N*** qu’elle était aguerrie, car enfant de la guerre. Mais naître durant la deuxième guerre mondiale peut aussi bien faire de vous une enfant de la paix, puisque la première transformation du monde de votre enfance sera cette venue saisissante de l’apaisement, cette action rare et essentielle à cette autre paix, plus rare encore, qui est celle de l’esprit. Mieux que la guerre, la paix peut éveiller le sens de l’aventure car elle permet la curiosité ; elle fait de vous une gaillarde.
La Gaillarde est également le nom d’une plante vivace, rustique, jouisseuse dans ses contorsions de croissance et dont la floraison jaune orangée est toujours surprenante, inattendue, imprévisible. Au printemps, on la retrouve autrement qu’à l’automne précédent. La gaillarde est fidèle à elle-même et bien enracinée, on la reconnaît, mais on ne la retrouve jamais là où l’on s’y attendait. Elle se révèle et se déploie au gré de son inspiration, elle apparait dirait-on, comme une surprise. La paix est ainsi, vivace, rustique. Laissez-la vous métamorphoser et elle vous donnera à vivre des surprises, des joies.
Madame N*** réussit ainsi à me surprendre chaque fois qu’elle passe, pourtant régulièrement. Je ne compte plus les piles de romans avec lesquels elle ressort ; elle doit bien en  lire trois par semaine. Elle a le temps de lire des romans, maintenant, et l’apaisement favorise l’abondance. Au chalet, où elle demeure souvent à la belle saison, l’espace croule sous les ouvrages de sciences naturelles, biologie, botanique. La nature autour d’elle foisonne, quoique de moins en moins. Moins de monarques, ces papillons qui se relaient de génération en génération du Mexique jusqu’ici. Moins d’asclépiade, cette plante dont le monarque se nourrit, et moins d’abeilles pour butiner les asclépiades et favoriser la pollinisation. Cet appauvrissement, elle le consigne dans le journal du chalet depuis dix ans. Là où il y avait autrefois une talle, ne reste que deux ou trois plants. Quant au roitelet à couronne rubis, il ne passe plus l’hiver comme il le faisait encore il y a cinq ans. Et la paix, la paix qui vous rend si gaillarde, vous rappelle qu’il y a encore des guerres, et vous voudriez apaiser les humains, car vous savez que celle qu’ils livrent aux écosystèmes, ils risquent fort de la perdre.

 

Mains de N

Les mains de N***

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