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Instantané, le blogue des archivistes.

La description des photographies du fonds du journal La Presse. Pouvez-vous nous aider? – suite et fin.

Vous avez été nombreux à répondre à notre invitation d’identifier des personnes présentes sur deux photographies du fonds du journal La Presse (blogue publié le 20 janvier 2016). Plusieurs d’entre vous ont réalisé des recherches approfondies et bien documentées nous permettant avec certitude d’identifier certaines personnes. Cela est notamment le cas de la photographie de Jean Béliveau accompagné de Joan Hendry, Marie St-Jean, Andrée Bernèche et Sigrid Chatel.

L’identification des personnes sur la photographie prise sur le plateau de télévision de l’émission Donald Lautrec chaud a quant à elle, et encore jusqu’à présent, suscité des avis partagés. Or, au cours des derniers jours, nous avons découvert des clichés pris lors de la même séance. Une fois numérisées et agrandies, ces images ont permis de mieux identifier les deux artistes en pleine répétition avec Donald Lautrec et les autres participants. À la lumière de ces informations supplémentaires et de vos commentaires, nous sommes en mesure d’affirmer que les deux personnalités sont Normand Gélinas et Isabelle Pierre.

 

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BAnQ Vieux-Montréal, fonds Journal La Presse (dossier Donald Lautrec), photographe Robert Nadon.

 

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BAnQ Vieux-Montréal, fonds Journal La Presse (dossier Donald Lautrec), photographe Robert Nadon.

 

Votre participation et vos recherches grandement appréciées nous ont ainsi permis de rédiger la notice descriptive des photographies prises lors des séances avec Jean Béliveau, en juin 1968, et Donald Lautrec, en août 1969.

De notre point de vue, cette collaboration avec nos lecteurs a été, jusqu’à présent, très fructueuse et nous prévoyons solliciter votre aide de nouveau afin de compléter l’identification d’autres photographies. Sachez que votre participation nous est précieuse et que, grâce à vos commentaires, vous contribuez à la mise en valeur de notre patrimoine archivistique. Nous vous en remercions et espérons que cette initiative suscitera un intérêt auprès d’un grand nombre de lecteurs d’Instantanés. Dans les prochaines semaines, nous vous ferons découvrir quelques autres personnalités sous un nouveau jour.

Nous profitons de l’occasion pour vous informer que le contenu du fonds du journal La Presse n’est pas encore accessible puisqu’il fait l’objet d’un important travail de classement et de description de la part d’une équipe d’archivistes. Vous serez informés dès que le fonds aura été traité et rendu accessible pour consultation par les usagers.

 

François David, adjoint à la conservatrice et directrice générale des Archives nationales, en collaboration avec Mireille Lebeau, chargée de projet du traitement du fonds d’archives La Presse

La description des photographies du fonds du journal La Presse. Pouvez-vous nous aider?

Depuis septembre 2015, une équipe d’archivistes procède au classement des archives photographiques antérieures à 2001 du fonds du journal La Presse. Une fois le travail de classement finalisé, l’étape suivante consistera à décrire les images qui auront été retenues. Au final, il s’agira d’identifier des centaines de milliers de photographies!

La description d’une telle quantité de documents est ambitieuse. Elle est néanmoins incontournable si l’on souhaite exploiter le plein potentiel de ce riche ensemble documentaire. En effet, nous considérons inutile sur le plan archivistique et frustrant pour les chercheurs d’accoler à une grande quantité de photographies une description générique pouvant être aussi vague que : « Photographie de personnes non identifiées à l’occasion d’un événement inconnu ayant eu lieu à une date indéterminée »!

Fort heureusement, une description minimale pour la majorité des clichés du journal La Presse est disponible grâce aux informations inscrites au verso des épreuves photographiques. Cependant, même si ces renseignements s’avèrent précieux, ils sont parfois incomplets et nécessitent des recherches supplémentaires de la part des archivistes. Cette tâche d’identification de personnes, de lieux ou de dates relève parfois du travail de détective et met à l’épreuve les connaissances historiques et les capacités à reconnaître des personnalités publiques qui ont fait les manchettes du quotidien, il y a 20, 30 ou 50 ans. Malgré les connaissances combinées de nos équipes, plusieurs photographies résistent à nos efforts d’identification et n’ont pas ainsi dévoilé tous leurs secrets.

Instantanés a décidé d’interpeler ses lecteurs afin d’aider à bonifier certaines descriptions de photographies. Nous avons sélectionné les deux épreuves suivantes qui nécessitent un complément d’information. N’hésitez donc pas à inscrire dans la section « Commentaires » toutes idées ou pistes susceptibles de nous aider à décrire ces documents. Vos suggestions seront vérifiées par nos équipes et soumises par la suite à une validation par les lecteurs d’Instantanés.

Cette initiative d’interpeler nos lecteurs s’inscrit dans la volonté de BAnQ de donner les moyens à ses usagers de contribuer aux efforts de l’institution à rendre plus accessibles ses ressources documentaires. C’est ainsi, par exemple, que BAnQ, en collaboration avec Wikimédia Canada, a également développé un projet de transcription collaborative invitant la communauté wikisourcienne à aider à la transcription, à la vérification et à la correction de documents d’archives. Pour en savoir plus sur ce projet et y participer, consultez la page https://fr.wikisource.org/wiki/Wikisource:BAnQ. De plus, il est possible de bonifier la description d’aquarelles représentant le centre-ville de Montréal dans les années 1950 dessinées par le caricaturiste Jacques Gagnier (voir https://www.flickr.com/photos/banq/albums/72157659273752646).


Nous vous invitons à participer en grand nombre et nous vous remercions à l’avance de votre collaboration.


François David, adjoint à la conservatrice et directrice générale des archives, en collaboration avec Mireille Lebeau, chargée de projet du traitement du fonds d’archives La Presse


Première photographie à identifier

 

Reconnaissez-vous l’une ou l’autre des quatre jeunes filles en compagnie de Jean Béliveau? Selon les informations disponibles, cette photographie aurait été prise le 12 juin 1968, probablement lors d’une soirée organisée par le Club de la médaille d’or, organisme voué au soutien des athlètes de la relève.


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BAnQ Vieux-Montréal, fonds Journal La Presse (dossier Jean Béliveau), photographe Yves Beauchamp.

 

Deuxième photographie à identifier

 

Alors que l’on reconnaît Normand Gélinas qui semble répéter quelques pas de danse à la gauche de Donald Lautrec, nous aimerions identifier la personne qui se tient à la droite de ce dernier. Une consultation à l’interne de nos équipes n’a pas permis d’identifier cette personne avec certitude. Les noms de deux chanteuses québécoises ont été proposés sans cependant rallier une majorité. Nous nous tournons donc vers les lecteurs d’Instantanés pour nous aider à trancher. Cependant, afin de ne pas influencer votre choix, nous préférons ne pas vous faire part pour le moment de nos hypothèses. Si vous reconnaissez d’autres personnes, veuillez aussi nous l’indiquer. Pour votre information, ce cliché a probablement été pris à l’occasion d’une répétition d’une émission de la populaire série de variétés Donald Lautrec chaud diffusée à la Société Radio Canada (SRC) de 1969 à 1971.


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BAnQ Vieux-Montréal, fonds Journal La Presse (dossier Donald Lautrec), photographe Robert Nadon.

Bientôt à BAnQ : l’actualité du 20e siècle racontée à travers les photographies du journal La Presse

Depuis sa fondation, en 1884, jusqu’à sa récente édition entièrement en format numérique, le quotidien La Presse n’a eu de cesse de documenter l’actualité montréalaise, canadienne et internationale. Au fil des décennies, ce sont des millions d’images – d’abord des gravures et ensuite des photographies – qui ont été produites pour illustrer les articles des journalistes et des chroniqueurs. Une partie de ces clichés provient de diverses agences de presse internationales, mais une large part est le fruit du travail de la trentaine de photographes employés par le journal, surtout dans la seconde moitié du 20e siècle. Ce sont les Yves Beauchamp, Bernard Brault, les frères Réal et Roger St-Jean, Antoine Desilets, Robert Mailloux et Pierre McCann pour ne nommer que ceux-là!

Chacun à leur manière et avec leur propre technique, ils ont immortalisé les moments forts de l’histoire québécoise à travers toutes les sphères de l’actualité, qu’elle soit sportive, culturelle, politique, internationale ou encore économique. Les photos nous renvoient ainsi autant aux matchs les plus mémorables du Canadien de Montréal, ou encore des Expos, qu’à la tenue d’événements majeurs pour la métropole comme les Jeux olympiques de 1976 ou les différents festivals d’été devenus désormais incontournables. Les événements plus dramatiques y sont aussi documentés comme la crise d’octobre (1970), la crise d’Oka (1990) ou encore l’actualité politique comme les deux référendums sur la souveraineté du Québec (1980 et 1995) ou les diverses campagnes électorales. Par ailleurs, les reportages mettent en scène plusieurs personnalités publiques ayant marqué leur époque : politiciens, poètes et écrivains, acteurs, chanteurs, artistes visuels, sportifs et plus encore. Enfin, une foule de sujets plus inusités sont également documentés.

La Presse conserve actuellement plusieurs centaines de milliers de photographies analogiques (négatifs et épreuves) produites entre 1930 et 2001 auxquelles s’ajoute le volet numérique. Consciente de la richesse patrimoniale de son fonds photographique, La Presse a fait don de la portion analogique de celui-ci à BAnQ en 2015. Toutefois, avant le transfert physique des documents à BAnQ Vieux-Montréal, prévu pour l’automne 2016, les deux institutions se sont associées afin de traiter cette importante masse documentaire pour mieux la mettre en valeur.

 

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Yves Dugas, spécialiste en numérisation à La Presse, s’affaire au tri des épreuves non pertinentes.


Ainsi depuis le 14 septembre dernier, une équipe de quatre archivistes embauchée par La Presse et supervisée par BAnQ se consacre à la sélection, à la description et à la conservation des reportages les plus significatifs. Pour faciliter son travail, l’équipe peut compter sur la précieuse collaboration d’Yves Dugas, spécialiste de la numérisation au journal.

À la suite de leur transfert à BAnQ à l’automne 2016, la totalité des images retenues sera progressivement numérisée et ainsi mise à la disposition du grand public sur notre portail. En raison de l’envergure du projet et de la valeur patrimoniale des documents qui seront conservés, nous informerons ponctuellement les lecteurs du blogue Instantanés de l’avancée des travaux. C’est donc à suivre…

 

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L’équipe de traitement en plein travail. De gauche à droite : Sylvie Grondin, Mireille Lebeau et Judith Dimitri. Absente sur la photo:  la quatrième archiviste, Joanie Levasseur.


Julie Fontaine, archiviste – BAnQ Vieux-Montréal

Les archives de Gabrielle Messier à BAnQ : portrait d’une artiste-peintre

Le traitement définitif des archives de Gabrielle Messier, l’une des premières artistes-peintres ayant fait carrière au Québec, vient récemment d’être complété. Ce fonds est accessible à BAnQ Vieux-Montréal et permet aux chercheurs ainsi qu’au grand public de découvrir la vie et la carrière de cette artiste hors-norme. En effet, celle-ci a commencé sa carrière à une époque où son domaine est encore dominé par les hommes.

Gabrielle Messier est fille d’une famille aisée de Mont-Saint-Hilaire et est née en 1904. Attirée par les arts picturaux dès son enfance, elle se lie d’amitié avec un garçon du voisinage, Paul-Émile Borduas, le futur peintre de grande renommée.

En 1940, elle devient l’élève, puis l’assistante de l’artiste tout aussi réputé Ozias Leduc et le demeurera jusqu’à la mort de ce dernier en 1955. Elle est notamment sa proche collaboratrice pendant le dernier grand projet du maître, c’est-à-dire la décoration de l’église Notre-Dame-de-la-Présentation à Almaville-en-Bas (devenue Shawinigan-Sud), travail qu’elle termine seule en 1956.

 

Gabrielle Messier et Ozias Leduc [vers 1945]. BAnQ Vieux-Montréal (P895). Photographe non identifié.

Gabrielle Messier et Ozias Leduc [vers 1945]. BAnQ Vieux-Montréal (P895). Photographe non identifié.

 

Après ce projet d’envergure, Gabrielle Messier poursuit sa carrière artistique. Elle participe en son propre nom à plusieurs concours d’art et expose ses œuvres dans les galeries québécoises, autant en solo qu’avec d’autres artistes. Elle enseigne également la peinture et le dessin pendant le reste de sa carrière, partageant son art avec les enfants et les adultes inscrits à ses cours. Parallèlement, elle demeure tout de même dévouée à son dernier maître et à son travail, participant à de nombreux projets et expositions mettant en valeur les œuvres d’Ozias Leduc. Elle collabore notamment à la réalisation du film Correlieu – nom donné par Ozias Leduc à son atelier de travail – avec Jean Palardy et Clément Perron pour l’ONF.

Durant les dernières années de sa vie, Gabrielle Messier s’installe à Port-Daniel au bord de la Baie-des-Chaleurs pour découvrir de nouveaux paysages à peindre. Ses œuvres – plus de 675 au total – sont dispersées auprès de collectionneurs privés, mais aussi dans quelques musées, dont le musée des Beaux-arts de Québec. Elle s’éteint en 2003 à l’hôpital de Chandler en Gaspésie.

Son fonds laisse ainsi entrevoir une bonne partie de son parcours professionnel. De plus, l’influence du « Sage de Saint-Hilaire » est palpable dans ses œuvres et ses archives : tout au long de sa carrière, on peut, en effet, retracer ses nombreuses collaborations avec des auteurs, des cinéastes, des étudiants ou des collectionneurs en quête d’informations sur la vie et l’œuvre d’Ozias Leduc. La pièce maîtresse du fonds est d’ailleurs le journal de travail de Gabrielle Messier, relatant entre autres l’avancement du projet de décoration de Notre-Dame-de-la-Présentation jusqu’à la fin des travaux et détaillant le processus de création de la dernière œuvre de Leduc, classée patrimoine culturel en 1975.

 

Première page du journal de travail de Gabrielle Messier, datant du début du projet de décoration de l’Église Notre-Dame-de-la-Présentation à Almaville-en-Bas. 1941. BAnQ Vieux-Montréal (P895).

Première page du journal de travail de Gabrielle Messier, datant du début du projet de décoration de l’Église Notre-Dame-de-la-Présentation à Almaville-en-Bas. 1941. BAnQ Vieux-Montréal (P895).

 

Outre ce journal de travail, on peut trouver dans le fonds de cette artiste d’autres documents de nature professionnelle dont des livres d’or et un catalogue des œuvres de Messier, en plus de conventions et de contrats avec diverses institutions. Le fonds contient également plus de 500 documents photographiques portant sur les œuvres et la carrière de l’artiste et témoignant, entre autres, de son passage à Shawinigan-Sud. Quant aux autres documents, les journaux intimes et la correspondance volumineuse disponible témoignent d’une personne adorable et chaleureuse, qui a entretenu des liens d’amitié durables avec plusieurs artistes, collaborateurs et anciens élèves.

 

Photographie montrant «Verger en fleurs», 1994. BAnQ Vieux-Montréal (P895). Photographe non identifié

Photographie montrant «Verger en fleurs», 1994. BAnQ Vieux-Montréal (P895). Photographe non identifié.

 

Catherine Lamarche, stagiaire de l’École de bibliothéconomie et des sciences de l’information (supervisée par Julie Fontaine, archiviste) – BAnQ Vieux-Montréal

Paul Buissonneau et les Compagnons de la chanson

Paul Buissonneau est né à Paris le 24 décembre 1926. De 1946 à 1950, il est membre du groupe les Compagnons de la chanson. En 1946, les Compagnons enregistrent, avec Édith Piaf, la chanson Les Trois Cloches qui devient un succès international et les révèle au grand public. Le Fonds Paul Buissonneau MSS465 que nous traitons présentement nous a permis de découvrir une douzaine de photographies d’Édith Piaf avec les Compagnons de la chanson et plus de cent photographies du groupe vocal. En 1946, le groupe français effectue une tournée avec Édith Piaf en Europe, au Moyen-Orient, en Afrique du Nord, aux États-Unis et au Canada.

Les Compagnons de la chanson en spectacle sur le bateau Île de France, [1948]. BAnQ Vieux-Montréal (MSS465). Photographe : Louis Hamon.

Les Compagnons de la chanson en spectacle sur le bateau Île de France, [1948]. BAnQ Vieux-Montréal (MSS465). Photographe : Louis Hamon.


Au cours de cette tournée de spectacles, les Compagnons rencontrent, entre autres, Maurice Chevalier, Bob Hope et Dorothy Lamour.

Les Compagnons de la chanson avec Maurice Chevalier, Cannes, France, [1949]. BAnQ Vieux-Montréal (MSS465). Photographe : A. Traverso.

Les Compagnons de la chanson avec Maurice Chevalier, Cannes, France, [1949]. BAnQ Vieux-Montréal (MSS465). Photographe : A. Traverso.

 

Suite au triomphe de leur tournée internationale, Georges Friedland tourne un film dont les vedettes sont les Compagnons de la chanson et Édith Piaf : Neuf garçons, un cœur, film qui sortira en 1948.

Film Neuf garçons, un cœur, [1948]. BAnQ Vieux-Montréal (MSS465). BAnQ Vieux-Montréal (MSS465). Photographe non identifié.

Film Neuf garçons, un cœur, [1948]. BAnQ Vieux-Montréal (MSS465). Photographe non identifié.


En 1984, Paul Buissonneau retrouve les Compagnons de la chanson lors de leur tournée d’adieux; il les présente au public à Québec et à Montréal. Pour d’autres renseignements concernant la carrière de Paul Buissonneau, vous pouvez consulter le blogue publié en décembre 2014, à la suite de son décès.

Christiane Roy avec la collaboration de Marthe Léger, archivistes – BAnQ Vieux-Montréal

De la correspondance en ordre alphabétique ou chronologique? Là est la question!

La correspondance est révélatrice des occupations, des prises de position et des valeurs de ses auteurs. Elle témoigne également d’une époque autant par les sujets abordés, les opinions et émotions exprimées que par le style littéraire employé. La correspondance est par conséquent un apport indéniable à tout fonds d’archives. Toutefois, quand vient le temps de l’organiser, comment devrait-on la classer pour en faciliter la consultation? Devrait-on favoriser l’ordre chronologique ou plutôt le classement alphabétique?

L’archiviste qui se pose ces questions doit, avant toute chose, analyser le contexte de création. À cet égard, le principe archivistique du respect des fonds est clair. L’archiviste conservera l’ordre originel des documents dans le fonds d’archives, dans la mesure où celui-ci est compréhensible et facilite la recherche. C’est également ce qui sera conseillé à un donateur qui désire organiser son fonds d’archives avant la donation, s’il a pris soin de classer, au fur et à mesure, le courrier qu’il a reçu par correspondants ou par dates. Il pourra aussi, du même coup, identifier les expéditeurs des lettres signées d’un prénom ou d’initiales.

L’ordre chronologique comme l’ordre alphabétique comportent des avantages et des inconvénients. Le premier permet aux chercheurs de lire, l’une à la suite de l’autre, toutes les lettres reçues des différents correspondants susceptibles de témoigner d’un épisode marquant de la vie du destinataire, pensons à une nomination pour un poste important ou à la remise d’un prix. Il rend par contre plus difficile la consultation des lettres reçues d’un même expéditeur sur plusieurs années, voire des décennies.

À l’inverse, l’ordre alphabétique permet plus aisément de suivre l’échange entre un expéditeur et son destinataire. Ce classement s’avère souvent le plus pratique lorsque le fonds fait l’objet d’une évaluation monétaire, puisque les évaluateurs peuvent ainsi compter plus rapidement les lettres d’un même auteur, le nom des expéditeurs pouvant influencer la juste valeur marchande des documents. Le chercheur devra par contre consulter plusieurs dossiers afin de lire la correspondance portant sur une époque donnée.

Il n’existe donc pas qu’une bonne réponse, mais plutôt des solutions adaptées au contexte particulier de chaque fonds d’archives.

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Lettre de Gilles Cyr à Marcel Bélanger, 18 novembre 1992. BAnQ Vieux-Montréal, Fonds Marcel Bélanger (P892,S1,D7).

Valérie D’Amour, archiviste – BAnQ Vieux-Montréal

Souriez! On organise nos photos du temps des Fêtes

Le temps des Fêtes! Période festive propice aux rencontres en famille ou entre amis, ainsi qu’à la redécouverte des plaisirs hivernaux en patin, à ski ou simplement en dévalant les pentes sur une luge. Appareil photo, tablette ou téléphone intelligent à la main, voilà qu’on immortalise ces moments mémorables!

Qui dit photos numériques, dit également quantité de fichiers à sélectionner, à organiser, à décrire et à conserver. Pourquoi me demanderez-vous? Parce que ces précieux souvenirs font partie de votre histoire et qu’ils constituent vos archives personnelles. Pour vous aider à créer votre boîte à souvenir numérique, voici quelques conseils :

– On évite de saturer l’espace mémoire de nos appareils, nos périphériques ou notre nuage informatique en procédant à la sélection de nos photos. Ainsi, on conservera les clichés les plus significatifs et l’on détruira les photos ayant moins d’intérêt à nos yeux ou dont la qualité technique ou esthétique laisse à désirer.

– On organise nos photos en les regroupant par thème, par événement, par date ou par lieu.

– On renomme les fichiers pour un repérage plus efficace.

– On documente nos photos pour se souvenir du contexte, de l’événement, des gens photographiés, de la date exacte, du lieu ou de toute autre information visant à témoigner des événements importants de notre vie et les faire connaître à nos parents, amis, enfants ou petits-enfants.

– On sécurise cette mémoire en faisant une copie de conservation sur 2 ou 3 supports différents tels qu’un CD ou un disque dur.

 

Vous êtes un novice en ce domaine, sachez qu’un atelier d’initiation intitulé Mon projet photos sera présenté à la Grande Bibliothèque en février et en avril. Surveillez le calendrier des activités culturelles.

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Famille Lepage dans leur salon au temps des fêtes, 7 janvier 1953.  BAnQ Gatineau (P174, S6, D4267). Photographe : Champlain Marcil.

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Jean-Bernard Chénier sur sa luge, vers 1930. BAnQ Gatineau (P28, D277). Photographe : Rodolphe Léger.

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Repas de la famille Banks à Worthing dans le Sussex en Angleterre, 1937. BAnQ Gatineau (P132, S1, D451). Photographe F.H. Summers.

Nathalie Gélinas, archiviste-coordonnatrice – BAnQ Gatineau

Le fonds Jean Goguen : un petit fonds qui en dit long!

BAnQ Vieux-Montréal termine actuellement le traitement du fonds Jean Goguen (P913). Ce peintre a contribué activement aux réflexions qui ont marqué le milieu des arts visuels au Québec dans les années 1950 et 1960. Signataire du manifeste du mouvement plasticien, il a entre autres participé, au côté de Guido Molinari et Claude Tousignant, à l’exposition Art abstrait en 1959. À compter des années 1960, Jean Goguen a poursuivi dans l’enseignement son travail d’élaboration théorique et esthétique amorcé dans sa pratique artistique. Il a été professeur en arts à l’Université Sir George Williams, devenue l’Université Concordia.

Le fonds Jean Goguen contient quinze centimètres de documents textuels, 85 photographies, six enregistrements sonores et un enregistrement vidéo. Bien que peu volumineux, ce fonds est d’un grand intérêt documentaire. Il offre aux chercheurs des pistes pour la compréhension de la démarche artistique de Goguen et nous révèle les liens qu’il entretenait avec des artistes déterminants de son époque comme Guido Molinari, Paul-Émile Borduas et Claude Gauvreau. Parmi les petits trésors de ce fonds, les cahiers de notes et d’esquisses donnent un accès privilégié aux états d’âme et aux préoccupations artistiques du peintre.

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Extrait d’un cahier de notes dans lequel Jean Goguen commente un projet d’exposition de Guido Molinari, 24 octobre 1953. BAnQ Vieux-Montréal (P913,S2,D2).

 

Qui plus est, cette nouvelle acquisition vient enrichir le corpus des fonds d’artistes en art visuel disponibles au centre de BAnQ Vieux-Montréal, pensons à Léon Bellefleur (P898), Kittie Bruneau (MSS476), Pierre Ayot (P905) et René Derouin (P922). L’interrelation de ces fonds, qui traitent souvent d’un même sujet sous différents angles, permet dans le cas présent d’avoir une vue d’ensemble de la pratique artistique des années 1950 à 1980, une période d’effervescence dans l’histoire de l’art au Québec.

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Élément de recherche visuelle, vers 1970. BAnQ Vieux-Montréal (P913,S2,D2).

 

Valérie D’Amour, archiviste – BAnQ Vieux-Montréal

Daniel Filion, technicien en documentation – BAnQ Vieux-Montréal

Une histoire d’amour cachée dans les documents d’un notaire

Le traitement des archives nous permet parfois de faire des découvertes inusitées. Tel est le cas lors du traitement du greffe du notaire Charles Crépeau qui a pratiqué à Montebello de 1911 à 1950.

Deux éléments attirent notre attention. Tout d’abord, les magnifiques dessins au crayon de plomb représentant le visage d’une femme au début de l’index. Ensuite, les entrées au répertoire du notaire qui semblent s’estomper brusquement après juin 1924. En effet, avant cette date le notaire complétait en moyenne 70 actes par année, alors qu’après, cette moyenne chute à 4 actes de 1925 à 1940.

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Photo : Marc St-Jacques

Quelle histoire peut bien cacher ces documents? Les archives judiciaires nous permettent d’en comprendre davantage sur ce personnage. Dans un dossier de la Cour supérieure de Hull, on découvre un notaire amoureux d’une jeune veuve du nom d’Adine Lavictoire. En 1924, leurs fréquentations durent depuis beaucoup trop longtemps aux yeux du curé du village qui juge qu’après six semaines les tourtereaux devraient s’épouser.

Le curé intervient pendant la messe du haut de la chaire sans les nommer. En privé, il les presse à convoler en justes noces, mais ceux-ci tardent. Usant de pression auprès du locateur du logement chez qui le notaire habite et auprès de l’employeur d’Adine, le curé utilise plusieurs tactiques pour séparer les amoureux.

En 1926, face aux pressions et à l’acharnement du curé, Charles Crépeau décide de le poursuivre pour les dommages subis et l’atteinte à sa réputation. Il gagne sa cause en appel et est dédommagé. Charles Crépeau meurt le 14 mai 1951 sans jamais avoir épousé Adine Lavictoire. Elle lui survit pendant plus de quarante ans et meurt à son tour en 1992.

Les curieux consulteront :

  • le dossier de la Cour supérieure de Hull (BAnQ Gatineau, TP11, S26, SS2, SSS2, D8187, 1926);
  • le dossier de la Cour d’appel (BAnQ Montréal, TP9, S2, SS6, SSS1, D155, 1927) ou encore
  • la conférence de Jean-Pierre Ippersiel intitulée L’affaire Chamberland-Crépeau publiée en fascicule par la Société historique Louis-Joseph Papineau de Montebello.

Marc St-Jacques, technicien en documentation – BAnQ Gatineau

Les fonds d’architectes et le tri qualitatif

Des critères de tri spécifiques ont été développés par les archivistes de BAnQ pour assurer la conservation et la diffusion des fonds d’architectes. Ces critères ont été élaborés en tenant compte des besoins de la recherche et des impératifs de gestion (ressources humaines, besoins des usagers, ressources financières, espaces d’entreposage, etc.).

La Direction générale des archives de BAnQ a donc défini certains critères spécifiques qui encadrent et guident le travail de ses archivistes lors du traitement de ce type de fonds. Par exemple, on conservera intégralement des listes, des inventaires et des fichiers rappelant l’ensemble des réalisations d’un bureau d’architectes. On procèdera également à une sélection qualitative et quantitative d’environ 10 % des dossiers de projets architecturaux. Parmi les critères qualitatifs, soulignons les suivants :

  • Les projets mis en nomination ou ayant obtenu un prix;
  • Les projets majeurs représentatifs de la carrière de l’architecte;
  • Les projets qui attestent de la spécialité de l’architecte;
  • Les projets particuliers marquant un progrès dans l’expression artistique ou technique;
  • Les projets qui se distinguent par la qualité graphique et d’exécution des dessins;
  • Les projets de restauration sur des bâtiments patrimoniaux (dont ceux classés par le Conseil du patrimoine culturel du Québec);
  • Le dossier le plus complet de tout projet qui répète une réalisation;
  • Les projets qui témoignent de l’utilisation de matériaux, de techniques ou de vocabulaire stylistique ou décoratif propres à une région;
  • Les projets liés à des événements publics;
  • Les projets significatifs pour une localité ou une région.

L’archiviste effectue, avec la collaboration du créateur des documents lorsque possible, cette  sélection qualitative des projets architecturaux. L’application de ces critères qualitatifs permet au créateur des documents et à l’archiviste d’identifier les projets les  plus significatifs. Les projets répondant à plusieurs critères doivent être privilégiés.

Dessin architectural de l’Église Sainte-Clothilde de Beauce, par l’architecte Louis-Philippe Lefebvre, 1947. BAnQ Québec, Fonds Louis-Philippe Lefebvre, architecte (P900)

Dessin architectural de l’Église Sainte-Clothilde de Beauce, par l’architecte Louis-Philippe Lefebvre, 1947. BAnQ Québec, Fonds Louis-Philippe Lefebvre, architecte (P900)

 

En terminant, soulignons que ces critères ont été reçus favorablement par le Comité consultatif sur les archives privées de BAnQ formé de quatre chercheurs et d’un représentant de la communauté archivistique. De plus, ces critères tiennent compte des questions soulevées par plusieurs institutions patrimoniales qui se traduisent, entre autres, par la réévaluation des normes et des pratiques quant à la nécessité d’adapter et de redéfinir leur espace documentaire. Une réponse à ces préoccupations réside entre autres dans une révision du contenu de l’ensemble de leurs fonds et collections.

Christian Drolet, archiviste-coordonnateur – BAnQ Québec




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