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Instantané, le blogue des archivistes.

Souriez! On organise nos photos du temps des Fêtes

Le temps des Fêtes! Période festive propice aux rencontres en famille ou entre amis, ainsi qu’à la redécouverte des plaisirs hivernaux en patin, à ski ou simplement en dévalant les pentes sur une luge. Appareil photo, tablette ou téléphone intelligent à la main, voilà qu’on immortalise ces moments mémorables!

Qui dit photos numériques, dit également quantité de fichiers à sélectionner, à organiser, à décrire et à conserver. Pourquoi me demanderez-vous? Parce que ces précieux souvenirs font partie de votre histoire et qu’ils constituent vos archives personnelles. Pour vous aider à créer votre boîte à souvenir numérique, voici quelques conseils :

– On évite de saturer l’espace mémoire de nos appareils, nos périphériques ou notre nuage informatique en procédant à la sélection de nos photos. Ainsi, on conservera les clichés les plus significatifs et l’on détruira les photos ayant moins d’intérêt à nos yeux ou dont la qualité technique ou esthétique laisse à désirer.

– On organise nos photos en les regroupant par thème, par événement, par date ou par lieu.

– On renomme les fichiers pour un repérage plus efficace.

– On documente nos photos pour se souvenir du contexte, de l’événement, des gens photographiés, de la date exacte, du lieu ou de toute autre information visant à témoigner des événements importants de notre vie et les faire connaître à nos parents, amis, enfants ou petits-enfants.

– On sécurise cette mémoire en faisant une copie de conservation sur 2 ou 3 supports différents tels qu’un CD ou un disque dur.

 

Vous êtes un novice en ce domaine, sachez qu’un atelier d’initiation intitulé Mon projet photos sera présenté à la Grande Bibliothèque en février et en avril. Surveillez le calendrier des activités culturelles.

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Famille Lepage dans leur salon au temps des fêtes, 7 janvier 1953.  BAnQ Gatineau (P174, S6, D4267). Photographe : Champlain Marcil.

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Jean-Bernard Chénier sur sa luge, vers 1930. BAnQ Gatineau (P28, D277). Photographe : Rodolphe Léger.

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Repas de la famille Banks à Worthing dans le Sussex en Angleterre, 1937. BAnQ Gatineau (P132, S1, D451). Photographe F.H. Summers.

Nathalie Gélinas, archiviste-coordonnatrice – BAnQ Gatineau

Une journée sur la préservation et la restauration de documents fragiles

Bibliothèque et Archives nationales du Québec et le Centre de conservation du Québec, une agence gouvernementale qui œuvre à la conservation préventive et à la restauration du patrimoine québécois, organisaient, le 17 octobre dernier, une journée sur la restauration des oeuvres sur papier. La restauration et la préservation des collections patrimoniales étant au cœur de la mission de BAnQ, c’est naturellement que les deux institutions se sont associées afin de mieux faire connaître la profession de restaurateur de biens culturels.

Affichette promotionnelle de la journée d'échange et d'ateliers pratiques «Fenêtr ouverte sur la restauration des oeuvres sur papier».

Affichette promotionnelle de la journée d’échanges et d’ateliers pratiques «Fenêtre ouverte sur la restauration des oeuvres sur papier».

 

La journée s’est déployée en deux volets. Inaugurée avec brio par Michel Côté, directeur général des Musées de la civilisation, la matinée a été l’occasion d’échanger sur les principes et les enjeux de la restauration grâce aux exemples concrets partagés par les quatre restauratrices présentes. Des communications sur la restauration d’un atlas du XVIIIe siècle, d’un spicilège du XIXe siècle et de dessins d’architecture, de même que sur l’état de conservation des collections du Musée de l’Amérique française ont permis de faire voir les défis auxquels sont quotidiennement confrontés les restaurateurs et d’exposer les solutions trouvées pour faire revivre des documents abîmés. La restauration et le conditionnement permettent en effet de rendre disponibles au public des ouvrages et des documents d’archives qui auraient été inaccessibles sans intervention préalable.

Examen visuel d’un document avant son traitement de restauration. Photo : Michel Legendre.

Examen visuel d’un document avant son traitement de restauration. Photo : Michel Legendre.

 

L’après-midi « portes ouvertes » a lui aussi été un franc succès. Des visites de BAnQ Vieux-Montréal et de l’atelier de restauration ont permis aux curieux de découvrir des lieux habituellement réservés aux employés. Trois ateliers pratiques (un sur la fabrication de contenants, un sur l’encadrement et les supports et un autre sur l’identification et la restauration du papier) ont également été offerts dans l’atrium. Des restauratrices du CCQ et de BAnQ et deux techniciennes en muséologie de BAnQ étaient sur place pour répondre aux questions du public.

Pour en savoir davantage sur la conservation de vos livres et archives personnelles, vous pouvez consulter les fiches techniques destinées au grand public sur le portail de BAnQ. On y apprend entre autres comment manipuler des documents en papier, conserver des CD et des DVD ou encore encadrer une photographie.

Mariloue Sainte-Marie, agente de recherche – BAnQ Rosemont – La Petite-Patrie

La conservation des photographies analogiques : savoir reconnaître certains supports.

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L’image d’un daguerréotype change du positif au négatif selon l’angle de vue. Source inconnue.
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L’histoire de la photographie est riche. Selon les époques, les différentes techniques de production d’images ont créé plusieurs types de photographies qui commandent des moyens de préservation propres à chaque procédé utilisé.

Sans être un spécialiste de l’évolution technique de la photo, l’archiviste doit néanmoins savoir reconnaître les différents supports photographiques afin de bien les décrire et d’appliquer les bons moyens de conservation pour en assurer la pérennité. Cela est d’autant plus vrai que ces documents d’archives sont parmi les plus fragiles compte tenu de leur composition chimique et physique particulière. Leur détérioration est souvent irréversible, aussi faut-il bien en planifier la préservation.

À cet égard, le contrôle des facteurs de détérioration externes est essentiel. Ainsi, la température, l’humidité relative et la luminosité seront contrôlées en fonction de chaque type de support et des mesures de prévention, telle une manipulation adéquate, seront mises en œuvre. L’UNESCO met à la disposition de tous sur son site Internet un document résumant les bonnes pratiques en termes de préservation d’archives photographiques. À la page six, un tableau propose des normes pour maintenir un environnement de conservation optimal à ces types de documents.

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Ambrotype d’un homme tenant un enfant, [vers 1870]. BAnQ Vieux-Montréal (P34,S5,P60).
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Parmi les photographies les plus anciennes et susceptibles d’être retrouvées dans un fonds d’archives, mentionnons les daguerréotypes (1839-1860), les ferrotypes (1853-1890) et les ambrotypes (1854-1880). Les trois sont des images obtenues par procédé positif direct, c’est-à-dire des images en copie unique et non reproductibles. D’abord l’apanage de la bourgeoisie et très en vogue au 19e siècle, on les retrouve fréquemment sous forme de portraits d’individus.

Au premier abord, l’archiviste peut reconnaître ces trois types de photographies selon leur support. Les daguerréotypes se présentent sur plaque de cuivre polie, recouverte d’une couche d’argent; les ferrotypes, moins coûteux que les précédents, sont constitués de plaques de fer ou de zinc; enfin les ambrotypes utilisent le verre blanchi comme matrice.

Les daguerréotypes et les ambrotypes se présentent le plus souvent sous le format de 8.3 x 7 cm et sont scellés dans des coffrets de bois ouvragé. Une vitre protège l’image des manipulations qui les abîmeraient irréversiblement. On distingue le premier du second par le reflet caractéristique du daguerréotype qui fait passer les couleurs de l’image du positif au négatif selon l’angle de vision de l’observateur. Quant à l’ambrotype, l’image apparaît en positif uniquement si elle est disposée sur fond noir.

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Ferrotype montrant une femme assise, [vers 1880]. BAnQ Vieux-Montréal (P186,S7,P1).
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D’un ton gris-sombre, le ferrotype se présente quant à lui généralement dans un simple passe-partout en papier. Lorsqu’il en est dépourvu, on remarque son contour irrégulier qui le caractérise.

Pour conserver ces pièces uniques, voici quelques conseils utiles. Tout d’abord, il est impératif de ne jamais toucher leur surface, surtout les daguerréotypes dont l’émulsion est particulièrement sensible. On doit les conserver dans des pochettes en papier ou en plastique neutre (tel le polyester communément appelé Mylar) lesquelles seront rangées à la verticale dans des boîtes les protégeant de la lumière. En ce qui concerne les ferrotypes, bien qu’ils soient rigides et moins fragiles que les ambrotypes et daguerréotypes, il faut tout de même les protéger des pliures possibles en insérant un morceau de coroplaste comme support à l’intérieur de la pochette en Mylar. Enfin, le port des gants de coton ou de latex non poudrés est obligatoire en tout temps.

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Julie Fontaine, archiviste, BAnQ Vieux-Montréal

Les archives d’entreprises : conservation et mise en valeur

En plus d’être un moteur économique, les entreprises québécoises influencent à divers degrés l’histoire des familles, des villages et des régions, voire de tout le Québec. Notre société s’est construite au fil des siècles avec la contribution des artisans, des marchands, des commerçants et des industriels. De tout temps, ils ont laissé des traces de leurs activités, soit des archives d’entreprises [1].

La conservation et la mise en valeur du patrimoine documentaire des entreprises de toutes sortes font partie des objectifs que poursuit BAnQ. Il nous apparaît donc indispensable d’encourager la constitution et la valorisation du patrimoine documentaire industriel, financier, commercial et culturel du Québec. Pour ce faire, les entrepreneurs jouent un rôle unique au sein de leur milieu.

Forges du Saint-Maurice, 1826. BAnQ Trois-Rivières, fonds Richard Lessard (P52). Auteur : possiblement Bennett.

Forges du Saint-Maurice, 1826. BAnQ Trois-Rivières, fonds Richard Lessard (P52). Auteur : possiblement Bennett.

Les archives d’entreprises : un patrimoine culturel

La Loi sur le patrimoine culturel du Québec (L.R.Q., c. P-9.002) reconnaît les archives comme une constituante du patrimoine : « Le patrimoine culturel est constitué de personnages historiques décédés, de lieux et d’événements historiques, de documents, d’immeubles, d’objets et de sites patrimoniaux, de paysages culturels patrimoniaux et de patrimoine immatériel. » (L.R.Q., c. P-9.002, a. 1) De plus, elle définit un document, une archive, comme un bien patrimonial [2] ou un document patrimonial [3].

Le patrimoine archivistique des entreprises se compose d’une variété de documents tels des contrats, des procès-verbaux, des factures, des livres de comptes, des dessins techniques ou encore des plans. Ce corpus peut  tout autant être celui d’un magasin général du xixe siècle que celui d’une grande compagnie. Dans le premier cas, il nous renseigne notamment sur les habitudes de consommation des gens d’une époque, et dans le second cas, il peut rappeler par exemple les conséquences sociologiques de la mono-industrialisation au sein d’une communauté qui s’est transformée en grande ville. Ainsi, les archives d’entreprises offrent un riche potentiel pour la recherche et sont une source utile pour l’histoire. Prises isolément, elles retracent les réalisations d’une entreprise; réunies, elles sont le « reflet [d’une partie] de l’identité d’une société » [4] puisqu’elles témoignent de l’évolution économique, sociologique et historique de celle-ci. C’est pourquoi leur sauvegarde est primordiale pour la constitution du patrimoine documentaire d’une collectivité.

Pourtant, malgré la richesse informationnelle des archives d’entreprises, se soucie-t-on vraiment de leur sauvegarde?

La tournée régionale effectuée en 2006 et en 2007 par madame Lise Bissonnette, alors présidente-directrice générale de BAnQ, a été l’occasion de constater la précarité de la situation quant à la préservation du patrimoine documentaire entrepreneurial. Les intervenants locaux et régionaux ont souligné les nombreuses disparitions d’archives d’entreprises et ont admis leur impuissance à intervenir en raison du manque de ressources ou tout simplement parce qu’ils ne sont pas informés de la fermeture d’un commerce ou d’une industrie. Ainsi, les archives sont  détruites, conservées dans des endroits inappropriés durant de longues années, ou encore rapatriées dans les sièges sociaux d’entreprises internationales situés à l’extérieur du Québec. Dans tous ces cas, le constat est le même : les archives ne sont pas accessibles. Au terme de cette tournée régionale, BAnQ a dû constater que ce problème constituait un enjeu récurrent dans toutes les régions du Québec.

Par ailleurs, un portrait de la situation dressé en 2008 par BAnQ a révélé que les services d’archives du Québec conservent tout au plus quelques milliers de fonds d’archives de nature industrielle ou commerciale, et ce, toutes époques confondues. Force est de constater que l’histoire entrepreneuriale conservée dans les services d’archives est parcellaire. De plus, ces acquisitions passées ne sont pas le fruit d’une politique d’accroissement ni d’une stratégie d’intervention sur le territoire. La conservation de ces fonds est la plupart du temps le résultat de sauvetages ou d’acquisitions fortuites. Dans ce contexte, il est évident que ces fonds ne constituent qu’une infime partie de l’ensemble des archives d’entreprises et qu’une quantité importante n’est pas répertoriée, n’est pas accessible  aux chercheurs et risque d’être perdue à jamais si elle n’est pas conservée dans des conditions adéquates.

La conservation de ce patrimoine collectif de nature privée ne peut relever de la responsabilité d’une seule institution, ni uniquement des services d’archives. Le rôle des entrepreneurs est primordial pour assurer la pérennité des archives de leur entreprise. Dans un contexte où la compétitivité est grande, les entrepreneurs sont tournés vers le présent et l’avenir. Ils ont peu de temps à consacrer au passé. Il revient alors en partie au milieu patrimonial de les renseigner sur la valeur de témoignage de leurs archives et sur l’importance de leur rôle dans la constitution du patrimoine documentaire. Des entrepreneurs devenus sensibles à la sauvegarde des archives sauront être des ambassadeurs influents auprès de leurs pairs. L’effet d’entraînement aidant, la conservation du patrimoine archivistique entrepreneurial s’améliorera.

Des projets porteurs pour la mise en valeur des archives d’entreprises

Attardons-nous aussi à la mise en valeur de ces fonds d’archives d’entreprises dont la conservation n’est plus en péril. Une fois triées, classées et décrites par des professionnels, ces archives deviennent accessibles. Elles sont utilisées par des chercheurs, tant professionnels qu’amateurs, pour étudier et documenter des enjeux sociaux, économiques et historiques, ou pour compléter des histoires de famille. De plus, elles peuvent être utilisées pour des publications, des projets de numérisation, des activités éducatives et pédagogiques, des expositions en salle ou virtuelles et des visites guidées.

Exposition Les Caron (1867-1967) – Trois générations d’architectes, BAnQ Trois-Rivières

Exposition Les Caron (1867-1967) – Trois générations d’architectes, BAnQ Trois-Rivières

Au cours des dernières années, BAnQ a réalisé deux projets ayant pour principal objet les archives d’entreprises. Le premier, réalisé en 2009, visait à accompagner les entreprises dans la gestion de leurs documents. Conjointement avec le Réseau des services d’archives du Québec, BAnQ a revu et réédité le Guide de gestion des archives d’entreprises. Afin d’assurer la préservation des archives à long terme, il faut intervenir auprès des entreprises et les doter d’outils utiles, pratiques et faciles à utiliser qui les aideront à assurer une gestion efficace de leurs documents administratifs et de leurs documents d’exploitation. Ce guide s’adresse à un vaste éventail d’entreprises œuvrant dans des secteurs économiques aussi diversifiés que ceux des ressources naturelles, de l’énergie, de l’aérospatiale, du tourisme, de l’hôtellerie, des télécommunications et des finances. Il facilite la mise en œuvre d’un programme de gestion des documents, propose un plan de  classification et suggère des règles de conservation. Ce projet fait le pari qu’en impliquant l’entreprise dès la création de ses documents, on s’assure de gains importants en termes de sensibilisation, d’éducation et de sauvegarde des archives.

Le second projet a vu le jour en octobre 2012 au Centre d’archives de la Mauricie et du Centre-du-Québec de BAnQ. Il propose une mise en valeur originale du fonds d’archives des architectes Louis et Jean-Louis Caron, conservé par BAnQ depuis 1982. Ce projet d’exposition intitulée Les Caron (1867-1967) – Trois générations d’architectes est combiné à un circuit dans la ville de Trois-Rivières. Il a pour objectifs, outre de mieux faire connaître cette source documentaire aux chercheurs, de créer l’occasion de s’initier aux archives de façon ludique en venant visiter une exposition, puis  en parcourant à pied ou en voiture l’un des circuits proposés. BAnQ a créé une expérience qui permet de comprendre que les archives laissent des traces non seulement sur papier, mais aussi dans notre paysage. Un peu plus de 30 ans après l’acquisition de ce fonds, ce projet de mise en valeur démontre bien que les archives sont là pour servir tout autant que pour divertir.

Ces deux projets fort différents illustrent les actions menées par BAnQ au cours des dernières années en vue de stimuler la conservation et la mise en valeur des archives d’entreprises par l’accomplissement de projets tant nationaux que régionaux.

Conclusion

La constitution d’un corpus documentaire patrimonial significatif et spécifique au secteur entrepreneurial québécois demeure un défi pour les services d’archives et le milieu du patrimoine en général. Si le milieu patrimonial, tel un entrepreneur, fait preuve d’innovation pour concevoir des actions efficaces de sensibilisation et d’éducation qui touchent davantage les gens d’affaires, peut-être réussira-t-il à améliorer la situation de la sauvegarde des archives d’entreprises. Pour sa part, BAnQ entend continuer, en collaboration avec un réseau de partenaires établis sur l’ensemble du territoire québécois, à contribuer à la conservation et à la mise en valeur des archives d’entreprises.

 

Sophie Morel, archiviste coordonnatrice – BAnQ Trois-Rivières

[1] Dans ce texte, l’expression « archives d’entreprises » désigne les documents de nature tant industrielle que financière ou commerciale.

[2] Bien patrimonial : un document, un immeuble un objet ou un site patrimonial » (L.R.Q., c. P-9.002, a. 2).

 [3]  « Document patrimonial : selon le cas, un support sur lequel est portée une information intelligible sous forme de mots, de sons ou d’images, délimitée et structurée de façon tangible ou logique, ou cette information elle-même, qui présente un intérêt pour sa valeur artistique,  emblématique, ethnologique, historique, scientifique ou technologique, notamment des archives » (L.R.Q., c. P-9.002, a. 2).

 [4] Loi sur le patrimoine culturel (L.R.Q., c. P-9.002).

Le jouet Écran magique (Etch a Sketch) et le règne de l’éphémère

OLYMPUS DIGITAL CAMERAÀ l’approche de Noël, l’envie me prend de me pencher sur un jouet. Inventé à la fin des années 50 par André Cassagnes, l’Écran magique (Etch a Sketch) est sans doute le jouet le plus populaire du monde occidental depuis les années 1960. Si l’on en croît Wikipédia (2013), il se serait vendu à 100 millions d’exemplaires. Il semblerait même qu’on en vende encore beaucoup aujourd’hui, ce qui est assez étonnant compte tenu que n’importe quel écran de téléphone, de tablette ou d’ordinateur parvient à un résultant de beaucoup supérieur au Télé-Écran, nom sous lequel il a été d’abord commercialisé en France. Qu’est-ce qui explique un tel succès ? Probablement parce que cette invention est contemporaine de la télévision, innovation triomphante des années 1960, et qu’elle a bénéficié d’un certain momentum. Toujours est-il qu’à l’instar du stylo Bic et du rasoir jetable, l’Écran magique représente une sorte de symbole de la modernité et, en quelque sorte, de la société de consommation.
 
Du point de vue archivistique, toutefois, l’Écran magique est une invention plutôt diabolique qui constitue la preuve irréfutable qu’on ne peut pas tout archiver… À cause de ce jouet qui a bercé l’enfance de plusieurs d’entre nous, des milliers dessins d’enfant se sont irrémédiablement perdus.  Valait-il la peine d’être conservés, ces dessins d’enfant ? Tout dépend de l’enfant, me direz-vous. Et de ce qu’il est devenu par la suite… Tout comme les milliers de blogues qui se perdent chaque mois sans que quiconque prenne la peine de les archiver, la perte de ces dessins ne s’avère sans doute pas une si grande catastrophe pour la patrimoine archivistique de l’humanité. Néanmoins, la question mérite d’être posée.  
 
Au moins, l’Écran magique a le mérite de clouer le bec à ceux qui proclament haut et fort que le numérique correspond au règne de l’éphémère ? On dit tellement d’inepties sur le numérique… Quoiqu’on pense, les documents éphémères ont toujours existé. On n’a qu’à penser aux palimpsestes, ces parchemins mille fois réutilisés en raison de la rareté et, surtout, de la cherté de ce support. Alors, que certains documents se perdent dans la nuit des temps… Cela dit, si l’enfance d’un peintre célèbre a été bercé par l’Etch a Sketch, il est tout de même dommage qu’on n’ait pu en conserver quelques-uns… 
 
 
Daniel Ducharme, archiviste – Centre d’archives de Montréal
 
Source de l’image: Ignacio Icke, Imagen de un telesketch estadounidense, 2006. Image sous licence Creative Commons, source: Wikipédia.fr : http://commons.wikimedia.org/wiki/File:EtchASketch10-23-2004.jpg

Les photographies de vacances : à propos d’un article de La Presse

Il est rare que les quotidiens s’intéressent à notre travail. Aussi avons-nous jugé pertinent  de porter à votre attention l’article de Marie-Ève Morasse publié dans La Presse du 3 septembre 2013 sur les photographies de vacances. Dans cet article, Julie Fontaine, archiviste au Centre d’archives de Montréal de BAnQ, explique que, face aux nombreux clichés pris par nos appareils numériques, le tri devient une nécessité autant pour les citoyens que pour les archivistes professionnels. En voici les principes de base: « Ce que l’on conserve devrait avoir une signification personnelle et être représentatif du voyage. Si on est allés à Paris et qu’on a pris vingt clichés de la tour Eiffel, on n’est pas obligé de tous les garder ». Une fois le tri effectué, encore faut-il classer nos photographies afin qu’on puisse s’y retrouver. Le classement, aussi simple que la séquence chronologique, est donc recommandé. Mais trier et classer ne suffisent pas. Les photographies numériques, encore davantage que les photographies papier, doivent faire l’objet d’une attention particulière. À cet effet, Julie Fontaine recommande de faire des copies des fichiers numériques sur disques externes ou sur des services d’infonuagique (Cloud Computing), en nous rappelant de se méfier des DVD : « Il faut se rappeler que ces supports sont sujets à évolution et qu’un DVD, malgré ce que vont dire les fabricants, ça ne dure pas pour toujours. Il faut être au parfum des nouvelles technologies et migrer de temps en temps sur la technologie de l’heure. » La journaliste poursuit son article en énumérant, à partir de différentes sources, les meilleurs moyens disponibles pour mettre en valeur nos photographies.

abri_oubliCe n’est pas la première fois, bien entendu, que les archivistes de BAnQ s’intéresent aux archives personnelles. À cet égard, je vous rappelle la publication, en 2008, de À l’abri de l’oubli : petit guide de conservation des documents personnels et familiaux, ouvrage publié par BAnQ et disponible chez l’éditeur Les  Publications du Québec. Dans cet ouvrage abondamment illustré, vous trouverez une méthode simple et efficace pour classer vos documents personnels et familiaux ainsi que quelques conseils pour les conserver. Cela inclut, bien entendu, vos photographies de vacances…

 

Daniel Ducharme, archiviste – Centre d’archives de Montréal 




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