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Instantané, le blogue des archivistes.

Les Français de Montréal commémorent leurs morts

 

Les membres de l’Union nationale française (devenue l’Union française) se réunissent annuellement au cimetière Notre-Dame-des-Neiges pour commémorer leurs compatriotes qui reposent dans le terrain qu’elle y possède. Le 1er novembre 1930, cette cérémonie revêt toutefois un caractère particulier, car elle marque le dévoilement d’une statue de Jeanne d’Arc du sculpteur N. de Grégorio, sur le socle de laquelle sont gravés les mots « Aux Français de la colonie de Montréal qui reposent en paix dans la terre canadienne ».

 

 

 

 

« Hommage aux Morts de l’Union nationale française », manuscrit d’un article destiné aux quotidiens montréalais « La Presse » et « La Patrie » rédigé par le président de l’Union nationale française, Paul Seurot, [octobre 1930]. BAnQ Vieux-Montréal (P860,S22).

 

 

Statue de Jeanne d’Arc au cimetière Notre-Dame-des-Neiges au pied de laquelle est enfouie de la terre recueillie sur le champ de bataille de Verdun, près du fort de Douaumont, 13 mai 2018. Photographe : Pierre Leduc.

 

 

 

Ce monument, ainsi que de la terre recueillie sur le champ de bataille de Verdun, sont offerts par les généreux donateurs Blanche (née Viau) et Ernest Tétreau. À l’issue de la cérémonie d’inauguration du monument, la terre, dont l’authenticité est reconnue par le maire de Verdun, est enfouie au pied de la statue par un ancien combattant.

 

 

 

Lettre d’Ernest Tétreau, 22 janvier 1936. BAnQ Vieux-Montréal (P860,S22).

 

 

 

Certificat d’authenticité du député-maire de Verdun, Victor Schleiter, 30 avril 1930. BAnQ Vieux-Montréal (P860,S22).

 

 

 

La bataille de Verdun, qui a opposé les soldats français aux soldats allemands en 1916, a été l’une des plus meurtrières batailles de la Première Guerre mondiale.

 

 

Marthe Léger, archiviste – BAnQ Vieux-Montréal

 

 

En complément :

 

« Hommage aux soldats qui ont donné leur vie pour la France », La Patrie (Montréal), 25 octobre 1930, p. 27.

 

« Inauguration au cimetière de la Côte-des-Neiges », La Presse (Montréal), 25 octobre 1930, p. 37.

 

« Un monument est inauguré au cimetière », La Presse (Montréal), 3 novembre 1930, p. 12.

Une macabre découverte sur l’île d’Anticosti

 

Le golfe du Saint-Laurent a connu bien des naufrages. Dans les eaux entourant l’île d’Anticosti, surnommées le « Cimetière du Golfe », près de 400 navires ont sombré. Parmi les nombreuses histoires et légendes qui ont marqué l’imaginaire collectif nord-côtier et québécois, le drame du brick Granicus est certainement le plus macabre.

 

Cette histoire, rapportée par Placide Vigneau dans ses récits de naufrages, lui a été racontée en 1871 par le capitaine Basile Giasson, alors nonagénaire.

 

À la fin du mois d’avril 1829, des pêcheurs acadiens des Îles-de-la-Madeleine partent vers la Côte-Nord pour faire la chasse aux loups-marins. L’absence totale de l’espèce sur les glaces et le mauvais temps les obligent à revenir sur leurs pas. À la hauteur de Fox Bay, le vent contraire et l’épuisement de leurs provisions d’eau les contraignent à mouiller l’ancre pour la nuit dans la baie.

 

Ils remarquent alors une chaloupe amarrée sur les lieux. Trouvant l’endroit trop calme, quatre chasseurs décident d’embarquer dans un canot pour aller faire une reconnaissance. En arrivant à la hauteur de la chaloupe, ils ne trouvent personne. Ils hurlent et appellent en vain. Ils retournent sur le navire afin de s’armer et repartent pour l’île. Quelle surprise sur la plage! Les quatre hommes découvrent une robe de soie et un vêtement d’enfant tachés de sang et lacérés par ce qui ressemble à des coups de couteau. Terrifiés, trois des chasseurs sont tentés de prendre leurs jambes à leur cou. Toutefois, Jacques Bourgeois, un téméraire, décide qu’ils doivent continuer les recherches.

 

En approchant d’une maison, une forte odeur les assaille. Ne reculant devant rien, ils osent y pénétrer. Une scène lugubre se présente à eux : cœurs et boyaux sont accrochés au plafond, six cadavres sont éventrés, têtes, jambes et bras coupés. Des morceaux de chair pendent des cadavres. Dans la cheminée, ils trouvent des chaudières remplies d’une bouillie de jambes et de bras rongés.

 

Malgré l’horreur, les chasseurs font le tour de la maison. Ils ouvrent une porte donnant sur une chambre. Un homme est couché dans un hamac, un couteau de boucher près de lui. Il est mort.

 

Il n’est pas question de demeurer sur l’île. Les chasseurs repartent donc sur leur navire, sans toutefois parvenir à fermer les yeux de la nuit. Le lendemain, ne pouvant se résoudre à repartir vers les Îles-de-la-Madeleine sans offrir une sépulture digne à tous ces malheureux, ils retournent sur l’île et enterrent les cadavres dans une fosse. Ce n’est qu’en soirée qu’ils reprennent enfin la mer pour regagner leurs demeures.

 

Le brick Granicus et sa cargaison de bois étaient partis de Québec le 29 octobre 1828. À son bord, on comptait environ une vingtaine d’hommes comme membres d’équipage ainsi que quelques passagers, dont trois femmes et deux enfants. Le bateau devait se rendre jusqu’à Cork en Irlande, mais il fut pris dans une tempête. Il fit naufrage entre la baie du Renard et la pointe est de l’île d’Anticosti. Les naufragés, n’ayant plus aucune provision, attaquèrent les plus faibles. L’homme dans le hamac, connu maintenant sous le nom de B. Harrington, mourut d’avoir trop mangé. Ce cas d’anthropophagie fait désormais partie de l’histoire de l’île d’Anticosti.

 

 

 

 

Avant de quitter Fox Bay, les chasseurs ont rapporté plusieurs objets appartenant aux victimes, dont ce rasoir. BAnQ Sept-Îles (P48,S1,SS2,D3,P9). Photo : Simon Boudreau.

 

 

 

Le massacre de l’Anticosti, Fonds Placide Vigneau, Récits de naufrages de 1829 à 1902. BAnQ Sept-Îles (P48,S1,D2.6).

 

 

 

Danielle Saucier, archiviste-coordonatrice – BAnQ Sept-Îles

 

Simon Boudreau, technicien en documentation – BAnQ Sept-Îles

 

 

 

Pour en savoir plus :

 

 

Dupont, Jean-Claude. Légendes de la Côte-Nord : de Tadoussac à Blanc-Sablon. Sainte-Foy, Éditions J.-C. Dupont, 1996, 64 p. Disponible dans BAnQ numérique : http://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/2406271.

 

Fonds Placide Vigneau. Récits de naufrages. BAnQ Sept-Îles (P48,S1,D2.6).

 

Rapport de l’Archiviste de la province de Québec. 1970, tome 48, p. 88.

 

Rouxel, Pierre. « Chronologie des naufrages sur l’île d’Anticosti », Emmanuel Crespin, dir. Lettres du père Crespel et son naufrage à Anticosti en 1736, Montréal, Imaginaire | Nord, 2009, p. 245-253. Coll. «Jardin de givre ».

Émissions d’humour à la radio : À la semaine prochaine dans l’esprit et la continuité de Chez Miville

 

L’émission hebdomadaire À la semaine prochaine, qui nous propose des sketchs, imitations et chansons parodiques, s’inscrit dans la continuité de Chez Miville, animée par l’inoubliable personnalité radiophonique de Radio-Canada, Miville Couture.

 

Miville Couture, [1965], BAnQ Vieux-Montréal, (P833,S2,D1262). Photographe : Paul Henri Talbot

 

 

La très populaire émission Chez Miville, diffusée tous les matins de la semaine dans l’ensemble du réseau français de Radio-Canada entre 1956 et 1970, a d’ailleurs atteint les plus hautes cotes d’écoute de l’époque à la radio de Radio-Canada. Nous devons au prolifique auteur Albert Brie près de 3000 dialogues humoristiques mettant en scène de nombreux et colorés personnages, joués entre autres par Miville Couture, tels que les lutteurs Leboeuf, Donat Dufoin, Lord Hi Fidelity et Wah-Shing. Les textes de ces sketchs, conservés dans le fonds d’archives d’Albert Brie (P861,S2,SS3,D4), peuvent être consultés à BAnQ Vieux-Montréal.

 

 

 

Chez Miville, « Les deux lutteurs (Québec) », [196-?]. BAnQ Vieux-Montréal (P861,S2,SS3,D4).

 

 

Chez Miville, « Donat Dufoin », [196-?]. BAnQ Vieux-Montréal (P861,S2,SS3,D4).

 

 

Chez Miville, « Lord Hi Fidelity (L’anglais tel qu’il est) », [196-?]. BAnQ Vieux-Montréal (P861,S2,SS3,D4).

 

 

Chez Miville, « Wa[h]-Shing (On veut savoir) », [196-?]. BAnQ Vieux-Montréal (P861,S2,SS3,D4).

 

 

Marthe Léger, archiviste – BAnQ Vieux-Montréal

 

 

En complément :

 

Fonds Rolande Allard-Lacerte (P907)

 

Fonds Lisette Le Royer et Michel Dudragne (P735)

 

http://blogues.banq.qc.ca/instantanes/2015/10/30/albert-brie-1925-2015-scenariste-et-chroniqueur-prolifique/

 

https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1096780/miville-couture-animateur-radio-biographie-archives

Les premiers procédés photographiques

 

En 1839, le monde occidental est mûr pour accueillir la photographie. Ce nouveau moyen d’expression de l’individualité permet une certaine démocratisation de l’art du portrait qui est présent depuis l’Antiquité dans les œuvres d’art picturales et graphiques. La photographie offre désormais une solution de rechange moins coûteuse au portrait peint. La représentation de la réalité est aussi plus directe et plus précise. La photographie offre également la possibilité aux familles de conserver des souvenirs tangibles de leurs proches. Toutefois, il faut savoir que ce nouvel art est plutôt onéreux. Il est principalement accessible aux familles les plus aisées. L’invention suscite également l’enthousiasme auprès d’un public d’intellectuels et d’artistes, charmés par les nombreuses possibilités de reproduire la réalité telle qu’elle est.

Quels sont les premiers procédés photographiques? Comment pouvons-nous les distinguer les uns des autres? Ce sont quelques-unes des questions auxquelles nous allons répondre.

 

Daguerréotype

 

Le daguerréotype est un procédé photographique non reproductible. Il est mis au point en 1839 par le Français Louis Jacques Mandé Daguerre (1787–1851). Mais c’est avant tout à Joseph-Nicéphore Niépce (1765-1833) que nous devons l’invention de la photographie.

Le procédé consiste à capter l’image sur une plaque de cuivre recouverte d’argent. Placée dans une chambre noire, la plaque est sensibilisée à la lumière par des vapeurs d’iode. Par la suite, elle est maintenue dans le noir et développée aux vapeurs de mercure légèrement chauffé. La plaque se couvre alors de zones blanches et mates aux endroits exposés. Ce qui lui donne un aspect positif. Néanmoins, du point de vue de la technique, le daguerréotype est un négatif.

Après la commercialisation de cette invention, le daguerréotype domine le marché des procédés photographiques jusqu’au début des années 1850. Son succès est néanmoins provisoire, car plusieurs critiques sont émises à son sujet, dont la lenteur des prises de vue, l’aspect statique des modèles, le miroitement de la plaque ainsi que la lourdeur et l’aspect encombrant du matériel photographique.

BAnQ Québec possède environ une vingtaine de daguerréotypes dans ses collections. Ce sont des portraits d’hommes et de femmes, dont quelques-uns sont identifiés.

 

 

Coffret des ancêtres de Muriel Hall, 1850. BAnQ Québec (P964,P2 et P3).

 

 

Daguerréotype de Louis-Joseph-Cyprien Fiset – gracieuseté de Mlle Pauline Fiset Québec, vers 1845. BAnQ Québec (P1000,S4,D32,P14).

 

  

Ambrotype

 

Les premiers ambrotypes sont réalisés et présentés par le photographe britannique Frederick Scott Archer (1813–1857) en 1851. Toutefois, le procédé photographique est breveté seulement en 1854 par le photographe américain James Ambrose Cutting (1814–1867).[1]

L’ambrotype est un procédé monochrome positif direct. Il s’agit d’un négatif sur plaque de verre enduit au collodion humide. Il est volontairement sous-exposé à la prise de vue, puis blanchi en le plongeant dans un bain de nitrate d’argent. C’est cette transformation chimique qui rend la plaque photosensible. L’image négative ainsi traitée est alors posée sur un fond noir où l’image apparaît en positif. Après le séchage, un vernis transparent est appliqué. Des rehauts de couleur à l’aide de pigments peuvent également être effectués à l’occasion.

Ce procédé constitue une avancée technologique importante à l’époque, car elle permet de diminuer les temps de pose et de développement. Il est couramment utilisé de 1854 jusqu’au début des années 1880.

BAnQ Québec conserve également une collection de quelques ambrotypes représentant majoritairement des personnages non identifiés. Celui montrant deux hommes photographiés devant les chutes Niagara est sans conteste la plus intéressante du lot.

 

 

 

Deux hommes photographiés devant les chutes Niagara, 19 juillet 1858. BAnQ Québec (P1000,S4,D33,P4).

 

 

Ferrotype

 

Le ferrotype est un procédé photographique monochrome inventé par le Français Adolphe Martin (1824-1896) en 1852. Il s’agit d’une fine plaque de métal qui est recouverte d’un vernis noir et d’une émulsion de collodion qui produit une image positive après avoir été exposée directement à la lumière. La photographie est capturée avec une chambre photographique. Pour achever le processus, la photo est sensibilisée dans une solution de nitrate d’argent. La plaque est ensuite développée dans un bain chimique puis rincée à l’eau dès que l’image fait son apparition. L’image ainsi fixée peut être rehaussée de couleurs avant d’être vernie.

En raison de son accessibilité et de la facilité de son utilisation, de nombreux autres brevets sont déposés en Angleterre et aux États-Unis. C’est d’ailleurs en Amérique que la ferrotypie progresse le plus rapidement, et ce, à partir de la guerre de Sécession jusqu’au début du XXe siècle. Comme il s’agit d’un procédé photographique rapide et bon marché, il est popularisé surtout par les photographes ambulants.

BAnQ Québec possède une collection de ferrotypes à travers différents fonds d’archives privés. Sauf exception, ils représentent principalement des personnages anonymes.

 

 

Famille d’Ada, vers 1875. BAnQ Québec (P1000,S4,D34,P53-1).

 

 

Homme assis, vers 1875. BAnQ Québec (P1000,S4,D34,P18).

 

  

La stéréoscopie

 

La stéréoscopie se fait connaître en 1851 lors de la première Exposition universelle à Londres. Les stéréogrammes deviennent ainsi très populaires de la fin du XIXe siècle jusqu’au début de XXe siècle. L’histoire du stéréoscope commence en 1832, lorsque le physicien anglais Charles Wheatstone (1802-1875) imagine le premier appareil. Il fait breveter son invention en 1838. En 1849, c’est au tour de David Brewster (1781-1868) d’inventer un nouveau stéréoscope à lentilles. À l’origine, l’appareil est conçu pour regarder conjointement deux dessins, l’un avec l’œil droit, l’autre avec l’œil gauche. C’est grâce au développement de l’art photographique que cette technique devient populaire.

Au Québec, le photographe Louis-Prudent Vallée (1837-1905) en fait sa spécialité. Entre 1867 et 1889, il établit sa renommée dans le portrait ainsi que dans le domaine de la vue touristique. Il arpente la ville de Québec, ses alentours ainsi que la région du Saguenay en faisant tirer son laboratoire mobile par des chevaux.

BAnQ Québec conserve plusieurs stéréogrammes dans ses collections, dont ceux de Louis-Prudent Vallée (P1000,S4,D59), de William Notman (P1000,S2,D61) et de plusieurs autres.

 

 

Quartier Vieux-Québec-Basse-Ville – Rue Petit-Champlain, vers 1870. BAnQ Québec (P1000,S4,D59,P22). Photographe : L. P. Vallée, Portrait and Landscape Photographer, Quebec.

 

 

Quartier Vieux-Québec – Place D’Youville – Porte Saint-Jean, vers 1870. BAnQ Québec (P1000,S4,D59,P29). Photographe : L. P. Vallée, Portrait and Landscape Photographer, Quebec.

 

 

[1] Atelier de Restauration et de Conservation des Photographies de la Ville de Paris. (2015). Glossaire visuel des procédés photographiques – Ambrotype. Repéré à https://www.parisphoto.com/fr/glossaire/ambrotype/

 

 

 

Catherine Lavoie, technicienne en documentation – BAnQ Québec

 

Bibliographie:

ROSEMBLUM, Naomi. Une histoire mondiale de la photographie. 2e édition. Paris, Éditions Abbeville, 1996, 696 p.

BRUNET, François et William B. BECKER. L’héritage de Daguerre en Amérique. Paris, Mare & Martin, 2013, 327 p.

Atelier de Restauration et de Conservation des Photographies de la Ville de Paris. « Ferrotype ». Glossaire visuel des procédés photographiques. 2013. https://www.parisphoto.com/fr/glossaire/Ferrotype/, consulté le 14 mai 2018.

Atelier de Restauration et de Conservation des Photographies de la Ville de Paris. « Ambrotype ». Glossaire visuel des procédés photographiques. 2015. https://www.parisphoto.com/fr/glossaire/ambrotype/, consulté le 14 mai 2018.

Atelier de Restauration et de Conservation des Photographies de la Ville de Paris. « Daguerréotype ». Glossaire visuel des procédés photographiques. 2013. https://www.parisphoto.com/fr/glossaire/daguerreotype/, consulté le 14 mai 2018.

KENDRIKS, Klaus B. Travaux publics et Services gouvernementaux Canada. « Care of Encased Photographic Images – Canadian Conservation Institute ». 2007. https://www.canada.ca/en/conservation-institute/services/conservation-preservation-publications/canadian-conservation-institute-notes/care-encased-photographic-images.html, consulté le 14 mai 2018.

[1] Atelier de Restauration et de Conservation des Photographies de la Ville de Paris. (2015). Glossaire visuel des procédés photographiques – Ambrotype. Repéré à https://www.parisphoto.com/fr/glossaire/ambrotype/

Théodore Botrel, l’ambassadeur de la « bonne chanson » française

 

 

Populaire chansonnier et compositeur né en Bretagne (France), Théodore Botrel (1868-1925) vient deux fois en tournée au Québec, en 1903 et en 1922.

 

 

Lionel Groulx et Théodore Botrel devant la maison de ce dernier à Port-Blanc (Bretagne), 10 août 1908. BAnQ Vieux-Montréal (P318,S2,P29). Photographe non identifié.

 

 

 

Théodore Botrel, [vers 1922]. BAnQ Vieux-Montréal (P833,S1,D0125). Photographe non identifié.

 

 

 

Couronnée de succès, la tournée de 1903 permet de recueillir des dons pour ériger, en 1905, un monument à Jacques Cartier sur les fortifications de Saint-Malo (France). Une réplique de cette statue du sculpteur Georges Bareau, représentant Jacques Cartier à la barre de la Grande Hermine, est d’ailleurs située près du fleuve Saint-Laurent dans le parc Jean-Déry de l’arrondissement de Sainte-FoySillery–Cap-Rouge de Québec.

 

Après l’accueil triomphal réservé au barde breton en 1903, la tournée de 1922 connaît un succès plus mitigé. En témoignent les résultats décevants –  « la concurrence [étant] grande et l’argent rare dans les bourses » (1) – de la vente des billets du « concert Botrel » du 28 mars 1922 donné au Monument-National au profit des œuvres de charité de l’Union nationale française (devenue l’Union française).

 

 

Carton d’invitation, mars 1922. BAnQ Vieux-Montréal (P860,S29).

 

 

 

Afin d’« emplir la salle d’une jeunesse vibrante », Théodore Botrel « propose de faire annonce » de prix réduits de moitié pour « les étudiants qui se présentent […] avec leur béret » ainsi que pour les « enfants au-dessous de 15 ans accompagnant leurs parents ». Le chantre breton affirme que l’application de ces mesures ne « retirera pas un seul spectateur susceptible de payer place entière, croyez-le bien…et somme toute cela augmentera tout de même la recette. »(1)

 

 

Lettre de Théodore Botrel au président de l’Union française, Paul Seurot, [24 mars 1922]. BAnQ Vieux-Montréal (P860,S29).

 

 

Afin de « couvrir [les] frais […] du concert », l’Union française dont la « bourse n’est pas aussi large que [le] cœur » (2) fait parvenir un chèque de 50$ au chansonnier.

 

 

Lettre du président de l’Union française, Paul Seurot, à Théodore Botrel, 18 avril 1922. BAnQ Vieux-Montréal (P860,S29).

 

 

 

Lettre de Théodore Botrel au président de l’Union française, Paul Seurot, 19 avril 1922. BAnQ Vieux-Montréal (P860,S29).

 

 

 

L’influence de Théodore Botrel, passablement oubliée aujourd’hui, a été considérable pendant plusieurs décennies. Les Chansons de Botrel pour l’école et le foyer ont connu plusieurs éditions.

 

 

Chansons de Botrel pour l’école et le foyer, Montréal, Librairie Beauchemin limitée, 1953, cop. 1931. Grande Bibliothèque, collection nationale (227888 CON).

 

 

Nous devons également au chansonnier le titre des albums de La Bonne Chanson de l’abbé Charles-Émile Gadbois, recueils qui puisent, entre autres, dans le répertoire de Théodore Botrel et qui ont largement été diffusés dans tout le Canada français jusqu’aux années 1950.

 

 

Marthe Léger, archiviste – BAnQ Vieux-Montréal

 

Références :

 

  1. Lettre de Théodore Botrel au président de l’Union française, Paul Seurot, [24 mars 1922]. BAnQ Vieux-Montréal (P860,S29).

 

  1. Lettre du président de l’Union française, Paul Seurot, à Théodore Botrel, 18 avril 1922. BAnQ Vieux-Montréal (P860,S29).

 

 

En complément :

 

Ces deux textes de Jean-François Botrel s’appuient sur des recherches qu’il a effectuées en juin 2006 dans le cadre d’une bourse de BAnQ :

 

http://botrel-jean-francois.com/Theodore_Botrel/Canada_1903.html

 

http://botrel-jean-francois.com/Theodore_Botrel/Canada_1922C.html

 

Hellégouarch, Solenn, De la Bretagne au Québec : le succès de Théodore Botrel (1868-1925), chansonnier breton, mémoire de maîtrise en musique, Université de Montréal, 2009

 

Chansons de Botrel illustrées par Émile Hamonic (cartes postales numérisées). BAnQ Vieux-Montréal (P186,S9,P537; P186,S9,P540 à P186,S9,P546; P186,S9,P558 à P186,S9,P561).

 

https://www.capitale.gouv.qc.ca/commission/zone-medias/parc-jean-dery-du-secteur-cap-rouge-nouveau-lieu-d-accueil-pour-le-monument-jacques-cartier

Des lettres de Victor Hugo à BAnQ Vieux-Montréal

 

 

 

Victor Hugo, gravure, 1906. BAnQ Vieux-Montréal (P783,S2,SS9,SSS4,D1,P4). Artiste : J. Alphonse DeGuire.

 

 

 

En 1976, la Bibliothèque nationale du Québec a fait l’acquisition d’une collection de lettres appartenant à M. Pierre Coulombe (MSS212). Celle-ci contient 52 pièces parmi lesquelles on dénombre plusieurs perles documentaires provenant de la France et du Québec. On y trouve notamment de la correspondance de Victor Hugo, d’Alphonse de Lamartine, de Sir Frederick Haldimand, gouverneur de la province de Québec, et d’Aegidius Fauteux, journaliste et historien québécois.

 

La première lettre de Victor Hugo a été rédigée le 20 novembre 1862 à sa résidence de Hauteville House située sur l’île anglo-normande de Guernesey, dépendance de la Couronne britannique. Les différentes étampes et le texte que l’on trouve sur l’enveloppe nous indiquent que la lettre a passé par Londres avant de se rendre à sa destination finale, au bureau de la rédaction du « Journal universel » l’Illustration, au 60 rue Richelieu à Paris.

 

Voici une transcription approximative de cette lettre (les mots encadrés sont des propositions) :

 

Via London –  France

Monsieur [Ed.] Texier

Rédacteur de l’Illustration

60, rue Richelieu

Paris

 

Hauteville House, 20 nov. 1862

 

Cher monsieur Texier,

J’ai reçu, grâce à vous, sans doute, votre excellent et charmant article sur le [concentré de] nouvelles [6167a]. J’ai une occasion de vous remercier à nouveau, et je la saisis avec empressement. Seriez-vous assez bon pour communiquer au Siècle et à l’Illustration l’épreuve que vous trouverez sous le pli. Il s’agit d’une [grande] question, [la jeune] nouvelle. Je crains fort de sorte que ce que je vous envoie ne puisse être publié en France qu’avec de larges coupures. Il ne s’agit [pourtant] pas de [politique]. [De sorte], vous jugerez, [puis] déciderez, et ce que vous ferez sera bien fait.

 

Votre ami,

Victor Hugo

 

 

Lettre de Victor Hugo, 20 novembre 1862. BAnQ Vieux-Montréal (MSS212).

 

 

 

Cette lettre, probablement inédite, est dans un excellent état de conservation. Elle intéressera les chercheurs spécialisés dans l’étude de Victor Hugo.

 

Une deuxième lettre de Victor Hugo, fort courte, fait également partie de la collection Pierre Coulombe (MSS212). Cependant, elle ne comporte pas de date précise et l’écriture est plus brouillonne que sur la précédente.

 

 

 

Lettre de Victor Hugo, 2 janvier [18-?]. BAnQ Vieux-Montréal (MSS212).

 

H.H. 2 janvier

 

De tout mon cœur, cher monsieur Massenet.

Publiez avec votre musique les deux pièces Oh ! n’insultez

jamais, et S’il est un charmant gazon.

S’il y a profit pour l’éditeur ou pour d’autres sur la [votre],

fixez ma part au chiffre qui vous plaira, et donnez-la aux pauvres.

 

Votre travail m’est précieux et je vous envoie, avec tous mes vœux de succès, mon plus cordial serrement de main.

 

Victor Hugo

 

Enfin, on trouver une superbe gravure de Victor Hugo, attribuée à J. Alphonse DeGuire et datant de 1906, dans la collection Institut Notre-Dame du Bon-Conseil de Montréal (P783) conservée à BAnQ Vieux-Montréal.

 

Vincent Althot, stagiaire  – BAnQ Vieux-Montréal

Sous la supervision de Marie-Pierre Nault, archiviste – BAnQ Vieux-Montréal

 

Pour en connaître davantage sur l’histoire passionnante de ce personnage, voici quelques lectures complémentaires :

 

– LAURENT, Franck. Victor Hugo : Espace et politique jusqu’à l’exil (1823-1852). Rennes – Presses universitaires de Rennes, 2008, 288 p. Disponible en ligne : http://books.openedition.org/pur/29403 (consulté le 14 juin 2018).

 

– ROSA, Annette. Victor Hugo, l’éclat d’un siècle. Paris – Éditions Messidor, 1985, 219 p. Disponible en ligne : http://groupugo.div.jussieu.fr/Groupugo/Textes_et_documents/Eclat_d%27un_si%C3%A8cle.htm (consulté le 14 juin 2018).

 

– DECAUX, Alain. Victor Hugo. Paris – Perrin, 2011, 949 p. Disponible en ligne : http://iris.banq.qc.ca/alswww2.dll/APS_ZONES?fn=ViewNotice&Style=Portal3&q=5828784&Lang=FRE (consulté le 14 juin 2018).

« Les belles-sœurs » de Michel Tremblay : 50 ans déjà!

Scène de la pièce Les belles-sœurs au Théâtre du Rideau Vert avec, rangée avant, les comédiennes Denise Proulx, Denise Filiatrault et, de gauche à droite, Denise de Jaguère, Lucille Bélair, Sylvie Heppel, Germaine Giroux, Marthe Choquette, Hélène Loiselle, Germaine Lemyre, Luce Guilbeault, Rita Lafontaine, Josée Beauregard, Odette Gagnon, 28 août 1968. BAnQ Vieux-Montréal (P831,S3,D214). Photographe : Guy Dubois.

 

Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) est fière de souligner le 50e anniversaire des Belles-sœurs, pièce majeure de la dramaturgie québécoise. Elle vous présente pour l’occasion des images évocatrices de documents d’époque précieusement conservés dans ses fonds d’archives, tous accessibles au grand public. Mentionnons que certaines de ces images ont déjà servi à illustrer le récent ouvrage intitulé Les belles-sœurs : l’œuvre qui a tout changé de Mario Girard.

Dans le fonds Michel Tremblay, se trouve le manuscrit original de la pièce. La Bibliothèque nationale du Québec a acquis ce précieux autographe à l’automne 1970.

 

 

Vue du manuscrit de la pièce de théâtre Les belles-sœurs de Michel Tremblay. Photographie : Hyacinthe Munger, BAnQ Vieux-Montréal.

 

 

 

Vue du manuscrit de la pièce de théâtre Les belles-sœurs de Michel Tremblay. Photographie : Hyacinthe Munger, BAnQ Vieux-Montréal.

 

 

 

Première page du manuscrit de la pièce de théâtre Les belles-sœurs de Michel Tremblay, [1965]. BAnQ Vieux-Montréal (MSS368,D1).

 

 

Dernière page du manuscrit de la pièce de théâtre Les belles-sœurs de Michel Tremblay, [1965]. BAnQ Vieux-Montréal (MSS368,D1).

 

Beaucoup d’encre a coulé au sujet de cette pièce de théâtre qui a fait plusieurs fois le tour du monde. Rappelons tout simplement que cette pièce, écrite en 1965, réunit sur scène « quinze Canadiennes françaises du milieu ouvrier de Montréal »[i]. Germaine Lauzon, gagnante d’un million de timbres-primes Gold Star, invite des parentes, des amies et des voisines pour coller ses timbres dans des livrets. L’expression tantôt comique, tantôt tragique, de la condition humaine de chacune de ces femmes, et de toutes en chœur, s’installe dans la modeste cuisine. Puis la jalousie s’invite au party et transforme le « bonheur » de Germaine en cruelle dépossession.

 

 

Scène de la pièce Les belles-sœurs au Théâtre du Rideau Vert avec les comédiennes Sylvie Heppel, Denise Filiatrault, Hélène Loiselle, Lucille Bélair, Denise Proulx, Marthe Choquette et Denise de Jaguère, 28 août 1968. BAnQ Vieux-Montréal (P831,S3,D214). Photographe : Guy Dubois.

 

Ce n’est que le 4 mars 1968, après quelques vaines tentatives pour faire connaître cette œuvre écrite en joual, qu’a lieu une première lecture publique de la pièce sous la direction d’André Brassard. Cet événement est organisé par le Centre d’essai des auteurs dramatiques (CEAD) qui a justement pour mission d’encourager et de promouvoir le théâtre québécois. BAnQ Vieux-Montréal conserve le fonds d’archives du CEAD.

 

 

Invitation à la lecture publique de la pièce Les belles-sœurs de Michel Tremblay, [mars 1968]. BAnQ Vieux-Montréal (MSS364).

 

Invitation au lancement de l’ouvrage Les belles-sœurs de Michel Tremblay, [août 1968]. BAnQ Vieux-Montréal (MSS364).

 

Dans une lettre en provenance d’Acapulco, où il dit être pour écrire un roman, Michel Tremblay exprime au président du CEAD toute sa satisfaction de voir enfin son œuvre « naître ».

 

 

Première page de la lettre de Michel Tremblay à Jean Morin, président du Centre d’essai des auteurs dramatiques, 5 février 1968. BAnQ Vieux-Montréal (MSS364).

 

 

Deuxième page de la lettre de Michel Tremblay à Jean Morin, président du Centre d’essai des auteurs dramatiques, 5 février 1968. BAnQ Vieux-Montréal (MSS364).

 

 

Il y souligne notamment le travail accompli par André Brassard depuis deux ans, tant pour la préparation de la mise en scène que pour la distribution des rôles à des comédiennes de talent. Il veut également s’assurer que le CEAD a entre les mains la dernière version de la pièce avec « l’ode au bingo! » et la scène entre Lise Paquette et Pierrette Guérin.

 

 

Troisième page de la lettre de Michel Tremblay à Jean Morin, président du Centre d’essai des auteurs dramatiques, 5 février 1968. BAnQ Vieux-Montréal (MSS364).

 

 

Curieusement, c’est dans le fonds d’archives de la Comédie Canadienne, fondée par Gratien Gélinas, que nous trouvons le manuscrit de la pièce avec « l’ode au bingo! » et les touchants monologues de Pierrette Guérin et de Lise Paquette. Cette version dactylographiée, et en partie manuscrite, comporte plusieurs autres modifications, ajouts et retraits effectués par l’auteur. Le personnage de Rose Ouellette, qui deviendra Rose Ouimet pour éviter toute confusion avec la comédienne du Théâtre des Variétés, y apparaît toujours, mais sans son monologue du « Maudit cul ! » qui sera ajouté par la suite.

Michel Tremblay termine sa lettre par un fait plutôt cocasse. Il écrit se sentir obligé de prévenir les gens que ses pièces sont vulgaires. « Drôle » de précaution qui, dit-il, « passera avec l’âge… ».

 

 

Dernière page de la lettre de Michel Tremblay à Jean Morin, président du Centre d’essai des auteurs dramatiques, 5 février 1968. BAnQ Vieux-Montréal (MSS364).

 

 

La première création sur scène des Belles-sœurs a lieu le 28 août 1968 au Théâtre du Rideau Vert qui fête, cette saison-là, son 20e anniversaire. Ce premier théâtre professionnel francophone au Canada fut fondé par Yvette Brind’Amour et Mercedes Palomino. BAnQ Vieux-Montréal conserve le fonds d’archives du Rideau Vert.

 

 

Yvette Brind’Amour et Mercedes Palomino, directrices du Théâtre du Rideau Vert, 19 août 1968. BAnQ Vieux-Montréal (P833,S5,D1968-0420). Photographe : Michel Gravel.

 

 

Première page du communiqué de presse annonçant la saison 1968-1969 du Théâtre du Rideau Vert, [1968]. BAnQ Vieux-Montréal (P831,S2,D10).

 

Page couverture du programme de la pièce Les belles-sœurs au Théâtre du Rideau Vert, 28 août 1968. BAnQ Vieux-Montréal (P831,S2,D10).

 

 

 

Page centrale du programme de la pièce Les belles-sœurs au Théâtre du Rideau Vert, 28 août 1968. BAnQ Vieux-Montréal (P831,S2,D10).

 

 

La pièce est mise en scène par André Brassard et le décor est confié à Réal Ouellette. Fait intéressant, la magnifique maquette de décor en trois dimensions conçue par Ouellette est conservée par BAnQ depuis 2008 grâce au don fait par Michel Tremblay.

 

 

Vue de la maquette de décor conçue par Réal Ouellette pour la première production de la pièce Les belles-sœurs au Théâtre du Rideau Vert en 1968. BAnQ Vieux-Montréal (MSS368,D5). Photographie : Hyacinthe Munger, BAnQ Vieux-Montréal.

 

 

Réal Ouellette et sa nouvelle maquette de décor de la pièce Les belles-sœurs, Yvette Brind’Amour, Michel Tremblay et André Brassard au Théâtre du Rideau Vert, 11 mai 1971. BAnQ Vieux-Montréal (P688,S3,D53). Photographe : Daniel Kieffer.

 

 

L’ode au bingo !

 

 

Page du scénario de la production de la pièce Les belles-sœurs au Théâtre du Rideau Vert, 1968. BAnQ Vieux-Montréal (P831,S3,D214).

 

 

 

Plan de scène de la production de la pièce Les belles-sœurs au Théâtre du Rideau Vert, 1968. BAnQ Vieux-Montréal (P831,S3,D214).

 

 

Pages du cahier de régie de la production de la pièce Les belles-sœurs au Théâtre du Rideau Vert, 1968. BAnQ Vieux-Montréal (P831,S3,D214).

 

 

Pour cette première production de la pièce, François Barbeau est responsable de la conception des costumes. Les archives du talentueux costumier sont aussi conservées à BAnQ Vieux-Montréal.

 

 

François Barbeau, 18 décembre 1967. BAnQ Vieux-Montréal (P833,S2,D0175). Photographe : Paul Henri Talbot.

 

 

 

« Un million de timbres! Sont devant moi, là, pis j’le crois pas encore! Un million j’sais pas au juste combien ça fait, mais quand on dit un million, on rit pus!… »      

(Germaine Lauzon)

Dessin d’un costume pour le personnage de Germaine Lauzon, François Barbeau, 1968. BAnQ Vieux-Montréal (MSS450,S3,D64). 

 

 

 

« Encore hier, la belle-sœur d’une de mes belles-sœurs est venue pour quêter chez nous. Vous me connaissez, le cœur m’a fondu quand a m’a conté son histoire (…)»

(Thérèse Dubuc)

Dessin d’un costume pour le personnage de Thérèse Dubuc, François Barbeau, 1968. BAnQ Vieux-Montréal (MSS450,S3,D64).

 

 

 

« Ma vie est plate ! Plate ! Pis par-dessus le marché, chus pauvre comme la gale ! Chus tannée de vivre une maudite vie plate ! »

(Marie-Ange Brouillette)

Dessin d’un costume pour le personnage de Marie-Ange Brouillette, François Barbeau, 1968. BAnQ Vieux-Montréal (MSS450,S3,D64).

 

 

 

« Y’avait rien que Johnny qui comptait pour moé… Y m’a faite pardre dix ans de ma vie, le crisse ! »

(Pierrette Guérin)

Dessin d’un costume pour le personnage de Pierrette Guérin, François Barbeau, 1968. BAnQ Vieux-Montréal (MSS450,S3,D64).

 

 

 

« Tu sauras que chus pas pour l’amour libre, moé ! Chus catholique ! Reste donc dans ton monde pis laisse-nous donc tranquilles ! Maudite guidoune ! »

(Rose Ouimet)

Dessin d’un costume pour le personnage de Rose Ouimet, François Barbeau, 1968. BAnQ Vieux-Montréal (MSS450,S3,D64).

 

 

La pièce crée l’onde de choc que l’on connaît. La controverse fait aussi bien dans le « navet » de « blanc-bec d’auteur » que dans « l’œuvre de salubrité nationale », comme en témoignent cette lettre de Mme Abonnée Déçue et celle de Claude Jasmin adressées au Rideau Vert.

 

 

Lettre d’une abonnée déçue adressée à la directrice du Théâtre du Rideau Vert, 12 septembre 1968. BAnQ Vieux-Montréal (P831,S2,D10).

 

 

Lettre de Claude Jasmin adressée aux directrices du Théâtre du Rideau Vert, [septembre 1968]. BAnQ Vieux-Montréal (P831,S2,D10).

 

Le public reconnaît la puissance de l’œuvre et c’est un triomphe. Dès l’année suivante, le Théâtre du Rideau Vert annonce une reprise hors saison de la pièce en soulignant son caractère historique pour le théâtre québécois.

 

 

Communiqué annonçant la reprise de la pièce Les belles-sœurs de Michel Tremblay au Théâtre du Rideau Vert, [1969]. BAnQ Vieux-Montréal (P831,S2,D11).

 

Espérons qu’il ne s’agit pas de la version officielle, car plutôt que de nommer le joual, ce communiqué parle de « language ébouriffant ». En français, c’est langage. Faudrait peut-être pas en « perler » à Lisette de Courval…

Saluons l’audace et le génie du tandem Tremblay-Brassard ainsi que le talent de ces comédiennes de la première heure et de ces jeunes artisans de la scène.

 

 

Michel Tremblay, Lucille Bélair, André Brassard, Luce Guilbeault, Denise Proulx et Denise Filiatrault lors de la reprise de la pièce Les belles-sœurs au Théâtre du Rideau Vert, 1969. BAnQ Vieux-Montréal (P831,S3,D215). Photographe : Guy Dubois.

 

 

 

Sylvain de Champlain avec la collaboration de Marthe Léger, archivistes – BAnQ Vieux-Montréal

[i] Michel Tremblay dans le Programme du Théâtre du Rideau Vert, saison ’68 ’69, volume 9, numéro 1, 28 août 1968. BAnQ Vieux-Montréal (P831,S2,D10).

 

 

Marcel Chabrier (1891-1946) : hommage à un artiste apprécié et respecté

 

Le 18 août 1946, l’acteur Marcel Chabrier se noie dans la rivière à Simon près de Piedmont dans les Laurentides. La disparition soudaine du talentueux interprète de rôles au théâtre et à la radio, qui s’est de plus illustré dans le film « Le père Chopin », crée une onde de choc dans la communauté artistique et le grand public.

 

 

Marcel Chabrier dans Sous le masque d’Yvette Mercier-Gouin, page couverture du programme de cette pièce présentée au Théâtre Arcade, 1944. BAnQ Vieux-Montréal (P764,S2).

 

 

Marcel Chabrier dans Porté disparu d’Yvette Mercier-Gouin, programme de cette pièce présentée par le théâtre du Palais Montcalm de Québec, [p. 5], 1945. BAnQ Vieux-Montréal (P764,S2).

 

 

 

Ses amis, aidés d’administrateurs de l’Union nationale française (devenue l’Union française), se mobilisent pour organiser les funérailles du grand comédien d’origine parisienne qui n’a « aucun parent » (1) à Montréal. Le service funèbre de Marcel Chabrier, auquel assistent de nombreux admirateurs ainsi que des représentants des milieux du théâtre, de la radio et du cinéma, est célébré, avec tous les honneurs qui lui sont dus, en la cathédrale Marie-Reine-du-Monde. L’inhumation de l’acteur a par la suite lieu dans une concession que possède l’Union française pour ses membres au cimetière Notre-Dame-des-Neiges. Il s’agit d’une dérogation aux règlements, car Monsieur Chabrier n’est pas un membre en règle de l’Union.

 

« Grâce à l’intelligente collaboration de tous, Marcel Chabrier a eu une fin digne du grand artiste qu’il était » (1), reconnaît Georges Landreau dans la lettre de remerciements qu’il adresse au président de l’Union française. Le directeur du Conservatoire Lassalle conclut d’ailleurs sa missive en se renseignant sur les modalités d’inscription à l’Union, car il a approché trois acteurs qui se sont montrés intéressés à faire partie de cette association d’accompagnement et d’aide pour les ressortissants français de Montréal fondée en 1886.

 

 

 

Lettre de Georges Landreau au président de l’Union française, [François Ducros], 1er septembre 1946. BAnQ Vieux-Montréal, (P860,S9).

 

 

Georges Landreau, directeur du Conservatoire Lassalle, ami de Marcel Chabrier et père de Nicole Germain, [194-]. BAnQ Vieux-Montréal (P565,S2,SS12,P40). Photographe : Desautels.

 

 

Marthe Léger, archiviste – BAnQ Vieux-Montréal

 

Référence :

 

  1. Lettre de Georges Landreau au président de l’Union française, [François Ducros], 1er septembre 1946. BAnQ Vieux-Montréal, (P860,S9).

 

En complément :

 

Fonds Nicole Germain (P565)

 

http://blogues.banq.qc.ca/instantanes/2018/05/09/yvette-mercier-gouin-populaire-dramaturge-des-annees-1930-et-1940/

 

http://elephantcinema.quebec/films/pere-chopin_6133

 

Hommage ému à Marcel Chabrier, La Presse (Montréal), 21 août 1946, p. 11.

 

Un dernier hommage à M. Marcel Chabrier, Le Devoir (Montréal), 22 août 1946, p. 5.

Le journal de voyage d’Antoine Dubuc: un regard sur l’Europe de 1912

 

En 1912, Antoine Dubuc, alors âgé de seize ans, effectue un tour d’Europe en compagnie de son frère Vincent et de leur tuteur, l’abbé Arthur Gaudreault. Les deux adolescents sont les fils du dirigeant de la Pulperie de Chicoutimi, J.-E.-A. Dubuc. Dans son journal de voyage, Antoine Dubuc nous décrit avec beaucoup de détails les lieux visités, notamment la France, Monaco, l’Italie, la Suisse, l’Allemagne, la Belgique et l’Angleterre. Au cours de son récit, le jeune homme fait aussi référence à l’incendie qui a ravagé le quartier est de la ville de Chicoutimi pendant son voyage.

Afin de montrer la richesse de ce journal, j’aimerais insister sur quelques extraits et comparer les images récentes disponibles sur Internet avec les photographies et les cartes postales recueillies lors des voyages des Dubuc sur le Vieux Continent.

« Tours, 60 500 habitants est une ville florissante… L’hôtel de ville […] est un bel édifice terminé en 1904. La façade principale d’une riche ornementation se compose d’un massif central et d’un campanile haut de 174 pieds. »[i]

 

 

L’hôtel de ville et le Palais de justice, Tours, France, s.d. BAnQ Saguenay (P1,S6,SS7,D296,P120-231). N J Photo.

 

 

 

« Marseille est une ville de 500 000 habitants, dont environ 100 000 Italiens […] À Notre-Dame de la Garde, nous jouissons […] d’une vue magnifique sur la Méditerranée et sur la ville et son port de mer […] C’est un vieil endroit de pèlerinage dont le vieux sanctuaire du Moyen-Âge a été remplacé par un bel édifice de style byzantin achevé en 1864. »[ii]

 

 

Notre-Dame de la Garde, Marseille, France, s.d. BAnQ Saguenay (P1,S6,SS2,D278,P1-024). Photographe inconnu.

 

 

« Le château St-Ange est un mausolée colossal érigé par Adrien. Ce palais était tout couvert de marbre et couronné d’une statue d’Adrien. Ce fut l’endroit de sépulture des empereurs et de leurs familles jusqu’à Caracalla. Quand les Goths assiégèrent Rome en 537, ce monument servit de forteresse aux Romains et les statues qui le couronnaient furent jetées sur les assiégeants. »[iii]

 

 

Le château Saint-Ange, Rome, Italie, s.d. BAnQ Saguenay (P1,S6,SS2,D277,P1-172). Photographe inconnu.

 

 

« Notre-Dame, l’église métropolitaine de Paris, a été fondée en 1163 sur l’emplacement d’une église primitive du 4e siècle. Placée en milieu de Paris, parmi tant de richesses monumentales, cette église profite naturellement de la splendeur de son entourage. »[iv]

 

 

Notre-Dame vue des quais, Paris, France, s.d. BAnQ Saguenay (P1,S6,SS7,D296,P103-068). Édition Chantal.

 

 

Ce journal de voyage a entièrement été numérisé et les chercheurs peuvent le consulter directement dans BAnQ numérique.

Ce n’est qu’un infime aperçu de la diversité de nos fonds et de nos collections d’archives. Venez nous visiter et vous serez emballés par les découvertes que vous ferez.

En complément :

Vincent Dubuc a lui aussi rédigé un journal lors de son voyage en Europe en 1912. Il est disponible ici.

André Leblanc, agent de bureau – BAnQ Saguenay

Sous la supervision de Myriam Gilbert, archiviste-coordonnatrice

[i] Journal du voyage en Europe d’Antoine, de son frère Vincent et de M. Arthur Gaudreault, pages 16-17. BanQ Saguenay, P1,S2,SS2,P1.

[ii] Idem, page 26.

[iii] Idem, page 59.

[iv] Idem, page 98.

Drame sur le lac Témiscamingue

 

En ce mois de juin 2018, le blogue Instantanés fête ses cinq ans d’existence. Afin de souligner cet anniversaire, nous publierons de nouveau, aux cours des prochaines semaines, les cinq articles les plus marquants de l’histoire du blogue. Ces textes coups de cœur ont été consultés par des milliers de lecteurs et méritent d’être redécouverts!

 

Aujourd’hui, nous vous présentons la première position : Drame sur le lac Témiscamingue

 

À travers nos bulletins de nouvelles télévisés et nos journaux, nous prenons régulièrement connaissance de tragédies qui, pour une raison ou pour une autre, réussissent à faire date dans notre histoire locale. Toutefois, plusieurs de ces drames restent méconnus du grand public. Un exemple serait celui qui se déroula sur le lac Témiscamingue, situé sur la frontière entre le Québec et l’Ontario, en 1978.

 

Le dimanche 11 juin 1978, un groupe de 27 élèves, âgés entre 10 et 15 ans, de l’école privée Saint John’s School de Claremont en Ontario (aujourd’hui fusionné à la ville de Pickering, près de Toronto) se rendent sur le lac Témiscamingue pour une expédition en canot qui doit se terminer 3 semaines et 845 km plus tard, aux abords de la Baie James, près de Moosonee, en Ontario. Accompagnés de quatre moniteurs, ce voyage devait être la dernière sortie scolaire de l’année pour ce groupe d’élèves. Aucun signe n’était annonciateur de la tragédie qui se préparait : les élèves avaient des notions de survie en pleine nature et la météo était clémente.

 

En début d’après-midi, les conditions météorologiques changent radicalement et de manière imprévisible sur le lac. Des vents violents se mettent à souffler et des hautes vagues se forment causant ainsi le chavirement des quatre canots de l’expédition. Malgré le fait que tous les membres portaient leurs gilets de sauvetage, au total 12 élèves et un moniteur meurent dans les eaux glaciales du lac Témiscamingue, à la hauteur du village de Saint-Édouard-de-Fabre (situé dans la région de l’Abitibi-Témiscamingue). Ce n’est que le lendemain matin, grâce à une alerte lancée par un pilote d’hélicoptère, qui était en route vers Ottawa, que les survivants et les corps des victimes du naufrage ont pu être récupérés, soit une vingtaine d’heures après l’évènement.

 

 

 

08Y,E6,S2,SS1

Vue du lac Témiscamingue et d’une partie du village de Saint-Édouard-de-Fabre, [1979-1980]. BAnQ Rouyn-Noranda (Fonds ministère de la Culture et des Communications. Direction de l’Abitibi-Témiscamingue et Nord-du-Québec) (E6,S2,SS1). Photographe non identifié.

 


« Un accident » selon le coroner Déry

 

À la suite de l’écoute des témoignages des survivants et de l’examen du matériel impliqué dans l’évènement, c’est le 7 juillet 1978 que le coroner Stanislas Déry remit son rapport d’enquête au Palais de Justice de Ville-Marie. Dans son rapport, malgré plusieurs irrégularités dans l’organisation du voyage par la direction de l’école Saint John’s et les capitaines de l’expédition, le coroner Déry tire la conclusion suivante :

« …la seule conclusion qui s’impose c’est que la cause immédiate de l’accident du 11 juin 1978, il faut la chercher dans une erreur de jugement des quatre (4) capitaines […] parce qu’ils n’étaient pas familiers avec les conditions spéciales prévalant sur le lac Témiscamingue […]. Disons, à leur décharge, que les quatre (4) capitaines […] pouvaient difficilement prévoir un changement et une augmentation aussi subits dans la direction du vent et de sa vélocité. […] Pour résumer, la preuve n’a révélé aucun des éléments qui nous justifieraient d’imputer une responsabilité criminelle à qui que ce soit. »

 

BAnQ Rouyn-Noranda possède quelques documents relatifs à ce drame qui sont disponibles à la consultation. Les archives judiciaires contiennent l’intéressant dossier d’enquête du coroner Stanislas Déry (TP12,S34,SS26,SSS1). Dans le centre de documentation, on retrouve un ouvrage de Scott Sorensen, témoin important de cette tragédie qui a participé aux mesures de sauvetage, intitulé Chronique de la rivière Kipawa. De plus, la collection de journaux sur microfilms donne accès à plusieurs articles sur l’évènement. Finalement, le fonds de la Sûreté du Québec renferme un dossier d’enquête qui est toutefois restreint à la consultation jusqu’en 2078.

 

 

François Veillette, technicien en documentation – BAnQ Rouyn-Noranda

 

 

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Extrait du rapport du coroner Stanislas Déry sur l’accident du 11 juin 1978, 7 juillet 1978. BAnQ Rouyn-Noranda (TP12,S34,SS26,SSS1)

 

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Extrait du rapport du coroner Stanislas Déry sur l’accident du 11 juin 1978, 7 juillet 1978. BAnQ Rouyn-Noranda (TP12,S34,SS26,SSS1)

 

rapport003

Extrait du rapport du coroner Stanislas Déry sur l’accident du 11 juin 1978, 7 juillet 1978. BAnQ Rouyn-Noranda (TP12,S34,SS26,SSS1)

 

rapport004

Extrait du rapport du coroner Stanislas Déry sur l’accident du 11 juin 1978, 7 juillet 1978. BAnQ Rouyn-Noranda (TP12,S34,SS26,SSS1)

 




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