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Instantané, le blogue des archivistes.

Habiller le théâtre : Une histoire de la dramaturgie au Québec à travers les costumes de Solange Legendre

Après des études à l’École des Beaux-Arts de Montréal et de Paris, Solange Legendre est embauchée par la Société Radio-Canada en 1956. Elle y fera la conception de costumes pour de nombreuses productions, notamment celles de L’Heure du concert et des Beaux Dimanches, ainsi que pour plusieurs séries dramatiques.

 

In the Story Book, émission pour enfants, Canadian Broadcasting Corporation (CBC), 1956-1957. BAnQ Vieux-Montréal (P846,S2,SS2,D1).

 

Marie-Emma d’André Laurendeau, 1970. BAnQ Vieux-Montréal (P846,S2,SS2,D49).

 

Pendant plus de trente ans, Solange Legendre signe les costumes d’œuvres théâtrales de diverses compagnies dont, entre autres, celles de la Comédie Canadienne, de l’Égrégore, de la Nouvelle Compagnie théâtrale, du Théâtre du Nouveau Monde et du Théâtre populaire du Québec. Nous lui devons la première conception des costumes de « Casse-Noisette », dans sa version chorégraphiée par Fernand Nault pour les Grands Ballets Canadiens.

 

Casse-Noisette,1964. BAnQ Vieux-Montréal (P846,S2,SS4,SSS3,D3).

 

La costumière, en plus de dessiner le vêtement, d’ « habiller » l’interprète, participe parallèlement à la dramaturgie. En collaboration avec le metteur en scène, elle imagine le personnage, après une lecture minutieuse du texte de la pièce et après une recherche approfondie sur les modes vestimentaires de l’époque où se déroule l’intrigue. Elle développe des chartes de couleurs en fonction d’un ensemble de critères tels que la scénographie, la psychologie du personnage et le comédien ou la comédienne qui jouera le rôle.

 

Charte des couleurs. Huis clos de Jean-Paul Sartre, 1981. BAnQ Vieux-Montréal (P846,S2,SS2,D77).

 

Tartuffe de Molière, 1965. BAnQ Vieux-Montréal (P846,S2,SS3,SSS5,D5).

 

Le Fonds Solange Legendre, conservé à BAnQ Vieux-Montréal, compte près de 2000 maquettes de costumes qui regorgent de couleurs et d’infinis détails. Nous y trouvons des échantillons de tissu, le titre de l’œuvre et le nom de l’artiste qui revêtira le costume. Plusieurs techniques de dessin sont utilisées au fil du temps. En plus d’être une grande source de plaisir pour les yeux, ces images nous livrent une foule de renseignements sur les styles vestimentaires à travers les époques et sur le milieu théâtral québécois. Nous y découvrons des œuvres, des auteurs, des compagnies et des interprètes de théâtre, de danse et d’opéra.

 

Le Bateau pour Lipaïa, d’Alexei N. Arbouzov, 1980. BAnQ Vieux-Montréal (P846,S2,SS2,D76).

 

Valérie Lessard, stagiaire de l’Université de Montréal (supervisée par Marthe Léger, archiviste) – BAnQ Vieux-Montréal

 

En complément :

Album Flickr Solange Legendre – BAnQ

Fonds Comédie Canadienne (MSS461)

Fonds François Barbeau (MSS450)

Fonds Fernand Nault (P738)

Fonds Grands Ballets Canadiens (P954)

Fonds Théâtre du Nouveau Monde (MSS3)

Fonds Théâtre populaire du Québec (MSS462)

L’affaire Delorme 1922: un procès qui souleva les passions

Le 7 janvier 1922, aux petites heures du matin, le corps de Raoul Delorme est découvert au coin des rues Snowdon et Décarie à Montréal. La victime aurait été assassinée dans la maison des Delorme situé au 190, rue Saint-Hubert et le corps transporté dans la voiture Franklin de monsieur l’abbé Adélard Delorme, principal accusé dans cette affaire.

Vous pouvez voir, via nos ressources en ligne, la carte de Montréal P318,S8,P16  pour l’année 1926, également le plan d’assurance incendie du quartier pour la même année.


Le plan de la maison Delorme 190 rue St-Hubert, 1922. BAnQ Vieux-Montréal (TP12, S2, SS29, SSS1), fonds Cour des sessions de la paix, dossier 870


Ce fut le début d’un procès qui marqua à jamais les annales judiciaires de Montréal. Très médiatisé, son retentissement dépassa les frontières du pays et le procès est, aujourd’hui encore, utilisé comme outil pédagogique pour les étudiants en droit.

En plus de secouer les fondements de la société en incriminant un homme de l’église dans une société profondément soumise au clergé, l’affaire souleva la passion des foules et tint en haleine l’ensemble de la population durant près de trois ans.

Le procès fut marqué par l’enquête du grand détective Georges Farah-Lajoie, dont l’intégrité et la compétence ne laissèrent personne indifférent. La qualité des preuves recueillies par ce dernier permirent au coroner de porter une accusation de meurtre contre l’abbé Delorme. Les conclusions du détective furent  présentées par la suite dans son livre My Version of the Delorme Case, ouvrage qu’il fut par ailleurs incapable de publier au Québec à l’époque. Sa perspicacité de fin limier et son courage lui valurent une grande notoriété, mais auraient aussi précipité son départ des services de police en 1927.


Acte d’accusation d’Adélard Delorme, 1922. BAnQ Vieux-Montréal (TP12, S2, SS29, SSS1), fonds Cour des sessions de la paix, dossier 870


La cause est considérée également comme l’une des premières à admettre l’analyse balistique comme élément de preuve. Le docteur Wilfrid Derome, alors directeur du Laboratoire de recherches médico-légales et dont la réputation n’était plus à faire, fera appel lors du procès à une technique nouvelle, le « roulement de balle », jusque-là inconnue au Canada.

Lors du premier procès, suite à un plaidoyer invoquant la folie et l’aliénation mentale, le jury déclara l’accusé inapte à subir son procès. Ce verdict aida le prêtre à s’en sortir à bon compte. Quelques mois plus tard, au moment où la justice le déclara inapte civilement à administrer la succession de la famille, le docteur Michel-Delphis Brochu de l’hôpital Saint-Michel-Archange à Québec, lieu d’internement du prêtre, renversa la décision de la cour criminelle en le déclarant sain d’esprit. De facto, un deuxième procès s’imposa.

Ni le verdict du deuxième procès (10 jurés contre 2 le déclarèrent coupable) ni celui du troisième (10 jurés contre 2 furent en faveur de l’acquittement) ne purent mettre fin à cette saga. Il a fallu un quatrième procès et une dose de lassitude – cinq minutes à peine de délibération en faveur de l’acquittement – pour venir à bout du procès. Un article publié dans La Presse le 24 juillet 1924, résume assez bien la situation:

« Un procès mémorable, qui vit des incidents mémorables et fournit des discours mémorables; au cours duquel fut exploité tout ce qu’on peut arracher d’adresse à la stratégie légale, davantage à l’imprévu des événements, de convaincant à la dialectique et d’émouvant à l’éloquence ».


Verdict de la cour du banc du roi, 1922. BAnQ Vieux-Montréal (TP12, S2, SS29, SSS1), fonds Cour des sessions de la paix, dossier 870


Chronologie des évènements :

  • 30 mai 1916 : Alfred Delorme, bourgeois, ayant fait fortune dans l’immobilier, rédige un testament où il lègue une grande partie de son héritage à son fils cadet Raoul. L’abbé Adélard Delorme doit gérer l’héritage de son frère jusqu’à l’âge de la majorité, c’est-à-dire 25 ans.
  • 5 février 1921 : Raoul Delorme, lègue dans son testament fait à Ottawa où il étudiait le commerce, une grande partie de ses biens à son frère l’abbé Delorme.
  • 19 décembre 1921 : l’abbé Delorme contracte une assurance-vie de 25 000$ sur la vie de son frère Raoul.
  • 27 décembre 1921 : l’abbé Delorme achète un Bayard neuf, future arme du crime.
  • La nuit du 6 au 7 janvier 1922 : Raoul Delorme est assassiné, il avait  24 ans.
  • 27 mars 1922 : le coroner met en accusation l’abbé Delorme pour le meurtre de son frère Raoul Delorme
  • 29 juin 1922 : l’accusé est déclaré aliéné lors du verdict du premier procès.
  • 16 novembre 1922 : la Cour supérieure prononce un jugement en interdiction et son beau-frère Adélard Tétrault est nommé curateur.
  • 27 juin 1923 : l’exhumation du corps de Raoul Delorme est ordonnée pour réaliser d’autres expertises. Le crâne de Raoul Delorme est exhibé devant l’assistance et déposé entre les mains des membres du jury.
  • Juin 1923 : la technique de roulement de balle utilisée par le docteur Wilfrid Derome prouve, hors de tout doute, que les balles retrouvées sur le cadavre proviennent bel et bien du Bayard de l’abbé Delorme.
  • Juin 1923 : une autre expertise scientifique montre que l’écriture sur le colis contenant la montre supposément volée lors de l’assassinat et expédiée au chef de police Lorrain, est bien celle de l’accusé.
  • 31 octobre 1924 : l’abbé Delorme est finalement déclaré non coupable lors du quatrième procès.

Testament d’Alfred Delorme, rédigé le 30 mai 1916 chez le notaire Léandre Bélanger. BAnQ Vieux-Montréal (CN601,S5,27)


D’autres documents intéressants comme les témoignages, les décisions, l’enquête de coroner, les dessins montrant les impacts des balles sur la malheureuse victime, les plans de la maison des Delorme située au 190, rue Saint-Hubert, scène du crime, etc. sont disponibles à BAnQ Vieux-Montréal.


Dessin montrant les impacts des balles sur le corps de la victime, 1922. BAnQ Vieux-Montréal (TP12, S2, SS29, SSS1), fonds Cour des sessions de la paix, dossier 870


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Pour en savoir plus :

  • Procès criminel Adélard Delorme-  BAnQ  Vieux-Montréal,  TP12, S2, SS29, SSS1. Fonds Cour des sessions de la paix, dossier 870, 1922.  Contenants 2003-06-001/108; 2003-06-001/87;  2003-06-001/110 et  2003-06-001/1033.
  • Testament Alfred Delorme – BAnQ  Vieux-Montréal,  CN601, S527. Fonds greffe du notaire Me. Léandre Bélanger  30 mai 1916 acte 26763. Contenant 2008-01-001/71.
  • Dossier interdiction de l’abbé Adélard Delorme – BAnQ  Vieux-Montréal, TP11, S2, SS12, SSS1. Fonds Cour supérieure de Montréal, Ex parte dossier 685, 1922. 2007-09-001/14.

Autres ressources :


Emilie Dufour-Lauzon et Karim Mansouri, agents de bureau – BAnQ Vieux-Montréal

De Caughnawaga à La Romaine, la vie au quotidien chez les Amérindiens

Récemment, Bibliothèque et Archives nationales du Québec a acquis les archives de Bernadette Lemieux (P967), enseignante en arts et artisanat dans plusieurs réserves autochtones du Québec durant les années 1960.

Née le 10 février 1910 à St-Éloi, comté de Kamouraska, Bernadette Lemieux s’installe à Saint-Jean-Port-Joli, où elle se découvre une passion pour les arts. À la suite de cours de peinture, elle participe à plusieurs expositions où elle présente ses toiles. Ses talents s’expriment également dans la confection d’objets de toutes sortes, que ce soit avec des plumes, des coquillages ou du cuir. Désirant partager ses connaissances artistiques, Bernadette Lemieux quitte son domicile pour enseigner les techniques de l’artisanat dans les réserves autochtones de Manawan, Bersimis, Caughnawaga, La Romaine et Odanak.

 

Bernadette Lemieux, 1963. BAnQ Vieux-Montréal, fonds Bernadette Lemieux (P967). Photographe non identifié.

 

Vidéaste amateure, elle réalise durant ses séjours plusieurs films montrant la vie quotidienne des Amérindiens sous plusieurs angles tels les rencontres entre les peuples, la famille, les activités et danses traditionnelles, le mode de vie et le travail d’artisanat. Bernadette Lemieux nous laisse un témoignage saisissant, unique et authentique pour les chercheurs désirant approfondir une époque de notre histoire peu documentée.



Le fonds Bernadette Lemieux est complémentaire au fonds Arthur Lamothe (P246), cinéaste documentaire spécialisé dans les cultures amérindiennes.



Sébastien Gouin, archiviste – BAnQ Vieux-Montréal

 

La frénésie de la Deuxième Guerre mondiale à Rouyn-Noranda

Il n’y a pas à dire, la population des villes sœurs a contribué activement à l’effort de guerre durant les années 1939 à 1945. Les Rouynorandiens ont démontré leur support aux troupes qui combattaient outre-mer en défilant dans les rues et en rendant hommage aux soldats de la région. Durant cette période, le Union Jack flottait partout dans la ville. Toutefois, le point culminant de cette frénésie a été la 6e campagne des emprunts de la Victoire de 1944.

 

Parade lors de la fête de Confédération du Canada sur la 2e Avenue (devenue avenue Murdoch) à Noranda, 1er juillet 1942. (On remarque la présence d’un militaire qui salue; à l’arrière-plan, l’église Notre-Dame-de-Protection, l’épicerie Desrosiers et le Sam Bucovetsky). BAnQ Rouyn-Noranda (P124,S20,P317-42-7). Photographe : Joseph Hermann Bolduc.

 

Personnes hissant le drapeau du Royaume-Uni (site actuel de l’aréna Iamgold, coin 9e Rue et rue Murdoch). BAnQ Rouyn-Noranda (P124,S20,P317-44-4). Photographe : Joseph Hermann Bolduc.

 

Façade du magasin Simpson’s, situé au 54, avenue Principale à Rouyn-Noranda, qui présentait fièrement le Union Jack ainsi que des affiches de la campagne des emprunts de la Victoire. On remarque également la pancarte d’une Canadienne fièrement vêtue en militaire, 11 novembre 1944. BAnQ Rouyn-Noranda (P124,S22,D24,P135-44-2). Photographe : Joseph Hermann Bolduc

 

Défilé d’anciens militaires dans la gadoue de la rue Perreault à Rouyn-Noranda, 1944. BAnQ Rouyn-Noranda (P124,S20,P317-44-12). Photographe : Joseph Hermann Bolduc

 

L’apport important des mineurs

Dans un premier temps, les organisateurs de la campagne comptaient beaucoup sur les mineurs pour atteindre leurs objectifs. Si bien que l’on prévoyait amasser plus d’argent dans les mines du secteur de Rouyn-Noranda que dans les deux villes. À elle seule, la  Noranda Mines Ltd avait comme objectif d’amasser 175 000$ comparativement à 250 000$ pour Rouyn et Noranda. L’objectif total étant de 600 000$ pour tout le district minier. Le directeur de la mine Noranda, H. L. Roscoe, était le représentant de l’industrie minière au Quebec Advisory Economic Council.

Afin de stimuler la générosité de leurs employés, les compagnies organisaient des compétitions interdépartementales et offraient des prix aux plus généreux qui se voyaient octroyer des bons de la Victoire de 50 ou de 100 dollars. À la mine Noranda, un tableau affichait la contribution des différentes unités de travail. Celle qui était en tête était identifiée par la queue de diable de la caricature d’Hitler.

 

Fanion à l’effigie d’un Hitler diabolique qui identifiait l’équipe de mineurs de la mine Noranda qui était en avance dans l’achat des obligations de la Victoire en 1944. On peut y lire « L’équipe en tête. Plus de crêpes de deuil pour le diable ». L’équipe C était en avance avec des dons de 23000$. BAnQ Rouyn-Noranda (P123,S3,P101). Photographe non identifié.

 

Pour faciliter l’achat des bons, les ventes étaient déduites directement sur la paie des ouvriers. Ils étaient invités à des rencontres qui avaient lieu dans les différents environnements de travail de la mine. Le 25 avril 1944, messieurs Roméo Guillemette, du Comité national du financement de guerre et J. J. Penverne, avocat de Montréal, se sont adressés aux mineurs dans la salle des machines et dans le vestiaire des mineurs, communément appelé « la dry », à 6h40 du matin!

 

Conférencier dans le vestiaire de la mine Noranda, 25 avril 1944. BAnQ Rouyn-Noranda (P123,S3,P5). Photographe non identifié.

 

Conférencier dans la salle des machines de la mine Noranda, 25 avril 1944. BAnQ Rouyn-Noranda (P123,S3,P6). Photographe non identifié.

 

La compagnie n’hésitait pas à déployer de grandes affiches sur son site afin de souligner l’effort de guerre. Les images de propagande ont eu un rôle important durant la guerre.

 

Affichage des montants amassés par chacun des départements à la sortie de la mine Noranda durant la 6e campagne des emprunts de la Victoire, 26 avril 1944. BAnQ Rouyn-Noranda (P123,S3,P102). Photographe non identifié.

 

Affichage des montants amassés par chacun des départements à la sortie de la mine Noranda durant la 7e campagne des emprunts de la Victoire, 27 octobre 1944. BAnQ Rouyn-Noranda (P123,S3,P103). Photographe non-identifié.

 

Affiches de propagande lors de la 7e campagne des emprunts de la Victoire sur des panneaux géants installés devant la mine Noranda, 23 octobre 1944. BAnQ Rouyn-Noranda (P123,S3,P103). Photographe non identifié.

 

Un lancement de campagne surréaliste

Le lancement de la campagne des villes de Rouyn et Noranda s’est fait dans un contexte complètement surréaliste. L’événement était prévu le lundi 24 avril 1944, mais a été reporté au lendemain en raison des conditions météorologiques. Afin d’apporter sa contribution à l’effort de guerre, Ted Soucie, le propriétaire du théâtre Alexander, et lieutenant du Régiment de Hull, a décidé de littéralement transformer son cinéma en chantier de guerre. Des murailles en sacs de sable étaient dressées devant l’immeuble, les murs étaient placardés d’affiches de la 6e campagne des emprunts de la Victoire avec comme leitmotive « La victoire d’abord » et la marquise était prête à accueillir les musiciens du Régiment de Hull.

 

Théâtre Alexander, situé au 115, avenue Principale à Rouyn-Noranda, lors des préparatifs pour l’ouverture de la 6e campagne des emprunts de la Victoire, 25 avril 1944. BAnQ Rouyn-Noranda (P117,S2,P1484). Photographe non identifié.

 

Le journal le Rouyn-Noranda Press du 20 avril 1944 invitait toute la population à se regrouper sur la rue Principale, fermée pour l’occasion, afin de procéder à l’achat des obligations de la Victoire. On y prévoyait que lorsque les objectifs de vente seraient atteints qu’un Hitler en chiffon serait brûlé sur la place publique…sous la supervision de la brigade des pompiers de Rouyn bien sûr!  On y annonçait également que des hommes d’affaires et des professionnels seraient sollicités publiquement afin d’acheter leurs bons et que devant un refus de leur part, des soldats vêtus d’uniformes nazi iraient envahir leurs domiciles et les escorteraient de force sur l’estrade des animateurs de foule.

La population a répondu à l’appel en grand nombre. Des milliers de personnes ont envahi la rue Principale à partir de 20h. Selon le journal La Frontière plus de 3000 citoyen s’y sont présentés. La rue était tellement bondée que les gens grimpaient sur le toit des édifices adjacents pour voir la scène.

 

Début des festivités devant le théâtre Alexander sur l’avenue Principale à Rouyn-Noranda. On y voit très bien les gens qui s’étaient installés sur le toit des édifices adjacents, 25 avril 1944. BAnQ Rouyn-Noranda (P124,S20,P320-44-1). Photographe : Joseph Hermann Bolduc

 

L’événement, animé par Ted Soucie et par Albert Aubé, animateur à CKRN, a été diffusé en simultané sur les ondes de CKRN Radio. D’entrée de jeu, le maire de Rouyn, Romuald Gagné et J. E. Desrosiers, principal organisateur de la campagne, se sont adressés à la foule pour souligner l’importance de leur contribution. L’officier C. A. Giroux a dirigé des simulations militaires de soldats du Régiment de Hull pour démontrer à la population la réalité quotidienne des militaires outre-mer. Chaque souscription, dont la plus remarquable provenait d’un enfant de 7 ans, était soulignée par une salve de mitrailleuses et carabines du régiment. Au total, la soirée aura rapporté plus de 28 000$ et à 21h15, le Hitler en chiffon a été brûlé au grand plaisir de la foule!

 

La cérémonie durant la soirée. On peut y voir le Hitler en chiffon pendu à droite de la scène ainsi que des gens attroupés sur le toit du S.S. Kresge au coin de la rue Gamble, 25 avril 1944. BAnQ Rouyn-Noranda (P124,S20,P320-44-3). Photographe : Joseph Hermann Bolduc

 

Une campagne difficile

Malgré un départ canon, la campagne s’est essoufflée rapidement. Comparativement à la 5e campagne, les ventes n’allaient pas au rythme prévu. Le propriétaire du théâtre Alexander a alors décidé de présenter des films de propagande pour stimuler l’achat de bons. On y montrait des images, provenant de l’armée canadienne et de l’armée américaine, qui décrivaient les horreurs de la guerre et les ennemis de la nation. Cette stratégie a été payante puisqu’au final, le district de Rouyn-Noranda a dépassé son objectif de plus de 125% en amassant un total de 750 450$.

Pour en savoir plus, n’hésitez pas à venir consulter les journaux et les fonds d’archives conservés à BAnQ Rouyn-Noranda. Notre équipe se fera un plaisir de vous aider.

 

Sébastien Tessier, archiviste-coordonnateur – BAnQ Rouyn-Noranda

Enquête publique : mode d’emploi

Que l’on s’intéresse ou non aux commissions d’enquête, il faut admettre qu’elles font partie de notre actualité politique depuis près de 150 ans (1869). Le gouvernement du Québec est tout à fait cohérent en matière de commission d’enquête. Il maintient son pouvoir législatif en contournant l’obligation d’instituer une loi spéciale touchant son administration.

Le gouvernement libéral de monsieur Couillard mène actuellement deux commissions d’enquête : la Commission Chamberland portant sur la protection de la confidentialité des sources journalistiques et la Commission Viens menée sur les relations entre les Autochtones et certains services publics mis à leur disposition au Québec.

Pour en savoir plus sur les commissions d’enquête, vous pouvez consulter les fonds de :

 

Caricature de Raoul Hunter. Rapport de la Commission Gendron. « Je trouve que vous livrez tard, surtout que je n’ai rien commandé… », 03 janvier 1973. BAnQ Québec, Fonds Raoul Hunter (P716,S1,P73-01-03).

 

Caricature de Raoul Hunter. «Après un, c’est un autre…», 8 février 1974. BAnQ Québec, Fonds Raoul Hunter (P716,S1,P74-02-08).

 

Mais qu’est-ce au juste qu’une commission d’enquête publique?

Une commission est un organisme éphémère et indépendant soumis à des règlements, directives et procédures gouvernementales comme tout organisme public. Les commissions sont régies par plusieurs lois dont la Loi sur les commissions d’enquête, Loi sur les archives, etc.

Elles sont décrétées par le gouvernement en place lorsqu’il juge à propos de mener une enquête sur une question d’affaire publique. Elles sont communément dénommées du nom du président désigné qui, lui-même, s’entoure de commissaires pour mener les travaux d’enquête. Ces derniers décideront de la comparution de personnes dont le témoignage peut apporter un éclairage particulier. Au terme de leurs travaux, les commissaires doivent remettre un rapport accompagné de recommandations ou mesures à mettre en place par le gouvernement.

 

Caricature de Raoul Hunter. Le juge Cliche : «Ça va pas être une partie de sucre», 18 septembre 1974. BAnQ Québec, Fonds Raoul Hunter (P716,S1,P74-09-18).

 

Bien que la commission soit autonome, des intervenants extérieurs viennent soutenir ses activités: Ministère du Conseil exécutif, Secrétariat du Conseil du trésor, Centre de services partagés du Québec, Société québécoise des infrastructures et Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

Le rôle de BAnQ en est un de soutien et d’appui à la gestion documentaire numérique auprès des commissions d’enquête.

 

Lynda Corcoran, archiviste – BAnQ Québec

Le destin parfois difficile des enfants en Nouvelle-France

De nos jours, les enfants sont particulièrement choyés, élevés dans un environnement protégé, aseptisé et entouré de l’affection de leurs proches. Il en était autrement en Nouvelle-France alors que le taux de mortalité infantile était de 38% avant l’âge de 24 mois.

Les archives judiciaires de la Nouvelle-France contiennent plusieurs causes qui présentent le triste destin de certains enfants. Les chercheurs seront intéressés par la lecture d’un extrait de l’Édit du roi Henri II, de l’an 1556 :

 

Enregistrement de l’ordonnance de Michel Bégon, du 6 février 1722, au sujet des femmes qui sont enceintes par des voies illicites selon l’Édit du roi Henri II, du 2 février 1556 [extrait]. BAnQ Vieux-Montréal (TL4,S35,P7).


Enregistrement de l’ordonnance de Michel Bégon, du 6 février 1722, au sujet des femmes qui sont enceintes par des voies illicites selon l’Édit du roi Henri II, du 2 février 1556 [extrait]. BAnQ Vieux-Montréal (TL4,S35,P7).


« portant peine de mort contre les filles et femmes qui, étant devenues enceintes par voie illégale, ne déclarent point leurs grossesses et qui font ou laissent périr leur enfant, (…) soit réputée comme ayant homicidé son enfant… »

 

Des accidents pouvaient survenir. Les bambins étaient souvent laissés seuls à la maison ou encore confiés à un enfant à peine plus âgé : l’enfant se blessait en tombant de son berceau, se brûlait dans l’âtre du foyer et parfois se noyait dans un simple sceau d’eau. Pour éviter ce genre d’accident, des mères attachaient leurs jeunes enfants avec de longues bandes de tissu appelées « lisières » pour restreindre leurs mouvements.

Au mois d’août 1717, Pierre Noël dit Lavigeur, soldat et valet du sieur de Portneuf, fit une découverte macabre : le ventre, d’un « mal achigan ou brême » qu’il venait de pêcher, contenait le bras d’un nouveau-né !

 

Enquête concernant une découverte macabre faite par Pierre Noël dit Lavigeur, soldat et valet du sieur de Portneuf, 1717 [extrait]. BAnQ Vieux-Montréal (TL4,S1,D2156).


Les maladies infantiles étaient aussi très nombreuses : le croup, la typhoïde, la rubéole, la rougeole, la scarlatine et la redoutable petite vérole représentaient des risques élevés de décès chez les jeunes enfants. Tous ne mourraient pas de ces maux mais nombreux étaient ceux dont le corps restait marqué à jamais.

Les chercheurs pourront consulter plusieurs dossiers judiciaires numérisés provenant des juridictions royales de Montréal (TL4) et de Trois-Rivières (TL3) ainsi que de la Collection Pièces judiciaires et notariales de Québec (TL5), tous disponibles sur le site de BAnQ.


Maryse Dompierre, technicienne en documentation – BAnQ Trois-Rivières


Pour en savoir plus :

Judith Jasmin, 1916-1972 : confidences de ses jeunes années

Les journaux intimes de Judith Jasmin, récemment acquis par BAnQ, témoignent de l’évolution personnelle et intellectuelle de celle qui va devenir la première femme grande reporter au Québec.

 

Judith Jasmin, cahier 2, p.58, 1932, BAnQ Vieux-Montréal (P143,S1,D11). Photographe non identifié.

 

Ces écrits, rédigés de 1928 à 1939 et en 1947, se présentent sous la forme de trois petits cahiers auxquels Judith Jasmin confie ses tourments, ses joies et ses peines. Ils documentent, entre autres, la fin du séjour de la famille Jasmin en France (1928-1929), le retour au Québec, la vie d’étudiante et de pensionnaire de la jeune Judith au lycée de Versailles (1930-1932), ses rôles au théâtre et à la radio de Radio-Canada, ses premiers pas sur le marché du travail.

 

Cahier 1, p.1, 1928, BAnQ Vieux-Montréal (P143,S1,D11).

 

Lycée de jeunes filles de Versailles, cahier 1, p.54, [1931], BAnQ Vieux-Montréal (P143,S1,D11).

 

Cahier 2, p.1, 1931, BAnQ Vieux-Montréal (P143,S1,D11).

 

Cahier 3, non paginé, 1936, BAnQ Vieux-Montréal (P143,S1,D11).

 

Cahier 3, non paginé, 1947, BAnQ Vieux-Montréal (P143,S1,D11).

 

L’acquisition de ces cahiers, témoins privilégiés des interrogations et réflexions de Judith Jasmin, constitue un remarquable ajout au fonds d’archives de cette grande communicatrice conservé à BAnQ Vieux-Montréal.

 

Marthe Léger, archiviste – BAnQ Vieux-Montréal

 

En complément :

Judith Jasmin, 1916-1972 : de feu et de flamme, par Colette Beauchamp, Boréal, 1992.

https://www.fpjq.org/prix-et-bourses/prix-judith-jasmin/

https://www.fpjq.org/prix-et-bourses/prix-judith-jasmin/prix-hommage/ (Prix remis à Lise Bissonnette en 2016)

http://blogues.banq.qc.ca/instantanes/2016/11/11/parrainage-dorphelins-de-deuxieme-guerre-mondiale/

Inauguration d’une œuvre du génie québécois : le pont-tunnel Louis-Hippolyte-La Fontaine

Les cérémonies officielles entourant l’inauguration du pont-tunnel Louis-Hippolyte La Fontaine, reliant Montréal à la Rive-Sud, ont lieu le samedi 11 mars 1967 soit quelques semaines avant l’ouverture de l’Exposition universelle de Montréal. Outre les nombreux automobilistes impatients d’utiliser cette nouvelle voie rapide, des centaines de personnes assistent à l’événement. Parmi les invités et dignitaires, signalons notamment le chef de l’opposition officielle du Québec, Jean Lesage ; l’évêque auxiliaire de Montréal, Mgr Paul Grégoire ; le coordonnateur du chantier, Roger Leblanc ; le maire d’Ottawa, Jules Morin ; le premier ministre du Québec, Daniel Johnson et le maire de Montréal, Jean Drapeau.


Panneau promotionnel sur les lieux des cérémonies d’inauguration du pont-tunnel, 11 mars 1967. BAnQ Vieux-Montréal (E6,S7,SS1,D670571 À 670599). Photographe: Adrien Hubert.

 

Le projet de construction du pont-tunnel remonte à octobre 1960 alors que les gouvernements fédéral et provincial signent une entente pour la construction d’une section de la route transcanadienne sur le territoire québécois qui reliera l’Ontario à Rivière-du-Loup. Le projet est officiellement lancé en mai 1962 et le chantier débute le 15 juillet 1963.

Quelques semaines plus tard, environ 300 familles de Longue-Pointe sont expropriées ou relocalisées malgré les protestations et les manifestations. La démolition de l’église Saint-François-d’Assise et du presbytère de Longue-Pointe a lieu au printemps 1964. Pour les concepteurs du projet, ces expropriations et démolitions sont un moindre mal puisque la construction d’un pont suspendu aurait défiguré le paysage de la ville et détruit non seulement le quartier entier de Longue-Pointe, mais également une partie de Ville d’Anjou.


Construction en cale sèche d’un des sept caissons du pont-tunnel, 1965, BAnQ Vieux-Montréal (E6,S7,SS1, D650611 à 650622). Photographe: Gilles Richard.

 

La conception de l’ouvrage routier relève de la société conjointe d’ingénieurs-conseils Brett & Ouellet, Lalonde & Valois (Lavalin) et Per Hall et Associés. L’option d’un pont-tunnel – le plus grand tunnel sous-marin au Canada – est privilégiée considérant les coûts et la complexité de construction d’un pont enjambant la voie maritime du Saint-Laurent. D’une longueur de 1,5 km et d’une profondeur de 24 mètres, le tunnel sous-marin rejoint un pont de près de 460 mètres de longueur situé sur l’île Charron. La pente du tunnel s’incline à 4,5% tandis que trois tubes le composent : deux pour la circulation automobile à trois voies et un troisième qui assure l’aération du tunnel. Deux tours de ventilation situées à chaque extrémité de l’ouvrage sont reliées aux ensembles tubulaires.


Vue aérienne de l’entrée nord et des tours de ventilation du pont-tunnel. Au centre en haut de la photographie, on voit l’hôpital Saint-Jean-de-Dieu (maintenant Louis-Hippolyte-La Fontaine), 1967. BAnQ Vieux-Montréal (E6,S7,SS1, D670497 à 670530). Photographe: Gabor Szilasi.

 

Inauguration du pont-tunnel en présence de Daniel Johnson, Jean Drapeau et Jean Lesage. 11 mars 1967. BAnQ Vieux-Montréal (E6,S7,SS1,D670571 À 670599). Photographe: Adrien Hubert.

 

La construction du pont-tunnel n’a jamais empêché la navigation sur la voie maritime. Elle a de plus généré environ 600 emplois réguliers et fait travailler plus de 2 500 ouvriers au plus fort du chantier. De nos jours, ce sont environ 130 000 véhicules qui empruntent cette portion de la route transcanadienne la reliant à l’autoroute 40. Elle a été nommée en l’honneur de Louis-Hippolyte La Fontaine (1807-1864), homme politique du Bas-Canada né à Boucherville.


Mireille Lebeau, archiviste – BAnQ Vieux-Montréal


Pour en savoir plus :

– Blogue Instantanés de Johanne Mont-Redon, Expropriation : quand bâtir veut dire partir. http://blogues.banq.qc.ca/instantanes/2014/09/25/expropriation-batir-veut-dire-partir/.

– Édition du 13 mars 1967 du journal La Presse http://collections2.banq.qc.ca/lapresse/src/cahiers/1967/03/13/82812_1967-03-13.pdf

– Gaudry, William, Laboratoire d’histoire et de patrimoine de Montréal. https://lhpm.uqam.ca/upload/files/Affiche_-_William_-_10_mai_2016.pdf

– Office du film du Québec : Pont-tunnel Louis-Hippolyte-La Fontaine – La sécurité dans le tunnel – Office du film du Québec (1970)

– Site du ministère des Transports du Québec : https://www.transports.gouv.qc.ca/fr/projets-infrastructures/projets/reseau-routier/projets-routiers/CMM/louis-hippolyte-lafontaine/Pages/refection-pont-tunnel.aspx

« Chagall », chanson de Marcel Cabay et Herbert Ruff

En 1966, Marc Chagall reçoit le disque vinyle, aujourd’hui introuvable, de la chanson « Chagall », écrite par Marcel Cabay et mise en musique par Herbert Ruff.

De sa villa « Les collines » de Vence, Marc Chagall écrit à Marcel Cabay une courte lettre dans laquelle il exprime sa «… reconnaissance pour la sympathie que vous me manifestez ainsi qu’à mon art. », précise qu’il a «… apprécié le timbre de voix et les sentiments exprimés. » et lui souhaite «… du succès pour continuer dans cette voie…».

 

« Chagall », tapuscrit de Marcel Cabay, [196-], BAnQ Vieux-Montréal. (P858,S7).


 

« Chagall », manuscrit de Marcel Cabay, [196-], BAnQ Vieux-Montréal. (P858,S7).


 

Marthe Léger, archiviste – BAnQ Vieux-Montréal

 

En complément :

 

  • « Chagall », texte de Louis Aragon mis en musique et interprété par Jean Ferrat

 

 

Avez-vous un permis?

Si les voyages sur le continent nord-américain et la traite des fourrures vous intéressent, la série TL4,S34 contient quelque 1000 congés et permissions accordés par le gouverneur entre 1721 à 1752 et disponibles sur le site de BAnQ. Ce sont des autorisations qui permettent à des individus d’équiper des canots pour aller commercer avec des Amérindiens à un poste dans l’arrière-pays, ou pour faire de la prospection et des explorations au nom du roi.

En 1696, le roi de France supprime les congés, d’une part à cause de l’effondrement des marchés en France et, d’autre part, parce que les colons français se sont «abandonnés au libertinage, à la débauche, [et] à toutes sortes de désordres et de crimes»; en 1716, la pratique est rétablie.


Enregistrement d’une permission accordée par Philippe Rigaud de Vaudreuil à De Cournoyer pour aller aux Pays-d’En-Haut, 30 avril 1721. BAnQ Vieux-Montréal (TL4,S34,P9).

Enregistrement d’une permission accordée par Philippe Rigaud de Vaudreuil à De Cournoyer pour aller aux Pays-d’En-Haut [suite], 30 avril 1721. BAnQ Vieux-Montréal (TL4,S34,P9).

 

Dans ce document exceptionnel, Hertel de Cournoyer s’engage à transporter et à mettre ses engagés au service du père Pierre-François-Xavier de Charlevoix (1682-1761) mandaté par le régent Philippe, duc d’Orléans pour localiser la Mer de l’Ouest qui ouvrirait la voie vers les contrées de l’Orient.

Ce texte est particulièrement intéressant parce qu’il fait référence à trois aspects au cœur de l’histoire de la Nouvelle-France soit la traite des fourrures entre les coureurs des bois et les Amérindiens, les voyages des explorateurs sur le continent nord-américain et la présence des communautés religieuses dans leur tentative de convertir les Sauvages en Amérique.


Carte de l’Amérique du Nord pour servir à l’histoire de la guerre de 1755 à 1760, 1800. BAnQ Rosemont-La Petite-Patrie (G/3301/S1/1800/M35 CAR). Anne-Joseph-Hippolyte de Maurès comte de Malartic.

 

Nous pouvons voir sur cette carte les postes de traite les plus fréquentés par les voyageurs : Détroit et Michillimakinac au Michigan, la Baie-des-Puants et Chagouamigon au Wisconsin, Michipicoton et Kaministiquia en Ontario, le poste des Miamis en Indiana et celui de la Rivière au Bœuf en Pennsylvanie. Ils se rendaient même parfois jusqu’au Lac Ouinipigon et au poste du Fort La Reine au Manitoba.


Enregistrement d’une permission accordée par Jacques-Pierre Taffanel de la Jonquière à D’Ailleboust de la Madeleine et D’Ailleboust de Menthet, 12 juin 1750 [extrait]. BAnQ Vieux-Montréal (TL4,S34,P901).


 

Le nombre d’engagés par canot varie, mais la plupart des congés mentionnent leurs noms, prénoms et lieux d’origine. Ces hommes sont surtout originaires de Montréal et des villages avoisinants comme Soulanges, Île-Perrot, Châteauguay, Rivière-des-Prairies, ainsi que de localités des rives sud et nord : Laprairie, Contrecœur, Boucherville, Maskinongé, Lavaltrie, Berthier. Ils partent pour une période maximale de 18 mois et la date de leur départ de Montréal est parfois mentionnée.

En plus de nous indiquer les lieux de traite et l’identité des voyageurs, cette série nous fait découvrir le courage de quelques femmes parties pour le long voyage vers l’Ouest avec leurs enfants. On pense à Marie-Anne Tetard de Forville, épouse de Joseph Lefebvre, installée au poste des Miamis avec ses enfants (TL4, S34, P38); à Barbe De Montmegnier et son époux François Lacroix, de la Côte de Beaupré, partis s’installer aux Illinois avec leurs cinq enfants (TL4, S34, P92).

Enregistrement d’une permission accordée par Philippe Rigaud de Vaudreuil à Marguerite Lalande, femme de Nicolas Ladouceur, 6 septembre 1724 [extrait]. BAnQ Vieux-Montréal (TL4,S34,P136).


 

Ci-dessus, le permis accordé à une toute jeune mère, Marguerite Lalande l’épouse de Nicolas Ladouceur qui s’est installé dans l’Ouest. Elle gère leur commerce de traite à partir de Montréal, engage des voyageurs, emprunte des fonds, signe des conventions. Le gouverneur Rigaud de Vaudreuil lui permet de se rendre au poste des Miamis et Ouyatanons avec un canot et quatre hommes. Le document n’indique pas si son nourrisson, Marie-Josèphe, et sa fille d’un an Marie-Thérèse, font partie du voyage.

Ainsi, ces congés de traite homologués sont riches d’informations pour qui s’intéresse à l’étude de la traite des fourrures au 18e siècle, alors que les historiens de la famille pourront peut-être y retracer un ancêtre.


Denyse Beaugrand-Champagne, archiviste – BAnQ Vieux-Montréal




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