Portail BAnQ Nétiquette
Instantané, le blogue des archivistes.

La Superfrancofête

 

Du 13 au 24 août 1974, la ville de Québec vibre au rythme du Festival international de la jeunesse francophone, communément appelé la Superfrancofête. Des représentants de vingt-cinq pays, membres de l’Agence de coopération culturelle et technique des pays francophones, viennent participer aux festivités. Le 8 juin 1973, l’organisation de l’événement est confiée à la Société d’accueil du Festival international de la jeunesse francophone.

 

 

Défilé d’ouverture, 13 août 1974. BAnQ Québec (P967,S2,SS7,D63-12,P17). Photo : Léon Bernard.

 

 

La Superfrancofête, c’est avant tout la mise en valeur des cultures propres à chaque pays. Des spectacles extérieurs de musique et de danses traditionnelles sont donnés à plusieurs endroits et à différentes heures de la journée, notamment au parc Montmorency, au Jardin Grande Allée (actuel parc de la Francophonie) et sur les plaines d’Abraham. Le volet culturel contient du théâtre, du cinéma, de la poésie, des contes, des ateliers sur l’architecture et sur l’environnement, de même que des jeux traditionnels. Plusieurs salles de spectacles sont aussi mises à contribution, dont le Grand Théâtre, le Palais Montcalm et l’auditorium de l’Édifice G.

 

 

Théâtre Parminou présentant lors de la Super Franco Fête sa pièce « La Grand’Langue » au Parc Montmorency, août 1974. BAnQ Québec (E6,S7,SS1,D7440974,P024). Photo : André Readman.

 

Sur les plaines d’Abraham, on construit de toutes pièces le Village des arts pour permettre aux artisans de démontrer leur savoir-faire. En tout, une centaine d’entre eux y participent : vanniers, sculpteurs, tisserands, potiers, peintres et plusieurs autres interagissent avec les visiteurs.

 

 

Construction de la structure du Village des arts, été 1974. BAnQ Québec (E6,S7,SS1,D7441308,P004). Photo : Luc Chartier.

 

 

Chaque jour se termine par un spectacle gratuit sur la grande scène extérieure située sur les plaines d’Abraham, à l’arrière du Musée du Québec. Tous les pays participants présentent leurs numéros lors du « spectacle national ». Pour clore l’événement, un spectacle métissé est offert à la population par un groupe de musiciens québécois accompagné d’artistes originaires de différents pays. Lors de ce spectacle, l’influence des rencontres et des ateliers auxquels les musiciens ont assisté tout au long du festival est palpable.

 

 

Scène du spectacle national du Niger sur la grande scène extérieure, 17 août 1974. BAnQ Québec (P967,S2,SS7,D63-001,P11). Photo : Léon Bernard.

 

 

Un volet sportif fait également partie des fêtes. C’est ainsi que se tiennent les premiers Jeux de la Francophonie. Plusieurs compétitions officielles d’athlétisme ont lieu, toutes sanctionnées par la Fédération internationale d’athlétisme, sans compter la présentation d’autres compétitions sportives : volleyball, soccer, cyclisme, water-polo, pour ne nommer que celles-ci. Toutes les épreuves sportives se déroulent au Pavillon de l’Éducation Physique et des Sports (PEPS) de l’Université Laval. L’ensemble du campus est mis à contribution. Les délégués des pays participants y sont logés et nourris. Des salles de classe permettent également la tenue d’ateliers et de conférences.

 

 

 

Coureuses sur la piste du PEPS avec en arrière plan le podium à l’effigie de la Superfrancofête, août 1974. BAnQ Québec (P967,S2,SS7,D63-001,P06). Photo : Léon Bernard.

 

 

Afin de vous immerger dans l’ambiance festive de la Superfrancofête, venez visionner le film Franc Jeu, disponible sur BAnQ numérique.

Annie Labrecque, technicienne en documentation – BAnQ Québec

Sources :

Fonds Ministère de la Culture et des Communications du Québec

Fonds Ministère des Communications (nombreux dossiers photographiques)

Fonds Léon Bernard (photographies)

Journal le 13-24

Les registres de l’État civil : le cas de la grippe espagnole de 1918

 

Occupés à bâtir leur propre histoire, peu de gens réalisent à quel point certaines de leurs décisions auront un impact tant historique qu’archivistique. C’est le cas en Nouvelle-France, avec la volonté du gouvernement de répertorier tous les sujets du Roi. C’est ainsi que les prêtres catholiques de chaque paroisse, suivis quelques années plus tard par plusieurs autres confessions, commencent à enregistrer les naissances (baptêmes), les mariages et les décès (sépultures) dans de grands cahiers reliés. Ceux-ci, désormais connus sous le nom de registres de l’état civil, existent en deux copies; l’une pour la paroisse et l’autre qui est déposée annuellement au tribunal qui dessert l’endroit.

 

Registre de l’état civil de Saint-David-de-l’Aube-Rivière, 1918. BAnQ Québec. (CE301, S105)

 

Après un délai de conservation de 100 ans, le Directeur de l’État civil verse les registres aux Archives nationales du Québec qui en assurent le traitement, la conservation et la diffusion. Les documents sont numérisés et disponibles dans la Collection numérique.

 

Registre de l’état civil de la compagnie du cimetière Saint-Charles, 1918. BAnQ Québec. (CE301, S149). Photo : Karen Bilodeau.

 

Les registres de l’état civil du Québec sont une mine d’or pour les chercheurs, surtout en ce qui concerne les recherches généalogiques. Mais une analyse plus approfondie de ces documents nous dévoile également des faits historiques fascinants. L’année 1918 est un exemple frappant avec l’arrivée de la grippe espagnole qui augmente de façon alarmante le nombre de décès répertoriés pendant les mois d’octobre et de novembre.

La pandémie de grippe espagnole est survenue à la fin de la Première Guerre mondiale entre 1918 et 1920. Ce désastre sanitaire aurait atteint plus de la moitié de la population mondiale, qui était environ de 1,83 milliard de personnes à l’époque, et causé de vingt à cent millions décès. Malgré son nom, la souche probable du virus proviendrait de la Chine. La diffusion s’est effectuée en trois vagues consécutives, dont seulement deux ont été recensées au Québec. La première, à l’automne 1918, et la deuxième, à l’hiver 1920. Les militaires qui revenaient de la guerre furent probablement la cause de l’arrivée de la grippe en territoire canadien.

La grippe espagnole a tué de nombreuses personnes en très peu de temps. Parfois, il suffit de quelques heures pour qu’un jeune homme en pleine santé succombe à la maladie. Après une courte période d’incubation, les symptômes s’apparentent à ceux que l’on connaît de la grippe : maux de tête, douleurs musculaires, fièvre et toux.

Par contre, la spécificité de ce virus fait en sorte qu’il cible de façon plus insidieuse les poumons de certains individus. Les malades deviennent alors plus vulnérables à des virus ou à des bactéries opportunistes qui causent des problèmes respiratoires variés, tels que la pneumonie et la bronchite.[1] Le résultat est souvent fatal, car le système immunitaire du malade réagit en emplissant d’eau les poumons.

« Le visage et le corps du malade prennent une teinte bleutée ou noire, symptômes accompagnés d’une toux avec des expectorations de sang ainsi que de saignements nasaux. Ces expressions pathologiques étaient causées par le manque d’oxygène dans le sang du patient. Le décès suivait habituellement cette série d’événements par la production excessive d’eau dans les poumons et pouvait survenir en seulement quelques heures ». [2]

À Québec, le virus cause environ 500 morts. Au plus fort de la crise, du 14 au 20 octobre, la grippe fait quotidiennement environ 40 victimes. La tranche de population la plus atteinte est celle comprise entre 20 et 35 ans[3]. Malheureusement, ce sont également les quartiers populaires qui sont le plus atteints. Dans la capitale québécoise, 80 % des victimes vivent dans les quartiers les plus pauvres de Saint-Sauveur et de Saint-Malo, là où les mauvaises conditions d’hygiène favorisent la propagation de la maladie[4].

Le 25 septembre 1918, la ville de Québec recense son premier cas de grippe :

L’influenza espagnole, qui exerce ses ravages depuis plusieurs jours dans la région de Québec, a fait son apparition hier dans la population de notre ville. Le premier cas signalé aux autorités a éclaté à l’Hôtel-Dieu, et la victime, un jeune homme, a succombé hier soir. On rapporte que la religieuse qui l’a soigné a été atteinte de la maladie et est en danger. Quatre autres cas ont éclaté dans les familles du quartier Belvédère. (Le Devoir, 26 septembre 1918, p. 3).

Pendant les jours qui suivent, l’épidémie de grippe devient plus intense et touche plusieurs villes de la province. Le manège militaire de Québec est mis en quarantaine à partir du 2 octobre. Le 7 octobre, les autorités de la ville instaurent finalement des mesures de quarantaine plus drastiques surnommées la « dictature hygiénique » (Le Devoir, 10 octobre 1918, p. 3)

 

Façade du Manège militaire, vers 1900. BAnQ Québec (P560,S1,P140). Photographe non identifié.

 

« Les autorités ont décidé de fermer toutes les écoles, de diminuer autant que possible les services religieux dans les églises, de fermer les lieux d’amusement et d’interdire les assemblées publiques, afin de se prémunir contre les atteintes de la grippe. » (Le Devoir, 7 octobre 1918 p. 3)

« Comme résultat de la conférence que le maire Lavigueur et les membres du conseil de ville ont eu, ce matin à l’hôtel de ville avec les médecins les plus importants, des suggestions qui seront mises en pratique ont été faites pour enrayer la marche de l’épidémie de grippe qui sévit depuis quelques jours dans nos familles. […] 1- Fermeture de tous les collèges et couvents, écoles, externats dans les limites de la ville; 2- La fermeture des théâtres, des lieux d’amusements, des endroits de rassemblement, de prohiber les réunions de toutes sortes. » (Le Soleil, 7 octobre 1918, p. 12)

Les rues des grandes villes sont désertiques. Des rubans sont accrochés aux portes des foyers infectés et il n’est pas rare de constater le décès d’une famille entière. Dès la mi-octobre, sous l’ordre de l’archevêque, les cloches des églises ne retentissent plus pour souligner les décès, et ce afin d’épargner le moral de la population.

Les registres de l’état civil témoignent de ce drame qui touche toute la province de Québec. Dans chaque paroisse, le nombre de sépultures atteint un nombre record lors du mois d’octobre. Par exemple, au cimetière Saint-Charles, on dénombre 102 décès en octobre 1917 et 492 pour le même mois l’année suivante. Il s’agit d’une augmentation de 382%!

 

Registre de l’état civil de la compagnie du cimetière Saint-Charles, 1918. BAnQ Québec. (CE301, S149)

 

L’analyse des registres de l’état civil nous permet également de constater que Baie-Saint-Paul a  été particulièrement touchée par l’épidémie de la grippe espagnole. On dénombre 72 décès au courant du mois d’octobre, ce qui représente 44% des sépultures de cette paroisse pour l’année 1918. Si l’on compare à l’année 1917, seulement 8 personnes décèdent au mois d’octobre pour un total de 112 décès pour toute l’année.

 

 

 

Registre de l’état civil de Saint-Pierre et Saint-Paul (Baie-Saint-Paul), 1918. BAnQ Québec. (CE304, S1)

 

Pour chaque paroisse, les registres  témoignent d’événements marquants qui ont façonné l’histoire du Québec. On retrouve plusieurs informations inestimables dans les registres, telles que le haut taux de mortalité infantile au début du 20e siècle, l’âge moyen des décès qui augmente au fil du temps et le nombre d’habitants qui ont la capacité de signer. Il s’agit donc là d’un outil unique dont la consultation nous permet de mieux cerner et de comprendre davantage la réalité des gens qui ont vécu à une autre époque.

 

Registre de l’état civil de Saint-Étienne-de-la-Malbaie, 1918. BAnQ Québec. (CE304, S3)

 

 

Catherine Lavoie, technicienne en documentation – BAnQ Québec

Karen Bilodeau, technicienne en documentation – BAnQ Québec

 

[1] DUBOIS, Francis. « La grippe espagnole au Québec, 1918-1920. Essai en géographie de la santé », Mémoire de maîtrise, Université de Montréal, Montréal, 2007, p. 11.
[2] DUBOIS, Francis. « La grippe espagnole au Québec, 1918-1920. Essai en géographie de la santé », Mémoire de maîtrise, Université de Montréal, Montréal, 2007, p. 11.
[3] DUBOIS, Francis. « La grippe espagnole au Québec, 1918-1920. Essai en géographie de la santé », Mémoire de maîtrise, Université de Montréal, Montréal, 2007, p. 132.
[4] LEMOINE, Réjean. « La grippe espagnole de 1918 à Québec », Cap-Aux-Diamants, volume 1, no 1, printemps 1985, p. 39.

Perdue et retrouvée : la lettre de Louis Riel écrite à la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal en 1874

 

Louis Riel est un personnage incontournable de l’histoire canadienne. Fondateur du Manitoba, il est notamment célèbre pour avoir mené deux soulèvements métis : la rébellion de la rivière Rouge en 1870 et la résistance du Nord-Ouest en 1885, où il est arrêté et accusé pour haute trahison. À la suite de son procès, il est reconnu coupable et exécuté le 16 novembre 1885. Au Québec, il est renommé pour être le défenseur de la langue française et de la religion catholique au Manitoba. Son histoire a marqué notre imaginaire collectif et elle fait partie intégrante de notre patrimoine culturel.

 

Riel (Louis-David), Chef métis, exécuté à Régina le 16 novembre 1885, [vers 1880], BAnQ Québec (P1000, S4, D30, P2) Photographe non identifié.




Riel and his council (1870), [vers 1880], BAnQ Québec (P1000,S4,D30,P5) Photographe non identifié.

 

Le contenu de la lettre

Cette lettre manuscrite originale a été écrite par Louis Riel en juin 1874 alors qu’il se trouve aux États-Unis. Ce dernier vit en exil, et ce, même s’il a été élu en octobre 1873 lors de l’élection partielle dans le comté fédéral de Provencher et réélu en février 1874 aux élections générales. De plus, il est expulsé de la Chambre en réponse à une motion déposée par le chef orangiste ontarien Mackenzie Bowell.

Louis Riel a étudié et vécu durant une partie de sa jeunesse au Québec. Sa lettre témoigne de l’attachement qu’il porte envers les Canadiens français ainsi que des liens étroits que les Métis entretiennent avec eux. Voici ce que nous pouvons y lire :

 

À son Honneur

Le juge Coursol, Président de la Société St-Jean-Baptiste de Montréal

 

Monsieur,

 

Je suis heureux d’offrir l’hommage de mon respect au président de la Société St-Jean-Baptiste de Montréal et à tous les présidents des autres sociétés Saint-Jean-Baptiste aujourd’hui réunis en cette belle ville.

 

Je félicite les Canadiens français de célébrer comme peuple notre fête nationale d’une manière aussi digne, aussi grandiose.

Honneur au pur patriotisme qui fait de notre fête nationale une aussi belle fête. Honneur surtout à la religion catholique qui rend fort et remarquable même un petit peuple.

 

Je sais que le noble cœur du peuple Canadien français aime les métis canadiens du Manitoba et du nord ouest. Et puisqu’en travaillant pour les Métis, pour mes chers compatriotes, je suis sûr de ceux qui ont le plus à se féliciter des sympathies canadiennes-françaises, je tiens à vous assurer, Monsieur le Président et tous les Canadiens français, je tiens à vous assurer, au nom des Métis, que je suis uni de cœur et d’esprit pour fêter avec vous ce beau jour.

 

Les Métis Canadiens français du Nord-Ouest sont une branche de l’arbre canadien français. Ils veulent grandir comme cet arbre et avec cet arbre, ne point se détacher de lui, souffrir et se réjouir avec lui.

 

Louis Riel

 

États-Unis, 24 juin 1874

 

*Transcription libre

 

Lettre de Louis Riel au juge Charles-Joseph Coursol, 24 juin 1874, BAnQ Vieux-Montréal (P82,S3).

 

Cette lettre est envoyée au juge Charles-Joseph Coursol, alors président de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal (SSJBM) (1872-1874) pour souligner les célébrations du 24 juin ainsi que le 40e anniversaire de l’organisme. Cependant, c’est en septembre 1938 que la SSJBM reprend possession de la lettre. C’est le petit-fils du juge Coursol, le major Roderick Kane, qui en fait don. La lettre est conservée au siège social de la société de l’époque, c’est-à-dire au Monument national, jusqu’à son déménagement à la Maison Ludger-Duvernay en 1976.

 

Enveloppe contenant la lettre de Louis Riel et envoyée par Roderick Kane, 9 septembre 1938, BAnQ Vieux-Montréal (P82,S3)

 

La (re)découverte de la lettre

 

Cette pièce d’archives a été retrouvée en novembre 2018 par la secrétaire générale de la SSJBM, Madame France Langlais. La lettre était connue de l’organisme, mais celui-ci en avait perdu la trace. C’est en faisant l’inventaire des documents conservés dans l’une de leurs salles que ce petit trésor a été aperçu dans une boîte, au milieu de vieux documents notariés. À la suite de cette unique trouvaille, la lettre est publiée sur le site web de l’organisme. Dès le lendemain, Radio-Canada Manitoba sollicite une entrevue avec la SSJBM. Peu de temps après la diffusion de l’entrevue, Bibliothèque et Archives Canada et la Société historique de Saint-Boniface démontrent un intérêt pour son acquisition. Finalement, le Conseil général de la SSJBM décide de garder la lettre au Québec et de l’ajouter à leur fonds d’archives conservé à Bibliothèque et Archives nationales du Québec le 14 mars 2019.

 

Vous pouvez consulter le fonds de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal à BAnQ Vieux-Montréal sous la cote P82.

 

En complément :

 

Vous pouvez lire la nouvelle de la découverte et écouter l’entrevue de Radio-Canada Manitoba donnée par Mme France Langlais ici.

Vous pouvez visiter le site web de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal afin de connaître l’ensemble des activités qu’ils proposent.

Sources :

STANLEY, George F.G. « Louis Riel », Historica Canada, L’Encyclopédie canadienne [en ligne]. https://www.thecanadianencyclopedia.ca

S.a., « Louis Riel flees to the U.S.A. », Centre du patrimoine. Société historique de Saint-Boniface [en ligne].  https://shsb.mb.ca/

S.a., « Louis Riel », Wikipédia [en ligne]. https://fr.wikipedia.org/

 

Remerciements à Mme France Langlais de la SSJBM pour les informations fournies sur la mise en contexte de la lettre, les circonstances de sa découverte et les étapes menant à sa donation à BAnQ.

 

Annie Dubé, archiviste – BAnQ Vieux-Montréal

 

Quand un cadavre provoque une chicane

 

Nous sommes au début du mois d’octobre 1846, soit dans les premières années d’existence de la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean.  En l’absence de routes, plusieurs bateaux jettent l’ancre dans la Baie des Ha! Ha! C’est notamment le cas de l’Argyle of London. Malheureusement, il transporte en son bord un jeune matelot de dix-huit ans qui est gravement malade. Il s’agit de Joseph Davit.

 

Celui-ci est rapidement transporté dans la maison du patriarche Alexis Simard, qui sert également de chapelle aux pionniers de la colonie de Grande-Baie.  Entouré de soins, il meurt malgré tout le 15 octobre 1846.  Cependant, avant de passer de vie à trépas, le pauvre garçon demande à être baptisé dans la foi catholique.  Il  reçoit donc le sacrement du baptême après avoir répondu de manière « édifiante » aux questions qui lui sont posées.  Il prend d’ailleurs le nom d’Alexis Joseph Davit, en signe de reconnaissance envers son bienfaiteur, Alexis Simard.

 

Plan de Grande-Baie des Ha! Ha! dessiné par l’arpenteur Jean-Baptiste Duberger fils où l’on peut voir à droite précisément l’emplacement de la terre d’Alexis Simard Père, 1845. BAnQ Saguenay (02C, P666,S15,SS2,SSS9,D1).



 

Aussitôt après sa mort, des dispositions sont prises pour l’enterrer dans le cimetière catholique.  Toutefois, le capitaine de l’Argyle of London et Robert Blair, l’agent de William Price dans la région, ne l’entendent pas ainsi.  Puisque le jeune homme est de confession protestante, ils décident de l’enterrer ailleurs. Le Père Honorat s’y oppose vivement. Il leur fait alors porter une lettre où il leur interdit d’emporter la dépouille.  Des matelots se présentent tout de même chez Alexis Simard. Ils ont obtenu l’ordre d’emporter le corps coûte que coûte. La présence du père Honorat et de plusieurs autres personnes n’y change rien.

 

William Price 1er, 1789-1867. BAnQ Saguenay (02C,P666,S12, SS1, P1). Photo non datée. Photographe inconnu.

 

Jean-Baptiste Honorat, père oblat de Marie-Immaculée, 1799-1862. BAnQ Québec. Photo non datée. Photographe inconnu.

 

On s’en doute, l’indignation est à son comble. Le Père Honorat déplore amèrement l’absence d’une autorité civile ou judiciaire au Saguenay à qui il aurait pu s’en remettre pour s’occuper de cette situation.  Comme il ne peut y avoir d’acte de sépulture et pour que ce geste ne tombe pas dans l’oubli, le Père Honorat et le prêtre Gagnon, curé de Chicoutimi, consignent leurs témoignages sur la conversion du jeune homme, son décès et les circonstances de l’enlèvement du corps dans les registres d’état civil de Grande-Baie. On ignore encore aujourd’hui où le corps a été enterré.

 

 

 

Registre des actes d’état civil, Saint-Alexis-de-Bagot, District judiciaire de Chicoutimi, octobre 1846. Collection numérique de BAnQ (02C,CE201,S1,1842-1881,0143)

 

 Transcription des deux actes relatant les faits

 

« Nous soussignés déclarons que le nommé Joseph Davit Écossais de nation, matelot à bord du bâtiment Argyle of London, âgé de dix-huit ans, pendant la maladie qu’il a souffert dans la maison de Monsieur Alexis Simard père à la Grande-Baie et à laquelle il a succombé, a demandé très distinctement, à plusieurs reprises et en notre présence l’assistance du prêtre catholique auquel aussi en notre présence, il a demandé le baptême et a répondu de la manière la plus édifiante aux questions qui lui ont été faites sous l’administration des sacrements.  Il a reçu à son baptême, qui lui a été administré sous condition, les noms de Alexis Joseph. Grande-Baie le seize octobre mil-huit-cent-quarante-six »

« Le quinze octobre mil-huit-cent-quarante-six le susnommé Joseph Alexis Davit est décédé dans la maison de monsieur Alexis Simard Père au village de la Grande-Baie. Tandis que nous nous disposions à l’inhumer dans le cimetière de cette mission, le capitaine de son bâtiment, ensemble avec l’agent de Monsieur Price à la Grande-Baie, ont pris sur eux d’enlever le corps du défunt et de l’ensevelir ailleurs.  Tous pensent que le défunt appartenait probablement à leur secte; et cela malgré notre défense en propre à eux intimés, par une lettre à l’agent susdit dès que nous fûmes informés de leur dessein;  et de vive voix en présence de plusieurs témoins quand ils vinrent à la maison de Monsieur Simard pour enlever le corps. Il est bon de dire qu’il n’y a dans le Saguenay d’autres ministres de culte que les prêtres catholiques et qu’il n’y réside encore personne revêtu d’une autorité quelconque civile ou judiciaire.  B. Honorat. P.O.M. »

 

Myriam Gilbert, archiviste-coordonnatrice – BAnQ Saguenay

John Lennon à Ottawa… ou quand jeunesse ose

 

Alors que Montréal célèbre le 50e anniversaire du «bed in pour la paix», la région de l’Outaouais commémore un autre événement spécial. Ayant entendu dire que John Lennon et Yoko Ono allaient venir à Montréal, le président de la Fédération étudiante de l’Université d’Ottawa, Allan Rock, en profite pour inviter l’ancien membre des Beatles et sa femme à Ottawa.

 

Allan Rock, alors âgé de 21 ans, se rend en catimini dans la fameuse chambre de l’hôtel Le Reine Elizabeth. Il veut convaincre Lennon de participer au forum sur la paix à l’Université d’Ottawa. Ce dernier accepte, mais à la seule condition de rencontrer le premier ministre Pierre-Elliott Trudeau.

 

Le 3 juin 1969, John Lennon et Yoko Ono arrivent à Ottawa. Le forum sur la paix s’organise plutôt rapidement. Par contre, cela ressemble davantage à une conférence de presse improvisée. Lennon y diffuse son message de paix, même si le premier ministre Trudeau n’est pas présent.

 

Le passage de telles vedettes ne peut certainement pas se faire sans que les médias s’y intéressent.  Le photographe Champlain Marcil travaille alors pour le journal Le Droit. Il reçoit la commande de prendre des photos de l’événement. Malheureusement, il a de nombreux engagements. Il délègue donc le travail à son collègue Pascal Barrette.  Bien des années plus tard, Champlain Marcil fera don de ses négatifs à BAnQ Gatineau. Aujourd’hui, nous possédons de nombreux clichés de cette visite historique.

 

 

 

Le premier ministre n’y était peut-être pas, mais la foule est au rendez-vous, 1969. BAnQ Gatineau (P174, S1, D53479, P6). Photographe : Pascal Barrette

 

 

 

 

 

John Lennon et Yoko Ono lors du forum sur la paix à l’Université d’Ottawa, 3 juin 1969. BAnQ Gatineau (P174, S1, D53479, P1). Photographe : Pascal Barrette

 

 

 

 

 

John Lennon et Allan Rock. Allan Rock deviendra plus tard ministre de la Santé dans le gouvernement libéral de Jean Chrétien, puis ambassadeur du Canada aux Nations-Unies avant de revenir vers son alma mater comme recteur de l’Université d’Ottawa. BAnQ Gatineau (P174, S1, D53479, P7). Photographe : Pascal Barrette

 

 

 

 

 

Lors de ce forum, John Lennon veut surtout faire comprendre l’importance de promouvoir la paix, 3 juin 1969. BAnQ Gatineau (P174, S1, D53479, P2). Photographe : Pascal Barrette

 

 

 

Finalement, dans un dernier effort de répondre au désir de Lennon de rencontrer le premier ministre, Allan Rock embarque le couple dans sa coccinelle jaune. Il conduit ainsi ses visiteurs jusqu’au 24 Sussex. Ils cognent à la porte. Malheureusement, le premier ministre est absent. Lennon décide de lui laisser une petite note. Trudeau et Lennon réussissent finalement à se rencontrer au mois de décembre suivant. Ils passeront plus d’une heure ensemble.

 

Pour en savoir plus :

 

The Ballad of John and Yoko in Ottawa

 

McNab, Ken. And in the End: The Last Days of the Beatles, Kindle Edition, 2019.

 

 

Jacinthe Duval, archiviste-coordonnatrice – BAnQ Gatineau

 

607 documents anciens à découvrir sur Sainte-Anne-de-la-Pérade

 

L’équipe de BAnQ Trois-Rivières a complété le traitement d’une magnifique acquisition de documents anciens offerte à notre institution par Monsieur Anthony G. Le Moine en 2016. Grâce à ce don, la réserve du centre d’archives conserve dorénavant 607 nouveaux documents couvrant 271 ans d’histoire de Sainte-Anne-de-la-Pérade. Ils témoignent principalement de l’administration seigneuriale, d’activités commerciales et de la vie quotidienne du 17e au 20e siècle.

 

 

Registre terrier-censier de la seigneurie Sainte-Marie pour l’abolition des droits seigneuriaux, certifié du 5 janvier 1856. Il contient des renseignements pour les années 1804 à 1876. Extrait. BAnQ Trois-Rivières (P134,S2,SS6,D6).

 

 

Obligation de 200 livres entre Marie-Madelaine De Chavigny et Jean-Alexis Lemoine dit Monière, 19 avril 1712. Extrait. BAnQ Trois-Rivières (P134,S2,SS1,D5).

 

 

Obligation entre Jean Lemoyne et René-Alexandre Lemoine dit Despain, 15 juillet 1701. Elle porte sur un prêt de 800 livres pour un voyage de traite de fourrures. Extrait. BAnQ Trois-Rivières (P134,S2,SS1,D1).

 

 

Foi et hommage et reconnaissance au terrier entre Marie-Magdelaine De Chavigny, Louis Gastineau et Louis-Joseph Gastineau, 24 octobre 1711 (annoté en 1723 et en 1766). Extrait. BAnQ Trois-Rivières (P134,S2,SS2,D1).

 

 

Ces 607 documents sont de nature très variée : des fois et hommages, des reconnaissances, des dénombrements, une mise en demeure, des significations, des assignations à comparaître, des jugements, des arrêts, des décrets, des notes pour plaidoiries, des comptes, des expertises juridiques, des nominations, des concessions, des bornages, des contrats de mariage, des marchés, une proclamation (avis aux squatters), des déguerpissements, des ventes, des baux, des obligations, des partages, des procurations, des échanges, des donations, des quittances, des transports, des inventaires, des testaments, des tutelles, des curatelles, des plans, des procès-verbaux d’arpentage, des paroles de chanson, une incorporation et dissolution, de la correspondance et un almanach.

 

Une description de chacun est accessible dans le catalogue Pistard sous les cotes P134,S2,SS1 à P134,S2,SS15 :

 

Par Sophie Morel, archiviste-coordonnatrice – BAnQ Trois-Rivières

 

Une nouvelle carrière dans une nouvelle ville : la vie culturelle en Abitibi-Témiscamingue vue par François Ruph

 

Déménager dans une ville que l’on ne connait  pas ou très peu et changer de carrière sont deux événements marquants dans la vie de quiconque l’a expérimenté. Pour François Ruph, ces deux épisodes se succédèrent rapidement. Fort de son diplôme en psychologie à l’Université de Lyon, il vient s’établir à Rouyn-Noranda en 1969 afin d’y enseigner au Cégep de l’Abitibi-Témiscamingue. Un autre changement majeur survient à peine trois ans plus tard, lorsqu’il décide d’abandonner le professorat au profit d’une carrière en photographie et en journalisme. Dès lors, il s’applique à poser un regard artistique sur  presque tous les pans de la vie en Abitibi-Témiscamingue. Tandis que ses intérêts pour une variété de sujets tels que l’écologie, la vie quotidienne et les paysages ont déjà été mis en valeur à diverses occasions par l’équipe de BAnQ Rouyn-Noranda, son implication au sein du milieu culturel de la ville restait, en grande partie, à être découverte.

 

Loin de vouloir comparer mes exploits à ceux de M. Ruph, je n’ai toutefois pu m’empêcher de dresser quelques parallèles entre nos situations respectives, alors que je parcourais ses archives. Après tout, je n’avais visité Rouyn-Noranda qu’une seule fois avant de quitter Montréal et de m’y établir avec l’optimisme comme seule garantie que j’y trouverais ma place. À peine six mois plus tard, je commençais ma carrière à BAnQ. Sans compter que le milieu culturel, et en particulier tout ce qui a trait à la musique, est de loin ma plus grande passion. Je n’aurais jamais pu rêver d’un meilleur fonds à traiter comme première expérience en tant que technicien en documentation.

 

 

 

En plein action : photographie prise en 1981 lors d’une représentation d’Un reel ben beau ben triste, de Jeanne-Mance Delisle. BAnQ Rouyn-Noranda (P227,S55,P6) Photo : François Ruph

 

 

 

François Ruph devait également se dire qu’il était au bon endroit au bon moment, puisqu’il fut aux premières loges de l’éclosion d’une nouvelle génération d’artistes, d’entrepreneurs et surtout de passionnés qui allaient ranimer tout le milieu culturel de Rouyn-Noranda et de l’Abitibi-Témiscamingue. Il a pu témoigner de l’essor de productions théâtrales originales qui allaient bientôt voyager au-delà des limites de la région. Pensons notamment à Un reel ben beau ben triste, écrit par Jeanne-Mance Delisle et produit par le Théâtre de Coppe en 1978. Rapidement, cet éclatement des idées est freiné par le manque de ressources en création et en diffusion mises à la disposition des artistes. Plutôt que de s’en remettre uniquement à l’instabilité des subventions gouvernementales, les artisans de la scène locale s’impliquent et multiplient les initiatives indépendantes.

 

 

Accrochage de l’enseigne du Cabaret de la dernière chance, le 15 décembre 1982, lors de la soirée d’inauguration officielle. BAnQ Rouyn-Noranda (P227,S59,P117) Photo : François Ruph

 

 

C’est dans cet esprit d’autosubsistance que naît le Cabaret de la dernière chance, inauguré le 15 décembre 1982. À la fois un lieu de création et de diffusion, un café et un lieu de rencontre, le Cabaret se veut surtout une manière de financer les projets culturels de la communauté. Aujourd’hui devenu un lieu quasi mythique, le Cabaret de la dernière chance a vu évoluer une kyrielle d’artistes de la région et d’ailleurs sur ses planches. Dans les premières années d’activités du Cabaret, soulignons Richard Séguin, Bob Walsh, Michel Rivard et, bien entendu, Richard Desjardins. Outre la musique, le Cabaret a été et est toujours un espace privilégié pour une variété de disciplines comme le théâtre, les arts visuels, l’improvisation et autres événements à caractère plus politique, tels que les excentriques rassemblements du parti Rhinocéros.

 

 

 

Richard Desjardins prend une petite pause entre deux nouvelles chansons pour se rafraîchir et rigoler un peu. Cette photographie a été prise lors de son concert au Cabaret de la dernière chance, en 1984. BAnQ Rouyn-Noranda (P227,S75,P30) Photo : François Ruph

 

 

Parmi les nombreux autres documents produits par François Ruph ayant trait à la vie culturelle de l’Abitibi-Témiscamingue, il est impossible de passer sous silence sa couverture massive de plateaux de tournage pour des films réalisés dans la région. Les archives photographiques pour le tournage du long métrage L’hiver bleu, réalisé par André Blanchard, sont particulièrement fascinantes non seulement pour l’impressionnant nombre de lieux visités et photographiés, mais également pour la sensibilité tout à fait locale et ponctuelle des portraits criants de réalisme qui sont dressés dans ce film et que François Ruph a heureusement pu documenter.

 

 

 

En attendant la prochaine scène : acteurs poilus et moins poilus sur le plateau de tournage du film L’hiver bleu, réalisé par André Blanchard. BAnQ Rouyn-Noranda (P227,S110,D1,P1067031) Photo : François Ruph

 

 

Évidemment, ceci n’est qu’une partie de ce qui rend ce fonds d’archives aussi captivant. Ces photographies témoignent d’un moment charnière dans la vie culturelle de l’Abitibi-Témiscamingue, un moment où ses artisans ont déployé la détermination et les efforts nécessaires afin de tisser leur propre réseau de création et de diffusion. Aujourd’hui, leur volonté se fait ressentir par l’esprit immensément inventif et libre qui caractérise la pléiade d’initiatives culturelles qui prennent forme jour après jour.

 

 

 

Tandis que le Cabaret de la dernière chance mettait en lumière les talents locaux, le Forum de Rouyn-Noranda a souvent accueilli des formations populaires d’ici et d’ailleurs, dont Corbeau en juin 1984. BAnQ Rouyn-Noranda (P227,S77,P9) Photo : François Ruph

 

 

Cela devait être bien stimulant pour François Ruph de pouvoir prendre part à un mouvement communautaire distinct, lui qui n’avait peut-être pas de port d’attache aussi prononcé que celles et ceux qui avaient grandi dans la région. Mais en me fiant à ma propre expérience en tant que témoin de leurs réussites, je ne doute pas qu’il ait rapidement été investi d’un fort sentiment d’appartenance. Pour ma part, je sais que d’avoir eu la chance de travailler sur ce fonds et de découvrir l’histoire de ma ville adoptive au moyen de mon travail à BAnQ m’a permis de comprendre que j’y avais effectivement trouvé ma place.

 

Yannick Valiquette, technicien en documentation – BAnQ Rouyn-Noranda

 

L’empereur du bois

 

James Maclaren est une figure importante pour le développement économique et social de l’Outaouais, et ce particulièrement pour la région de la vallée de la Basse-Lièvre. À partir de sa fondation en 1865, la compagnie croît jusqu’à détenir un monopole quasi complet sur l’entièreté de la vallée. Elle joue également un rôle essentiel dans l’établissement et dans la croissance de la ville de Buckingham qui est le cœur de « l’empire » des Maclaren dans la région.

 

 

 

James Maclaren : portrait au fusain, [189?]. BAnQ Gatineau (P117, S1, SS1, D1, P2). Artiste non identifié.

 

 

James Mclaren naît le 19 mars 1818 à Glasgow, en Écosse. Il est le fils de David Maclaren et d’Elizabeth Barnett. En 1821, James émigre au Canada avec sa famille. Ils s’installent tout d’abord dans la ville de Richmond. En 1824, la famille s’établit temporairement dans le comté de Torbolton. Elle s’implante définitivement  à Wakefield, lieu de naissance de la James Maclaren Company.

 

 

 

Glissoire de la James Maclaren Company, [189?]. BAnQ Gatineau (P117, S1, SS1, SSS2, D1, P12). Photographe: Rodolphe Léger.

 

 

Transport et entreposage du bois, en billots ou sciés, sur la rivière La Lièvre aux installations de la James Maclaren Company à Buckingham, [vers 1870]. BAnQ Gatineau (P117, S1, SS1, SSS2, D3). Photographe : Rodolphe Léger.

 

 

À l’aide de capitaux empruntés à leur père, les frères James et John Maclaren achètent leur premier moulin à scie situé à Wakefield. Cela marque les débuts de la compagnie. Toutefois, c’est véritablement dans la région de la Basse-Lièvre, dans le village de Buckingham, qu’elle évolue. Avec quelques partenaires, dont Joseph Merril Currier, W. Mcnaughton, Jacques Felix Sincennes et son frère John Maclaren, James investit et rachète les parts d’une autre entreprise appartenant à l’industriel Baxter Bowman. En 1865, James Maclaren fonde la « James Maclaren & Company ». Il rachète alors progressivement les parts de chacun. Il en devient ainsi le seul et l’unique propriétaire.

 

 

Travailleurs de la James Maclaren Company, [189?]. BAnQ Gatineau (P117, S1, SS1, SSS2, D5). Photographe: Rodolphe Léger.

 

 

Si le bois est la principale industrie à laquelle James Maclaren s’intéresse, celui-ci ne s’y limite pas. Il diversifie rapidement ses activités. Il investit notamment de fortes sommes dans la création de la Bank of Ottawa. Dès le début, il en devient le président. Il  garde ce poste jusqu’à sa mort en 1892. De plus, Maclaren investit également dans les secteurs minier et ferroviaire. Il compte alors des actifs au Bas et au Haut-Canada, mais également en Colombie-Britannique et aux États-Unis.

 

Si les discours prononcés lors de son décès présentent James Maclaren comme étant un homme calme et sobre de nature, il se révèle être un homme d’affaires redoutable de son vivant. Il impose sa présence dans les secteurs économique et politique de la région. De plus, il dispose d’une fortune considérable jusqu’à la fin de sa vie. Il ne manque pas de l’utiliser afin d’écarter tout compétiteur pouvant mettre en danger ses intérêts dans la région. James Maclaren succombe finalement à la maladie dans sa maison de « Pinehurst » à Buckingham.

 

 

Résidence de James Maclaren appelée « Pinehurst » et les dépendances, dans le quartier ouest de Buckingham, [189?]. BAnQ Gatineau (P117, S1, SS1, D28, P38). Photographe : Rodolphe Léger.

 

 

Le fonds de la James Maclaren Company demeure l’un des fonds privés les plus riches concernant l’industrie du bois dans la région de l’Outaouais. L’évolution de l’industrie forestière y est documentée avec une grande variété de documents.

 

 

Tristan Dumas, stagiaire

Sous la supervision de Jacinthe Duval, archiviste-coordonnatrice – BAnQ Gatineau

La Gaspésie au temps du choléra

 

 

Apparue en 1826 dans les Indes orientales, la seconde pandémie connue de choléra se propage rapidement sur le continent européen. En 1831, le choléra, qualifié d’asiatique, est aux portes de l’Amérique et du Canada. Afin de sécuriser la population et de réduire l’impact de l’arrivée de cette infection, la législature du Bas-Canada adopte, en septembre 1831, l’Acte pour l’établissement de bureaux sanitaires dans la province.

 

Cette législation amène, entre autres, la création d’un lieu de quarantaine sur la Grosse-Île située en face de Montmagny et l’ouverture d’un bureau de santé pour le district inférieur de Gaspé. Cette loi oblige tous les navires en provenance de l’extérieur, particulièrement des endroits où sévit l’épidémie, à faire halte afin de procéder à une inspection du bâtiment et de ses passagers. Si le vaisseau est jugé non porteur de maladies infectieuses, le capitaine se voit remettre un certificat de santé par le surintendant du bureau sanitaire. Par contre, si on suspecte la présence du choléra, le navire est alors conduit au lieu de quarantaine le plus près.

 

En juin 1832, George Mellis Douglas, médecin d’origine écossaise arrivé au pays depuis quelques années et juge de paix du district de Gaspé depuis 1831, est nommé surintendant médical de la station de quarantaine du district de Gaspé. À l’époque, les ports gaspésiens sont achalandés, particulièrement à cause du commerce international de morue et des vagues d’immigration en provenance de l’Europe.

 

Le bureau de santé pour le district inférieur de Gaspé est situé à New Carlisle et le lieu de quarantaine pour les navires se trouve à Paspébiac. Le bureau est composé d’officiers, d’un surintendant et de plusieurs gardiens de santé publique dispersés sur le littoral sud de la Gaspésie. Contrairement à la station de la Grosse-Île qui est en opération jusqu’en 1937, le bureau sanitaire du district de Gaspé semble avoir une courte existence. Il y a peu d’information concernant ce bureau sanitaire, outre les quelques documents conservés à BAnQ Gaspé. L’examen de ces documents d’archives nous laisse croire que le bureau de santé est en opération au cours de la saison de navigation de 1832, et peut-être aussi en 1833.

 

Dès le mois de juin 1832, la population de la ville de Québec est frappée par une épidémie de choléra qui sème émoi et désespoir. À l’automne, malgré les mesures prises par le gouvernement, le bilan dressé par le bureau de santé est lourd. Québec a perdu plus de 3000 de ses habitants. Aucun chiffre de cette nature n’existe pour la population gaspésienne. On peut cependant croire que la région a également souffert de l’épidémie qui, au Bas-Canada, a fauché plus de 8000 citoyens.

 

En 1836, le docteur George Mellis Douglas est nommé surintendant à la station de quarantaine de la Grosse-Île où il reste en poste jusqu’en 1864. Au cours de sa longue carrière, il fait face à de nombreuses maladies contagieuses présentes à bord des navires, particulièrement au typhus en 1847 et au choléra en 1849 et en 1854.

 

En 1848, il achète l’île au Ruau située à proximité de l’île d’Orléans. Il y fait construire une ferme et un manoir et y exploite les ressources forestières et agricoles en plus d’y faire l’élevage des chevaux, sa grande passion. On mène grand train sur l’île au Ruau, mais les nombreux voyages en Angleterre, le goût du luxe et de la belle vie auront raison du docteur. En 1864, tout s’écroule. Le docteur Douglas, qui vient de perdre sa deuxième épouse (1860), est malade et criblé de dettes. Le 3 juin 1864, suite à un moment d’aliénation selon le coroner Charles-Eugène Panet, le docteur Douglas se suicide.

 

Aujourd’hui, la Grosse-Île est devenue un lieu historique national et le Mémorial des Irlandais est très fréquenté. L’île au Ruau, pour sa part, semble être considérée comme un paradis. En effet, la propriété a été mise en vente en 2017 pour la somme de cinq millions de dollars.

 

 

Acte de nomination (recto) de David Poirier par le bureau sanitaire comme gardien de santé pour le secteur de la Petite Bonaventure et de ses environs, 26 juin 1832. BAnQ Gaspé, Fonds Ministère de la Justice (E17,S300,SS7,D3,P1).

 

 

Acte de nomination (verso) de David Poirier par le bureau sanitaire comme gardien de santé pour le secteur de la Petite Bonaventure et de ses environs, 26 juin 1832. BAnQ Gaspé, Fonds Ministère de la Justice (E17,S300,SS7,D3,P1).

 

 

À titre de gardien de santé, David Poirier doit voir à l’application des règlements sanitaires. Il a la responsabilité, entre autres, d’intercepter tout navire se présentant dans le havre de la Petite Bonaventure et de vérifier si le commandant a en sa possession le certificat de santé émis par le docteur Douglas. En l’absence de ce document, il ordonne au navire de se présenter au lieu de quarantaine situé à Paspébiac. En cas de refus de la part du capitaine, le gardien de santé avise le bureau sanitaire de New Carlisle. Il doit également produire un rapport détaillant chacune de ses interventions auprès des vaisseaux qu’il intercepte. Ce rapport précise le nom du navire, le nom de son commandant, le lieu de départ, les haltes faites en cours de route ainsi qu’une description de la cargaison du navire. Le gardien de santé voit aussi à ce qu’aucun résidu de poisson ne soit laissé sur les rivages ou étendu dans les champs en guise d’engrais afin d’empêcher les miasmes et les maladies contagieuses de se propager.

 

 

Rapport d’inspection de la station de quarantaine de Paspébiac rédigé par le Dr George Mellis Douglas pour la période du 1er au 3 septembre 1832. BAnQ Gaspé, Fonds Ministère de la Justice (E17,S300,SS7,D4,P7).

 

 

On remarque, en date du 3 septembre 1832, la note du docteur Douglas selon laquelle le capitaine Garret du schooner Jane en provenance de la ville de Québec a souffert de vomissements, de crampes ainsi que d’autres symptômes du choléra asiatique.

 

 

Ligne du temps : Début d’une importante épidémie de choléra au Bas-Canada : http://numerique.banq.qc.ca/ligne-du-temps?eventid=83

 

 

André Ruest, technicien en documentation – BAnQ Gaspé

 

 

Georges-Henri Lévesque, le « père fondateur » de l’École des sciences sociales, politiques et économiques de l’Université Laval

 

Le 28 février 1938, en présence de l’élite laïque et ecclésiastique de la ville de Québec, le père Georges-Henri Lévesque prononce une conférence intitulée À la recherche du paradis perdu [1]. Cette allocution s’inscrit dans le cadre d’une soirée organisée en l’honneur du cardinal chancelier de l’Université Laval, Mgr Jean-Marie-Rodrigue Villeneuve. Une chorale féminine, sous la direction de Maurice Blackburn, interprète les chants du programme musical de cette « conférence-concert » présentée au Palais Montcalm.

Programme, 28 février 1938. BAnQ Vieux-Montréal (P957,S3.D9).

 

Programme, 28 février 1938. BAnQ Vieux-Montréal (P957,S3.D9).

 

 

Le directeur et les membres de la chorale féminine. À la droite de Maurice Blackburn, sa future femme, Marthe Morisset, [février 1938]. BAnQ Vieux-Montréal (P957,S3,D7). Photographe non identifié.

 

 

 

À la fin de la soirée, le cardinal chancelier de l’Université Laval, appelé à remercier le conférencier, annonce en grande primeur la création d’une École des sciences sociales, politiques et économiques à l’Université Laval dont le père Georges-Henri Lévesque, instigateur de ce projet, sera le directeur. Mgr Jean-Marie-Rodrigue Villeneuve, évoquant le thème de la conférence du père Lévesque, conclut son discours en soulignant qu’il y a « lieu d’espérer que, si nous ne retrouvons pas le paradis perdu, nous serons quand même dans le chemin pour y arriver » [2].

 

 

 

Le cardinal Jean-Marie-Rodrigue Villeneuve, [juillet 1938]. BAnQ Vieux-Montréal (P833,S1,D1815). Photographe non identifié.

 

 

 

L’École des sciences sociales, politiques et économiques de l’Université Laval ouvre ses portes le 3 octobre 1938. Le père Georges-Henri Lévesque déclare, dans son allocution d’ouverture de la nouvelle institution d’enseignement supérieur, « Après le jour de mon ordination, ce premier jour de l’École est le plus beau de ma vie… » [3].

 

 

Premiers étudiants de l’École des sciences sociales, politiques et économiques de l’Université Laval (première rangée au centre, en blanc, le père Georges-Henri Lévesque), 3 octobre 1938. BAnQ Vieux-Montréal (P283). Photographe : Turcotte & Gousse enr’g.

 

 

 

L’École des sciences sociales, politiques et économiques de l’Université Laval, devenue la Faculté des sciences sociales de l’Université Laval en 1943, va assurer la formation de plusieurs acteurs de la Révolution tranquille. Homme aux idées libérales, de la trempe des pionniers et des bâtisseurs, Georges-Henri Lévesque est d’ailleurs considéré comme un des pères de la Révolution tranquille.

 

 

Marthe Léger, archiviste – BAnQ Vieux-Montréal

 

 

Références :

 

[1] Le père Georges-Henri Lévesque, alors professeur de théologie et de sociologie au Collège dominicain d’Ottawa, a déjà prononcé cette conférence à Ottawa le 9 avril 1934.

 

[2] FAUCHER, Albert. Cinquante ans de sciences sociales à l’Université Laval.  L’histoire de la Faculté des sciences sociales (1938-1988). Sainte-Foy, Faculté des sciences sociales de l’Université Laval, 1988, p. 18.

 

[3] FAUCHER, Albert. Cinquante ans de sciences sociales à l’Université Laval.  L’histoire de la Faculté des sciences sociales (1938-1988). Sainte-Foy, Faculté des sciences sociales de l’Université Laval, 1988, p. 20.

 

 

En complément :

 

http://www.expo-virtuelle.fss.ulaval.ca/dalbert-georges-henri-levesque

 

La majeure partie des archives de Georges-Henri Lévesque sont conservées à Québec, au Service des archives de l’Université Laval, sous la cote P151.

 

Fonds Georges-Henri Lévesque (CLG8), BAnQ Vieux-Montréal.

 

http://blogues.banq.qc.ca/instantanes/2018/12/19/les-fiancailles-a-noel-le-prelude-au-mariage-du-printemps/




© Bibliothèque et Archives nationales du Québec