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Instantané, le blogue des archivistes.

Le testament politique de Chevalier De Lorimier ou l’histoire d’un document clandestin

 

Le testament politique de François-Marie-Thomas Chevalier de Lorimier est un document déterminant dans l’histoire des patriotes. Tel que raconté dans le film 15 février 1839 de Pierre Falardeau, ce texte a été écrit par de Lorimier quelques heures avant sa pendaison à la prison du Pied-du-Courant à Montréal. Le condamné a adressé cette déclaration à ses compatriotes afin de préserver sa réputation et sa mémoire, mais aussi pour que ses motivations politiques ne soient pas déformées par le camp ennemi. Le document se termine d’ailleurs par le fameux « Vive la liberté, vive l’indépendance! ». À l’époque, les patriotes combattaient notamment pour l’autonomie du Canada face à la Couronne britannique.

 

François Marie-Thomas Lorimier, vers 1830. BAnQ Québec (P560, S2, D1, P812). Photo : J.E. Livernois.

 

 

Lien vers le testament politique dans BAnQ numérique

Testament politique de Chevalier de Lorimier et discours de Charles Hindenlang, 15 février 1839. BAnQ Rimouski, fonds du Séminaire Saint-Germain de Rimouski (P60, P1).

 

La version originale de ce document n’a jamais été retrouvée. C’est pourquoi la découverte récente d’une copie datant de 1840 à BAnQ Rimouski est tout à fait exceptionnelle. Cette retranscription se trouvait dans une boîte du fonds d’archives du Séminaire de Rimouski. Il s’agit probablement de la version la plus ancienne du testament. Fait encore plus intéressant, ce document aurait été recueilli par l’agriculteur Lambert Richard de Saint-Pascal, dans le Kamouraska, qui ne savait ni lire ni écrire. Le testament a ensuite été transmis de génération en génération jusqu’à ce que le prêtre David-Alexandre Michaud de Saint-Octave-de-Métis en hérite et le dépose aux archives du Séminaire en 1937. Pendant toutes ces années, le testament dormait dans une boîte.

 

En plus du texte de Lorimier, le document de 1840 contient également une copie du discours prononcé sur l’échafaud par le patriote Charles Hindenlang qui a lui aussi été pendu. Nous savons que Hindenlang voulait que son discours soit recopié par d’autres prisonniers afin d’augmenter les chances qu’il soit distribué à l’extérieur des murs.

 

 

Journal Le Canadien, 18 février 1839, http://collections.banq.qc.ca/ark:/52327/1908929.

 

 

Lorsque nous avons étudié le document de plus près, nous avons constaté rapidement que les inscriptions de Hindenlang et de Lorimier sont des retranscriptions de leurs signatures et paraphes, mais cela confirme néanmoins que la personne qui a reproduit les textes avait accès aux documents originaux. On peut donc émettre l’hypothèse qu’un prisonnier ou un proche des condamnés a effectué rapidement une copie.

 

 

 

Signature originale dans une lettre de Charles Hindenlang au baron Fratellin, datée de la prison de Montréal, 15 février 1839. BAnQ Québec, fonds Ministère de la Justice (E17, S37, D2977).

 

 

 

Retranscription de la signature de Charles Hindenlang – Extrait du testament politique de Chevalier de Lorimier et du discours de Charles Hindenlang, 15 février 1839. BAnQ Rimouski, fonds du Séminaire Saint-Germain de Rimouski (P60, P1).

 

 

 

En 1839, le Bas-Canada était toujours sous l’emprise de la loi martiale à la suite des événements de 1837-1838. Le testament, avec toute sa résonance politique, n’a pu circuler librement au lendemain de la mort de Lorimier, mais il a plutôt eu une vie clandestine dans les années qui ont suivi. La veuve de Lorimier en aurait donné une copie à un journal du Vermont favorable aux patriotes, appelé le « North American », qui l’a publié en anglais. Par la suite, le texte est tombé dans l’oubli pendant plusieurs années. Il a fallu attendre la parution, en 1884, de l’ouvrage de L-O David sur les patriotes pour remettre définitivement à l’avant-plan l’auteur du testament politique et en faire un héros.

 

Comment ce document a-t-il pu circuler, en pleine crise de la loi martiale, et se retrouver discrètement chez un agriculteur analphabète de Saint-Pascal alors que le Kamouraska avait été relativement pacifique pendant les rébellions de 1837-1838? Est-ce que cet exil des grands centres a permis de sauver le document? Le mystère demeure entier!

 

Guillaume Marsan, archiviste-coordonnateur – BAnQ Rimouski

 

Références :

– DESBIENS, Marie-Frédérique, Dernières lettres de Chevalier de Lorimier, édition critique et commentée, Mémoire présenté à la Faculté des études supérieures de l’Université Laval, 2000, 165 p.

– DESCHÊNES, Gaston,  Le mouvement patriotique sur la Côte-du-Sud, Les Cahiers d’Histoire, 2015, 137 p.

– GALARNEAU, Claude, Charles Hindenlang, dans le Dictionnaire biographique du Canada [en ligne], http://www.biographi.ca/fr/bio/hindenlang_charles_7F.html (page consultée le 16 mai 2018).

– LORIMIER, Chevalier de, 15 février 1839 : lettres d’un patriote condamné à mort / édition préparée par Marie-Frédérique Desbiens et Jean-François Nadeau, Comeau & Nadeau, 2001, 125 p.

Sauvetage d’une maison historique : le cas de la maison Dorion-Coulombe

 

En 1975, la maison historique Dorion-Coulombe, située au 80 du boulevard Wilfrid-Hamel dans l’ancienne ville de Vanier, est menacée de démolition. Sans l’initiative de l’architecte Cardwell Ross Anderson, elle n’existerait plus aujourd’hui. Fervent admirateur des vieilles maisons canadiennes et de leur restauration, M. Anderson se porte acquéreur de la maison de Berthe Coulombe au mois d’août 1975.

 

 

 

Habitation ancienne sise boulevard Wilfrid-Hamel à Québec [Maison Dorion-Coulombe], 9 août 1948. BAnQ Québec (E6,S8,SS1,SSS1700,D14823,PA3). Photographe : Gérard Morisset.

 

 

 

Par la suite, la maison doit subir deux déménagements consécutifs avant de trouver sa place définitive sur la rive nord de la rivière Saint-Charles, plus précisément sur la rue Domagaya dans le Vieux-Limoilou.

 

 

 

 

Maison Dorion-Coulombe, Québec, 1977. BAnQ Québec (P732,D112). Photographe : Cardwell Ross Anderson.

 

 

 

Depuis son acquisition par la Ville de Québec en 2000 et sa remarquable restauration en 2007, la maison héberge désormais le Centre d’interprétation de la rivière Saint-Charles. L’histoire des écosystèmes naturels de la rivière ainsi que les caractéristiques architecturales uniques de la maison font partie intégrante de la mise en valeur du site.

 

Voici plusieurs photographies de la maison avant son déménagement en 1976. Nous pouvons y voir, entre autres, l’aménagement intérieur ainsi que différents détails architecturaux dignes d’intérêt.

 

 

 

Maison Dorion-Coulombe, Québec, 1975. BAnQ Québec (P732,D112). Photographe : Cardwell Ross Anderson.

 

 

 

Maison Dorion-Coulombe, Québec, 1975. BAnQ Québec (P732,D112). Photographe : Cardwell Ross Anderson.

 

 

 

Maison Dorion-Coulombe, Québec, 1975. BAnQ Québec (P732,D112). Photographe : Cardwell Ross Anderson.

 

 

 

Maison Dorion-Coulombe, Québec, 1975. BAnQ Québec (P732,D112). Photographe : Cardwell Ross Anderson.

 

 

 

Maison Dorion-Coulombe, Québec, 1975. BAnQ Québec (P732,D112). Photographe : Cardwell Ross Anderson.

 

 

 

Maison Dorion-Coulombe, Québec, 1975. BAnQ Québec (P732,D112). Photographe : Cardwell Ross Anderson.<1i>

 

 

 

Certains documents d’archives conservés à BAnQ Québec témoignent également de l’histoire de la maison et de la terre qui ont appartenu à la famille Dorion et aux nombreux autres propriétaires qui en ont hérité au fil du temps. Par exemple, sur cette carte, les seigneuries de la région de Québec sont bien visibles, dont celle de Lespinay, sur laquelle était installée la famille Dorion.

 

 

 

Seigneuries de la région de Québec : Saint-Gabriel, Saint-Ignace, Lespinay, Orsainville, Notre-Dame-des-Anges, Beauport et Beaupré / Copié par Louis-Philippe Vallerand, échelle inexistante. Copié en mars 1889, original créé en 1702. BAnQ Québec, Collection initiale (P600,S4,SS2,D734).

 

 

De même, plusieurs actes notariés conservés à BAnQ Québec sont aussi très révélateurs. Le 17 août 1756 (CN301,S36), l’inventaire des biens de la communauté de Madeleine Chapeau, veuve de Claude Dorion, mentionne qu’il n’y a aucun bâtiment sur la terre située dans le lieu dit de la Petite Rivière Saint-Charles, anciennement dans la seigneurie Saint-Joseph de Lespinay.

 

 

 

 

 

Inventaire des biens de la communauté de Madeleine Chapeau, veuve de Jean-Claude Dorion, de la Petite Rivière Saint-Charles, paroisse de Notre-Dame de Québec, 17 août 1756. BAnQ Québec, Fonds Cour supérieure — District judiciaire de Québec – Greffes de notaires (CN301,S36).

 

 

Le 19 août 1756 (CN301,S36), un partage de terres s’effectue entre Madeleine Chapeau et ses enfants. Sa fille, Barbe Dorion, qui est mariée à Jean-Baptiste Sylvestre, fait l’acquisition du lopin de terre où sera éventuellement construite la maison.

 

Le 22 avril 1799 (CN301,S178), l’acte de vente entre les héritiers de Barbe Dorion et John Robinson mentionne, pour la première fois, une maison.

 

C’est donc vraisemblablement entre 1756 et 1799 que la famille Dorion a fait construire la maison sur la rive nord de la rivière Saint-Charles.

 

La maison ainsi qu’une grange construite en bois sont une fois de plus évoquées dans l’acte de vente du 20 avril 1815 (CN301,S230,P6605) entre Sarah Morton, veuve de John Robinson, et le nouvel acquéreur, François Bilodeau.

 

 

 

Terre de François Bilodeau, située à la Petite Rivière Saint-Charles, au sud du rang Saint-Bonaventure, 15 janvier 1818. Sur ce plan d’une terre appartenant à François Bilodeau située dans la seigneurie de Lespinay figurent la ville de Neufchâtel, la concession Saint-Bonaventure, le lieu-dit Petite Rivière Saint-Charles, les bâtiments, les puits, la prairie et les terres cultivées. BAnQ Québec, Fonds Cour supérieure — District judiciaire de Québec — Greffes de notaires (CN301,S16,D7165).

 

 

 

 

Plan de la paroisse St-Roch de Québec, fait d’après les mesures prises sur les lieux, par ordre des Commissaires appointés pour l’érection des paroisses, 18 juillet 1835. BAnQ Québec, Fonds Cour supérieure – District judiciaire de Québec – Greffes d’arpenteurs (CA301,S27,DM92). Auteur : Adolphe Larue. Notez ici la parcelle de terre de Madame Bilodeau où la maison Dorion fut construite.

 

 

 

La maison Dorion-Coulombe est un des rares témoins encore debout du patrimoine architectural québécois du XVIIIe siècle. Elle se situe à mi-chemin entre l’architecture domestique d’inspiration française et la façon de construire à la québécoise qui a été influencée par la tradition anglaise.

 

Si vous désirez satisfaire votre curiosité, BAnQ Québec conserve le Fonds Cardwell Ross Anderson. On peut y consulter le dossier (P732,D112) qui témoigne du projet de restauration de cette maison. On y retrouve, notamment, un journal, un rapport, des relevés architecturaux ainsi que plusieurs négatifs et diapositives documentant le déménagement et la restauration de la maison vers la fin des années 1970.

 

 

Catherine Lavoie, technicienne en documentation – BAnQ Québec

 

 

Pour en apprendre davantage :

 

BaladoDécouverte — La Maison Dorion-Coulombe

 

Laframboise, Yves. La maison au Québec : de la colonie française au XXe siècle. Éditions de l’Homme, 2001, 363 p.

Yvette Mercier-Gouin, populaire dramaturge des années 1930 et 1940

 

 

Originaire de Québec, Yvette Ollivier (1895-1984) étudie chez les Ursulines avant d’entrer au Conservatoire français de Québec. En 1917, elle déménage à Montréal et y épouse le futur sénateur Léon Mercier-Gouin.

 

 

 

Yvette Mercier-Gouin, 1936. BAnQ Vieux-Montréal (P764,S7). Photographe : Studio V. Garcia.

 

 

 

Après quelques rôles sur les planches, elle quitte la carrière de comédienne et participe activement à la vie littéraire pendant plusieurs décennies. Elle se consacre, entre autres, à l’écriture scénique et radiophonique. Deux de ses pièces de théâtre, « Cocktail » (1935) et « Le jeune dieu » (1936), sont publiées alors que « La réussite » (1939) est jouée à Paris.

 

 

 

Notes manuscrites d’une scène de la pièce Cocktail d’Yvette Mercier-Gouin, [1930]. BAnQ Vieux-Montréal (P764,S2).

 

 

 

Distribution de la pièce Cocktail d’Yvette Mercier-Gouin, extrait du programme du Théâtre Stella, 1935, non paginé. BAnQ Vieux-Montréal (P764,S2).

 

 

 

 Ses œuvres théâtrales, accueillies très favorablement, font travailler des comédiens de talent, dont Antoinette et Germaine Giroux, Janine Sutto, Marcel Chabrier, Roger Garceau et Jean Duceppe.

 

 

 

Dîner soulignant la présentation de la pièce Un homme d’Yvette Mercier-Gouin au His Majesty’s Theatre, 1937. BAnQ Vieux-Montréal (P764,S7). Photographe : Roger Janelle. De gauche à droite : Germaine Giroux, Jacques Auger, Antoinette Giroux, Henri Letondal, Yvette Mercier-Gouin, Adhémar Raynault, personne non identifiée, Antoine Godeau, Jean Despréz (Laurette Larocque). Debout : personnes non identifiées.

 

 

 

 

Distribution de la pièce Sous le masque d’Yvette Mercier-Gouin, extrait du programme du Théâtre Arcade, 1944, non paginé. BAnQ Vieux-Montréal (P764,S2).

 

 

 

Yvette Mercier-Gouin entourée des comédiens de la pièce Sous le masque, 1944. BAnQ Vieux-Montréal (P764,S7). Photographe non identifié. De haut en bas : Jean Duceppe, Yvette Mercier-Gouin, Albert Duquesne, Jeanne Demons, Marcel Chabrier, Antoinette Giroux, Germaine Giroux, Roger Garceau.

 

 

 

 

Afin d’élargir son public, Yvette Mercier-Gouin adapte et met en ondes, sous la forme de radio-théâtres, plusieurs de ses textes destinés à la scène. Après la présentation de la dernière pièce de son répertoire, « Porté disparu » (1945), elle produit surtout des créations originales pour la radio, moyen de diffusion qu’elle privilégie à partir des années 1940.

 

 

 

 

Programme de la pièce Porté disparu d’Yvette Mercier-Gouin présentée par le théâtre du Palais Montcalm de Québec, 1945. BAnQ Vieux-Montréal (P764,S2).

 

 

 

 

Distribution de la pièce Porté disparu d’Yvette Mercier-Gouin, extrait du programme du théâtre du Palais Montcalm de Québec, 1945, non paginé. BAnQ Vieux-Montréal (P764,S2).

 

 

 

BAnQ Vieux-Montréal conserve des carnets de notes manuscrites, des programmes et des photographies de plusieurs pièces de théâtre d’Yvette Mercier-Gouin. Des journaux personnels, qui comprennent des pages écrites par le premier ministre du Québec et beau-père de l’auteure, Lomer Gouin, ainsi qu’un récit de voyage en Afrique et en Espagne témoignent également du parcours exceptionnel de cette femme avant-gardiste.

 

 

Marthe Léger, archiviste – BAnQ Vieux-Montréal

 

Les débuts du Cégep de Jonquière

 

 

Le 28 janvier 1955, une dizaine de citoyens de Jonquière sollicitent les Oblats de Marie Immaculée pour qu’ils implantent et dirigent un collège classique dans leur ville. À cette époque, les établissements scolaires présents à Jonquière ne dépassent pas le niveau d’enseignement secondaire. Le cours classique, les écoles normales pour filles, l’institut familial, l’école d’agriculture, l’école technique et le centre d’apprentissage des métiers de la construction sont tous situés à Chicoutimi.

 

Les Oblats acceptent la proposition. Les cours commencent le 7 septembre 1955 à la salle paroissiale St-Dominique en présence de 32 étudiants. Le 6 juin 1956, un terrain d’environ 35 acres est donné aux religieux. L’unique condition est d’y construire un externat classique. La première pelletée de terre a lieu le 17 juillet. Les travaux de construction se poursuivent à un rythme accéléré afin d’y accueillir les étudiants à partir du 8 janvier 1957.

 

BAnQ Saguenay conserve les dessins d’architecture du Collège classique de Jonquière (P219,S1,P340) dans le fonds Léonce Desgagné et Germain Laberge. Fait intéressant, à l’origine, le bâtiment comprend une salle de quilles qui permet de financer les activités étudiantes.

 

 

 

Dessin d’architecture montrant la salle de quilles au soubassement du collège, 1956. BAnQ Saguenay (P219,S1,P340).

 

 

 

Dessin d’architecture montrant la vue en plan et coupe de la piscine olympique du Cégep de Jonquière, 1982. BAnQ Saguenay (P217,S1,P13).

 

 

En 1967, pour donner suite à la Commission royale d’enquête sur l’enseignement dans la province de Québec, le Collège classique et l’Institut technologique fusionnent pour devenir le Cégep de Jonquière. Celui-ci figure parmi les douze premiers cégeps à voir le jour en compagnie du Cégep de l’Abitibi-Témiscamingue, du Collège Ahuntsic, du Cégep de Chicoutimi, du Cégep Édouard-Montpetit, du Cégep Limoilou, du Collège Lionel-Groulx, du Collège Maisonneuve, du Cégep de l’Outaouais, du Cégep de Rimouski, du Cégep de Sainte-Foy et du Collège de Valleyfield.

 

 

 

 

Vue extérieure du Cégep de Jonquière, [196-]. BAnQ Saguenay (P66,S5,D1-0005,P009). Photographe: Johann-Natale Krieber.

 

 

 

Vue extérieure du Cégep de Jonquière, [196-]. BAnQ Saguenay (P66,S5,D1-0005,P011). Photographe: Johann-Natale Krieber.

 

 

 

En 1969-70, le ministère de l’Éducation entame une opération de régionalisation pour certains cégeps, dont ceux du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Il désire regrouper administrativement et pédagogiquement les établissements qui se situent dans un même secteur. Dans une déclaration ministérielle du 3 juin 1971, on déclare qu’un cégep régional sera constitué au Saguenay-Lac-Saint-Jean et que son centre social sera situé à Arvida. Ce collège comptera quatre campus principaux situés à Chicoutimi, Jonquière, Saint-Félicien et Alma. En 1972 la réorganisation de ces quatre entités se concrétise avec la création officielle du Cégep régional du Saguenay / Lac-Saint-Jean. Toutefois, quelques années plus tard, en 1980, on redonne une pleine autonomie aux quatre cégeps de la région, en raison de multiples problèmes et accrochages entre le siège social et ses campus.

 

 

Vue extérieure du collège classique (Cégep) de Jonquière, 1966. BAnQ Saguenay (P66,S5,D1-0073,P012). Photographe: Johann-Natale Krieber.

 

 

 

Vue intérieure du collège classique (Cégep) de Jonquière, 1966. BAnQ Saguenay (P66,S5,D1-0073,P017). Photographe: Johann-Natale Krieber.

 

 

 

 

Vue de la piscine intérieure du collège classique (Cégep) de Jonquière, 1966. BAnQ Saguenay (P66,S5,D1-0073,P020). Photographe: Johann-Natale Krieber.

 

 

 

 

Vue de la piscine intérieure du collège classique (Cégep) de Jonquière, 1966. BAnQ Saguenay (P66,S5,D1-0074,P042). Photographe: Johann-Natale Krieber.

 

 

 

Afin de mieux documenter cette courte période de regroupement, BAnQ Saguenay conserve le fonds Cégep régional du Saguenay-Lac-Saint-Jean (S4).

 

En dehors de ce fonds, nous possédons d’autres documents qui nous permettent de retracer l’histoire du Cégep de Jonquière. Par exemple, dans le fonds Société des jeux du Canada 1983 inc., nous retrouvons les plans de la piscine olympique (P217,S1,P13) qui a été construite au cégep dans le cadre des Jeux du Canada qui se sont déroulés au Saguenay-Lac-Saint-Jean en 1983.

 

BAnQ Saguenay conserve également le fonds du photographe Johann-Natale Krieber. On y retrouve plus d’une centaine de négatifs sur le Cégep de Jonquière. (P66,S5,D1-0005; P66,S5,D1-0073; P66,S5,D1-0074).

 

Pour en connaître davantage sur les origines de cet établissement d’enseignement, nous vous suggérons cette lecture : Le Cégep de Jonquière et ses racines écrit par Pierre-Paul Asselin. Il est disponible à la salle de consultation de BAnQ Saguenay, à BAnQ Québec ainsi qu’à la Grande Bibliothèque à Montréal.

 

 

 

Couverture du livre Le Cégep de Jonquière et ses racines, 1980. BAnQ Saguenay (378.71416 A8446c 1980).

 

 

Enfin, un supplément du Progrès-dimanche a été consacré au Cégep de Jonquière en 2008. Vous pouvez le consulter ici.

 

Comme vous pouvez le constater, les centres d’archives régionaux conservent une panoplie d’informations sur l’histoire régionale. Il suffit de venir nous visiter de temps en temps pour les découvrir.

 

André Leblanc, agent de bureau – BAnQ Saguenay

 

Les dangers de la lecture

 

Le 20 février 1902, le coroner Charles Alphonse Dubé rencontre plusieurs témoins à Notre-Dame-du-Rosaire dans le district de Pontiac. Il veut ainsi déterminer la cause du décès de Mme Évelina d’Aragon, trouvée morte dans son lit. Après enquête, il conclut que cette dernière s’est suicidée en prenant une dose de strychnine « dans un moment d’aliénation mentale ».

 

 

Enquête tenue à Notre-Dame-du-Rosaire le 20 février 1902 sur le cadavre d’Évelina D’Aragon, épouse d’Alfred St-Louis. BAnQ Gatineau (TP9,S30,SS26, No 2).

 

 

Dans sa déclaration aux jurés, le Dr Dubé, qui connaissait bien Mme D’Aragon, déclare qu’elle a laissé à son mari, Alfred-Saint-Louis, une note qui disait : « Libre Alfred. Ton goût pour la bouteille, ta première compagne, te satisfera. Évelina. » Bien que ces mots laissent supposer que Mme D’Aragon, alors enceinte, s’est suicidée à cause des penchants alcooliques de son mari, le Dr Dubé croit que la raison est tout autre.

 

Dans le but de démontrer que Mme D’Aragon n’était pas en pleine possession de ses facultés mentales au moment de sa mort, il déclare qu’elle souffrait d’idées exaltées et romantiques qu’elle avait certainement acquises en lisant beaucoup de romans. Le Dr Dubé affirme que : « Or il n’y a rien au monde pour fausser le jugement, et exalter l’imagination comme la lecture de ces romans ou tout tend à [exciter] l’intelligence et la porter à une fausse interprétation des choses ordinaire (sic) de la vie ».

 

 

 

 

 

 

 

 

Déclaration du Dr C. A. Dubé, Coroner, 1902. BAnQ Gatineau (TP9,S30,SS26, No 2).

 

 

Le Dr Dubé n’était peut-être pas un grand amateur des états d’âme de Madame Bovary.

 

Comme nous le montre ce cas précis, les enquêtes de coroner sont des documents d’une grande richesse pour les chercheurs. D’une part, elles nous permettent de découvrir les histoires tragiques qui ont marqué nos communautés. D’autre part, elles peuvent nous aider à mieux comprendre la situation des femmes à une époque donnée, à déterminer la qualité des soins qui étaient offerts par le passé aux personnes atteintes de troubles mentaux ou, encore, à découvrir ce que les gens pensaient des nouveaux genres littéraires.

 

Jacinthe Duval, archiviste-coordonnatrice – BAnQ Gatineau

Bris de fiançailles : quand une rupture mène en Cour

 

Certaines histoires d’amour peuvent se terminer devant le juge, comme en fait foi cette histoire qui s’est déroulée au cœur de la bourgeoisie de Chicoutimi en 1938.

 

Présentons d’abord les protagonistes. D’une part, nous retrouvons la demanderesse, Demoiselle Annette Tremblay, 29 ans, qui est, selon les standards de l’époque une « vieille fille ». Elle est la fille d’un réputé médecin, le Dr Eugène Tremblay, premier chirurgien de l’hôpital de Chicoutimi. D’autre part, le défendeur, Jean-Charles Girard, 23 ans,  est commis à l’Alcan. Il est le fils du respecté avocat Louis-Philippe Girard.

 

En 1938, les deux tourtereaux, qui se connaissent depuis l’enfance, se fréquentent depuis quatre ans. Toutefois, leur relation est houleuse. Dans l’interrogatoire de Mlle Tremblay, on apprend que le couple a déjà trois ruptures à son actif. C’est lors de la dernière réconciliation, en février de cette année-là, qu’ils décident de se fiancer et d’en venir au mariage une fois pour toutes! Monsieur Girard achète alors une bague, d’une valeur de 200,00$ — coquette somme pour l’époque — et Mlle Tremblay la porte régulièrement après l’avoir fait bénir par un prêtre de sa connaissance. L’éventuel mariage doit avoir lieu en septembre 1939.

 

C’est le 15 novembre 1938 que tout s’écroule. Un oncle de la demoiselle lui affirme que son fiancé a été vu à la danse du samedi soir en train de tenir une conduite déloyale envers elle et indigne d’un honnête homme. Annette décide donc de convoquer son soupirant chez elle pour le confronter devant toute la famille, incluant la domestique, afin d’obtenir des aveux. Le jeune homme admet qu’il ne se sent pas capable d’épouser sa fiancée. Il affirme qu’il voulait rompre déjà depuis quelques mois, mais il ne savait comment s’y prendre pour le dire, surtout à son futur beau-père. Après cette scène, il quitte la maison des Tremblay, humilié.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Bref de sommation et déclaration de Mlle Annette Tremblay, demanderesse, contre M. Jean-Charles Girard, défendeur, Cour Supérieure de Chicoutimi, 24 novembre 1938. BAnQ Saguenay (TP11,S14,SS2,SSS1, Cause 7688, pièce 3).

 

 

 

Annette Tremblay ne perd pas de temps. Dans les jours suivants, elle dépose une poursuite contre son ex-fiancé. Elle lui réclame un montant de 999,99$ pour rupture de promesse de mariage, soit 155,00$ comme indemnité pour son trousseau et 844,99$ pour dédommager l’affront subi. Elle soutient que ses fiançailles avec M. Girard l’ont empêchée d’être disponible pour d’autres soupirants éventuels et que son avenir s’en trouve compromis.

 

 

 

 

 

 

Réplique du défendeur, M. Jean-Charles Girard, Cour Supérieure de Chicoutimi, 31 janvier 1939. BAnQ Saguenay (TP11,S14,SS2,SSS1, cause 7688).

 

 

 

Les procédures suivent leur cours. En janvier 1939, l’ex-soupirant produit un document entendant prouver qu’il n’a pas les moyens de se marier avec son salaire. Ce document détaille le coût des objets à acheter pour se mettre en ménage, tel l’achat de meubles, d’un poêle, du chauffage et ainsi de suite. Sa défense est la suivante : il n’a jamais été sérieux dans son projet de mariage. Financièrement il s’est rendu compte qu’il ne pourrait satisfaire les désirs de Mlle Tremblay. De plus, l’opposition constante de son père au mariage et l’état de santé de sa fiancée, jugé précaire, l’inquiètent beaucoup.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Exhibit du défendeur détaillant le coût de la vie pour deux personnes en 1938, Cour Supérieure de Chicoutimi, 21 mars 1939. BAnQ Saguenay (TP11,S14,SS2,SSS1, cause 7688, pièce 19, exhibit D-2).

 

 

 

Cette histoire est loin d’être unique. Dans le dossier de Mademoiselle Tremblay, on retrouve le jugement d’un cas semblable qui s’est produit à Québec au mois de mars 1939. La demanderesse a réclamé un montant de 5 810,00$ à son ex-fiancé, car celui-ci s’est enfui le soir de la signature du contrat de mariage chez le notaire, après la publication des bans. Dans cette affaire, le juge G.F. Gibsone de la Cour supérieure a donné raison à la demanderesse, mais seulement à la hauteur de 429,00$, puisque l’ex-fiancé, bien qu’étant un récidiviste en la matière, était connu pour des troubles mentaux. Il semble donc que de telles causes, bien que n’étant pas courantes, se présentaient de temps à autre.

 

Dans le cas qui nous concerne, le juge Wilfrid Laliberté rend son verdict le 6 avril 1939. En voici un extrait : « considérant qu’en droit le refus d’épouser une personne après des fiançailles n’entraîne pas nécessairement la responsabilité civile si la rupture a lieu pour de justes causes, notamment pour cause de santé, mais qu’une telle responsabilité existe si la partie qui s’est engagée a manqué de bonne foi ou de franchise et a tenu vis-à-vis l’autre partie une conduite fautive et reprochable ».  

 

 

 

 

 

 

 

Jugement par l’honorable Wilfrid Laliberté, Mlle Annette Tremblay vs M. Jean-Charles Girard, Cour Supérieure de Chicoutimi, 6 avril 1939. BAnQ Saguenay (TP11,S14,SS2,SSS4, cause 7688, jugement 131).

 

 

 

Le juge considère également que Jean-Charles Girard connaissait depuis longtemps les motifs qu’il a avancés pour se justifier, c’est-à-dire sa mauvaise situation financière, l’opposition présumée de son père et l’état de santé de la fiancée. Malgré tout, il a continué à fréquenter Mlle Tremblay. Le juge considère également qu’il a agi de façon « blâmable et inconsidérée » envers Annette Tremblay et que la responsabilité de la rupture lui revient. Il le condamne donc à payer des dommages, « en raison de l’humiliation, de la peine et du tort qui […] ont été causés » à la demanderesse, ce qui est nettement moins que le montant initial réclamé. Le juge estime en effet que les 155,00$ demandés pour le trousseau n’ont pas à être remboursés à Mlle Tremblay puisque celui-ci a été payé avec « les deniers de ses parents et non ses propres deniers ». La demanderesse a aussi prouvé « les allégations essentielles de son action des dommages jusqu’à concurrence de 200,00$, avec intérêts et dépens ».

 

Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Le défendeur ne s’acquitte pas au complet de ladite somme ainsi que des dépens qui s’élèvent à 167,76$. La demanderesse dépose donc en janvier 1941 à la Cour une demande de saisie de son salaire pour un montant de 129,98$. Le litige semble se régler le 5 février suivant, une mainlevée étant enregistrée dans cette cause.

 

 

 

 

 

 

Saisie-arrêt déposée par la demanderesse afin de récupérer les dommages accordés par le jugement de 1939, Cour Supérieure de Chicoutimi, le 28 janvier 1941. BAnQ Saguenay (TP11,S14,SS2,SSS1, cause 7688).

 

 

 

 

 

 

Mainlevée (quittance) dans la cause opposant Mlle Tremblay et M. Girard, Cour Supérieure de Chicoutimi, 12 février 1941. BAnQ Saguenay (TP11,S14,SS2,SSS1, cause 7688).

 

 

 

Malgré ses déboires, Jean-Charles Girard se maria avec une autre demoiselle le 14 août 1941 et il fonda une famille. Quant à Mlle Annette Tremblay, soit elle fut irrémédiablement dégoûtée de l’amour ou bien elle ne retrouva jamais le prince charmant puisqu’elle ne se maria jamais et mourut âgée de 78 ans en 1986, toujours célibataire.

 

 

Myriam Gilbert, archiviste-coordonnatrice – BAnQ Saguenay

 

Charbonnier : un savoir-faire en péril

 

Le métier de charbonnier, est-ce que vous connaissez? Métier transmis d’une génération à l’autre, c’est aujourd’hui un savoir-faire en déclin. En raison du manque de relève et de la rareté des débouchés commerciaux, la production de charbon de bois est en forte baisse, voire quasiment inexistante dans plusieurs régions du Québec. Pourtant, il fut un temps où des centaines de fours à charbon produisaient ce combustible en quantité considérable, surtout à l’époque des deux Guerres mondiales. D’ailleurs, les charbonniers étaient exemptés de la loi sur la conscription, car la production de charbon était considérée comme un effort de guerre essentiel.

 

La construction et l’utilisation des fours à charbon de bois sont surtout le fruit d’une tradition orale perpétuée depuis l’Antiquité. La carbonisation du bois requiert une technique particulière ainsi qu’un savoir-faire qui se transmet habituellement de père en fils. Toutes les étapes de la fabrication du charbon de bois ont une incidence sur sa qualité et sur sa quantité, qu’il s’agisse de la construction du four, du choix de l’essence de bois à utiliser, de la disposition de la matière première dans le four, de la manière de l’allumer, du contrôle du feu, de l’apport en oxygène à l’aide des évents ou du « scellage » du four.

 

La région de Portneuf, plus particulièrement les villes de Saint-Raymond, de Saint-Léonard et de Sainte-Christine-d’Auvergne, compte sur son territoire quelques-uns des derniers fours à charbon de bois encore en fonction dans la province. Pendant les années 1940, plus de 300 fours à charbon étaient recensés dans Portneuf. Cette région était celle où la concentration de ce genre d’équipement était la plus élevée au Québec et, par le fait même, où la production de charbon était la plus prolifique. Évidemment, l’abondance de la matière première n’était pas étrangère à cette polarisation. La plupart des producteurs étaient des agriculteurs qui voyaient dans cette activité le moyen d’arrondir leurs fins de mois pendant les périodes plus creuses de l’année.

 

Aujourd’hui, la production est assurée en grande partie par la compagnie Les Charbons de bois feuille d’érable. Cette entreprise écoule, aux États-Unis et au Canada, sa production qui est utilisée principalement pour la cuisson des aliments. Quelques rares exploitants indépendants lui vendent le fruit de leur labeur afin de profiter de son réseau de distribution élargi. Véritable témoin d’un patrimoine bâti rural, plusieurs structures de fours, maintenant à l’abandon, sont toujours visibles. La MRC de Portneuf a même comme projet de faire un circuit touristique patrimonial pour les mettre en valeur.

 

BAnQ Québec conserve plusieurs documents portant sur ce métier méconnu. Entre autres, on retrouve dans le fonds du Ministère des Terres et Forêts (E21), un bulletin d’information de 1945 qui contient des renseignements pratiques sur la fabrication du charbon de bois. De même, dans le fonds du Ministère de la Culture et des Communications (E6), il y a plusieurs photographies intéressantes, dont voici quelques exemples :

 

 

 

 

Four à charbon de bois, Alexandre Paquet, Saint-Raymond, Portneuf, 1950. BAnQ Québec (E6,S7,SS1,P78170). Photographe : J.W. Michaud.

 

 

 

Four à charbon de bois, Alexandre Paquet, Saint-Raymond, Portneuf, 1950. BAnQ Québec (E6,S7,SS1,P78172). Photographe : J.W. Michaud.

 

 

 

 

Four à charbon de bois. Four au premier plan; en brique avec revêtement de mortier d’une capacité de 65 cordes de 4 pieds La Macaza, 1951. BAnQ Québec (E6,S7,SS1,P87444). Photographe : Roch Delisle.

 

 

 

 

Four à charbon de bois à Sainte-Catherine, 1941. BAnQ Québec (E6,S7,SS1,P5760). Photographe : J.W. Michaud.

 

 

 

Sylvie Bédard, archiviste – BAnQ Québec

 

La légende d’Edmund Horne ou la naissance de Noranda

 

 Note de l’auteur : Ce texte est principalement basé sur le livre Noranda de Leslie Roberts, un très bon ami de James Murdoch, premier directeur de l’entreprise Noranda, ainsi que sur des légendes qui circulent à Rouyn-Noranda. Certains faits pourraient ne pas correspondre à l’histoire réelle. 

 

Plusieurs villes ont un héros fondateur dont la vie est pleine d’aventures et de légendes. Rouyn-Noranda n’y fait pas exception. Le célèbre prospecteur Edmund Henry Horne est celui qui donna naissance à cette ville en découvrant des gisements de cuivre d’une grande richesse.

 

Né en 1865 à Endfield en Nouvelle-Écosse, Edmund Horne parcourt le Colorado, la Colombie-Britannique, le Labrador et la Californie avant de s’établir, en 1908, dans le nord-est de l’Ontario. La recherche d’un filon d’or qui ferait de lui un homme riche devient son leitmotiv. Néanmoins, ce n’est pas l’appât du gain qui est la motivation première de sa quête, mais plutôt l’amour! Selon la légende qui circule à Rouyn-Noranda, Horne est tombé amoureux d’une jeune fille qui lui a dit : « Je vais t’épouser la journée où tu seras riche ». Fort de ses connaissances acquises dans les mines de la Nouvelle-Écosse, c’est avec cette promesse en tête qu’il se lance dans la grande aventure de la prospection. Le premier long voyage qu’il entreprend en 1911 ne lui est pas fructueux, bien qu’il passe près de découvrir un gisement important à Kirkland Lake, dans le nord-est de l’Ontario. Malheureusement pour lui, le bon filon est découvert par un autre prospecteur qui se trouve sur le terrain situé en face du sien.

 

 

Edmund Horne lors d’un de ses voyages en canot dans le canton de Rouyn, entre 1911 et 1922. BAnQ Rouyn-Noranda, Fonds Fonderie Horne (P123,S4,P1247). Photographe non identifié.

 

 

Nullement découragé, Horne prend alors la décision de franchir la frontière qui sépare l’Ontario et le Québec. Il est convaincu que cette ligne imaginaire ne fait pas de différence dans la formation géologique du sol. Cette idée mûrit dans sa tête depuis quelques années, même s’il sait qu’il lui sera difficile de convaincre les investisseurs de financer un voyage dans un endroit isolé et accessible seulement par canot. Horne est conscient que cette aventure pourrait tourner à l’échec, mais il se console en se disant qu’elle lui permettra au moins de chasser un gros orignal et de faire bonne pêche.

 

En 1911, il convainc Bob Bryden, un vétéran prospecteur du nord-est de l’Ontario, de l’accompagner lors de son premier voyage. Les deux hommes naviguent donc en canot de Haileybury jusqu’au lac Osisko. Ils explorent principalement la rivière Kinojévis, pour finalement revenir à Cobalt les mains vides, mais la tête pleine d’espoir. À tout le moins pour Horne, car son partenaire ne voudra plus jamais y retourner.

 

 

Edmund Horne, à droite, en compagnie de monsieur E. Tremblay à Haileybury, 1926. BAnQ Rouyn-Noranda, Collection Société d’histoire de Rouyn-Noranda (P117,S2,P2249). Photographe non identifié.

 

 

Cela lui prend trois ans afin de convaincre de nouveaux partenaires de le suivre. Il entreprend finalement son deuxième voyage en 1914. Cette fois-ci, il se rend sur le site de l’éventuelle mine Noranda. Une fois sur place, il a de la difficulté à concevoir la manière dont il pourrait exploiter un territoire aussi isolé. Après avoir discuté longuement avec ses partenaires, il décide de ne pas enregistrer le terrain. Ainsi, cela lui évitera de répandre la rumeur qu’il existe de l’or dans la région. Il ramène seulement quelques échantillons du minerai pour les faire analyser. À son retour, il est frappé par le découragement. Non seulement il apprend que la Première Guerre mondiale est en cours, mais il découvre que ses échantillons sont composés principalement de pyrite de fer.

 

Est-ce de l’amour, de la folie ou de l’entêtement à trouver de l’or? Personne ne le saura jamais, mais le rêve d’Edmund Horne est toujours bien vivant malgré les mauvaises nouvelles. On peut l’entendre parler de ses voyages au Québec dans tous les hôtels du nord de l’Ontario. C’est ainsi qu’il rencontre Dave Salomon dans un salon de quilles de New Liskeard. Cet homme l’accompagne lors de son troisième périple en 1917. Au cours de ce séjour qui dure environ un mois, Horne trouve les premières traces du gisement qui le rendra célèbre quelques années plus tard. Toutefois, puisqu’il s’agit d’une veine de cuivre et que les coûts pour extraire ce minerai sont exorbitants, il ne croit pas bon, encore une fois, d’enregistrer le terrain. Un homme toujours fauché comme lui n’a pas les 10 millions de dollars1 nécessaires à la construction d’un haut fourneau. Il regrette néanmoins cette décision lorsqu’il croise des prospecteurs sur le chemin du retour.

 

La crainte de perdre son terrain le motive à réunir des investisseurs pour former le Tremoy Lake Syndicate, ce qui lui permet de financer ses prochaines excursions. En 1920, c’est donc avec un budget de 225 $ qu’il entreprend son quatrième voyage en compagnie de son associé Ed. Miller. Ce voyage lui permet d’enregistrer le fameux terrain situé sur les rives du lac Osisko.

 

L’année 1921 marque un tournant dans l’histoire de Noranda. C’est à ce moment que les deux hommes découvrent enfin les premières veines d’or intéressantes. Elles sont évaluées à une teneur d’environ 32 $ par tonne. Lorsqu’ils retournent à Haileybury, les échos de leur succès déclenchent officiellement la ruée vers l’or dans le canton de Rouyn, si bien qu’ils décident de retourner au lac Osisko pour s’approprier le plus de territoire possible. Ils reviennent à Haileybury juste avant que la glace ne s’installe définitivement.

 

Comble de malchance, en débarquant son équipement, Horne laisse tomber le sac d’échantillons au fond du lac Témiscamingue. Il passe donc les journées suivantes au bout du quai pour tenter de repêcher les résultats de son labeur qui se trouve à une profondeur de six mètres d’eau glaciale. Après près d’une semaine d’efforts, il réussit in extremis à récupérer ses échantillons avant que l’hiver ne s’installe.

 

 

 

Les photographies d’Edmund Horne sont plutôt rares. Pensez-vous que celle-ci en est une? L’homme au centre lui ressemble étrangement. BAnQ Rouyn-Noranda, Fonds Comité du 50e anniversaire de Rouyn-Noranda (P34,S3,D20,P36). Photographe non identifié.

 

 

 

Finalement, c’est en 1922 que son rêve se concrétise. Plus déterminés que jamais, Horne et ses partenaires décident de partir avant la fin de l’hiver pour devancer la horde de prospecteurs qui planifient de se rendre dans le canton de Rouyn au printemps. Ils font une partie du trajet en train et en traineau de bûcheron. À leur arrivée au lac Opasatica, ils poursuivent leur périple en raquettes jusqu’à Rouyn à travers un blizzard aveuglant. Ils parcourent alors en neuf jours un trajet qui leur prend habituellement une journée en canot. Ce voyage leur permet d’ajouter 400 acres de terrain à leur concession minière. Ils reviennent à Rouyn au mois de juin. Cette fois-ci, la chance leur sourit. Lors de la dernière journée d’échantillonnage, une torche qui sert à éloigner les moustiques tombe au sol et provoque un incendie dans les buissons près de leur campement. Horne et Miller se précipitent alors dans le lac pour éviter d’être brulés vifs. Lorsque le vent tombe et que les flammes se résorbent, Horne a la brillante idée d’explorer la roche qui a été dépouillée par le feu. C’est à cet endroit précis qu’il découvre le célèbre gisement « A » qui justifie la présence d’une mine dans le canton de Rouyn.

 

 

 

Trajet fait en raquettes par Horne lors de son voyage de 1922. Extrait de la carte du Pontiac Nord de 1907. BAnQ Rouyn-Noranda, Fonds Société du patrimoine de Rivière-des-Quinze (P1,P230).

 

 

 

Cette découverte attire l’attention des investisseurs américains. S. C. Thompson et H. W. Chadbourne achètent finalement la concession minière du Tremoy Lake Syndicate pour la somme de 320 000 $. Enfin, Edmund Horne devient riche.

 

Malheureusement, la suite de l’histoire ne dit pas si, à son retour en Nouvelle-Écosse, il a épousé la jeune dame dont il était tombé amoureux plusieurs années plus tôt.

 

 

 

Signature d’Edmund Horne dans le registre de l’Hôtel Osisko, le 18 juin 1925. BAnQ Rouyn-Noranda, Fonds Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (S3,S1,D5-143).

 

 

 

Que l’histoire soit véridique ou partiellement romancée, elle est tout de même à l’origine du projet minier qui a donné naissance à la ville de Noranda, qui a été officiellement incorporée le 11 mars 1926. Même l’origine du nom Noranda est nébuleuse. D’après les dires du curé Albert Pelletier, premier prêtre catholique de Rouyn, la légende voudrait que le nom initialement choisi lors de l’incorporation de la compagnie en 1922 était Norcanda, une contraction de « Northern Canada ». Toutefois, un imprimeur se serait vraisemblablement trompé en rédigeant les entêtes des lettres et des enveloppes de la compagnie. Il aurait oublié la lettre C, ce qui donna « Noranda ». Cette appellation plut à l’un des officiers de la mine qui proposa de la conserver. Après tout, le succès de la mine ne dépendait pas que d’un simple C.

 

 

 

Sébastien Tessier, archiviste-coordonnateur – BAnQ Rouyn-Noranda

 

 

 

〈1〉 Montant avancé par Monseigneur Albert Pelletier dans le livre J’ai vu naître et grandir ces jumelles d’Annette Lacasse-Gauthier, 1967.

 

 

Références :

LACASSE-GAUTHIER, Annette. J’ai vu naître et grandir ces jumelles. Rouyn-Noranda, 1967.

ROBERTS, Leslie. Noranda. Clarke, Irwin & Company Limited, Toronto, 1956.

Il y a cent ans : les émeutes de Québec de 1918 faisaient quatre morts

 

Au printemps 1918, les tensions sont fortes au Québec et plus particulièrement à Québec. La Première Guerre mondiale fait rage. Les besoins en soldats s’accroissent dramatiquement avec les pertes au front et le retrait, en mars 1918, des Russes aux prises avec les conséquences de la révolution d’Octobre de 1917. Le Canada, entré en guerre automatiquement derrière la Grande-Bretagne en août 1914, a d’abord eu recours au volontariat, mais cela ne suffit plus. Malgré des promesses contraires, le gouvernement fédéral passe la Loi du service militaire en juillet 1917 obligeant tous les hommes âgés de 20 à 35 ans, célibataires ou sans enfants, à s’enregistrer auprès des autorités. Bien que les résultats de l’élection fédérale de décembre 1917 aient clairement démontré l’opposition des Québécois à la conscription, ils donnent cependant la légitimité au gouvernement fédéral de l’imposer. Elle débute donc le 1er janvier suivant.

 

Les comportements inacceptables des « spotters », ces individus chargés de retrouver les conscrits récalcitrants, suscitent une vague de manifestations majeures à partir du 28 mars 1918. Durant les cinq jours qui suivent, des milliers de manifestants prennent d’assaut la rue, déclenchant ce qu’on appelle « Les émeutes de Québec de 1918 ». Les actes de vandalisme et les échanges verbaux avec les militaires et les forces policières ne font qu’exacerber les tensions. Parmi les scènes de violence qui se produisent, les bureaux de l’Auditorium, où sont situés les bureaux du registraire du service militaire, sont saccagés et les fenêtres de deux journaux pro-conscriptionnistes sont fracassées.

 

Quartier Vieux-Québec – Place D’Youville – Édifices, août 1904. BAnQ Québec, Fonds Fred C. Würtele (P546,D3,P33). Photographe : Fred C. Würtele.

 

Les efforts d’apaisement des autorités locales et de certains leaders canadiens-français se butent à la volonté d’Ottawa. Le gouvernement fédéral craint que les émeutes dégénèrent en insurrection générale et il s’obstine à utiliser la force pour briser le mouvement. Sous le commandement du major-général François-Louis Lessard, le plus haut gradé francophone des forces fédérales, la cavalerie et l’infanterie en provenance de l’Ontario et du Manitoba quadrillent les rues de la basse-ville le soir du lundi 1er avril 1918. Un peloton se tient à l’embranchement des rues Saint-Joseph, Bagot et Saint-Vallier. Après une brève sommation en anglais, les soldats tirent sur la foule avec une mitrailleuse.

 

La Presse, édition du mardi 2 avril 1918. Collection numérique de BAnQ : http://collections.banq.qc.ca/ark:/52327/3197533 (consultée le 23 mars 2018).

 

Vue générale, St-Sauveur et St-Malo, Québec, vers 1920. BAnQ Québec, Collection Magella Bureau (P547,S1,SS1,SSS1,D1-12,P747R). Auteur inconnu.

 

Atteints par des balles explosives, Édouard Tremblay, Georges Demeule, Honoré Bergeron et Alexandre Bussières succombent. Selon ce que révèle l’enquête du Coroner, ces victimes n’étaient que de simples citoyens non armés qui passaient par là, au mauvais endroit et au mauvais moment. À titre d’exemple, Honoré Bergeron, un menuisier de 49 ans habitant le quartier de Saint-Sauveur et père de six enfants âgés de dix mois à 19 ans, sort tout simplement pour aller chercher ses enfants. Il est alors frappé dans le dos à la hauteur du cœur par une balle explosive. Il ne reviendra pas chez lui. Des dizaines de personnes sont également blessées.

 

Verdict du coroner concernant la mort d’Honoré Bergeron, avril 1918. BAnQ Québec, Fonds Cour des sessions de la paix – Greffe de Québec – Enquêtes du Coroner (TP12,S1,SS26,SSS1,D39/1918).

 

Le maintien de l’ordre par les 2 000 militaires envoyés à Québec s’applique ensuite avec toute sa sévérité. Les soldats ont ordre de tirer pour tuer, « Shoot to kill ». Des arrestations ont lieu. Le 4 avril, le gouvernement Borden applique la loi martiale à Québec et suspend l’habeas corpus. Une présence militaire massive se fait ensuite sentir pendant de longs mois.

 

Aujourd’hui, le monument Québec, printemps 1918, érigé au coin des rues Bagot, Saint-Joseph et Saint-Vallier, sur les lieux de la tuerie, rappelle le caractère dramatique des événements survenus il y a cent ans.

 

Monument Québec, printemps 2018, à l’angle des rues Saint-Joseph et Bagot, 17 mars 2018. Photographe: Rénald Lessard.

 

Monument Québec, printemps 2018, à l’angle des rues Saint-Joseph et Bagot, 17 mars 2018. Photographe: Rénald Lessard.

 

Afin de souligner cet événement majeur de l’histoire du Québec, BAnQ a mis en ligne dans Pistard les 502 pages de l’enquête du coroner Jolicoeur tenue entre les 8 et 13 avril 1918 (E17,S10,D1661/1918). Cet ensemble de témoignages constitue une source essentielle pour comprendre la trame des événements. De plus, les quatre verdicts du coroner sont également disponibles en ligne (TP12,S1,SS26,SSS1,D39/1918 ; TP12,S1,SS26,SSS1,D40/1918; TP12,S1,SS26,SSS1,D41/1918; TP12,S1,SS26,SSS1,D42/1918).

 

Le plan d’assurance-incendie de 1910 permet de bien comprendre la configuration des lieux de la tuerie. Enfin, les journaux de l’époque complètent l’enquête du coroner. Signalons que sur le Portail de BAnQ, dans BAnQ numérique, on retrouve plusieurs journaux de cette époque, dont La Presse et Le Devoir, qui peuvent faire l’objet d’une recherche en texte intégral.

 

Rénald Lessard, archiviste-coordonnateur – BAnQ Québec

 

Bibliographie :

Courtois, Charles-Philippe et Laurent Veyssière. Le Québec dans la Grande Guerre. Engagements, refus, héritages. Québec, Les Éditions du Septentrion, 2015, 212 p.

Provencher, Jean. Québec sous la Loi des mesures de guerre 1918. Lux, 2014, 161 p. Coll. «Mémoire des Amériques». Une première édition avait été publiée en 1971 par les Éditions du Boréal Express.

Renaud, Pierre-Yves et Martin Pâquet. « La Grande Guerre dans les rues de Québec », Le Devoir, 10 mars 2018, p. B10.

Richard, Béatrice. « 1er avril 1918 Émeute à Québec contre la conscription : résistance politique ou culturelle? », dans Pierre Graveline (Sous la direction de), Dix journées qui ont fait le Québec, Montréal, VLB éditeur, 2013, p. 136-159.

Richard, Béatrice. « Le 1er avril 1918 – Émeute à Québec contre la conscription : résistance politique ou culturelle? » conférence donnée dans le cadre de la série Dix journées qui ont fait le Québec diffusée sur le Portail de BAnQ. (http://collections.banq.qc.ca/ark:/52327/2337125)

 

Reportage spécial :

Préparé par le journaliste Alain Rochefort, un reportage sur les émeutes de 1918 a été diffusé par la télé de Radio-Canada vendredi le 30 mars.

 Capsule sur les émeutes de 1918 :

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Jacques Languirand : son Théâtre de Dix Heures aimé par l’ami Jean Cocteau

 

 

Le 1er novembre 1956, à la suite du succès de sa pièce Les Insolites, Jacques Languirand inaugure le Théâtre de Dix Heures dont il sera à la fois le fondateur et le directeur.

 

 

 

Jacques Languirand, 1972. BAnQ Vieux-Montréal (P833,S2,D3123). Photographe : Antoine Desilets.

 

 

 

 

Carton d’invitation à l’ouverture du Théâtre de Dix Heures, 1er novembre [1956]. BAnQ Vieux-Montréal (P944,S7,SS2).

 

 

 

Ce théâtre porterait ce nom parce que les comédiens qui y jouent travaillent souvent à la télévision, source de leur gagne-pain, et ne sont libres qu’à dix heures (1). Logée au 1300, rue Saint-Urbain, cette petite salle de spectacle montréalaise marie le théâtre et le cabaret et sa « spécialité » est « le risque » (2). Le soir de l’inauguration, les créations Le roi ivre de Jacques Languirand, présentée par la troupe « Les Insolites », ainsi qu’On demande un souvenir de Louis-Georges Carrier prennent l’affiche. La soirée se termine par la présentation du spectacle du Cabaret de minuit qui met en vedette Vonny [Yvonne Guillaud], Jean Letarte et Marc Gélinas.

 

 

 

Programme des pièces Le roi ivre et On demande un souvenir, 1956, [p. 4 et 5]. BAnQ Vieux-Montréal (P944,S1,D5).

 

 

 

 

 

Carte postale annonçant les dernières représentations des pièces Le roi ivre et On demande un souvenir, janvier 1957. BAnQ Vieux-Montréal (P944,S12,D5).

 

 

 

Dès le printemps de 1957, la formule cabaret-théâtre du Théâtre de Dix Heures disparaît. Les tables sont enlevées et les consommations sont supprimées pour faire place à du « vrai théâtre » d’après Jacques Languirand.

 

 

 

 

Lettre de Jacques Languirand, mars 1957. BAnQ Vieux-Montréal (P944,S7,SS2).

 

 

 

 

 

Lettre de Jacques Languirand, avril 1957. BAnQ Vieux-Montréal (P944,S2,SS2).

 

 

 

Toutefois, malgré les efforts de son fondateur qui a fait appel à l’appui et à la générosité des « amateurs de bon théâtre », des « vrais amateurs de théâtre » et des « amateurs de théâtre de choc », le Théâtre de Dix Heures, théâtre avant-gardiste dont chaque spectacle était qualifié d’« aventure » par Jacques Languirand, doit fermer ses portes en octobre 1957 après moins d’une année d’activités.

 

Le dramaturge et futur animateur de l’émission radiophonique Par 4 chemins doit certainement avoir été touché de recevoir le témoignage d’appréciation de son ami Jean Cocteau qui n’était, de toute évidence, pas encore au courant de la fermeture du théâtre de poche lorsqu’il a écrit ce message.

 

 

Jean Cocteau à Jacques Languirand, 6 avril 1958. BAnQ Vieux-Montréal (P944,S7,SS2).

 

 

 

 

Transcription par Marthe Léger : « 6 avril 1958 Mon cher ami Notre époque crève de luxe et d’un désir de luxe. Les grandes choses de l’art ont toujours commencé par être petites et les naissances divines se présentent dans la paille d’une étable. C’est la raison pour laquelle j’aime votre Théâtre de Dix Heures. L’anti gala [voilà?] le programme que je préconise et auquel votre entreprise semble répondre. Salut fraternel de Jean Cocteau*»

 

 

 

Marthe Léger, archiviste, BAnQ Vieux-Montréal

 

 

Références :

 

(1) Programme des pièces Le roi ivre et On demande un souvenir, texte « Avant-première » signé « La direction », 1956, p. 1, BAnQ Vieux-Montréal (P944,S1,D5).

(2) Idem

 

En complément :

 

Fonds Jacques Languirand (MSS138, MSS230, MSS353).

Fonds Roland Laroche et Hélène M. Stevens (P944).

Fonds Gabriel Charpentier (P873,S13,D11).

Apostolska, Aline, Jacques Languirand : le cinquième chemin, Les Éditions de l’Homme, 2014.

Paquette, Claude, Jacques Languirand : biographie, Libre expression, 1998.




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