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Instantané, le blogue des archivistes.

Alexander Tilloch Galt, d’homme d’affaires à Sherbrooke à père de la Confédération canadienne


Alexander Tilloch Galt (1817-1893), homme d’affaires et homme politique, 1872. BAnQ Vieux-Montréal (P32,S4,P16). Photographe non-identifié.


Alexander Galt, homme d’envergure nationale et père de la Confédération, occupe aussi une place particulière dans la mémoire de la Ville Reine des Cantons-de-l’Est. Son nom marque la toponymie de Sherbrooke, à commencer par l’une des artères principales de la ville. Son nom désigne aussi une école secondaire située à Lennoxville, l’Alexander Galt Regional High School. Un monument en son honneur a aussi été érigé au parc Rodolphe-Vallée.


Établi à Sherbrooke en 1835, c’est d’abord à titre de commissaire de la British American Land Company (BALC), fonction qu’il occupe de 1844 à 1855, qu’Alexander Tilloch Galt fait sa marque. Sous son impulsion, la BALC signe, entre 1846 et 1853, pas moins de 8 baux de location de sites industriels le long de la rivière Magog. Des moulins, une fonderie et une fabrique de sceaux, entre autres, s’y installent pour profiter de l’impressionnant potentiel hydraulique de la Magog.


Bail de location entre la BALC et Adam Lomas, 23 décembre 1846. Il s’agit de la location, pour une durée de 15 ans, d’un terrain situé en bordure de la rivière Magog. La BALC avance 750 livres au locataire afin qu’il puisse construire son usine de lainage. Elle s’engage ensuite à racheter le bâtiment au terme du bail, et ce, à la valeur du marché. BAnQ Sherbrooke, Greffe du notaire William Ritchie, Acte 4431 (CN501,S24).


Alexander Galt participe aussi à l’essor industriel de Sherbrooke à titre personnel. Il devient l’un des principaux actionnaires de la Sherbrooke Cotton Factory, la première manufacture à risques limités incorporée dans l’histoire du Canada. Malgré des débuts difficiles et une faillite en 1847, la compagnie renaîtra grâce à Galt qui rachète l’usine avec les fonds de la BALC et s’associe avec Edward Hale et le machiniste américain Charles Angel Phillips.


Enregistrement de partenariat, 30 juillet 1849. Edward Hale, Charles Angel Phillips et Alexander Tilloch Galt officialisent leur partenariat en tant que fabricants de coton. BAnQ Sherbrooke, Cour Supérieure du district de Saint-François, Raisons sociales, vol 1, n. 9 (TP11,S8,SS20).


On peut aussi penser à sa participation à la création de la mine Ascot, qu’il met sur pied avec la collaboration de Thomas MacCaw et de Walter Shanly, alors qu’il achète personnellement les terres et droits miniers nécessaires au projet. En bon homme d’affaires, il voit juste et la mine et son haut fourneau seront revendus à une compagnie de New York pour l’impressionnante somme de 127 500 $.


Entente et promesse de vente entre Alexander Tilloch Galt et Alexander Wier, 3 décembre 1863. Alexander Galt achète les droits d’exploration et d’exploitation minière dans le quart Est du lot 16 du rang 6 du canton d’Ascot, d’une superficie d’environ 50 acres, pour la somme de 100 dollars. L’acte contient aussi une promesse de vente de ces terres pour le somme de 5 000 dollars, advenant que les explorations révèlent un potentiel suffisant. BAnQ Sherbrooke, Greffe du notaire Daniel Thomas Metcalfe, Acte 280 (CN501,S28).


Soulignons aussi l’implication financière peu connue d’Alexander Galt dans la construction de plusieurs lieux de culte sherbrookois. Il a en effet prêté de l’argent aux fiduciaires de l’Église Congrégationaliste de Sherbrooke pour la construction d’une nouvelle église et vendu quelques années plus tard, au cours d’une transaction menée par son épouse Amy Gordon Torrance, un terrain aux fiduciaires de l’Église presbytérienne de Sherbrooke. Il a aussi vendu au prêtre catholique Alfred-Élie Dufresne en 1872 les terrains qui serviront à la construction de l’Hospice Sacré-Cœur, dirigé par les Sœurs de la Charité de Saint-Hyacinthe, faisant même don de 1 000 $ au projet.


Finalement, on peut sans conteste affirmer que l’importance d’Alexander Tilloch Galt pour la communauté de Sherbrooke est loin de s’être limitée au développement local de la ville. En effet, rappelons qu’il a été l’un des principaux fondateurs de la compagnie de chemins de fer St Lawrence & Atlantic, et c’est en grande partie grâce à ses contacts avec le milieu d’affaires montréalais que le tracé a pu passer par Sherbrooke. Son rôle de promoteur ferroviaire aura donc joué un rôle important dans l’intégration de la ville à l’économie provinciale et fédérale.



Charles Coupal-Jetté, stagiaire de l’Université de Sherbrooke (supervisé par Hélène Liard, agente de bureau) – BAnQ Sherbrooke


Pour en savoir plus :

– Jean-Pierre Kesteman, « Galt, Sir Alexander Tilloch », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 12, Université Laval/University of Toronto, 2003, http://www.biographi.ca/fr/bio/galt_alexander_tilloch_12F.html (consulté le 29 mars 2017).

– Oscar Douglas Skelton, Life and times of Sir Alexander Tilloch Galt, Toronto, Oxford University Press, 1920, p. 34-35.

Le major Asselin au lit


Alors que dans les troupes françaises, les mutineries font rage, les troupes britanniques sont au beau fixe. Dans cette lettre, Olivar Asselin fait part à son épouse Alice de son mécontentement envers les commandants du 22e bataillon et prévoit écourter son séjour au début du mois de juin pour retourner compléter sa formation d’officier. Cependant, à la fin du mois de mai 1917 il contracte la fièvre des tranchées et il est évacué.


« Depuis quelques jours, je n’ai guère eu le cœur à écrire. Pris de la fièvre des tranchées après une des tournées les plus fatigantes que nous ayons eues — neuf jours, dont cinq sans abri, une partie du temps sous la pluie, et sans pouvoir bouger depuis 4h30 du matin jusqu’à 9h30 du soir — je suis depuis un peu souffrant. Je n’ai pas de posture dans mon lit, je veux dire sur une couche; j’ai tous les nerfs endoloris, surtout les jambes, que le seul poids des couvertures fatigue. Je suis toujours de mauvaise humeur. Si je ne t’écris pas d’ici à quelques jours, ne t’en inquiète pas, ma chère femme: ce sera uniquement que je n’ai rien de nouveau à te dire et que j’ai besoin de me reposer les nerfs. »


Vous souhaitez consulter cette lettre d’Olivar Asselin dans son intégralité? Rendez-vous sur Wikisource ou, pour découvrir l’ensemble des lettres sélectionnées, rendez-vous sur la page du projet Première Guerre mondiale de BAnQ.


Pour en savoir plus sur Olivar Asselin et sur la diffusion de sa correspondance de guerre, consultez l’article phare du projet.


Caricature. More Fragments from France n 2 .1916. BAnQ Vieux-Montréal (CLG72). Auteur : Bruce Bairnsfather


Florian Daveau, archiviste – BAnQ Vieux-Montréal

Émilie Dufour-Lauzon, agente de bureau – BAnQ Vieux-Montréal

Elena Fracas, archiviste – BAnQ Vieux-Montréal

Catherine Lamarche, stagiaire de l’Université de Montréal.

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Patof à Blue Bonnets!

Le mois de décembre 1972 est très occupé à l’Hippodrome Blue Bonnets ! En effet, en collaboration avec l’Hippodrome et la compagnie de bières Kronenbrau 1308, les pompiers organisent l’« Opération des pompiers bricoleurs ». Ces derniers réparent depuis 1946 des jouets qui sont remis à des enfants défavorisés dans le cadre de la Campagne des paniers de Noël.

 

Opération Pompiers bricoleurs, 1972. BAnQ Vieux-Montréal (E205,S8,SS1,D184). Photographe non identifié.

 

Opération Pompiers bricoleurs, 1972. BAnQ Vieux-Montréal (E205,S8,SS1,D184). Photographe non identifié.

 

L’événement se déroule sur la piste de course, par une journée enneigée de décembre, devant une foule nombreuse. L’attraction principale n’est pas le vieux camion de pompier datant de 1932, ni la fanfare, c’est plutôt Patof, le clown préféré des enfants, interprété par Jacques Desrosiers.

 

Opération Pompiers bricoleurs, 1972. BAnQ Vieux-Montréal (E205,S8,SS1,D184). Photographe non identifié.

 

Opération Pompiers bricoleurs, 1972. BAnQ Vieux-Montréal (E205,S8,SS1,D184). Photographe non identifié.

 

Ce clown remplit l’imaginaire des enfants sur la chaîne de télévision Télé-Métropole (devenue TVA) depuis le mois de janvier 1972 par le biais de plusieurs émissions jeunesse. Comme on peut le constater sur les photographies, il n’y a pas que les petits qui s’amusent en compagnie du clown ! On peut voir le président de l’Hippodrome Blue Bonnets de l’époque, Raymond Lemay, rire aux éclats aux côtés de Patof.

 

Opération Pompiers bricoleurs, 1972. BAnQ Vieux-Montréal (E205,S8,SS1,D184). Photographe non identifié.

 

Opération Pompiers bricoleurs, 1972. BAnQ Vieux-Montréal (E205,S8,SS1,D184). Photographe non identifié.

 

L’événement est également l’occasion de promouvoir les courses de chevaux qui connaissent un franc succès dans les années 1970. Une course est d’ailleurs organisée le jour même, histoire de faire découvrir le monde des courses hippiques à des gens qui ne fréquentent pas habituellement l’Hippodrome Blue Bonnets. Une sortie familiale peu commune, mais bien amusante pour les enfants qui se réjouissent de pouvoir rencontrer Patof et assister au défilé!

 

Opération Pompiers bricoleurs, 1972. BAnQ Vieux-Montréal (E205,S8,SS1,D184). Photographe non identifié.

 

En complément :

Le billet Instantanés « Exacta, Trifecta ou Superfecta ? » du 15 décembre 2016.

 

Marie-Maude Aubry, stagiaire de l’Université de Montréal (supervisée par Caroline Sauvageau, archiviste) – BAnQ Vieux-Montréal

« Jouer un tour » avec des fils barbelés!

Cette lettre, datée du 14 mai 1917, a été envoyée par Olivar Asselin à son plus jeune fils Pierre. Il y partage les conditions de vie dans les tranchées, les opérations contre les lignes allemandes et il termine son message en demandant à sa famille de prier pour qu’il accomplisse son devoir.

 

More Fragments from France n 2, 1916. BAnQ Vieux-Montréal (CLG72). Bruce Bairnsfather.

 

« Ta maman me dit aussi que tu couches avec elle, et que tu la réchauffes le matin. Il y a plusieurs semaines de cela. Je crois bien qu’à présent ta maman n’a pas besoin de ta chaleur. Tu pourrais, ta chaleur, me l’envoyer par la poste pour que je m’en serve dans les tranchées. On passe dans les tranchées jusqu’à cinq jours à la fois et comme on y est presque toujours en plein air, on y dort quelquefois assez mal. Hier, il a plu, et nous étions dans la boue. Mais j’étais quand même de bonne humeur, car je viens de recevoir à la fois une lettre de toi, une de Jean et une de ta maman, et tous trois vous me disiez que vous priez pour moi. Je crois que le Bon Dieu entend la prière des bonnes mamans et des bons petits enfants. Si vous demandez que je fasse bien mon devoir, je crois que vous serez exaucés. Le Bon Dieu vous accordera peut-être aussi que je revienne vivant, car je lui ai promis de ne vivre désormais que pour vous, de faire de vous mes amis et associés. Je te raconterai la guerre, et nous laisserons écouter Maman, Paul et Jean. J’ai de la crotte jusque dans les cheveux, et j’ai beaucoup de poux. La nuit, je vais avec mes hommes poser du fil de fer barbelé entre nos tranchées et celles des Allemands. Ensuite, quand les Boches veulent avancer, ils se prennent les pieds dans le fil, et ça leur joue un bon tour. Nous autres, nous savons où est notre fil, et quand nous voulons avancer nous allons la nuit faire des brèches dedans le fil avant, mais c’est un métier dangereux, car les Allemands lancent toute la nuit des fusées pour éclairer le terrain. Ordinairement, ce n’est pas la besogne du major, mais étant ici pour apprendre, il faut bien que j’apprenne tout. »

 

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Pour en savoir plus sur Olivar Asselin et sur la diffusion de sa correspondance de guerre, consultez l’article phare du projet.
Florian Daveau, archiviste – BAnQ Vieux-Montréal

Émilie Dufour-Lauzon, agente de bureau – BAnQ Vieux-Montréal

Elena Fracas, archiviste – BAnQ Vieux-Montréal

Catherine Lamarche, stagiaire de l’Université de Montréal.

 

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À l’eau l’Outaouais

L’Outaouais a connu de nombreuses inondations au cours de son histoire. Les documents d’archives en témoignent. En les examinant de plus près, on remarque qu’à la crue des eaux, s’ajoute un autre phénomène. À partir du milieu des années 1920, les barrages hydro-électriques apparaissent sur les rivières de la région.

 

 

Vue aérienne du barrage et de la centrale hydro-électrique Paugan près de Low, sur la rivière Gatineau. [193?]. BAnQ Gatineau (P74, D65). Photographe : Royal Canadian AirForce.

Vue aérienne du barrage et de la centrale hydro-électrique Paugan près de Low, sur la rivière Gatineau. [193?]. BAnQ Gatineau (P74, D65). Photographe : Royal Canadian AirForce

 

 

Bien qu’il s’agisse d’un important moteur économique, la construction d’un barrage, tel que celui de Paugan, dans la région de Low, peut causer quelques ennuis, particulièrement aux agriculteurs, comme en témoigne cette lettre adressée au député Aimé Guertin en 1930.

Lettre de Zéphirin Montreuil de Sainte-Famille d’Aumond à Aimé Guertin, 6 février 1930. BAnQ Gatineau (P8/9-16)

Lettre de Zéphirin Montreuil de Sainte-Famille d’Aumond à Aimé Guertin, 6 février 1930. BAnQ Gatineau (P8/9-16)

 

 

Les victimes ne pouvaient pas vraiment compter sur les programmes d’aide financière des différents paliers de gouvernement, fédéral, provincial et municipal. Ils ne pouvaient alors qu’espérer recevoir un dédommagement de la part de ceux qu’ils jugeaient responsables de la situation. Afin d’y parvenir, le gouvernement provincial avait le pouvoir de faire pression sur les compagnies d’électricité responsables de l’érection des barrages ou de passer des lois spéciales les obligeant ainsi à verser une aide financière aux plaignants.

 

 

Lettre du prêtre M. J. Gorman de Farrellton au député Aimé Guertin, 2 février 1930. BAnQ Gatineau (P8/9-16).

Lettre du prêtre M. J. Gorman de Farrellton au député Aimé Guertin, 2 février 1930. BAnQ Gatineau (P8/9-16)

 

 

Que la responsabilité revienne aux humains ou bien à Dame Nature, les caprices de nos lacs et rivières ne manquent pas de laisser des images qui témoignent de situations exceptionnelles vécues dans notre région. En voici quelques-unes qui ont marqué l’Outaouais.

 

 

Crue printanière dans le village de Pointe-Gatineau, 1947. BAnQ Québec (E57, S44, SS1, PD01-25). Photographe non identifié.

Crue printanière dans le village de Pointe-Gatineau, 1947. BAnQ Québec (E57, S44, SS1, PD01-25). Photographe non identifié

 

 

 

 

 

Inondation à Maniwaki, 1929. BAnQ Gatineau (P5, S4, D16, P16). Photographe non identifié.

Inondation à Maniwaki, 1929. BAnQ Gatineau (P5, S4, D16, P16). Photographe non identifié

 

 

 

 

 

 

Inondation chez M. Racicot à Gatineau, juillet 1968. BAnQ Gatineau (P174, S1, D50176). Photographe : Champlain Marcil

Inondation chez M. Racicot à Gatineau, juillet 1968. BAnQ Gatineau (P174, S1, D50176). Photographe : Champlain Marcil

 

 

 

Il ne nous reste plus qu’à espérer que ceux qui ont vu disparaître leur chez-soi sous l’eau en 2017 s’en rétablissent vite et que leurs souvenirs ne soient plus que des documents d’archives, conservés pour nous rappeler les épreuves du passé et non plus celles du présent.

 

 

Jacinthe Duval, archiviste-coordonnatrice – BAnQ Gatineau

 

Vimy, la « naissance d’une Nation »

Le 9 avril 1917, les pays de la Triple Entente lancent la première offensive majeure de l’année, connue aujourd’hui comme la bataille de la crête de Vimy. Première bataille à regrouper les quatre divisions du Corps expéditionnaire canadien, ces dernières forment les principaux corps déployés pour cette bataille, face à trois divisions de la 6e Armée allemande. Le corps canadien est le premier à reprendre la côte 145, après les tentatives échouées des troupes françaises et britanniques. Bien que n’étant pas la plus grande victoire tactique de la Grande Guerre, la bataille de Vimy est considérée comme le premier symbole d’un Canada fort et unifié, indépendant de la Grande-Bretagne. N’ayant pas participé directement à l’affrontement, Olivar Asselin est l’un des officiers en charge des troupes de réserve, opérant dans les villages autour de la crête.

 

 

« Vous avez probablement appris dès hier la prise des hauteurs de Vimy, près de Neuville-Saint-Vaast. Plusieurs kilomètres alentour, le sol était jonché de cadavres, bien qu’on en eût enterrés des milliers sous des croix. Après un feu d’artillerie d’une dizaine de jours, tel que tous les feux du 22e disent qu’on n’en vit pas à la Somme, et probablement tel qu’il ne s’en vit jamais dans l’histoire, les Canadiens et quelques bataillons anglais ont emporté la position en moins de six heures, et depuis lors, paraît-il, l’avance continue. Je dis “ paraît-il ”, car je n’ai pas eu le bonheur de prendre part à l’action. Je suis parmi les officiers qu’on réserve pour les corps qui vont suivre. Avec le colonel Tremblay, le major Chabelle et une dizaine d’autres, je suis revenu à l’arrière à la dernière heure, après quatre jours passés en support dans les ruines de Neuville-Saint-Vaast en contre-bas de la ligne allemande, sous le feu des 5.9. Une heure auparavant, j’avais conduit une corvée de 20 hommes entre la ligne d’observation et la ligne de feu, par des tranchées bombardées de ces intéressants légumes. J’ai constaté avec plaisir que j’étais apparemment le plus froid de la bande. Au retour, un obus est tombé au milieu des hommes pendant qu’ils déposaient dans un chantier une charge d’outils; comme par miracle, personne n’a été blessé. Mais cinq minutes plus tard, en rentrant au dug-out, j’ai trouvé le toit en partie démoli et l’escalier rempli de décombres et de sang; la sentinelle et un autre homme venaient d’être blessés. […] Il semble que le 22e s’en soit tiré avec des pertes relativement minimes.[…] En mettant ensemble toutes les versions, il se trouve que nous avons eu une dizaine d’officiers et quelques deux cents hommes blessés (la plupart légèrement), sur seize officiers et un peu plus de six cents hommes. Le 25e, le 24e, le 26e, le 10e, n’auraient pas été aussi heureux. […] Il y a du côté allemand, des milliers de morts, la plupart, au dire de nos gens, foudroyés dans les dug-outs sans avoir pu sortir, ou écrabouillés avant l’attaque par le feu infernal de notre artillerie. »

 

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More Fragments from France n 2 .1916. BAnQ Vieux-Montréal (CLG72), Bruce Bairnsfather

More Fragments from France n 2 .1916. BAnQ Vieux-Montréal (CLG72), Bruce Bairnsfather

 

Pour en savoir plus sur Olivar Asselin et sur la diffusion de sa correspondance de guerre, consultez l’article phare du projet.

 

Florian Daveau, archiviste – BAnQ Vieux-Montréal

Émilie Dufour-Lauzon, agente de bureau – BAnQ Vieux-Montréal

Elena Fracas, archiviste – BAnQ Vieux-Montréal

Catherine Lamarche, stagiaire de l’Université de Montréal.

 

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Journée internationale des archives

 

Scènes de rues de Montréal, vers 1955.BAnQ Vieux-Montréal (P670). Photographe non identifié.

 

JOURNÉE INTERNATIONALE DES ARCHIVES

Histoires fictives, histoires réelles

 

Que ce soit en matinée, en après-midi ou en soirée, une offre d’activités diversifiée est proposée dans les centres de BAnQ conservant des archives. Il y sera mis en lumière l’étonnante diversité des trésors archivistiques qu’ils abritent.

 

La journée internationale des archives est un événement mondial organisé annuellement  par le Conseil international des archives.  Ce sera l’occasion de découvrir des archives liées au thème de la Conférence ALA-ICA 2017 « Archives, Citoyenneté et Interculturalisme » qui se tiendra à Mexico du 27 au 29 novembre 2017.

 

En visitant votre centre d’archives, vous pourrez en apprendre plus sur les archives, mais aussi sur les archivistes et les corps de métiers liés à l’acquisition, la conservation, la préservation, le classement et la diffusion des documents d’archives, ainsi que sur les utilisateurs tels que les historiens, les médias, les étudiants et les généalogistes. C’est une occasion en or de rencontrer des acteurs du milieu patrimonial et de découvrir les lieux de conservation.

 

Voici quelques exemples d’activités qui auront lieu à travers le Québec.

– À Québec, il y aura une visite guidée de la vieille prison de Québec, ainsi qu’une conférence de l’historien Donald Fyson au Morrin Centre.

– À Montréal, l’auteure Élise Turcotte sera sur place dès 17h. Vous pourrez aussi assister à une visite animée de l’exposition Zoom Montréal.

– À Gatineau, le programme est vaste; de la table ronde sur le pouvoir des archives dans la démocratie, à une visite du Centre de préservation de Bibliothèque et Archives Canada, ainsi qu’une prestation du groupe Archives à voix haute.

– À Rimouski et à Gaspé, les nouveaux arrivants sont invités à échanger  sur  la mémoire, l’identité et la culture, autour de bouchées.

– À Rouyn-Noranda, pas moins de trois conférences seront offertes sur les coureurs des bois, les métis et les immigrants.

– Deux conférenciers sont invités à Saguenay ; l’auteure Line Gaudreault et l’historien et auteur Dany Côté. Il y aura aussi le lancement de la revue d’histoire régionale Saguenayensia.

– À Trois-Rivières sera présentée la conférence « Facebook et les photos anciennes », par l’historien René Beaudoin.

– À Sept-Îles, le patrimoine nord-côtier est à l’honneur autour du thème « Archives : histoires réelles; histoires fictives ».

 

Nous profitons également de cette célébration pour faire le lancement d’ Histoires fictives qui regroupe deux œuvres littéraires originales inspirées d’archives conservées par BAnQ. Les auteurs Élise Turcotte et Patrick Senécal les ont fait revivre sous la forme d’un poème et d’un polar.

 

Programmation complète de votre centre :

 

BAnQ Vieux-Montréal

BAnQ Gaspé

BAnQ Gatineau

BAnQ Rimouski

BAnQ Rouyn-Noranda

BAnQ Saguenay

BAnQ Trois-Rivières

BAnQ Québec

BAnQ Sept-Îles 

À l’exception de BAnQ Sherbrooke

 

Bienvenue à tous!

 

Marie-Pierre Nault, archiviste – BAnQ Vieux-Montréal

Les conditions de vie dans les champs de canons!

Soldats français lors d’un tea room sur le front. [1914-1918]. BAnQ Vieux-Montréal (CLG72). Photographe non identifié.

Soldats français lors d’un tea room sur le front. [1914-1918]. BAnQ Vieux-Montréal (CLG72). Photographe non identifié.

 

En avril 1917, Olivar Asselin se trouve dans les tranchées françaises depuis près d’un mois. En écrivant à son ami Édouard Biron, il poursuit sa description de la vie dans les tranchées et de la guerre d’usure qui se poursuit de chaque côté du « No Man’s Land ». Dans cette lettre, il aborde les conditions d’hygiène et le bruit permanent et assourdissant de l’artillerie lourde.

 

« Depuis mon arrivée, je cherche, dans tous les villages où nous cantonnons, une maison qui ne soit pas débit, cantine ou estaminet; un puits de ferme qui ne reçoive en même temps que les eaux du ciel, le jus de la crotte de poule et le pipi des enfants.[…] L’eau sale, vidée dans la cour, regagne le puits, pour servir de nouveau quelques heures après. Je n’ai jamais vu d’eau aussi durable; il a beau en coller à notre peau sous forme de lèpre, il en reste toujours un peu pour ceux qui suivent. Mais elle est aussi de plus en plus grasse. Pendant les deux jours qui suivent le bain, on ne mange presque pas. Le spectacle d’une demi-douzaine de mâles de vingt-cinq à quarante ans assis chacun dans une cuve, les jambes par-dessus bord, est assez réjouissant; je regrette que l’interdiction de la photographie ne me permette pas de le prendre sur le vif pour en faire la réclame d’un nouveau savon. […] La vie des tranchées ne manque pas de charme. Dans les dug-outs, vous jouissez d’une sécurité doucement relative, en ce sens qu’un 5 pouces 9 vous rabattra certainement le toit et les portes sur la tête, mais qu’un 77mm, vulgairement appelé whizbangg, ne fera pas plus qu’agrandir de dix pour un le trou de la cheminée. Dans les tranchées, vous vous endurcissez l’oreille graduelle contre la surdité; le bruit le plus intéressant à observer est celui des obus de 6 à 8 pouces que, les yeux fermés, on confondrait avec le passage d’un train-express à cinquante pieds de distance, enfin ne reste pas moins longtemps dans l’oreille. Il y aussi les combats d’aéroplanes, où nos amis d’Outre-Manche (en regardant d’ici) ont le dessous plus souvent qu’à leur tour. Pour nous protéger contre le shrapnel des canons anti-aériens, [nous avons] notre casque en acier, sorte de cuvette à longs bords qui tiendrait admirablement sur la tête si nous marchions sur la tête. Après une heure de ce genre d’observation, le casque déborde de shrapnel. Le soir, on censure les lettres. En général, les lettres aux parents et aux amis du Canada ne disent rien, à cause de la censure. Les lettres aux marraines sont hautes en bravoure et de belle allure, avec tout juste la teinte de tristesse qu’il faut pour faire venir la provision de tabac ou de chaussettes. Les lettres aux petites amies des anciens secteurs sont tendres et volontiers libidineuses. »

 

Vous souhaitez consulter cette lettre d’Olivar Asselin dans son intégralité? Rendez-vous sur Wikisource ou, pour découvrir l’ensemble des lettres sélectionnées, rendez-vous sur la page du projet Première Guerre mondiale de BAnQ.


Pour en savoir plus sur Olivar Asselin et sur la diffusion de sa correspondance de guerre, consultez l’article phare du projet.


Florian Daveau, archiviste – BAnQ Vieux-Montréal

Émilie Dufour-Lauzon, agente de bureau – BAnQ Vieux-Montréal

Elena Fracas, archiviste – BAnQ Vieux-Montréal

Catherine Lamarche, stagiaire de l’Université de Montréal.

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Des documents uniques de la Nouvelle-France conservés dans les archives judiciaires du 19e siècle !

Les dossiers des Matières civiles supérieures de la Cour du banc du roi / de la reine du district de Montréal (TL19,S4,SS1) regroupent des documents qui témoignent de toute la gamme des litiges civils : droit familial (séparation de corps et de biens jusqu’à la renonciation de la paternité); droit commercial (litiges d’entreprises financières, commerciales et industrielles); causes en dommages-intérêts; litiges découlant des héritages, des testaments et des donations.

 

Les chercheurs y trouveront aussi des causes concernant la propriété foncière (contestations de titres ou réclamations de droits seigneuriaux) et c’est dans cette dernière catégorie que nous avons découvert des documents uniques.

 

Parmi ces dossiers, la procédure intentée par Claire De Cuisy et Jeanne De Cuisy relativement à la démolition des fortifications de Montréal, en 1803.

 

Procédure ex parte à la requête de Claire De Cuisy et de Jeanne De Cuisy concernant la démolition des fortifications de Montréal. BAnQ Vieux-Montréal (TL19,S4,SS1, no. 49, terme de juin 1803, contenant 1987-05-007 / 5025)

 

Ce dossier contient les transactions relatives à un emplacement dont les dames De Cuisy réclament la possession. On y retrouve  la collation d’une concession du 14 janvier 1648 à Jaime Bourguignon avec contrat d’augmentation du 31 mai 1668 portant la mention suivante : Collationné à son original par Anthoine Adhemar … sur l’exhibition que le Sieur Paul Bouchard m’en a faite… et datée du 5 janvier 1811. Ce document n’est pas dans le greffe du notaire Adhémar et n’est pas mentionné dans la Banque Parchemin (Archiv-Histo); il s’agit donc d’une découverte intéressante*.

 

Mise en contexte

Au mois d’avril 1802, les autorités coloniales avaient mis sur pied une commission pour la démolition des fortifications entourant la ville de Montréal, démolition qui se poursuivit jusqu’en 1812. D’ailleurs les lecteurs peuvent admirer les plans des fortifications présentés dans un texte de blogue sur Instantanés: À bas les fortifications ! de Catherine Lamarche (publié le 24 mai 2017).

 

Ainsi, c’est dans ce contexte que plusieurs propriétaires des lots – ayant été expropriés lors de la construction des fortifications sous Chaussegros de Léry – réclament la reprise de possession de ces mêmes lots.

 

Pour soutenir leurs causes, les propriétaires doivent déposer en preuve tous leurs titres de propriété. Ces documents permettent aux chercheurs de dresser rapidement la chaîne des titres des emplacements en litige, depuis le début de la création de Montréal jusqu’au début du 19e siècle.

 

Nous y avons aussi découvert la vente, en date du 25 juillet 1654, passée devant  le notaire Guillaume Audouart, par Charles de Lauzon, chevalier de Charny à Nicolas Forget sieur Depaty, d’une terre sur l’île de Montréal.*

 

Procédure ex parte à la requête de Claire De Cuisy et de Jeanne De Cuisy concernant la démolition des fortifications de Montréal. BAnQ Vieux-Montréal (TL19,S4,SS1, no. 49, terme de juin 1803 / contenant 1987-05-007 / 5025)

 

* Cette vente de 1654 n’est pas mentionnée dans la Banque Parchemin (Archiv-Histo), il s’agit donc d’une autre découverte intéressante.

 

Procédure ex parte à la requête de La Fabrique (Jean-Baptiste Lefebvre et al, marguilliers) concernant la démolition des fortifications de Montréal [page couverture]. BAnQ Montréal (TL19,S4,SS1, no 75, terme de juin 1803 / contenant 1987-05-007 / 5043)

 

Dans cet autre dossier relatif aux fortifications, nous avons découvert une copie collationnée de la concession originale à Jean Desrochers, datée du 10 janvier 1648.

 

Procédure ex parte à la requête de La Fabrique (Jean-Baptiste Lefebvre et al, marguilliers) concernant la démolition des fortifications de Montréal. BAnQ Montréal (TL19,S4,SS1, no 75, terme de juin 1803 / contenant 1987-05-007 / 5043)

 

Et celle de la concession initiale des seigneurs de l’île de Montréal à Hubert Leroux datée du 2 août 1663 devant le notaire Pierre Cabazié.

 

Procédure ex parte à la requête de La Fabrique (Jean-Baptiste Lefebvre et al, marguilliers) concernant la démolition des fortifications de Montréal. BAnQ Montréal (TL19,S4,SS1, no 75, terme de juin 1803 / contenant 1987-05-007 / 5043)

 

Origine des documents

Les documents déposés aux différents dossiers sont des copies collationnées entre 1802-1812 par les propriétaires des lots, leurs descendants ou leurs représentants légaux qui les auraient retracés dans les « Archives du Séminaire de Montréal » [Sulpiciens de Montréal] ou dans les greffes des notaires.

 

Dans le dossier no 75 déjà mentionné, on découvre cet extrait d’un plan conservé en France, mais celui-ci contient des informations supplémentaires.

 

Procédure ex parte à la requête de La Fabrique (Jean-Baptiste Lefebvre et al, marguilliers) concernant la démolition des fortifications de Montréal. BAnQ Montréal (TL19,S4,SS1, no 75, terme de juin 1803 / contenant 1987-05-007 / 5043)

 

Le fonds Matières civiles supérieures de la Cour du banc du roi / de la reine du district de Montréal (TL19,S4) comprend des index, des plumitifs, des dossiers,  des procès-verbaux d’audiences, des registres des jugements et des documents administratifs. Cette juridiction a été remplacée en 1849-1850 par la juridiction des Matières civiles en général de la Cour supérieure du greffe de Montréal (TP11,S2,SS2).

 

Denyse Beaugrand-Champagne, archiviste – BAnQ Vieux-Montréal

 

En complément :

Texte de blogue À bas les fortifications ! de Catherine Lamarche

Malbrough Asselin s’en-va-t-en guerre!

Le major Olivar Asselin arrive en France au mois de mars 1917. Le journaliste et officier décrit à son fils cadet Pierre l’équipement du soldat britannique lors de son arrivée aux tranchées.

 

 


« Quand on part d’Angleterre pour le front, on se charge comme un mulet de toute sorte de machins qui ne vous serviront de rien. Moi, à mon arrivée, j’avais l’air de ceci.

 

Dessin du soldat équipé. BAnQ Vieux-Montréal (CLG72). Dessinateur : Olivar Asselin.

 

Tout de suite, je me suis mis à jeter du lest. J’ai laissé toute ma coucherie en arrière, aux soins du capitaine d’habillement, qui en est responsable; je n’ai apporté dans les tranchées que deux couvertures de laine. Avec mon trench-coat, c’est assez, car on n’a pas le droit de se déshabiller. Ensuite, au lieu de toutes mes sangles et courroies, j’ai fait poser à mes affaires des petits crochets à ressort, dits mousquetons, et avec cela je les accroche à ma ceinture, comme ceci.

 

Ceinture du soldat. BAnQ Vieux-Montréal (CLG72). Dessinateur : Olivar Asselin.

 

C’est mal dessiné, mais tu peux voir combien je me suis allégé […] Il y a ici trente-trois espèces de boue. La plus commune, dans les tranchées, ressemble à des pommes de terre pilées. À notre retour vers l’arrière, après quatre milles de marche, j’avais les pieds comme ceci.

 

Pieds du soldat. BAnQ Vieux-Montréal (CLG72). Dessinateur : Olivar Asselin.

 

Je termine ma lettre, car je viens d’écrire longuement à Jean, et dans la position où je suis, j’ai les fesses, les reins et le cou très fatigués. Voici en effet comment je suis.»

 

Couchette du soldat. BAnQ Vieux-Montréal (CLG72). Dessinateur : Olivar Asselin.

 

Vous souhaitez consulter cette lettre d’Olivar Asselin dans son intégralité? Rendez-vous sur Wikisource ou, pour découvrir l’ensemble des lettres sélectionnées, rendez-vous sur la page du projet Première Guerre mondiale de BAnQ.

 

Pour en savoir plus sur Olivar Asselin et sur la diffusion de sa correspondance de guerre, consultez l’article phare du projet.

 

Florian Daveau, archiviste – BAnQ Vieux-Montréal

Émilie Dufour-Lauzon, agente de bureau – BAnQ Vieux-Montréal

Elena Fracas, archiviste – BAnQ Vieux-Montréal

Catherine Lamarche, stagiaire de l’Université de Montréal.

 

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