Portail BAnQ Nétiquette
Instantané, le blogue des archivistes.

L’empereur du bois

 

James Maclaren est une figure importante pour le développement économique et social de l’Outaouais, et ce particulièrement pour la région de la vallée de la Basse-Lièvre. À partir de sa fondation en 1865, la compagnie croît jusqu’à détenir un monopole quasi complet sur l’entièreté de la vallée. Elle joue également un rôle essentiel dans l’établissement et dans la croissance de la ville de Buckingham qui est le cœur de « l’empire » des Maclaren dans la région.

 

 

 

James Maclaren : portrait au fusain, [189?]. BAnQ Gatineau (P117, S1, SS1, D1, P2). Artiste non identifié.

 

 

James Mclaren naît le 19 mars 1818 à Glasgow, en Écosse. Il est le fils de David Maclaren et d’Elizabeth Barnett. En 1821, James émigre au Canada avec sa famille. Ils s’installent tout d’abord dans la ville de Richmond. En 1824, la famille s’établit temporairement dans le comté de Torbolton. Elle s’implante définitivement  à Wakefield, lieu de naissance de la James Maclaren Company.

 

 

 

Glissoire de la James Maclaren Company, [189?]. BAnQ Gatineau (P117, S1, SS1, SSS2, D1, P12). Photographe: Rodolphe Léger.

 

 

Transport et entreposage du bois, en billots ou sciés, sur la rivière La Lièvre aux installations de la James Maclaren Company à Buckingham, [vers 1870]. BAnQ Gatineau (P117, S1, SS1, SSS2, D3). Photographe : Rodolphe Léger.

 

 

À l’aide de capitaux empruntés à leur père, les frères James et John Maclaren achètent leur premier moulin à scie situé à Wakefield. Cela marque les débuts de la compagnie. Toutefois, c’est véritablement dans la région de la Basse-Lièvre, dans le village de Buckingham, qu’elle évolue. Avec quelques partenaires, dont Joseph Merril Currier, W. Mcnaughton, Jacques Felix Sincennes et son frère John Maclaren, James investit et rachète les parts d’une autre entreprise appartenant à l’industriel Baxter Bowman. En 1865, James Maclaren fonde la « James Maclaren & Company ». Il rachète alors progressivement les parts de chacun. Il en devient ainsi le seul et l’unique propriétaire.

 

 

Travailleurs de la James Maclaren Company, [189?]. BAnQ Gatineau (P117, S1, SS1, SSS2, D5). Photographe: Rodolphe Léger.

 

 

Si le bois est la principale industrie à laquelle James Maclaren s’intéresse, celui-ci ne s’y limite pas. Il diversifie rapidement ses activités. Il investit notamment de fortes sommes dans la création de la Bank of Ottawa. Dès le début, il en devient le président. Il  garde ce poste jusqu’à sa mort en 1892. De plus, Maclaren investit également dans les secteurs minier et ferroviaire. Il compte alors des actifs au Bas et au Haut-Canada, mais également en Colombie-Britannique et aux États-Unis.

 

Si les discours prononcés lors de son décès présentent James Maclaren comme étant un homme calme et sobre de nature, il se révèle être un homme d’affaires redoutable de son vivant. Il impose sa présence dans les secteurs économique et politique de la région. De plus, il dispose d’une fortune considérable jusqu’à la fin de sa vie. Il ne manque pas de l’utiliser afin d’écarter tout compétiteur pouvant mettre en danger ses intérêts dans la région. James Maclaren succombe finalement à la maladie dans sa maison de « Pinehurst » à Buckingham.

 

 

Résidence de James Maclaren appelée « Pinehurst » et les dépendances, dans le quartier ouest de Buckingham, [189?]. BAnQ Gatineau (P117, S1, SS1, D28, P38). Photographe : Rodolphe Léger.

 

 

Le fonds de la James Maclaren Company demeure l’un des fonds privés les plus riches concernant l’industrie du bois dans la région de l’Outaouais. L’évolution de l’industrie forestière y est documentée avec une grande variété de documents.

 

 

Tristan Dumas, stagiaire

Sous la supervision de Jacinthe Duval, archiviste-coordonnatrice – BAnQ Gatineau

La Gaspésie au temps du choléra

 

 

Apparue en 1826 dans les Indes orientales, la seconde pandémie connue de choléra se propage rapidement sur le continent européen. En 1831, le choléra, qualifié d’asiatique, est aux portes de l’Amérique et du Canada. Afin de sécuriser la population et de réduire l’impact de l’arrivée de cette infection, la législature du Bas-Canada adopte, en septembre 1831, l’Acte pour l’établissement de bureaux sanitaires dans la province.

 

Cette législation amène, entre autres, la création d’un lieu de quarantaine sur la Grosse-Île située en face de Montmagny et l’ouverture d’un bureau de santé pour le district inférieur de Gaspé. Cette loi oblige tous les navires en provenance de l’extérieur, particulièrement des endroits où sévit l’épidémie, à faire halte afin de procéder à une inspection du bâtiment et de ses passagers. Si le vaisseau est jugé non porteur de maladies infectieuses, le capitaine se voit remettre un certificat de santé par le surintendant du bureau sanitaire. Par contre, si on suspecte la présence du choléra, le navire est alors conduit au lieu de quarantaine le plus près.

 

En juin 1832, George Mellis Douglas, médecin d’origine écossaise arrivé au pays depuis quelques années et juge de paix du district de Gaspé depuis 1831, est nommé surintendant médical de la station de quarantaine du district de Gaspé. À l’époque, les ports gaspésiens sont achalandés, particulièrement à cause du commerce international de morue et des vagues d’immigration en provenance de l’Europe.

 

Le bureau de santé pour le district inférieur de Gaspé est situé à New Carlisle et le lieu de quarantaine pour les navires se trouve à Paspébiac. Le bureau est composé d’officiers, d’un surintendant et de plusieurs gardiens de santé publique dispersés sur le littoral sud de la Gaspésie. Contrairement à la station de la Grosse-Île qui est en opération jusqu’en 1937, le bureau sanitaire du district de Gaspé semble avoir une courte existence. Il y a peu d’information concernant ce bureau sanitaire, outre les quelques documents conservés à BAnQ Gaspé. L’examen de ces documents d’archives nous laisse croire que le bureau de santé est en opération au cours de la saison de navigation de 1832, et peut-être aussi en 1833.

 

Dès le mois de juin 1832, la population de la ville de Québec est frappée par une épidémie de choléra qui sème émoi et désespoir. À l’automne, malgré les mesures prises par le gouvernement, le bilan dressé par le bureau de santé est lourd. Québec a perdu plus de 3000 de ses habitants. Aucun chiffre de cette nature n’existe pour la population gaspésienne. On peut cependant croire que la région a également souffert de l’épidémie qui, au Bas-Canada, a fauché plus de 8000 citoyens.

 

En 1836, le docteur George Mellis Douglas est nommé surintendant à la station de quarantaine de la Grosse-Île où il reste en poste jusqu’en 1864. Au cours de sa longue carrière, il fait face à de nombreuses maladies contagieuses présentes à bord des navires, particulièrement au typhus en 1847 et au choléra en 1849 et en 1854.

 

En 1848, il achète l’île au Ruau située à proximité de l’île d’Orléans. Il y fait construire une ferme et un manoir et y exploite les ressources forestières et agricoles en plus d’y faire l’élevage des chevaux, sa grande passion. On mène grand train sur l’île au Ruau, mais les nombreux voyages en Angleterre, le goût du luxe et de la belle vie auront raison du docteur. En 1864, tout s’écroule. Le docteur Douglas, qui vient de perdre sa deuxième épouse (1860), est malade et criblé de dettes. Le 3 juin 1864, suite à un moment d’aliénation selon le coroner Charles-Eugène Panet, le docteur Douglas se suicide.

 

Aujourd’hui, la Grosse-Île est devenue un lieu historique national et le Mémorial des Irlandais est très fréquenté. L’île au Ruau, pour sa part, semble être considérée comme un paradis. En effet, la propriété a été mise en vente en 2017 pour la somme de cinq millions de dollars.

 

 

Acte de nomination (recto) de David Poirier par le bureau sanitaire comme gardien de santé pour le secteur de la Petite Bonaventure et de ses environs, 26 juin 1832. BAnQ Gaspé, Fonds Ministère de la Justice (E17,S300,SS7,D3,P1).

 

 

Acte de nomination (verso) de David Poirier par le bureau sanitaire comme gardien de santé pour le secteur de la Petite Bonaventure et de ses environs, 26 juin 1832. BAnQ Gaspé, Fonds Ministère de la Justice (E17,S300,SS7,D3,P1).

 

 

À titre de gardien de santé, David Poirier doit voir à l’application des règlements sanitaires. Il a la responsabilité, entre autres, d’intercepter tout navire se présentant dans le havre de la Petite Bonaventure et de vérifier si le commandant a en sa possession le certificat de santé émis par le docteur Douglas. En l’absence de ce document, il ordonne au navire de se présenter au lieu de quarantaine situé à Paspébiac. En cas de refus de la part du capitaine, le gardien de santé avise le bureau sanitaire de New Carlisle. Il doit également produire un rapport détaillant chacune de ses interventions auprès des vaisseaux qu’il intercepte. Ce rapport précise le nom du navire, le nom de son commandant, le lieu de départ, les haltes faites en cours de route ainsi qu’une description de la cargaison du navire. Le gardien de santé voit aussi à ce qu’aucun résidu de poisson ne soit laissé sur les rivages ou étendu dans les champs en guise d’engrais afin d’empêcher les miasmes et les maladies contagieuses de se propager.

 

 

Rapport d’inspection de la station de quarantaine de Paspébiac rédigé par le Dr George Mellis Douglas pour la période du 1er au 3 septembre 1832. BAnQ Gaspé, Fonds Ministère de la Justice (E17,S300,SS7,D4,P7).

 

 

On remarque, en date du 3 septembre 1832, la note du docteur Douglas selon laquelle le capitaine Garret du schooner Jane en provenance de la ville de Québec a souffert de vomissements, de crampes ainsi que d’autres symptômes du choléra asiatique.

 

 

Ligne du temps : Début d’une importante épidémie de choléra au Bas-Canada : http://numerique.banq.qc.ca/ligne-du-temps?eventid=83

 

 

André Ruest, technicien en documentation – BAnQ Gaspé

 

 

Georges-Henri Lévesque, le « père fondateur » de l’École des sciences sociales, politiques et économiques de l’Université Laval

 

Le 28 février 1938, en présence de l’élite laïque et ecclésiastique de la ville de Québec, le père Georges-Henri Lévesque prononce une conférence intitulée À la recherche du paradis perdu [1]. Cette allocution s’inscrit dans le cadre d’une soirée organisée en l’honneur du cardinal chancelier de l’Université Laval, Mgr Jean-Marie-Rodrigue Villeneuve. Une chorale féminine, sous la direction de Maurice Blackburn, interprète les chants du programme musical de cette « conférence-concert » présentée au Palais Montcalm.

Programme, 28 février 1938. BAnQ Vieux-Montréal (P957,S3.D9).

 

Programme, 28 février 1938. BAnQ Vieux-Montréal (P957,S3.D9).

 

 

Le directeur et les membres de la chorale féminine. À la droite de Maurice Blackburn, sa future femme, Marthe Morisset, [février 1938]. BAnQ Vieux-Montréal (P957,S3,D7). Photographe non identifié.

 

 

 

À la fin de la soirée, le cardinal chancelier de l’Université Laval, appelé à remercier le conférencier, annonce en grande primeur la création d’une École des sciences sociales, politiques et économiques à l’Université Laval dont le père Georges-Henri Lévesque, instigateur de ce projet, sera le directeur. Mgr Jean-Marie-Rodrigue Villeneuve, évoquant le thème de la conférence du père Lévesque, conclut son discours en soulignant qu’il y a « lieu d’espérer que, si nous ne retrouvons pas le paradis perdu, nous serons quand même dans le chemin pour y arriver » [2].

 

 

 

Le cardinal Jean-Marie-Rodrigue Villeneuve, [juillet 1938]. BAnQ Vieux-Montréal (P833,S1,D1815). Photographe non identifié.

 

 

 

L’École des sciences sociales, politiques et économiques de l’Université Laval ouvre ses portes le 3 octobre 1938. Le père Georges-Henri Lévesque déclare, dans son allocution d’ouverture de la nouvelle institution d’enseignement supérieur, « Après le jour de mon ordination, ce premier jour de l’École est le plus beau de ma vie… » [3].

 

 

Premiers étudiants de l’École des sciences sociales, politiques et économiques de l’Université Laval (première rangée au centre, en blanc, le père Georges-Henri Lévesque), 3 octobre 1938. BAnQ Vieux-Montréal (P283). Photographe : Turcotte & Gousse enr’g.

 

 

 

L’École des sciences sociales, politiques et économiques de l’Université Laval, devenue la Faculté des sciences sociales de l’Université Laval en 1943, va assurer la formation de plusieurs acteurs de la Révolution tranquille. Homme aux idées libérales, de la trempe des pionniers et des bâtisseurs, Georges-Henri Lévesque est d’ailleurs considéré comme un des pères de la Révolution tranquille.

 

 

Marthe Léger, archiviste – BAnQ Vieux-Montréal

 

 

Références :

 

[1] Le père Georges-Henri Lévesque, alors professeur de théologie et de sociologie au Collège dominicain d’Ottawa, a déjà prononcé cette conférence à Ottawa le 9 avril 1934.

 

[2] FAUCHER, Albert. Cinquante ans de sciences sociales à l’Université Laval.  L’histoire de la Faculté des sciences sociales (1938-1988). Sainte-Foy, Faculté des sciences sociales de l’Université Laval, 1988, p. 18.

 

[3] FAUCHER, Albert. Cinquante ans de sciences sociales à l’Université Laval.  L’histoire de la Faculté des sciences sociales (1938-1988). Sainte-Foy, Faculté des sciences sociales de l’Université Laval, 1988, p. 20.

 

 

En complément :

 

http://www.expo-virtuelle.fss.ulaval.ca/dalbert-georges-henri-levesque

 

La majeure partie des archives de Georges-Henri Lévesque sont conservées à Québec, au Service des archives de l’Université Laval, sous la cote P151.

 

Fonds Georges-Henri Lévesque (CLG8), BAnQ Vieux-Montréal.

 

http://blogues.banq.qc.ca/instantanes/2018/12/19/les-fiancailles-a-noel-le-prelude-au-mariage-du-printemps/

Visages de la Palestine – 1923

 

 

« Dans une rue de Ramallah », [1923?]. BAnQ Rimouski (P81). Photographe non identifié.

 

 

 

« Moslem Women », [1923?]. BAnQ Rimouski (P81). Photographe non identifié.

 

 

 

« Je suis heureux de vous apprendre que j’ai atteint la Jérusalem terrestre, en espérant la céleste, et que le projet que j’avais formé depuis la première année de mon sacerdoce est enfin accompli. »

 

Cette lettre de Lionel Roy à l’évêque de Rimouski Joseph-Romuald Léonard[1], datée du 1er novembre 1922, témoigne de la quête à la fois spirituelle et matérielle qui est à l’origine d’un pèlerinage en Terre sainte que le prêtre espère réaliser depuis près de vingt ans.

 

Originaire de Saint-Michel-de-Bellechasse, Lionel Roy (1886-1970) étudie au Séminaire de Rimouski (1899-1906) et au Grand Séminaire de Québec (1906-1909) avant d’être ordonné en 1909. Licencié en philosophie et docteur en théologie, cet intellectuel rimouskois mène une longue carrière d’enseignant (philosophie, théologie, Écriture sainte) et de directeur aux Petit et Grand Séminaires de Rimouski. Elle est interrompue par cette année marquante – 1922-1923 – au cours de laquelle le prêtre étudie à l’École biblique de Jérusalem, établie au couvent des Dominicains.

 

Sur place, il noue des amitiés solides avec d’autres religieux qui, comme lui, se passionnent pour l’histoire et l’archéologie biblique et chrétienne. Avec eux, il entreprend de visiter la Palestine, le Sinaï, et une partie du Liban et de la Syrie, immortalisant des scènes de la vie quotidienne, des lieux significatifs et des vestiges archéologiques grâce à la technologie stéréoscopique sur plaque de verre.

 

 

« Après le dîner pris entre les deux Bethorons », 1923. Lionel Roy apparaît au second plan, montant un âne et vêtu d’un costume d’explorateur. BAnQ Rimouski, (P81). Photographe non identifié.

 

 

 

 

 

« Amuras (Emmaüs – Nicopolis) Abside d’une des plus anciennes églises de la Palestine. Origène (+202) en parle », 1923. Sur l’image, on voit Lionel Roy photographier une pierre de l’église. BAnQ Rimouski (P81). Photographe non identifié.

 

 

 

 

« Taanak, ruines du Palais », [1923?]. BAnQ Rimouski (P81). Photographe non identifié.

 

 

 

Ces plaques, qui présentent toujours deux images avec un cadrage légèrement différent, peuvent ensuite être observées à l’aide d’une lunette binoculaire recréant une image tridimensionnelle.

 

Au cours de son séjour, Lionel Roy a « l’ineffable bonheur de contempler les lieux consacrés par la naissance, la vie et la mort de notre divin Sauveur[2] ». Dans les années suivantes, certains de ses amis lui envoient à leur tour des diapositives de leur périple commun en Palestine[3], enrichissant, par le fait même, sa collection exceptionnelle. « C’était le temps heureux », écrit-il le 11 octobre 1938 à son ancien compagnon de voyage Mgr John Mackintosh Tilney Barton (1898-1977).

 

« Lazarus Tomb », [1923?]. BAnQ Rimouski (P81). Photographe non identifié.

 

Deux ans après son retour, Lionel Roy publie un article intitulé « Jérusalem de nos jours » dans La semaine religieuse[4] de Québec, reproduit dans Le Soleil[5]. Dans ce court texte, Roy livre ses impressions sur la ville sainte : « Il nous fut intéressant de noter […] les murs crénelés qui encerclent la ville ancienne et la citadelle, connue sous le nom de Tour de David. L’aspect de la rue avec son mélange de races, de costumes, d’affiches et d’enseignes françaises, anglaises, hébraïques et arabes nous indique tout de suite le caractère cosmopolite de la Jérusalem d’aujourd’hui ».

 

 

 

« Jérusalem. Café arabe en face de la porte de Damas », 1923. BAnQ Rimouski (P81). Photographe non identifié.

 

 

 

Ces voyages d’études en Palestine ont permis au prêtre de découvrir une réalité très différente de celle qu’il avait connue jusque-là. La riche collection d’images stéréoscopiques ou de diapositives sur plaques de verre qu’il a rapportée à Rimouski et qui est conservée à BAnQ Rimouski (P81) atteste, aujourd’hui encore, de la fascination avec laquelle cet homme d’Église a rencontré, dans les années 20, cette autre culture.

 

 

« Femmes de Nazareth revenant de la Fontaine de la Vierge leurs cruches pleines d’eau », 1923. BAnQ Rimouski (P81). Photographe non identifié.

 

 

 

 

Marie-Ange Croft, technicienne en documentation – BAnQ Rimouski

 

[1] Lettre conservée aux Archives de l’Archidiocèse de Rimouski, cote 421-282 922-1.

[2] « Jérusalem de nos jours », Le Soleil, 8 avril 1925, p. 4.

[3] Lettres de Jules Creton à Lionel Roy, 17 janvier 1925. BAnQ Rimouski (P81 – Fonds Mgr Lionel Roy, contenant 2017-02-002/173).

[4] La semaine religieuse, 2 avril 1925, p. 482-485.

[5] Le Soleil, 8 avril 1925, p. 4.

L’accident de Mary Travers dite « La Bolduc »

 

La Bolduc fait partie de la légende. Première chanteuse populaire québécoise à vivre de son art, ses chansons ont marqué le Québec.

 

En 1937, la chanteuse et son associé, l’artiste Willie Plante, alias Henri Rollin, engagent une troupe de comédiens et entament une grande tournée dans le Bas-Saint-Laurent, en Gaspésie et au Saguenay.

 

 

 

Horaire de la tournée prévue à l’été 1937. BAnQ Vieux-Montréal (TP11,S2,SS2,SSS2, dossier 162348 – 1937).

 

 

 

Le 25 juin 1937, alors que la troupe se dirige vers Cap-Chat, la voiture les transportant, conduite par Henri Rollin, croise un véhicule de la Canadian National Carbon Company Limited. C’est J. Louis Bilodeau, employé de la compagnie, qui est au volant. L’homme conduit à grande vitesse. Croyant la collision imminente, Rollin panique et donne un brusque coup de volant. Il perd le contrôle. Les deux voitures se heurtent de plein fouet. Mary et ses collègues sont grièvement blessés.

 

 

 

 

Croquis de l’accident, 1937. BAnQ Vieux-Montréal (TP11,S2,SS2,SSS2, dossier 162348 – 1937).

 

 

 

 

 

 

Manuel d’instruction de la Dodge Brothers Six, p. 10-11, 1930. BAnQ Vieux-Montréal (TP11,S2,SS2,SSS2, dossier 162348 – 1937).

 

 

 

On transporte la chanteuse à l’hôpital Saint-Joseph de Rimouski. Les médecins constatent plusieurs blessures importantes. Ils découvrent notamment une double fracture à la jambe droite, une fracture du bassin, plusieurs fractures aux vertèbres, une fracture de l’épine dorsale et du nez, un décollement musculaire, des lésions sur tout le corps, ainsi que des dommages au cerveau qui entraîneront une aphasie et des pertes de mémoire.

 

 

 

 

Facture des frais médicaux de Mme Édouard Bolduc pour la période du 25 juin au 5 juillet 1937. BAnQ Vieux Montréal (TP11, S2, SS2, SSS2, dossier 173627 – 1938).

 

 

 

Mary se remet difficilement de ses blessures. À l’automne 1937, la chanteuse et son époux, Édouard Bolduc, intentent des poursuites judiciaires contre J. Louis Bilodeau, la Canadian National Carbon et Henri Rollin. Après quelques mois, Édouard se retire de la poursuite contre J. Louis Bilodeau et la Canadian National Carbon. Seul Henri Rollin est condamné à payer 1240 $ au couple. L’homme porte la cause en appel. De son côté, Mary refuse d’abandonner. Elle obtient une permission spéciale de la cour pour agir en son propre nom. Elle poursuit alors ses démarches afin d’obtenir un dédommagement de la part des trois défendeurs. Henri Rollin porte les causes en appel en juin 1939. Édouard demande une indemnité de 6 483,50 $ à Henri Rollin. Mary exige de J. Louis Bilodeau, de la Canadian National Carbon et d’Henri Rollin une compensation de 9 966 $ (l’équivalent de plus de  170 000 $ aujourd’hui) pour les frais médicaux et les factures. Les deux causes sont réunies par le juge. Celui-ci tranche en faveur du couple Bolduc. Les accusations contre la Canadian National Carbon et son employé sont abandonnées en raison du manque de preuves. Néanmoins, Henri Rollin est condamné à payer 1240 $ à Édouard Bolduc et 240 $ à sa célèbre épouse.

 

 

 

Déposition d’Henri Rollin, 1937. BAnQ Vieux-Montréal (TP11,S2,SS2,SSS2, dossier 162348 – 1937).

 

 

 

Déposition de J. L. Bilodeau, 1937. BAnQ Vieux-Montréal, (TP11,S2,SS2,SSS2, dossier 162348 – 1937).

 

 

 

 

Déposition de Mary Travers dite La Bolduc, 1937. BAnQ Vieux-Montréal (TP11,S2,SS2,SSS2, dossier 162348 – 1937).

 

 

 

 

L’aventure laisse la chanteuse amère. Elle lui inspire la chanson  « Les souffrances de mon accident ».

 

 

https://www.youtube.com/watch?v=VuI5P0gdbQU

 

Mary n’est malheureusement pas au bout de ses peines. Lors des nombreux examens médicaux qu’elle subit, les médecins découvrent qu’elle est atteinte d’un cancer. Elle décède le 20 février 1941.

 

 

 

Dominique Bergeron, agente de bureau – BAnQ Vieux-Montréal

 

 

Des surprises dans la réserve!

 

 

Lors d’un mercredi après-midi de novembre, une visite d’un groupe d’étudiants en histoire au cégep de Sainte-Foy nous amène dans la réserve des livres rares de BAnQ Québec.

 

C’est à ce moment qu’une étudiante du groupe m’interpelle : « Madame, est-ce que c’est un livre qui se trouve dans la belle boîte blanche? »

 

 

Coffret du beau livre blanc. Photo : Nathalie Vaillancourt.

 

 

Il s’agit probablement d’un livre, mais lequel? Je m’occupe des visites guidées de BAnQ Québec depuis environ cinq ans. Malgré tout, je ne connais pas l’ensemble des ouvrages contenus dans le dépôt d’archives.

 

Le coffret se trouve au fond de la rangée, dans la partie inférieure de l’étagère. Il n’est ni très grand ni très gros. En cuir blanc, il n’affiche aucune inscription, seulement un sceau en or sur le dessus. En ouvrant la boîte, nous découvrons deux petits coffrets. Je n’ose pas les ouvrir dans cet espace un peu restreint. Les étudiants devront repartir bientôt et nous n’avons pas encore terminé la visite. Néanmoins, je prends le temps de photographier la cote pour m’y référer plus tard. Cela me permettra de leur montrer comment effectuer une recherche dans le catalogue de BAnQ.

 

Nous poursuivons la visite. Nous terminons par la salle de consultation. Avant de partir, l’étudiante me rappelle le livre. J’allais l’oublier!

 

Je consulte alors le catalogue en ligne. J’effectue une recherche avancée par la cote. Nous découvrons alors qu’il s’agit d’un ouvrage de 1697, soit Nouvelle découverte d’un très grand pays situé dans l’Amérique, entre le Nouveau-Mexique, et la Mer Glaciale : avec les cartes, et les figures nécessaires, et de plus l’histoire naturelle et morale et les avantages qu’on en peut tirer par l’établissement des colonies par le R. P. Louis Hennepin.

 

Par contre, ce que le catalogue ne dit pas, c’est l’histoire derrière l’acquisition de cet ouvrage. Comme celle de plusieurs autres livres de notre collection, elle est fort intéressante.

 

De nombreux livres anciens conservés à BAnQ Québec ont été achetés. Toutefois, certains ont été donnés par différentes personnes, dont des personnalités publiques et politiques québécoises.

 

C’est le cas de l’ouvrage qui nous intéresse. Il a été offert au premier ministre René Lévesque par le roi et la reine des Belges, Baudouin et Fabiola, lors de leur visite officielle au Canada en septembre 1977.1

 

Deux éditions du livre de Louis Hennepin, l’une en flamand et l’autre en français, se trouvent dans le coffret avec des notes explicatives sur le livre et son auteur.

 

 

Intérieur du coffret de Nouvelle découverte d’un très grand pays situé dans l’Amérique (…), 1697. BAnQ Québec (F 352 H515 1697). Photo : Nathalie Vaillancourt.

 

 

À l’époque du gouvernement de René Lévesque, les ministres étaient encouragés à faire don des cadeaux qu’ils recevaient dans le cadre de leurs fonctions aux différentes institutions culturelles du Québec. C’est ainsi qu’en mars 1979, M. Lévesque a fait don de ce coffret aux Archives nationales.

 

Grâce aux dons de René Lévesque, la réserve de livres rares de BAnQ Québec s’est enrichie de plusieurs ouvrages exceptionnels, dont voici une sélection :

 

L’île d’Orléans par Pierre-Georges Roy, pour la Commission des monuments historiques de Québec. Québec, Librairie Garneau : Éditeur officiel du Québec, 1976 (édition originale 1928).

 

Relié par l’artiste Jacques Blanchet en 1978, ce magnifique exemplaire a été donné au premier ministre par l’organisation du 7e Salon international du livre de Québec, dont M. Lévesque était le président honoraire. En mai 1978, René Lévesque a remis aux Archives nationales cet ouvrage rédigé par Pierre-Georges Roy qui avait été le premier conservateur des Archives nationales du Québec de 1920 à 1943.

 

 

Livre d’artiste fait par Jacques Blanchet à partir du livre L’île d’Orléans de Pierre-Georges Roy, 1978. BAnQ Québec (F 5623.6 i27 R888 1976). Photo : Nathalie Vaillancourt.

 

 

Dédicace à René Lévesque dans L’île d’Orléans de Pierre-Georges Roy, 1978. BAnQ Québec (F 5623.6 i27 R888 1976). Photo : Nathalie Vaillancourt.

 

  

 

Prudent Beaudry, par Michel Doyon (dir.). Québec, Ministère des Affaires intergouvernementales, 1978.

 

 

Livre Prudent Beaudry, 1978. BAnQ Québec (F 869 L853 B373). Photo: Nathalie Vaillancourt.

 

 

 

Pages intérieures du livre Prudent Beaudry, 1978. BAnQ Québec (F 869 L853 B373). Photo: Nathalie Vaillancourt.

 

  

Cet ouvrage existe seulement en quatre exemplaires. BAnQ en possède deux. Le troisième exemplaire appartient à la Fondation Beaudry qui est vouée à la défense des intérêts des francophones en Californie. Le dernier exemplaire a été offert en octobre 1978 par René Lévesque à John Ferraro, alors président du conseil municipal de Los Angeles, lors d’une visite officielle dans cette ville.2 Ce don n’est pas surprenant puisque Prudent Beaudry, d’origine québécoise, a été maire de cette ville américaine de 1874 à 1876. Dans le cadre de cette visite, la ville de Los Angeles a même organisé une exposition sur son œuvre. Une rue du centre-ville ainsi qu’un édifice ont été nommés en son honneur.

 

Malgré les recherches, plusieurs donations restent énigmatiques. Par exemple, nous ne possédons aucune trace de l’historique d’acquisition du livre Histoire généalogique de la maison de Montmorency et de Laval rédigé en 1624 par André Du Chesne Tourangeau, géographe du roy.

 

Toutefois, ce document demeure une petite mine d’or pour notre collection puisqu’il serait un des très rares exemplaires complets de la généalogie de cette famille.3

 

 

Livre Histoire généalogique de la maison de Montmorency et de Laval, 1624. BAnQ Québec (CS 599 M8432 D829 1624). Photo: Nathalie Vaillancourt.

 

 

 

Pages intérieures du livre Histoire généalogique de la maison de Montmorency et de Laval, 1624. BAnQ Québec (CS 599 M8432 D829 1624). Photo : Nathalie Vaillancourt.

 

 

 

 

Notes :

 

  1. Quelques journaux couvrant la visite officielle au Canada du roi Baudouin et de la reine Fabiola :

 

– Le roi et la reine signant le registre à l’aéroport d’Ottawa. Le Devoir, mardi 20 septembre 1977, p. 3. http://collections.banq.qc.ca/ark:/52327/2775764

 

– Le roi Baudouin et la reine Fabiola des Belges, accompagnés du premier ministre Lévesque. La Presse, 23 septembre 197, cahier A. http://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/2610759

 

– La reine Fabiola acceptant un bouquet de fleurs d’une enfant. Le Devoir, 23 septembre 1977, page 3. http://collections.banq.qc.ca/ark:/52327/2775767

 

  1. Journaux couvrant la visite de René Lévesque à Los Angeles et la remise du livre sur Prudent Beaudry :

 

Le Soleil, mardi 3 octobre 1978, cahier B, première page. http://collections.banq.qc.ca/ark:/52327/2917215

 

La Presse, lundi 2 octobre 1978, cahier B11. http://collections.banq.qc.ca/ark:/52327/2408480

 

Le Devoir, mardi 3 octobre 1978, page 3. http://collections.banq.qc.ca/ark:/52327/2776089

 

  1. Cette information nous provient d’un descendant de la famille venu de France pour effectuer des recherches dans nos archives.

 

 

Nathalie Vaillancourt, archiviste – BAnQ Québec avec la collaboration d’Annie Labrecque, technicienne en documentation – BAnQ Québec

 

 

 

Documenter la lutte pour une justice sociale : le fonds Roger Poirier

 

 

L’année 2019 marque le 50e anniversaire des premières grandes expropriations qui ont changé à jamais le visage du centre-ville de Hull, aujourd’hui Gatineau. À cette époque, des édifices gouvernementaux ont remplacé les anciennes maisons et modifié le visage de ces quartiers résidentiels.

À de nombreuses reprises au cours du 20e siècle, différents intervenants proposent de transformer Hull en district fédéral. On souhaite, par le fait même, redorer l’image de la cité et la revitaliser. Aux yeux de certains, les quartiers ouvriers hullois font piètre figure par rapport à la riche ville d’Ottawa, située juste de l’autre côté de la rivière.

 

 

 

Des enfants jouent dans une des ruelles d’un quartier ouvrier de Hull, [1969-1975]. BAnQ Gatineau, fonds Roger Poirier (P134,S6,SS3,D8). Photographe : Assemblée générale de l’Île de Hull.

 

 

 

Une fillette dans un des quartiers ouvriers de Hull, [1969-1975]. BAnQ Gatineau, fonds Roger Poirier (P134,S6,SS3,D3). Photographe : Roger Poirier.

 

 

 

En 1969, principalement pour des raisons politiques et économiques, le gouvernement fédéral de Pierre Elliott Trudeau décide d’aménager des bureaux sur la rive québécoise de la rivière des Outaouais.

 

 

 

Maisons du Vieux-Hull avec en arrière-plan, la construction d’édifices fédéraux [1969-1975]. BAnQ Gatineau, fonds Logemen’Occupe (P189,S20). Photographe non identifié.

 

 

Pour faire place à ces nouveaux édifices fédéraux ainsi qu’aux autoroutes et aux stationnements, plus de 1 600 logis et commerces sont rasés. Les familles ouvrières quittent alors massivement la ville à la recherche de logements plus abordables.

 

 

 

Scène de démolition à Hull, [1969-1975]. BAnQ Gatineau, fonds Roger Poirier (P134,S6,SS5,D1). Photographe : Roger Poirier.

 

 

En échange, la ville obtient des tours de bureaux où travaillent environ 30 000 fonctionnaires fédéraux et provinciaux. Toutefois, ces changements ne sont pas vus d’un bon œil par tous. Pour le Père Roger Poirier o.m.i., il est évident que ce sont les familles pauvres de Hull qui paient le prix de toutes ces transformations.

 

 

 

Père Roger Poirier o.m.i. lors d’une assemblée citoyenne, [197?]. BAnQ Gatineau, fonds Roger Poirier (P134,S6,SS2,D2A). Photographe : Joseph Poirier.

 

 

 

Militant pour la défense des plus démunis, il devient organisateur communautaire et directeur général du Regroupement des comités de citoyens de Hull. Cette association revendique le droit pour tous les habitants de la ville d’avoir accès à un logement abordable et à des conditions de vie acceptables. Les expropriations exacerbent les frustrations et le peuple descend régulièrement dans les rues pour manifester.

 

 

 

Une des nombreuses manifestations contre les expropriations, [1969-1975]. BAnQ Gatineau, fonds Roger Poirier (P134,S6,SS2,D1). Photographe : Roger Poirier.

 

 

 

Le mouvement Logement-va-pu donnera naissance à l’organisme Logemen’occupe qui milite encore aujourd’hui pour la construction de logements abordables à Gatineau, [1969-1975]. BAnQ Gatineau, fonds Roger Poirier (P134,S6,SS2,D2). Photographe : Roger Poirier.

 

 

 

Le Père Roger Poirier o.m.i. admire ses concitoyens qui se battent pour leurs droits. Il documente minutieusement la vie avant et après les expropriations. C’est d’ailleurs dans le but de rendre hommage à ces ouvriers et à ces ouvrières communautaires qu’il publie le livre « Qui a volé la rue Principale? ». Il y raconte la lutte des Hullois pour une plus grande justice sociale.

Jacinthe Duval, archiviste-coordonnatrice – BAnQ Gatineau

 

Pour en savoir plus :

ANDREW, Caroline et al. L’Urbanisation : une affaire. Ottawa, Éditions de l’Université d’Ottawa, 1981, 248 pages.

Fonds Ministère des Transports. Dossiers d’expropriation. BAnQ Gatineau (E23,S10).

POIRIER, Roger. Qui a volé la rue Principale? Montréal, Éditions Départ, 1986, 331 pages.

Les fiançailles à Noël, le prélude au mariage du printemps

 

 

En 1942, Maurice Blackburn obtient un poste de compositeur de musique de film à l’Office national du film du Canada à Ottawa. Cet emploi lui donne « tout lieu d’espérer que d’ici quelques mois » il sera « en mesure de gagner suffisamment pour fonder un foyer ». Cette stabilité financière lui permet, en effet, de demander la main de celle qu’il aime depuis longtemps « du plus profond de [son] être » et qu’il désire épouser, Marthe Morisset.

 

 

 

Le « National Symphony Orchestra » de Washington, D. C., au Théâtre Capitol – Québec, programme de la première invitation à un concert de Maurice Blackburn à Marthe Morisset, 6 décembre 1935. BAnQ Vieux-Montréal (P957,S3,D9).

 

 

Le 14 octobre 1942, il écrit au père de Marthe, le docteur Alfred Morisset, et lui avoue qu’il serait « le plus heureux des hommes » s’il lui permettait « de fiancer Marthe à Noël » avant de le « remercie[r] à l’avance de cette grande part de bonheur ».

 

 

 

 

Lettre de Maurice Blackburn à Alfred Morisset, p. 1, 14 octobre 1942. BAnQ Vieux-Montréal (P957,S1,SS1,D3).

 

 

 

 

Lettre de Maurice Blackburn à Alfred Morisset, p. 2, 14 octobre 1942. BAnQ Vieux-Montréal (P957,S1,SS1,D3).

 

 

Transcription :

Ottawa, mercredi le 14 octobre, 1942

Dr Alfred Morisset

Greffier du Conseil Exécutif,

Hôtel du Gouvernement,

Québec,

 

Cher monsieur Morisset,

 Vous m’avez toujours si bien accueilli par le passé lorsque j’avais besoin de votre expérience et de vos précieux conseils, qu’aujourd’hui, je viens avec la plus entière confiance soumettre à votre approbation le projet qui réalise, pour moi, le bonheur.

 Depuis bientôt six ans que je connais Marthe, je me suis servi de tous mes efforts, de toutes mes énergies et de tout l’enthousiasme que j’ai de devenir quelqu’un, justement dans l’idée de faire cela pour elle et pour qu’elle devienne un jour ma femme. Je l’aime du plus profond de mon être et mon plus grand désir est de la rendre heureuse.

 Jusqu’ici, les moyens matériels m’empêchaient de vous en parler ouvertement, mais comme j’ai tout lieu d’espérer que d’ici quelques mois, je serai en mesure de gagner suffisamment pour fonder un foyer, je serais le plus heureux des hommes si vous me permettiez de fiancer Marthe à Noël.

 Ce serait la première récompense que je crois avoir bien méritée, pour les sacrifices que j’ai dû m’imposer pour ne pas faillir à mon idéal. Grâce à Marthe, j’ai déjà surmonté bien des obstacles mais je suis sûr que si l’amour profond et l’entière confiance que nous avons l’un pour l’autre étaient réunis, il n’y aurait rien qui pourrait nous résister, et les difficultés de la vie seraient vaincues sans efforts.

 Je vous remercie à l’avance de cette grande part de bonheur dont, j’ose espérer, cher monsieur Morisset, vous allez me nommer bénéficiaire !

 

Maurice Blackburn

 

Dans sa réponse, le docteur Morisset, ayant déjà donné son approbation à Marthe qui a « fait le choix de celui qui devait unir sa destinée à la sienne », consent volontiers à ces fiançailles qui, il le souhaite, « seront le prélude de la vie que vous rêvez à deux, vie de joie, vie d’amour ».

 

 

Lettre [brouillon] d’Alfred Morisset à Maurice Blackburn, p. 1, [15 octobre 1942]. BAnQ Vieux-Montréal (P957,S1,SS1,D3).

 

 

 

Lettre [brouillon] d’Alfred Morisset à Maurice Blackburn, p. 2, [15 octobre 1942]. BAnQ Vieux-Montréal (P957,S1,SS1,D3).

 

 

Transcription :

Mon cher M.

 La lettre que tu m’as envoyée hier ne m’a pas pris par surprise ; Marthe avait commencé à préparer les voies et je l’avais déjà approuvée puisqu’elle même avait fait le choix de celui qui devait unir sa destinée à la sienne et faire son bonheur. Je n’ai aucun doute que vous êtes faits l’un pour l’autre, que vous avez le même idéal, la même bonne volonté de réussir dans la vie en combinant vos efforts. Vous aurez peut-être à devenir un peu plus « pratiques », mais c’est une chose qu’on apprend vite quand on est aux prises avec toutes les difficultés qu’on rencontre sur le chemin de la vie. L’important pour être heureux, c’est de se bien comprendre, de bien s’entraider et d’avoir foi en l’avenir, ayant toujours en vue que la Providence nous dirige et nous protège. – Je consens donc volontiers à vos fiançailles à Noël; ce sera elles seront le prélude de la vie que vous rêvez à deux, vie de joie, vie d’amour que je vous souhaite et que vous méritez.

Bien à toi.

  1. Dr. A. M.

Le mariage de Maurice Blackburn et de Marthe Morisset est célébré au printemps 1943.

 

 

Photo de mariage de Marthe Morisset et Maurice Blackburn, 22 mai 1943. BAnQ Vieux-Montréal (P957,S1,SS1,D7). Photographe : Michel.

 

 

 

 

Photo de mariage de Marthe Morisset, 22 mai 1943. BAnQ Vieux-Montréal (P957,S1,SS1,D7). Photographe : Michel.

 

 

 

« La mariée portait une robe de crêpe mat blanc aux lignes très simples, à longue jupe formant traîne. Son voile de tulle illusion était maintenu par une torsade de crêpe, comme sa robe. Elle portait un livre d’heures décoré de rubans et de muguets. Son seul bijou consistait en un collier de perles : cadeau du marié. ». Extrait de l’annonce publiée dans Le Soleil (Québec), 26 mai 1943, p. 6.

Après le voyage de noces à l’Hôtel La Sapinière de Val-David, le couple s’installe à Ottawa.

 

 

 

Télégramme de félicitations de la part de collègues de travail de l’Office national du film (ONF) : [Vincent] Paquette, [?] Hunter, [Jean] Palardy, [Paul] Lamoureux, [Norman? ou Jean-Yves?] Bigras, 22 mai 1943. BAnQ Vieux-Montréal (P957,S3,D8).

 

 

Annonce du mariage publiée dans Le Soleil (Québec), 26 mai 1943, p. 6. BAnQ Vieux-Montréal (P957,S3,D8).

 

 

 

BAnQ Vieux-Montréal conserve le fonds Famille Blackburn Rochon (P957) qui comprend les archives du compositeur de musique Maurice Blackburn, de la scénariste Marthe Morisset Blackburn et de leur fille, l’auteure de romans de science-fiction Esther Rochon.

Marthe Léger, archiviste – BAnQ Vieux-Montréal

 

 

Histoires croustillantes et anecdotes étonnantes : les dessous de la gravure commerciale

 

Le 29 novembre dernier, à La Petite Boîte Noire de Sherbrooke, s’est tenue l’inauguration de l’exposition virtuelle intitulée Histoires croustillantes et anecdotes étonnantes : les dessous de la gravure commerciale mettant en lumière la beauté et l’histoire du patrimoine bâti des Cantons-de-l’Est.

 

Le projet a été réalisé par des étudiants de la maîtrise en histoire de l’Université de Sherbrooke, grâce à la collaboration du Centre de ressources pour l’étude des Cantons-de-l’Est (CRCE) et de Bibliothèque et Archives nationales du Québec – BAnQ Sherbrooke.

 

L’origine du projet

Au départ, c’était le rêve d’une spectaculaire mise en valeur : recréer les grandes artères urbaines de Sherbrooke en affichant, les unes à la suite des autres, des gravures représentant des édifices commerciaux et institutionnels, pour donner la sensation de se promener dans les rues Wellington et King d’antan.

 

Dès lors, les grands moyens sont pris pour réaliser ce rêve. À l’occasion de la Journée internationale des archives, le 9 juin 2018, la population estrienne est alors invitée à une session de recherche intensive à BAnQ Sherbrooke. L’objectif est de constituer une banque de gravures d’édifices. Les participants dépouillent donc les fonds d’archives en quête de gravures pour ensuite localiser les édifices sur une carte.

 

 

 

Session de recherche dans les archives pour retrouver des gravures d’édifices, 9 juin 2018. Photographe : Lëa-Kim Châteauneuf.

 

 

 

Localisation des gravures d’édifices sur une carte du centre-ville de Sherbrooke, 9 juin 2018. Photographe : Lëa-Kim Châteauneuf.

 

 

 

Les gravures sont dénichées principalement dans la papeterie commerciale (lettres, factures, reçus) issue du fonds Chambre de commerce de Sherbrooke (P1), du fonds Famille Bowen (P4), de la collection Freeman Clowery (P14), de bottins d’adresses et d’albums de finissants. En effet, la gravure commerciale est une technique qui a grandement été utilisée à partir du XIXe siècle en publicité afin de promouvoir les produits de consommation et le savoir-faire des commerçants des Cantons-de-l’Est.

 

Malgré la fonction utilitaire de l’illustration, le regard est immédiatement attiré par la pureté et la finesse des lignes qui la composent : la gravure est belle à voir !

 

 

 

Papier à en-tête du Sherbrooke House – extrait, 6 juin 1895. BAnQ Sherbrooke, collection Freeman Clowery (P14).

 

 

 

À la fin de la journée de recherche cependant, et malgré la cinquantaine de gravures découvertes, nous constatons la limite de nos collections : nous n’avons pas en banque toutes les images nécessaires pour reproduire avec grand effet les artères urbaines les plus fréquentées de Sherbrooke…

 

Une collaboration renouvelée

La déception est de courte durée puisqu’un autre projet voit le jour deux mois plus tard grâce à un partenariat entre l’Université de Sherbrooke, le Centre de ressources pour l’étude des Cantons-de-l’Est et BAnQ Sherbrooke. L’année dernière, ces mêmes collaborateurs avaient réalisé l’exposition Barbus et moustachus / A Hair Affair, un projet de mise en valeur de la pilosité masculine qui avait fait grand bruit. Cette année, nous récidivions, cette fois avec le patrimoine bâti des Cantons-de-l’Est.

 

En l’espace de trois mois, les étudiants et les partenaires réalisent une exposition virtuelle sur carte géographique grâce à l’application Story Maps. Chaque gravure d’édifice est alors accompagnée d’un document d’archives et d’une histoire croustillante s’étant déroulée audit édifice : morts accidentelles, faillites, exploits sportifs, récits de fantôme ou de géant, malédictions et autres bizarreries sont au rendez-vous! L’exposition virtuelle est consultable en suivant le lien : http://gravures-des-cantons.historiamatica.ca/ (à ouvrir de préférence avec Google Chrome).

 

 

 

 

Papier à en-tête de la Walter Blue – extrait, 1912. BAnQ Sherbrooke, fonds Chambre de commerce de Sherbrooke (P1).

 

 

 

Delphine Bégin à l’hôtel Queen, [vers 1911]. BAnQ Sherbrooke, fonds Sylvio Lacharité (P3). Photographe non identifié. L’édifice de la Walter Blue est à l’arrière-plan.

 

 

Lors de la soirée d’inauguration, le 29 novembre 2018, une exposition temporaire est installée sur les murs de La Petite Boîte Noire. Pour l’occasion, la conteuse Claude Hamel y va d’une prestation originale : s’inspirant des différents récits historiques et anecdotes sur les gravures d’édifices, elle raconte cinq histoires, tantôt drôles, tantôt émouvantes.

 

Le projet Histoires croustillantes et anecdotes étonnantes : les dessous de la gravure commerciale est une autre réussite régionale qui a su mettre en valeur les archives de BAnQ et du CRCE. Laissons-nous sur quelques photographies prises au cours de la soirée !

 

 

 

L’exposition temporaire est prête à recevoir le public, 29 novembre 2018. Photographe : Hubert Cousineau.

 

 

 

Papier à en-tête de la Canadian Silk Products Limited – extrait, 1933. BAnQ Sherbrooke, fonds Chambre de commerce de Sherbrooke (P1). Photographe : Joshua Vachon.

 

 

 

L’événement a attiré plus de 80 personnes, 29 novembre 2018. Photographe : Joshua Vachon.

 

 

 

Prestation de la conteuse Claude Hamel, 29 novembre 2018. Photographe : Joshua Vachon.

 

 

 

Après les contes de Claude Hamel, les visiteurs circulent à nouveau dans l’exposition, cette fois avec un regard neuf sur les édifices, 29 novembre 2018. Photographe : Joshua Vachon.

 

 

 

Les maîtres d’œuvre du projet : Anthony Trouilhas, Hubert Cousineau, Sarah Lacasse, Gauthier Ruel et Antoine Gauthier Trépanier, tous étudiants à la maîtrise en histoire, ainsi que Julie Roy, archiviste-coordonnatrice à BAnQ Sherbrooke, Julie Allard, chargée de cours à l’Université de Sherbrooke, et Fabian Will, directeur administratif du Centre de ressources pour l’étude des Cantons-de-l’Est (CRCE). Saluons l’apport de Jody Robinson, archiviste au CRCE, et d’Hélène Liard, agente de bureau à BAnQ Sherbrooke, qui n’ont pu paraître sur la photo. 29 novembre 2018. Photographe : Joshua Vachon.

 

 

 

Julie Roy, archiviste-coordonnatrice – BAnQ Sherbrooke

 

Une correspondance salvatrice

 

Il se nomme Omer Dutat (1901-1982). Ce jeune Français dans la mi-vingtaine, débarqué à New York en 1924 avec sa mère pour aller rejoindre son beau-père, publie un appel déchirant dans le journal La Patrie, le 3 avril 1926 :

 

Madame,

Je suis sourd depuis l’âge de vingt ans, je suis isolé du monde extérieur et n’ai souvent que des heures grises. Je dois renoncer à tout espoir de bonheur (j’ai, depuis peu, perdu mes dernières illusions), mais je rêve d’une sincère et solide amitié. Il y a assurément parmi les lectrices et lecteurs de « La Patrie », quelque infortuné dans mon cas ou souffrant de quelque autre infirmité, et qui souhaite connaître, ne serait-ce que par correspondance, un frère d’infortune, pour mutuelle consolation. […] Si vous saviez combien je suis triste et désorienté, vous n’hésiteriez pas longtemps et répondriez à ma prière. Une amitié me serait si précieuse !

 M. Omer Dutat[1]

 

 

Omer Dutat en promenade, New York, 1928. Archives de l’abbaye Saint-Wandrille. Photographe non identifié.

 

 

Son appel ne reste pas vain : dans la quinzaine de jours qui suit, Omer reçoit quarante-huit lettres de soutien. Il répondra à chacune d’elle.

 

Parmi ses correspondantes se trouve Bernadette Bourget (1891-1955), fille de Joseph-Hubert Bourget, notaire et maître de poste de Weedon, dans les Cantons-de-l’Est. Le bureau de poste étant installé à la résidence des Bourget, Bernadette seconde son père dans sa fonction de maître de poste. Elle est l’aînée d’une fratrie de neuf frères et sœurs, tous grandement éduqués, les filles de la famille ayant toutes obtenu leur brevet d’enseignement.

 

La correspondance entre Omer et Bernadette débute le 5 mai 1926. Rapidement, Omer trouve en Bernadette la confidente idéale. Il lui parle alors des souffrances morales et physiques qui l’assaillent : « Je souffre parce que je suis privé de l’ouïe… mais ce n’est pas tout ! À 18 ans j’ai connu plusieurs souffrances […]. J’ai été aveugle pendant deux mois. L’âge qui, pour beaucoup, est le plus beau de sa vie, je l’ai passé étendu sur un lit, gémissant et désespéré…»[2].

 

Sachant ses chances limitées de vivre une vie professionnelle active et, d’autant moins, une vie amoureuse épanouie, Omer lui avoue également : « Je suis de ceux qui ne savent se résigner à vivre célibataire et qui jettent dans l’avenir un regard épouvanté… je suis malheureusement une nature très sensible et assoiffé d’affection, et je vois avec effroi arriver le jour où je pourrai être appelé “vieux garçon”…»[3].

 

En réponse à ces confidences, Bernadette envoie à Omer des colis remplis de fleurs fraîches de son jardin, lui qui aime tant la campagne, ainsi que des journaux québécois (La Patrie, La Revue moderne, Le Soleil) dans lesquels il prend plaisir à lire les chroniques féminines.

 

 

Omer Dutat à la lecture, New York, [1928]. Archives de l’abbaye Saint-Wandrille. Photographe non identifié.

 

 

À l’occasion, Bernadette accompagne aussi ses lettres de photographies de sa famille. En voyant la photo du jeune frère de Bernadette, Jean-Charles Bourget, curé à Asbestos, Omer s’exclame : « […] cette photo me donne du courage ! […] aux heures noires, je prendrais la photo de votre frère et je me dirais : « Regarde ce prêtre : il aurait pu être heureux, comme tout le monde, mais il a renoncé de lui-même aux joies permises […]. Il sait qu’il y a du bonheur ailleurs que dans la vie à deux et il est très satisfait de son sort… Et regarde la sérénité de son visage, ce sourire heureux qui dit très bien le calme de son âme… ».

 

L’influence de la demoiselle Bourget sur les plans de vie d’Omer est discrète, mais certaine, puisque l’idée de mener une vie religieuse devient pour lui, à partir de ce réveil, une option salvatrice : « J’ai fait dernièrement une petite excursion en steamer sur la rivière de l’Hudson. […] Sur le chemin du retour, j’ai vu un cloître, perché sur le sommet d’une montagne, à demi caché par la verdure, et situé dans un paysage admirable. J’aurais aimé descendre du navire, monter là-haut, voir comment vivaient les heureux moines de ce monastère et… vivre avec eux, ne plus revenir à New York, ne plus revoir la ville et ses foules agitées, vivre là une nouvelle vie, en compagnie de ces êtres bons et nobles, vivre en paix ! »[4].

 

Souvenirs d’Omer Dutat sur sa période new-yorkaise, [après 1928]. Archives de l’abbaye Saint-Wandrille.

 

 

De retour en France, Omer s’apprête à entrer comme jardinier au Pensionnat du Sacré-Cœur à Bondues : « Si cette maison était un hôpital ou un sanatorium au lieu d’être un pensionnat, mon rêve se réaliserait pleinement et je pourrais travailler au profit des malades, mais il ne m’est pas permis de choisir et j’accepte avec reconnaissance ce que Dieu a bien voulu me donner »[5].

 

Bernadette le rassure aussitôt : « Dieu vous garde pour une autre moisson, peut-être pour guérir les âmes, et les aider sur la route si dure de la montée »[6].

 

La dernière lettre d’Omer, longue de neuf pages et datée du 28 décembre 1929, se termine dans un ultime élan de gratitude : « Au revoir, ma grande amie. Merci pour toutes vos grandes bontés, merci pour l’amitié, l’affection que vous avez pour moi et qui me sont si précieuses »[7].

 

Ainsi s’achève la correspondance entre Omer et Bernadette. Cinquante-six lettres et cartes qu’Omer a adressées à sa Mademoiselle Bourget entre 1926 et 1929 nous sont parvenues à travers le fonds de la famille Bourget (P59). Les documents, abandonnés avec des livres anciens sur le seuil d’une bibliothèque de Toronto, ont été offerts à BAnQ Sherbrooke par une bénévole en 2015.

 

Des recherches subséquentes ont permis de découvrir que Bernadette demeura « fille majeure » au domicile de ses parents en compagnie de deux de ses sœurs. Célibataire, elle décéda à Weedon en 1955, à l’âge de 63 ans.

 

Quant à Omer Dutat, il devint oblat à l’abbaye Saint-Wandrille de Fontenelle, près de Rouen en France, où il reçut des obédiences monastiques à la buanderie et à la lingerie. Ce fut son lieu de résidence de 1949 jusqu’à son décès en 1982, à l’âge de 80 ans.

 

 

 

Frère Omer, agenouillé, en compagnie d’amis fidèles, [après 1948]. Archives de l’abbaye Saint-Wandrille. Photographe non identifié.

 

 

Épilogue

 

Le saviez-vous ? En 1912, l’abbaye Saint-Wandrille fonda l’abbaye Saint-Benoît-du-Lac en Estrie !

 

De New York à Weedon, en passant par Toronto, puis de Fontenelle à Saint-Benoit-du-Lac, un lien invisible est tissé et sa boucle est finement ficelée sur cette histoire des plus touchantes. Ainsi s’achève mon travail d’archiviste. Lorsqu’on plonge dans la correspondance intime d’une personne, on devient presque son obligé, afin que sa mémoire ne se perde pas.

 

L’abbaye Saint-Wandrille possède les archives d’Omer Dutat. Je tiens à remercier Frère Thomas Zanetti pour l’autorisation qu’il nous accorde d’utiliser les documents reproduits dans cet article.

 

 

Julie Roy, archiviste-coordonnatrice – BAnQ Sherbrooke

 

[1] La Patrie, « Le Royaume des femmes », 3 avril 1926, p. 8.

[2] Lettre d’Omer Dutat à Bernadette Bourget, 12 mai 1926. Afin de faciliter la lecture, les citations ont été corrigées.

[3] Lettre d’Omer Dutat à Bernadette Bourget, 22 juillet 1926.

[4] Lettre d’Omer Dutat à Bernadette Bourget, 29 juillet 1926.

[5] Lettre d’Omer Dutat à Bernadette Bourget, 28 décembre 1929.

[6] Idem. Propos de Bernadette retranscrits.

[7] Idem.




© Bibliothèque et Archives nationales du Québec