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Instantané, le blogue des archivistes.

Théodore Botrel, l’ambassadeur de la « bonne chanson » française

 

 

Populaire chansonnier et compositeur né en Bretagne (France), Théodore Botrel (1868-1925) vient deux fois en tournée au Québec, en 1903 et en 1922.

 

 

Lionel Groulx et Théodore Botrel devant la maison de ce dernier à Port-Blanc (Bretagne), 10 août 1908. BAnQ Vieux-Montréal (P318,S2,P29). Photographe non identifié.

 

 

 

Théodore Botrel, [vers 1922]. BAnQ Vieux-Montréal (P833,S1,D0125). Photographe non identifié.

 

 

 

Couronnée de succès, la tournée de 1903 permet de recueillir des dons pour ériger, en 1905, un monument à Jacques Cartier sur les fortifications de Saint-Malo (France). Une réplique de cette statue du sculpteur Georges Bareau, représentant Jacques Cartier à la barre de la Grande Hermine, est d’ailleurs située près du fleuve Saint-Laurent dans le parc Jean-Déry de l’arrondissement de Sainte-FoySillery–Cap-Rouge de Québec.

 

Après l’accueil triomphal réservé au barde breton en 1903, la tournée de 1922 connaît un succès plus mitigé. En témoignent les résultats décevants –  « la concurrence [étant] grande et l’argent rare dans les bourses » (1) – de la vente des billets du « concert Botrel » du 28 mars 1922 donné au Monument-National au profit des œuvres de charité de l’Union nationale française (devenue l’Union française).

 

 

Carton d’invitation, mars 1922. BAnQ Vieux-Montréal (P860,S29).

 

 

 

Afin d’« emplir la salle d’une jeunesse vibrante », Théodore Botrel « propose de faire annonce » de prix réduits de moitié pour « les étudiants qui se présentent […] avec leur béret » ainsi que pour les « enfants au-dessous de 15 ans accompagnant leurs parents ». Le chantre breton affirme que l’application de ces mesures ne « retirera pas un seul spectateur susceptible de payer place entière, croyez-le bien…et somme toute cela augmentera tout de même la recette. »(1)

 

 

Lettre de Théodore Botrel au président de l’Union française, Paul Seurot, [24 mars 1922]. BAnQ Vieux-Montréal (P860,S29).

 

 

Afin de « couvrir [les] frais […] du concert », l’Union française dont la « bourse n’est pas aussi large que [le] cœur » (2) fait parvenir un chèque de 50$ au chansonnier.

 

 

Lettre du président de l’Union française, Paul Seurot, à Théodore Botrel, 18 avril 1922. BAnQ Vieux-Montréal (P860,S29).

 

 

 

Lettre de Théodore Botrel au président de l’Union française, Paul Seurot, 19 avril 1922. BAnQ Vieux-Montréal (P860,S29).

 

 

 

L’influence de Théodore Botrel, passablement oubliée aujourd’hui, a été considérable pendant plusieurs décennies. Les Chansons de Botrel pour l’école et le foyer ont connu plusieurs éditions.

 

 

Chansons de Botrel pour l’école et le foyer, Montréal, Librairie Beauchemin limitée, 1953, cop. 1931. Grande Bibliothèque, collection nationale (227888 CON).

 

 

Nous devons également au chansonnier le titre des albums de La Bonne Chanson de l’abbé Charles-Émile Gadbois, recueils qui puisent, entre autres, dans le répertoire de Théodore Botrel et qui ont largement été diffusés dans tout le Canada français jusqu’aux années 1950.

 

 

Marthe Léger, archiviste – BAnQ Vieux-Montréal

 

Références :

 

  1. Lettre de Théodore Botrel au président de l’Union française, Paul Seurot, [24 mars 1922]. BAnQ Vieux-Montréal (P860,S29).

 

  1. Lettre du président de l’Union française, Paul Seurot, à Théodore Botrel, 18 avril 1922. BAnQ Vieux-Montréal (P860,S29).

 

 

En complément :

 

Ces deux textes de Jean-François Botrel s’appuient sur des recherches qu’il a effectuées en juin 2006 dans le cadre d’une bourse de BAnQ :

 

http://botrel-jean-francois.com/Theodore_Botrel/Canada_1903.html

 

http://botrel-jean-francois.com/Theodore_Botrel/Canada_1922C.html

 

Hellégouarch, Solenn, De la Bretagne au Québec : le succès de Théodore Botrel (1868-1925), chansonnier breton, mémoire de maîtrise en musique, Université de Montréal, 2009

 

Chansons de Botrel illustrées par Émile Hamonic (cartes postales numérisées). BAnQ Vieux-Montréal (P186,S9,P537; P186,S9,P540 à P186,S9,P546; P186,S9,P558 à P186,S9,P561).

 

https://www.capitale.gouv.qc.ca/commission/zone-medias/parc-jean-dery-du-secteur-cap-rouge-nouveau-lieu-d-accueil-pour-le-monument-jacques-cartier

Des lettres de Victor Hugo à BAnQ Vieux-Montréal

 

 

 

Victor Hugo, gravure, 1906. BAnQ Vieux-Montréal (P783,S2,SS9,SSS4,D1,P4). Artiste : J. Alphonse DeGuire.

 

 

 

En 1976, la Bibliothèque nationale du Québec a fait l’acquisition d’une collection de lettres appartenant à M. Pierre Coulombe (MSS212). Celle-ci contient 52 pièces parmi lesquelles on dénombre plusieurs perles documentaires provenant de la France et du Québec. On y trouve notamment de la correspondance de Victor Hugo, d’Alphonse de Lamartine, de Sir Frederick Haldimand, gouverneur de la province de Québec, et d’Aegidius Fauteux, journaliste et historien québécois.

 

La première lettre de Victor Hugo a été rédigée le 20 novembre 1862 à sa résidence de Hauteville House située sur l’île anglo-normande de Guernesey, dépendance de la Couronne britannique. Les différentes étampes et le texte que l’on trouve sur l’enveloppe nous indiquent que la lettre a passé par Londres avant de se rendre à sa destination finale, au bureau de la rédaction du « Journal universel » l’Illustration, au 60 rue Richelieu à Paris.

 

Voici une transcription approximative de cette lettre (les mots encadrés sont des propositions) :

 

Via London –  France

Monsieur [Ed.] Texier

Rédacteur de l’Illustration

60, rue Richelieu

Paris

 

Hauteville House, 20 nov. 1862

 

Cher monsieur Texier,

J’ai reçu, grâce à vous, sans doute, votre excellent et charmant article sur le [concentré de] nouvelles [6167a]. J’ai une occasion de vous remercier à nouveau, et je la saisis avec empressement. Seriez-vous assez bon pour communiquer au Siècle et à l’Illustration l’épreuve que vous trouverez sous le pli. Il s’agit d’une [grande] question, [la jeune] nouvelle. Je crains fort de sorte que ce que je vous envoie ne puisse être publié en France qu’avec de larges coupures. Il ne s’agit [pourtant] pas de [politique]. [De sorte], vous jugerez, [puis] déciderez, et ce que vous ferez sera bien fait.

 

Votre ami,

Victor Hugo

 

 

Lettre de Victor Hugo, 20 novembre 1862. BAnQ Vieux-Montréal (MSS212).

 

 

 

Cette lettre, probablement inédite, est dans un excellent état de conservation. Elle intéressera les chercheurs spécialisés dans l’étude de Victor Hugo.

 

Une deuxième lettre de Victor Hugo, fort courte, fait également partie de la collection Pierre Coulombe (MSS212). Cependant, elle ne comporte pas de date précise et l’écriture est plus brouillonne que sur la précédente.

 

 

 

Lettre de Victor Hugo, 2 janvier [18-?]. BAnQ Vieux-Montréal (MSS212).

 

H.H. 2 janvier

 

De tout mon cœur, cher monsieur Massenet.

Publiez avec votre musique les deux pièces Oh ! n’insultez

jamais, et S’il est un charmant gazon.

S’il y a profit pour l’éditeur ou pour d’autres sur la [votre],

fixez ma part au chiffre qui vous plaira, et donnez-la aux pauvres.

 

Votre travail m’est précieux et je vous envoie, avec tous mes vœux de succès, mon plus cordial serrement de main.

 

Victor Hugo

 

Enfin, on trouver une superbe gravure de Victor Hugo, attribuée à J. Alphonse DeGuire et datant de 1906, dans la collection Institut Notre-Dame du Bon-Conseil de Montréal (P783) conservée à BAnQ Vieux-Montréal.

 

Vincent Althot, stagiaire  – BAnQ Vieux-Montréal

Sous la supervision de Marie-Pierre Nault, archiviste – BAnQ Vieux-Montréal

 

Pour en connaître davantage sur l’histoire passionnante de ce personnage, voici quelques lectures complémentaires :

 

– LAURENT, Franck. Victor Hugo : Espace et politique jusqu’à l’exil (1823-1852). Rennes – Presses universitaires de Rennes, 2008, 288 p. Disponible en ligne : http://books.openedition.org/pur/29403 (consulté le 14 juin 2018).

 

– ROSA, Annette. Victor Hugo, l’éclat d’un siècle. Paris – Éditions Messidor, 1985, 219 p. Disponible en ligne : http://groupugo.div.jussieu.fr/Groupugo/Textes_et_documents/Eclat_d%27un_si%C3%A8cle.htm (consulté le 14 juin 2018).

 

– DECAUX, Alain. Victor Hugo. Paris – Perrin, 2011, 949 p. Disponible en ligne : http://iris.banq.qc.ca/alswww2.dll/APS_ZONES?fn=ViewNotice&Style=Portal3&q=5828784&Lang=FRE (consulté le 14 juin 2018).

« Les belles-sœurs » de Michel Tremblay : 50 ans déjà!

Scène de la pièce Les belles-sœurs au Théâtre du Rideau Vert avec, rangée avant, les comédiennes Denise Proulx, Denise Filiatrault et, de gauche à droite, Denise de Jaguère, Lucille Bélair, Sylvie Heppel, Germaine Giroux, Marthe Choquette, Hélène Loiselle, Germaine Lemyre, Luce Guilbeault, Rita Lafontaine, Josée Beauregard, Odette Gagnon, 28 août 1968. BAnQ Vieux-Montréal (P831,S3,D214). Photographe : Guy Dubois.

 

Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) est fière de souligner le 50e anniversaire des Belles-sœurs, pièce majeure de la dramaturgie québécoise. Elle vous présente pour l’occasion des images évocatrices de documents d’époque précieusement conservés dans ses fonds d’archives, tous accessibles au grand public. Mentionnons que certaines de ces images ont déjà servi à illustrer le récent ouvrage intitulé Les belles-sœurs : l’œuvre qui a tout changé de Mario Girard.

Dans le fonds Michel Tremblay, se trouve le manuscrit original de la pièce. La Bibliothèque nationale du Québec a acquis ce précieux autographe à l’automne 1970.

 

 

Vue du manuscrit de la pièce de théâtre Les belles-sœurs de Michel Tremblay. Photographie : Hyacinthe Munger, BAnQ Vieux-Montréal.

 

 

 

Vue du manuscrit de la pièce de théâtre Les belles-sœurs de Michel Tremblay. Photographie : Hyacinthe Munger, BAnQ Vieux-Montréal.

 

 

 

Première page du manuscrit de la pièce de théâtre Les belles-sœurs de Michel Tremblay, [1965]. BAnQ Vieux-Montréal (MSS368,D1).

 

 

Dernière page du manuscrit de la pièce de théâtre Les belles-sœurs de Michel Tremblay, [1965]. BAnQ Vieux-Montréal (MSS368,D1).

 

Beaucoup d’encre a coulé au sujet de cette pièce de théâtre qui a fait plusieurs fois le tour du monde. Rappelons tout simplement que cette pièce, écrite en 1965, réunit sur scène « quinze Canadiennes françaises du milieu ouvrier de Montréal »[i]. Germaine Lauzon, gagnante d’un million de timbres-primes Gold Star, invite des parentes, des amies et des voisines pour coller ses timbres dans des livrets. L’expression tantôt comique, tantôt tragique, de la condition humaine de chacune de ces femmes, et de toutes en chœur, s’installe dans la modeste cuisine. Puis la jalousie s’invite au party et transforme le « bonheur » de Germaine en cruelle dépossession.

 

 

Scène de la pièce Les belles-sœurs au Théâtre du Rideau Vert avec les comédiennes Sylvie Heppel, Denise Filiatrault, Hélène Loiselle, Lucille Bélair, Denise Proulx, Marthe Choquette et Denise de Jaguère, 28 août 1968. BAnQ Vieux-Montréal (P831,S3,D214). Photographe : Guy Dubois.

 

Ce n’est que le 4 mars 1968, après quelques vaines tentatives pour faire connaître cette œuvre écrite en joual, qu’a lieu une première lecture publique de la pièce sous la direction d’André Brassard. Cet événement est organisé par le Centre d’essai des auteurs dramatiques (CEAD) qui a justement pour mission d’encourager et de promouvoir le théâtre québécois. BAnQ Vieux-Montréal conserve le fonds d’archives du CEAD.

 

 

Invitation à la lecture publique de la pièce Les belles-sœurs de Michel Tremblay, [mars 1968]. BAnQ Vieux-Montréal (MSS364).

 

Invitation au lancement de l’ouvrage Les belles-sœurs de Michel Tremblay, [août 1968]. BAnQ Vieux-Montréal (MSS364).

 

Dans une lettre en provenance d’Acapulco, où il dit être pour écrire un roman, Michel Tremblay exprime au président du CEAD toute sa satisfaction de voir enfin son œuvre « naître ».

 

 

Première page de la lettre de Michel Tremblay à Jean Morin, président du Centre d’essai des auteurs dramatiques, 5 février 1968. BAnQ Vieux-Montréal (MSS364).

 

 

Deuxième page de la lettre de Michel Tremblay à Jean Morin, président du Centre d’essai des auteurs dramatiques, 5 février 1968. BAnQ Vieux-Montréal (MSS364).

 

 

Il y souligne notamment le travail accompli par André Brassard depuis deux ans, tant pour la préparation de la mise en scène que pour la distribution des rôles à des comédiennes de talent. Il veut également s’assurer que le CEAD a entre les mains la dernière version de la pièce avec « l’ode au bingo! » et la scène entre Lise Paquette et Pierrette Guérin.

 

 

Troisième page de la lettre de Michel Tremblay à Jean Morin, président du Centre d’essai des auteurs dramatiques, 5 février 1968. BAnQ Vieux-Montréal (MSS364).

 

 

Curieusement, c’est dans le fonds d’archives de la Comédie Canadienne, fondée par Gratien Gélinas, que nous trouvons le manuscrit de la pièce avec « l’ode au bingo! » et les touchants monologues de Pierrette Guérin et de Lise Paquette. Cette version dactylographiée, et en partie manuscrite, comporte plusieurs autres modifications, ajouts et retraits effectués par l’auteur. Le personnage de Rose Ouellette, qui deviendra Rose Ouimet pour éviter toute confusion avec la comédienne du Théâtre des Variétés, y apparaît toujours, mais sans son monologue du « Maudit cul ! » qui sera ajouté par la suite.

Michel Tremblay termine sa lettre par un fait plutôt cocasse. Il écrit se sentir obligé de prévenir les gens que ses pièces sont vulgaires. « Drôle » de précaution qui, dit-il, « passera avec l’âge… ».

 

 

Dernière page de la lettre de Michel Tremblay à Jean Morin, président du Centre d’essai des auteurs dramatiques, 5 février 1968. BAnQ Vieux-Montréal (MSS364).

 

 

La première création sur scène des Belles-sœurs a lieu le 28 août 1968 au Théâtre du Rideau Vert qui fête, cette saison-là, son 20e anniversaire. Ce premier théâtre professionnel francophone au Canada fut fondé par Yvette Brind’Amour et Mercedes Palomino. BAnQ Vieux-Montréal conserve le fonds d’archives du Rideau Vert.

 

 

Yvette Brind’Amour et Mercedes Palomino, directrices du Théâtre du Rideau Vert, 19 août 1968. BAnQ Vieux-Montréal (P833,S5,D1968-0420). Photographe : Michel Gravel.

 

 

Première page du communiqué de presse annonçant la saison 1968-1969 du Théâtre du Rideau Vert, [1968]. BAnQ Vieux-Montréal (P831,S2,D10).

 

Page couverture du programme de la pièce Les belles-sœurs au Théâtre du Rideau Vert, 28 août 1968. BAnQ Vieux-Montréal (P831,S2,D10).

 

 

 

Page centrale du programme de la pièce Les belles-sœurs au Théâtre du Rideau Vert, 28 août 1968. BAnQ Vieux-Montréal (P831,S2,D10).

 

 

La pièce est mise en scène par André Brassard et le décor est confié à Réal Ouellette. Fait intéressant, la magnifique maquette de décor en trois dimensions conçue par Ouellette est conservée par BAnQ depuis 2008 grâce au don fait par Michel Tremblay.

 

 

Vue de la maquette de décor conçue par Réal Ouellette pour la première production de la pièce Les belles-sœurs au Théâtre du Rideau Vert en 1968. BAnQ Vieux-Montréal (MSS368,D5). Photographie : Hyacinthe Munger, BAnQ Vieux-Montréal.

 

 

Réal Ouellette et sa nouvelle maquette de décor de la pièce Les belles-sœurs, Yvette Brind’Amour, Michel Tremblay et André Brassard au Théâtre du Rideau Vert, 11 mai 1971. BAnQ Vieux-Montréal (P688,S3,D53). Photographe : Daniel Kieffer.

 

 

L’ode au bingo !

 

 

Page du scénario de la production de la pièce Les belles-sœurs au Théâtre du Rideau Vert, 1968. BAnQ Vieux-Montréal (P831,S3,D214).

 

 

 

Plan de scène de la production de la pièce Les belles-sœurs au Théâtre du Rideau Vert, 1968. BAnQ Vieux-Montréal (P831,S3,D214).

 

 

Pages du cahier de régie de la production de la pièce Les belles-sœurs au Théâtre du Rideau Vert, 1968. BAnQ Vieux-Montréal (P831,S3,D214).

 

 

Pour cette première production de la pièce, François Barbeau est responsable de la conception des costumes. Les archives du talentueux costumier sont aussi conservées à BAnQ Vieux-Montréal.

 

 

François Barbeau, 18 décembre 1967. BAnQ Vieux-Montréal (P833,S2,D0175). Photographe : Paul Henri Talbot.

 

 

 

« Un million de timbres! Sont devant moi, là, pis j’le crois pas encore! Un million j’sais pas au juste combien ça fait, mais quand on dit un million, on rit pus!… »      

(Germaine Lauzon)

Dessin d’un costume pour le personnage de Germaine Lauzon, François Barbeau, 1968. BAnQ Vieux-Montréal (MSS450,S3,D64). 

 

 

 

« Encore hier, la belle-sœur d’une de mes belles-sœurs est venue pour quêter chez nous. Vous me connaissez, le cœur m’a fondu quand a m’a conté son histoire (…)»

(Thérèse Dubuc)

Dessin d’un costume pour le personnage de Thérèse Dubuc, François Barbeau, 1968. BAnQ Vieux-Montréal (MSS450,S3,D64).

 

 

 

« Ma vie est plate ! Plate ! Pis par-dessus le marché, chus pauvre comme la gale ! Chus tannée de vivre une maudite vie plate ! »

(Marie-Ange Brouillette)

Dessin d’un costume pour le personnage de Marie-Ange Brouillette, François Barbeau, 1968. BAnQ Vieux-Montréal (MSS450,S3,D64).

 

 

 

« Y’avait rien que Johnny qui comptait pour moé… Y m’a faite pardre dix ans de ma vie, le crisse ! »

(Pierrette Guérin)

Dessin d’un costume pour le personnage de Pierrette Guérin, François Barbeau, 1968. BAnQ Vieux-Montréal (MSS450,S3,D64).

 

 

 

« Tu sauras que chus pas pour l’amour libre, moé ! Chus catholique ! Reste donc dans ton monde pis laisse-nous donc tranquilles ! Maudite guidoune ! »

(Rose Ouimet)

Dessin d’un costume pour le personnage de Rose Ouimet, François Barbeau, 1968. BAnQ Vieux-Montréal (MSS450,S3,D64).

 

 

La pièce crée l’onde de choc que l’on connaît. La controverse fait aussi bien dans le « navet » de « blanc-bec d’auteur » que dans « l’œuvre de salubrité nationale », comme en témoignent cette lettre de Mme Abonnée Déçue et celle de Claude Jasmin adressées au Rideau Vert.

 

 

Lettre d’une abonnée déçue adressée à la directrice du Théâtre du Rideau Vert, 12 septembre 1968. BAnQ Vieux-Montréal (P831,S2,D10).

 

 

Lettre de Claude Jasmin adressée aux directrices du Théâtre du Rideau Vert, [septembre 1968]. BAnQ Vieux-Montréal (P831,S2,D10).

 

Le public reconnaît la puissance de l’œuvre et c’est un triomphe. Dès l’année suivante, le Théâtre du Rideau Vert annonce une reprise hors saison de la pièce en soulignant son caractère historique pour le théâtre québécois.

 

 

Communiqué annonçant la reprise de la pièce Les belles-sœurs de Michel Tremblay au Théâtre du Rideau Vert, [1969]. BAnQ Vieux-Montréal (P831,S2,D11).

 

Espérons qu’il ne s’agit pas de la version officielle, car plutôt que de nommer le joual, ce communiqué parle de « language ébouriffant ». En français, c’est langage. Faudrait peut-être pas en « perler » à Lisette de Courval…

Saluons l’audace et le génie du tandem Tremblay-Brassard ainsi que le talent de ces comédiennes de la première heure et de ces jeunes artisans de la scène.

 

 

Michel Tremblay, Lucille Bélair, André Brassard, Luce Guilbeault, Denise Proulx et Denise Filiatrault lors de la reprise de la pièce Les belles-sœurs au Théâtre du Rideau Vert, 1969. BAnQ Vieux-Montréal (P831,S3,D215). Photographe : Guy Dubois.

 

 

 

Sylvain de Champlain avec la collaboration de Marthe Léger, archivistes – BAnQ Vieux-Montréal

[i] Michel Tremblay dans le Programme du Théâtre du Rideau Vert, saison ’68 ’69, volume 9, numéro 1, 28 août 1968. BAnQ Vieux-Montréal (P831,S2,D10).

 

 

Marcel Chabrier (1891-1946) : hommage à un artiste apprécié et respecté

 

Le 18 août 1946, l’acteur Marcel Chabrier se noie dans la rivière à Simon près de Piedmont dans les Laurentides. La disparition soudaine du talentueux interprète de rôles au théâtre et à la radio, qui s’est de plus illustré dans le film « Le père Chopin », crée une onde de choc dans la communauté artistique et le grand public.

 

 

Marcel Chabrier dans Sous le masque d’Yvette Mercier-Gouin, page couverture du programme de cette pièce présentée au Théâtre Arcade, 1944. BAnQ Vieux-Montréal (P764,S2).

 

 

Marcel Chabrier dans Porté disparu d’Yvette Mercier-Gouin, programme de cette pièce présentée par le théâtre du Palais Montcalm de Québec, [p. 5], 1945. BAnQ Vieux-Montréal (P764,S2).

 

 

 

Ses amis, aidés d’administrateurs de l’Union nationale française (devenue l’Union française), se mobilisent pour organiser les funérailles du grand comédien d’origine parisienne qui n’a « aucun parent » (1) à Montréal. Le service funèbre de Marcel Chabrier, auquel assistent de nombreux admirateurs ainsi que des représentants des milieux du théâtre, de la radio et du cinéma, est célébré, avec tous les honneurs qui lui sont dus, en la cathédrale Marie-Reine-du-Monde. L’inhumation de l’acteur a par la suite lieu dans une concession que possède l’Union française pour ses membres au cimetière Notre-Dame-des-Neiges. Il s’agit d’une dérogation aux règlements, car Monsieur Chabrier n’est pas un membre en règle de l’Union.

 

« Grâce à l’intelligente collaboration de tous, Marcel Chabrier a eu une fin digne du grand artiste qu’il était » (1), reconnaît Georges Landreau dans la lettre de remerciements qu’il adresse au président de l’Union française. Le directeur du Conservatoire Lassalle conclut d’ailleurs sa missive en se renseignant sur les modalités d’inscription à l’Union, car il a approché trois acteurs qui se sont montrés intéressés à faire partie de cette association d’accompagnement et d’aide pour les ressortissants français de Montréal fondée en 1886.

 

 

 

Lettre de Georges Landreau au président de l’Union française, [François Ducros], 1er septembre 1946. BAnQ Vieux-Montréal, (P860,S9).

 

 

Georges Landreau, directeur du Conservatoire Lassalle, ami de Marcel Chabrier et père de Nicole Germain, [194-]. BAnQ Vieux-Montréal (P565,S2,SS12,P40). Photographe : Desautels.

 

 

Marthe Léger, archiviste – BAnQ Vieux-Montréal

 

Référence :

 

  1. Lettre de Georges Landreau au président de l’Union française, [François Ducros], 1er septembre 1946. BAnQ Vieux-Montréal, (P860,S9).

 

En complément :

 

Fonds Nicole Germain (P565)

 

http://blogues.banq.qc.ca/instantanes/2018/05/09/yvette-mercier-gouin-populaire-dramaturge-des-annees-1930-et-1940/

 

http://elephantcinema.quebec/films/pere-chopin_6133

 

Hommage ému à Marcel Chabrier, La Presse (Montréal), 21 août 1946, p. 11.

 

Un dernier hommage à M. Marcel Chabrier, Le Devoir (Montréal), 22 août 1946, p. 5.

Le journal de voyage d’Antoine Dubuc: un regard sur l’Europe de 1912

 

En 1912, Antoine Dubuc, alors âgé de seize ans, effectue un tour d’Europe en compagnie de son frère Vincent et de leur tuteur, l’abbé Arthur Gaudreault. Les deux adolescents sont les fils du dirigeant de la Pulperie de Chicoutimi, J.-E.-A. Dubuc. Dans son journal de voyage, Antoine Dubuc nous décrit avec beaucoup de détails les lieux visités, notamment la France, Monaco, l’Italie, la Suisse, l’Allemagne, la Belgique et l’Angleterre. Au cours de son récit, le jeune homme fait aussi référence à l’incendie qui a ravagé le quartier est de la ville de Chicoutimi pendant son voyage.

Afin de montrer la richesse de ce journal, j’aimerais insister sur quelques extraits et comparer les images récentes disponibles sur Internet avec les photographies et les cartes postales recueillies lors des voyages des Dubuc sur le Vieux Continent.

« Tours, 60 500 habitants est une ville florissante… L’hôtel de ville […] est un bel édifice terminé en 1904. La façade principale d’une riche ornementation se compose d’un massif central et d’un campanile haut de 174 pieds. »[i]

 

 

L’hôtel de ville et le Palais de justice, Tours, France, s.d. BAnQ Saguenay (P1,S6,SS7,D296,P120-231). N J Photo.

 

 

 

« Marseille est une ville de 500 000 habitants, dont environ 100 000 Italiens […] À Notre-Dame de la Garde, nous jouissons […] d’une vue magnifique sur la Méditerranée et sur la ville et son port de mer […] C’est un vieil endroit de pèlerinage dont le vieux sanctuaire du Moyen-Âge a été remplacé par un bel édifice de style byzantin achevé en 1864. »[ii]

 

 

Notre-Dame de la Garde, Marseille, France, s.d. BAnQ Saguenay (P1,S6,SS2,D278,P1-024). Photographe inconnu.

 

 

« Le château St-Ange est un mausolée colossal érigé par Adrien. Ce palais était tout couvert de marbre et couronné d’une statue d’Adrien. Ce fut l’endroit de sépulture des empereurs et de leurs familles jusqu’à Caracalla. Quand les Goths assiégèrent Rome en 537, ce monument servit de forteresse aux Romains et les statues qui le couronnaient furent jetées sur les assiégeants. »[iii]

 

 

Le château Saint-Ange, Rome, Italie, s.d. BAnQ Saguenay (P1,S6,SS2,D277,P1-172). Photographe inconnu.

 

 

« Notre-Dame, l’église métropolitaine de Paris, a été fondée en 1163 sur l’emplacement d’une église primitive du 4e siècle. Placée en milieu de Paris, parmi tant de richesses monumentales, cette église profite naturellement de la splendeur de son entourage. »[iv]

 

 

Notre-Dame vue des quais, Paris, France, s.d. BAnQ Saguenay (P1,S6,SS7,D296,P103-068). Édition Chantal.

 

 

Ce journal de voyage a entièrement été numérisé et les chercheurs peuvent le consulter directement dans BAnQ numérique.

Ce n’est qu’un infime aperçu de la diversité de nos fonds et de nos collections d’archives. Venez nous visiter et vous serez emballés par les découvertes que vous ferez.

En complément :

Vincent Dubuc a lui aussi rédigé un journal lors de son voyage en Europe en 1912. Il est disponible ici.

André Leblanc, agent de bureau – BAnQ Saguenay

Sous la supervision de Myriam Gilbert, archiviste-coordonnatrice

[i] Journal du voyage en Europe d’Antoine, de son frère Vincent et de M. Arthur Gaudreault, pages 16-17. BanQ Saguenay, P1,S2,SS2,P1.

[ii] Idem, page 26.

[iii] Idem, page 59.

[iv] Idem, page 98.

Drame sur le lac Témiscamingue

 

En ce mois de juin 2018, le blogue Instantanés fête ses cinq ans d’existence. Afin de souligner cet anniversaire, nous publierons de nouveau, aux cours des prochaines semaines, les cinq articles les plus marquants de l’histoire du blogue. Ces textes coups de cœur ont été consultés par des milliers de lecteurs et méritent d’être redécouverts!

 

Aujourd’hui, nous vous présentons la première position : Drame sur le lac Témiscamingue

 

À travers nos bulletins de nouvelles télévisés et nos journaux, nous prenons régulièrement connaissance de tragédies qui, pour une raison ou pour une autre, réussissent à faire date dans notre histoire locale. Toutefois, plusieurs de ces drames restent méconnus du grand public. Un exemple serait celui qui se déroula sur le lac Témiscamingue, situé sur la frontière entre le Québec et l’Ontario, en 1978.

 

Le dimanche 11 juin 1978, un groupe de 27 élèves, âgés entre 10 et 15 ans, de l’école privée Saint John’s School de Claremont en Ontario (aujourd’hui fusionné à la ville de Pickering, près de Toronto) se rendent sur le lac Témiscamingue pour une expédition en canot qui doit se terminer 3 semaines et 845 km plus tard, aux abords de la Baie James, près de Moosonee, en Ontario. Accompagnés de quatre moniteurs, ce voyage devait être la dernière sortie scolaire de l’année pour ce groupe d’élèves. Aucun signe n’était annonciateur de la tragédie qui se préparait : les élèves avaient des notions de survie en pleine nature et la météo était clémente.

 

En début d’après-midi, les conditions météorologiques changent radicalement et de manière imprévisible sur le lac. Des vents violents se mettent à souffler et des hautes vagues se forment causant ainsi le chavirement des quatre canots de l’expédition. Malgré le fait que tous les membres portaient leurs gilets de sauvetage, au total 12 élèves et un moniteur meurent dans les eaux glaciales du lac Témiscamingue, à la hauteur du village de Saint-Édouard-de-Fabre (situé dans la région de l’Abitibi-Témiscamingue). Ce n’est que le lendemain matin, grâce à une alerte lancée par un pilote d’hélicoptère, qui était en route vers Ottawa, que les survivants et les corps des victimes du naufrage ont pu être récupérés, soit une vingtaine d’heures après l’évènement.

 

 

 

08Y,E6,S2,SS1

Vue du lac Témiscamingue et d’une partie du village de Saint-Édouard-de-Fabre, [1979-1980]. BAnQ Rouyn-Noranda (Fonds ministère de la Culture et des Communications. Direction de l’Abitibi-Témiscamingue et Nord-du-Québec) (E6,S2,SS1). Photographe non identifié.

 


« Un accident » selon le coroner Déry

 

À la suite de l’écoute des témoignages des survivants et de l’examen du matériel impliqué dans l’évènement, c’est le 7 juillet 1978 que le coroner Stanislas Déry remit son rapport d’enquête au Palais de Justice de Ville-Marie. Dans son rapport, malgré plusieurs irrégularités dans l’organisation du voyage par la direction de l’école Saint John’s et les capitaines de l’expédition, le coroner Déry tire la conclusion suivante :

« …la seule conclusion qui s’impose c’est que la cause immédiate de l’accident du 11 juin 1978, il faut la chercher dans une erreur de jugement des quatre (4) capitaines […] parce qu’ils n’étaient pas familiers avec les conditions spéciales prévalant sur le lac Témiscamingue […]. Disons, à leur décharge, que les quatre (4) capitaines […] pouvaient difficilement prévoir un changement et une augmentation aussi subits dans la direction du vent et de sa vélocité. […] Pour résumer, la preuve n’a révélé aucun des éléments qui nous justifieraient d’imputer une responsabilité criminelle à qui que ce soit. »

 

BAnQ Rouyn-Noranda possède quelques documents relatifs à ce drame qui sont disponibles à la consultation. Les archives judiciaires contiennent l’intéressant dossier d’enquête du coroner Stanislas Déry (TP12,S34,SS26,SSS1). Dans le centre de documentation, on retrouve un ouvrage de Scott Sorensen, témoin important de cette tragédie qui a participé aux mesures de sauvetage, intitulé Chronique de la rivière Kipawa. De plus, la collection de journaux sur microfilms donne accès à plusieurs articles sur l’évènement. Finalement, le fonds de la Sûreté du Québec renferme un dossier d’enquête qui est toutefois restreint à la consultation jusqu’en 2078.

 

 

François Veillette, technicien en documentation – BAnQ Rouyn-Noranda

 

 

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Extrait du rapport du coroner Stanislas Déry sur l’accident du 11 juin 1978, 7 juillet 1978. BAnQ Rouyn-Noranda (TP12,S34,SS26,SSS1)

 

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Extrait du rapport du coroner Stanislas Déry sur l’accident du 11 juin 1978, 7 juillet 1978. BAnQ Rouyn-Noranda (TP12,S34,SS26,SSS1)

 

rapport003

Extrait du rapport du coroner Stanislas Déry sur l’accident du 11 juin 1978, 7 juillet 1978. BAnQ Rouyn-Noranda (TP12,S34,SS26,SSS1)

 

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Extrait du rapport du coroner Stanislas Déry sur l’accident du 11 juin 1978, 7 juillet 1978. BAnQ Rouyn-Noranda (TP12,S34,SS26,SSS1)

 

Quelques-unes des plus anciennes photographies conservées à BAnQ Québec maintenant en ligne

 

En ce mois de juin 2018, le blogue Instantanés fête ses cinq ans d’existence. Afin de souligner cet anniversaire, nous publierons de nouveau, aux cours des prochaines semaines, les cinq articles les plus marquants de l’histoire du blogue. Ces textes coups de cœur ont été consultés par des milliers de lecteurs et méritent d’être redécouverts!

 

Aujourd’hui, nous vous présentons la deuxième position : Quelques-unes des plus anciennes photographies conservées à BAnQ Québec maintenant en ligne

 

L’Album Paul Gouin (E6,S8,SS6) est une collection de 202 photographies anciennes qui mérite d’être regardée de plus près. Les informations concernant la provenance de cette collection sont plutôt succinctes. Chose certaine, c’est au courant des années 1980 que ces photographies ont été versées à BAnQ Québec par le Ministère des Affaires culturelles. On croit également qu’elles ont été colligées par Paul Gouin alors qu’il était président de la Commission des monuments historiques de la province de Québec entre 1955 et 1968, d’où l’appellation de l’album. Malheureusement, il nous est impossible de confirmer la véracité de cette information. Le mystère demeure donc entier.

 

Plusieurs sujets d’intérêt y sont immortalisés. Si l’on y regarde de plus près, on dénote une certaine prédilection du collectionneur pour les paysages de la Ville de Québec du dernier quart du 19e siècle. Les photographies représentant la chute Montmorency, le Port de Québec, le Parlement, la terrasse Dufferin, les marchés Champlain et Montcalm, le quartier Saint-Roch, le parc de l’Artillerie et la rue Saint-Jean y sont autant de témoins de la petite et de la grande histoire de la ville.

 

Un événement semble néanmoins ressortir du lot. Il s’agit du grand incendie qui se déclare dans la nuit du 14 octobre 1866 dans les quartiers Saint-Roch et Saint-Sauveur de la Basse-Ville de Québec. Cette catastrophe met environ 15 000 personnes à la rue. De plus, l’incendie ne laisse que des ruines fumantes sur son passage, alors que les seuls vestiges à se maintenir debout sont les cheminées des 2 500 maisons détruites. Plusieurs pertes humaines sont également à déplorer.

 

Québec, Québec — Quartier Saint-Roch — Après l’incendie de 1866. BAnQ Québec (E6,S8,SS6,P409). Photographe : William Augustus Leggo.

 

Sur certains clichés du photographe William Augustus Leggo, on constate les dommages matériels provoqués par l’incendie. Quoi qu’il en soit, ces photographies ne sont pas sans intérêt historique. Sur certaines d’entre elles, on peut discerner des endroits de la Ville de Québec qui n’existent plus aujourd’hui, dont le quartier de la Vacherie, l’Hôpital de la Marine ainsi que les chantiers maritimes situés le long de la rivière Saint-Charles.

 

 

Québec, Québec — Quartier Saint-Roch — Après l’incendie de 1866. BAnQ Québec (E6,S8,SS6,P408). Photographe : William Augustus Leggo.

 

 

Québec, Québec — Vues — Le quartier de la Vacherie et l’Hôpital de la Marine après l’incendie dans le quartier Saint-Roch = Chantiers maritimes. À droite l’hôpital de la Marine, [1866?]. BAnQ Québec (E6,S8,SS6,P412). Photographe : William Augustus Leggo.

 

 

Québec, Québec — Quartier Saint-Roch — Vues — La ville vue du pont de la Saint-Charles [1866?]. BAnQ Québec (E6,S8,SS6,P410). Photographe : William Augustus Leggo.

 

Un autre événement historique illustré dans l’album mérite également qu’on y accorde notre attention. Le 11 novembre 1871, après une présence de plus de cent douze ans, la garnison britannique quitte la ville. Les officiers et les soldats du 60e régiment, du Royal Artillery et des Royal Engineers sortent de la Citadelle de Québec et du parc de l’Artillerie et défilent pour la dernière fois dans les rues de Québec. Au quai Saint-André, en présence d’une grande foule, ils embarquent sur le navire-transporteur de troupes Orontes.

 

 

Québec, Québec – Départ des troupes de l’armée britannique le 11 novembre 1871. BAnQ Québec (E6,S8,SS6,P414). Photographe : Livernois & Bienvenu.

 

D’autres perles photographiques se retrouvent dans cette collection. En voici quelques-unes :

 

La Malbaie, Charlevoix est – Vues – La Malbaie et le Cap-à-l’Aigle, [Vers 1875]. BAnQ Québec (E6,S8,SS6,P430). Photographe : Alexander Henderson.

 

 

Québec, Québec – Vues – La ville prise de la rive gauche de la Saint-Charles, [1863?]. BAnQ Québec (E6,S8,SS6,P436). Photographe : Jules Benoit dit Livernois.

 

 

Tadoussac – Saguenay – Vues, [Vers 1875] . BAnQ Québec (E6,S8,SS6,P443). Photographe: Alexander Henderson.

 

 

Montmorency, Montmorency – Sault – Les marches naturelles, [Vers 1865]. BAnQ Québec (E6,S8,SS6,P423). Photographe inconnu.

 


Catherine Lavoie, technicienne en documentation – BAnQ Québec

 

En complément :

 

Voici quelques journaux d’époque numérisés qui couvrent l’incendie de la Ville de Québec en 1866.

Le Courrier du Canada;

Le Canadien;

Le Journal de Québec.

 

Les enquêtes du coroner concernant les victimes de l’incendie sont conservées à BAnQ Québec, dans le fonds Cour des sessions générales de la paix du district de Québec, série Enquêtes du coroner (TL31,S26,SS1), contenant 1960-01-353/2316, année 1866.

Bonheur d’occasion : le reflet de la vie ouvrière d’autrefois

Gabrielle Roy entourée de neuf petits garçons du quartier Saint-Henri à Montréal.

Feature. St. Henri : Gabrielle Roy & Boys of St. Henri. Gabrielle Roy entourée de neuf petits garçons du quartier Saint-Henri à Montréal. 29 août 1945. BAnQ Vieux-Montréal (P48,S1,P11917). Conrad Poirier

 

En ce mois de juin 2018, le blogue Instantanés fête ses cinq ans d’existence. Afin de souligner cet anniversaire, nous publierons de nouveau, aux cours des prochaines semaines, les cinq articles les plus marquants de l’histoire du blogue. Ces textes coups de cœur ont été consultés par des milliers de lecteurs et méritent d’être redécouverts!

 

Aujourd’hui, nous vous présentons la troisième position : Bonheur d’occasion : le reflet de la vie ouvrière d’autrefois

 

Nous célébrons cette année le 70e anniversaire du célèbre roman Bonheur d’occasion de l’écrivaine franco-manitobaine Gabrielle Roy publié en juin 1945. Tout premier livre de l’auteure, l’ouvrage a captivé le monde entier, ce qui valut à la romancière de remporter de nombreuses distinctions, dont le prix littéraire français Femina en 1947.

 

L’histoire nous transporte dans le quartier ouvrier de Saint-Henri en pleine Deuxième Guerre mondiale. On y découvre de minuscules logements dans lesquels les familles nombreuses s’entassaient, des habitations de bois situées au plus près des chemins de fer ainsi que des enfants côtoyant le bruit assourdissant et la fumée noire des locomotives. Le réalisme avec lequel l’auteure décrit la vie de ses personnages ainsi que les lieux où ils demeuraient dévoile le quotidien de la classe ouvrière montréalaise de cette période. En août 1945, le photographe Conrad Poirier, accompagné de Gabrielle Roy, a saisi cette réalité à travers plusieurs clichés, représentations fidèles de ce faubourg tel qu’il était à l’époque. Ces photographies sont conservées à BAnQ Vieux-Montréal dans le fonds Conrad Poirier, accessible à l’aide de la base de données Pistard.

 

 « La maison où Jean avait trouvé un petit garni se trouvait immédiatement devant le pont tournant de la rue Saint-Augustin. Elle voyait passer les bateaux plats, les bateaux-citernes dégageant une forte odeur d’huile ou d’essence, les barges à bois, les charbonniers, qui tous lançaient juste à la porte leurs trois coups de sirène, leur appel au passage, à la liberté, aux grandes eaux libres qu’ils retrouveraient beaucoup plus loin, lorsqu’ils en auraient fini des villes et sentiraient leur carène fendre les vagues. Mais la maison n’était pas seulement sur le chemin des cargos. Elle était aussi sur la route des voies ferrées, au carrefour pour ainsi dire des réseaux de l’Est et de l’Ouest et des voies maritimes de la grande ville. Elle était sur le chemin des océans, des Grands Lacs et des prairies. […] ce n’était autour d’elle que poussière de charbon, chevauchée des roues, galop effréné de vapeur […] Étroite de façade, la maison se présentait drôlement à la rue; de biais comme si elle eût voulu amortir tout les chocs qui l’ébranlaient. » p.34

 

 

maison de la rue Saint-Augustin dans le quartier Saint-Henri à Montréal

Feature. Old House St. Augustin Street. Maison de la rue Saint-Augustin dans le quartier Saint-Henri à Montréal , 29 août 1945. BAnQ Vieux-Montréal (P48,S1,P11923). Conrad Poirier

 

 

Le pont Atwater pivote pour laisser un bateau naviguer sur le canal de Lachine

Feature. St. Henri : Boat at Canal. Le pont Atwater pivote pour laisser un bateau naviguer sur le canal de Lachine, 29 août 1945. BAnQ Vieux-Montréal (P48,S1,P11920). Conrad Poirier

 

 

Gabrielle Roy sur le pont Atwater qui franchit le canal de Lachine

Feature. St. Henri Atwater Bridge & Canal. Gabrielle Roy sur le pont Atwater qui franchit le canal de Lachine, 29 août 1945. BAnQ Vieux-Montréal (P48,S1,P11919). Conrad Poirier

 

 

« Le train passa. Une âcre odeur de charbon emplit la rue. Un tourbillon de suie oscilla entre le ciel et le faîte des maisons. » p.38

 

 

L'arrivée du train bloque le passage d'un camion au croisement des rues Saint-Augustin et Saint-Ambroise à Montréal.

Feature. St. Henri : Traffic at St. Ambroise & St. Augustin. L’arrivée du train bloque le passage d’un camion au croisement des rues Saint-Augustin et Saint-Ambroise à Montréal. 29 août 1945. BAnQ Vieux-Montréal (P48,S1,P11921). Conrad Poirier

 

 

La locomotive et le wagon de queue passent sur la voie ferrée devant Gabrielle Roy.

Feature. Engine Crossing Street : St. Henri. La locomotive et le wagon de queue passent sur la voie ferrée devant Gabrielle Roy, 29 août 1945. BAnQ Vieux-Montréal (P48,S1,P11912). Conrad Poirier

 

 

« Il s’arrêta au centre de la place Saint-Henri, une vaste zone sillonnée du chemin de fer et de deux voies de tramways, carrefour planté de poteaux noirs et blancs et de barrières de sûreté, clairière de bitume et de neige salie, ouverte entre les clochers et les dômes, à l’assaut des locomotives hurlantes, aux volées de bourdons, aux timbres éraillés des trams et à la circulation incessante de la rue Notre-Dame et de la rue Saint-Jacques. […] À la rue Atwater, à la rue Rose-de-Lima, à la rue du Couvent et maintenant place Saint-Henri, les barrières des passages à niveau tombaient. Ici, au carrefour des deux artères principales, leurs huit bras de noir et de blanc, leurs huit bras de bois où luisaient des fanaux rouges se rejoignaient et arrêtaient la circulation. » p.37-38

 

 

La place Saint-Henri avec ses tramways, ses barrières de traverse de chemin de fer et l'église de Saint-Henri démolie en 1969

Feature. Place St. Henri. La place Saint-Henri avec ses tramways, ses barrières de traverse de chemin de fer et l’église de Saint-Henri démolie en 1969, 29 août 1945. BAnQ Vieux-Montréal (P48,S1,P11914). Conrad Poirier

 

 

« Il arriva au viaduc Notre-Dame, presque immédiatement au-dessus de la petite gare de brique rouge. Avec sa tourelle et ses quais de bois pris étroitement entre les fonds de cour […] » p.39

 

 

Gare de Saint-Henri

Feature. Viaduct : St. Henri, Gare de Saint-Henri, 29 août 1945. BAnQ Vieux-Montréal (P48,S1,P11909). Conrad Poirier

 

 

Gare St. Henri

Feature. Gare St. Henri, 29 août 1945. BAnQ Vieux-Montréal (P48,S1,P11913). Conrad Poirier

 

« Rue Beaudoin, on n’entendait dans la maison que la poussée de la vapeur sous le couvercle de la bouilloire […] Pour recevoir Jean, la jeune fille avait brossé, ciré, épousseté; et elle avait fait disparaître tous ces petits vêtements, ces pauvres jouets défoncés, ces petites choses d’enfants qui rappelaient leur vie étroite et bousculée. » p.229

 

 

Rue Beaudoin

Feature. Rue Beaudoin : St. Henri, 29 août 1945. BAnQ Vieux-Montréal (P48,S1,P11908). Conrad Poirier

 

« De nouveaux consommateurs affluaient vers le comptoir. […] Les cinq jeunes serveuses allaient et venaient rapidement, se heurtant dans leur course. […] Leurs pas agités, leurs brusques allées et venues, le frôlement de leurs blouses raides d’empois, le déclic du grille-pain […] le ronron des cafetières sur leur plaque électrique, le crépitement du poste de commande […] » p.16

 

 

Les clients du grand magasin général United de la rue Notre-Dame Ouest mangent au comptoir de restauration rapide

Feature. St. Henri : United Stores : Notre Dame Street, Les clients du grand magasin général United de la rue Notre-Dame Ouest mangent au comptoir de restauration rapide, 29 août 1945. BAnQ Vieux-Montréal (P48,S1,P11924). Conrad Poirier

 

« Les Deux Records, comme la plupart des petites boîtes de ce genre dans le quartier, était moins restaurant que tabagie, casse-croûte et débit de boissons non alcooliques, de crème glacée, de gomme à mâcher. » p.45

 

 

Le restaurant «Les Deux records» aux vitrines et aux murs couverts de panneaux publicitaires. Ce restaurant se trouve rue Saint-Ferdinand.

Feature. Old Restaurant : St. Henri. Restaurant aux vitrines et aux murs couverts de panneaux publicitaires. Ce restaurant se trouve rue Saint-Ferdinand. 29 août 1945. BAnQ Vieux-Montréal (P48,S1,P11918). Conrad Poirier

 

 

Gabrielle Roy, Bonheur d’occasion, Montréal, Boréal, 2009, 455 p. Ouvrage disponible à la Grande Bibliothèque pour le prêt et la consultation sur place.

 

 

Annie Dubé, technicienne en documentation – BAnQ Vieux-Montréal

Florian Daveau, archiviste – BAnQ Vieux-Montréal

La fin tragique de l’adolescent felquiste Jean Corbo

 

En ce mois de juin 2018, le blogue Instantanés fête ses cinq ans d’existence. Afin de souligner cet anniversaire, nous publierons de nouveau, aux cours des prochaines semaines, les cinq articles les plus marquants de l’histoire du blogue. Ces textes coups de cœur ont été consultés par des milliers de lecteurs et méritent d’être redécouverts!

 

Aujourd’hui, nous vous présentons la quatrième position : La fin tragique de l’adolescent felquiste Jean Corbo

 

Le film Corbo du réalisateur Mathieu Denis, à l’affiche depuis le 17 avril 2015, met en lumière la mort tragique de Jean Corbo, adolescent de 16 ans né d’un père italien (Nicolas Corbo) et d’une mère québécoise (Mignonne Côté).

 

Dans la nuit du 14 juillet 1966, Corbo meurt lors de l’explosion d’une bombe qu’il a lui-même posée à l’usine Dominion Textile de Montréal, au 3970,+ rue Saint-Ambroise. Il s’agit du deuxième attentat commis par des membres du FLQ à causer la mort d’individus en l’espace de deux mois à Montréal.

 

 

Édifice de la Dominion Textile

Bâtiment de la Dominion Textile à Montréal, 1966. BAnQ Vieux-Montréal (TP12, S2, SS26, SSS1, D2959). Photographe non identifié.

 

 

En effet, quelques semaines plus tôt, le 5 mai 1966, un attentat a été perpétré dans les locaux de la manufacture H.B. La Grenade, au 2496, rue Rachel Est. Une bombe dissimulée dans un carton déposé par Gaétan Desrosiers a causé la mort violente de Thérèse Morin, 64 ans, employée de la manufacture.

 

 

Lieu de l'explosion

Voiture incendiée à la suite de l’explosion à proximité du bâtiment de la Dominion Textile à Montréal, 1966. BAnQ Vieux-Montréal (TP12, S2, S26, SSS1, D2959). Photographe non identifié.

 

 

Les deux verdicts de l’enquête de coroner ont tenu responsables de mort violente avec négligence criminelle huit personnes, dont Pierre Vallières, Charles Gagnon, Serge Demers et Gérard Laquerre.

 

Figurant parmi des milliers de dossiers judiciaires conservés dans les fonds d’archives de l’institution, des documents liés aux nombreux événements qui ont secoué Montréal à cette époque peuvent être consultés à BAnQ Vieux-Montréal. On y trouvera les enquêtes du coroner, les enquêtes criminelles, les témoignages et les déclarations des personnes impliquées dans la préparation des attentats.

 

 

Acte d'accusation de Vallières et Gagnon

Acte d’accusation de Pierre Vallières et de Charles Gagnon au greffe de la paix, 24 mai 1967. BAnQ Vieux-Montréal (TP12, S2, SS29, SSS2, D7367).

 

 

À titre d’exemple, voici quelques sources qui pourraient intéresser les chercheurs désirant en savoir plus sur ces événements :

– Enquête de coroner suite à la mort de Thérèse Morin : TP 12 S2 SS26 SSS1; dossier 3677; année 1966.

– Enquête criminelle dans le procès de Gérard Laquerre : TP 12 S2 SS29 SSS1; dossier 17890; année 1966.

– Enquête criminelle dans le procès de Charles Gagnon et Pierre Vallières : TP 12 S2 SS29 SSS2; dossier 18303; année 1966.

– Enquête de coroner suite à la mort de Jean Corbo: TP 12 S2 SS26 SSS1; dossier 2959; année 1966.

– Enquête criminelle dans le procès de Charles Gagnon et Pierre Vallières : TP 12 S2 SS29 SSS2 dossier 7367 année 1967.

– Enquête criminelle dans le procès de Pierre Vallières : TP 9   S2 SS7 SSS1; dossier 234; année 1972.

 

 

Pour en savoir plus sur les dossiers de coroner du greffe de Montréal pour les années 1908-1986, voir TP 12 S2 SS26.

Le coroner intervient dans des cas de décès inhabituels. Il tient une enquête, si nécessaire, et produit un rapport qui spécifie les causes du décès. S’il y a lieu, il identifie la ou les personnes qu’il croit criminellement responsables, et donne lieu, dans ce cas, à un chef d’accusation devant la Cour du banc du roi. Le coroner est généralement un médecin qui exerce des pouvoirs judiciaires dans ses enquêtes.

 

Avant cette date, voir TL32 S26.

 

Pour en savoir plus sur le greffe de la paix dans le fonds Cour des sessions de la paix, voir TP12 S2 SS29.

À Montréal à partir de 1919, l’ensemble des causes criminelles sont inscrites dans la juridiction dite « greffe de la paix ». Il s’agit du niveau le plus bas de la justice criminelle. Les magistrats de police réglaient de nombreuses causes à ce niveau, notamment par aveu de culpabilité. Ensuite, les causes contestées procédaient soit à la Cour des sessions de la paix, soit à la Cour du banc du roi, selon la nature des infractions ou le choix de l’accusé d’être entendu devant un juge seul ou devant un juge avec jury.

 

 

Karim Mansouri, agent de bureau –  BAnQ Vieux-Montréal

Le grand éboulement de Québec : une tragédie oubliée ?

 

En ce mois de juin 2018, le blogue Instantanés fête ses cinq ans d’existence. Afin de souligner cet anniversaire, nous publierons de nouveau, aux cours des prochaines semaines, les cinq articles les plus marquants de l’histoire du blogue. Ces textes coups de cœur ont été consultés par des milliers de lecteurs et méritent d’être redécouverts!

 

Aujourd’hui, nous vous présentons la cinquième position : Le grand éboulement de Québec : une tragédie oubliée ?

 

Si vous avez déjà visité le Vieux-Québec, il est probable que vous ayez déambulé dans les rues de la Basse-Ville que surplombent le Château Frontenac et la terrasse Dufferin. Peut-être avez-vous visité quelques boutiques de la rue du Petit-Champlain, ou longé le fleuve nonchalamment en profitant des charmes de la promenade Samuel-De Champlain. Bien qu’il n’en subsiste aujourd’hui aucune trace, c’est à deux pas de ce lieu enchanteur que s’est produite l’une des pires tragédies de l’histoire de la capitale.

 

 

Quartier Vieux-Québec-Basse-Ville — Rue Champlain et rue Petit-Champlain, [vers 1880]. BAnQ Québec (P1000, S4, D59, P55). L. P. Vallée.

 

 

Le 19 septembre 1889 à 19 h 30, un bloc de roc se détache de la falaise, déclenchant un immense éboulis qui s’effondre sur le quartier ouvrier Cap-Blanc. En l’espace de quelques secondes à peine, sans que quiconque ait eu le temps de réagir, 13 logements sont ensevelis sous plusieurs tonnes de roches, avec les 36 familles qui y résident.

 

 

Quartier Cap-Blanc — Rue Champlain – Catastrophe, septembre 1889. BAnQ Québec (P560, S1, P377-1). Photographe non identifié.

 

 

Tant par l’initiative de la population environnante que par celle des autorités, les opérations de sauvetage débutent rapidement. Plusieurs jours durant, policiers, pompiers, militaires et volontaires tentent d’extirper les survivants des décombres, sous le regard attentif des curieux qui s’agglutinent à proximité.

 

 

 

Quartier Cap-Blanc — Rue Champlain – Catastrophe, septembre 1889. BAnQ Québec (P560, S1, P377-2). Photographe non identifié.

 

 

Les journalistes de l’époque racontent avec beaucoup de détails la scène morbide qui s’offre à eux : les corps des victimes étalés, les lamentations des survivants qui émanent encore de la montagne de gravats, les cris et les pleurs des témoins à chaque funèbre découverte… Ils racontent aussi le cas de Joseph Kemp, 74 ans, qui aurait survécu 113 heures sous les décombres avant d’être finalement déterré le 24 septembre. Immédiatement transféré à l’hôpital, il y serait mort de ses blessures le soir même.

 

 

 

Extrait de la page couverture du quotidien « La Justice », édition du lundi 23 septembre 1889. Collection numérique de BAnQ : http://collections.banq.qc.ca/ark:/52327/2039742 (consultée le 17 mai 2017)

 

 

 

Insurance plan of the City of Quebec, Canada [volume I]. Montréal, Toronto, London, Charles Edward Goad. Extrait de la planche 5, 1898. À noter : la mention « Fallen Rock », plus à gauche (sud), qui identifie le site de l’éboulement, ainsi que l’absence des adresses 133 à 155, jamais reconstruites. Collection numérique de BAnQ : http://services.banq.qc.ca/sdx/cep/document.xsp?id=0003028680 (consultée le 18 mai 2017).

 

 

Ce n’est pas la première fois qu’un tel drame s’abat sur la communauté principalement irlandaise du quartier Cap-Blanc. Un autre éboulis similaire, quoique de moindre importance, s’est produit en 1841. Dans les deux cas, la cause serait la même : la ville aurait reçu des pluies torrentielles dans les jours précédents. L’eau, en s’infiltrant dans les fissures de la falaise du cap Diamant, aurait précipité l’érosion de la paroi rocheuse qui s’est finalement détachée.

 

 

 

Quartier Cap-Blanc — Rue Champlain – Catastrophe, septembre 1889. BAnQ Québec (P560, S1, P377-6). Photographe non identifié.

 

 

 

Même avant que ne surviennent ces tragédies, les autorités avaient été mises au courant du fort risque d’affaissement que représentait le cap. Il aura toutefois fallu que survienne cette dernière catastrophe de 1889, avec son décompte final de 43 morts et d’environ 75 blessés, pour que la falaise et les fondations de la terrasse Dufferin soient solidifiées. Fait intéressant : tous les décombres n’ont pas été retirés du site. Au contraire, les pierres ainsi que certains débris de murs et de fondations ont été intégrés à la falaise, afin d’aider à sa stabilisation.

 

 

 

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Légendes complètes des images du diaporama :

– Quartier Cap-Blanc — Rue Champlain – Catastrophe, septembre 1889. BAnQ Québec (P546, D1, P1). Fred C. Würtele.

– Quartier Cap-Blanc — Rue Champlain – Catastrophe, septembre 1889. BAnQ Québec (P546, D1, P2). Fred C. Würtele.

– Quartier Cap-Blanc — Rue Champlain – Catastrophe, septembre 1889. BAnQ Québec (P546, D1, P3). Fred C. Würtele.

– Quartier Cap-Blanc — Rue Champlain – Catastrophe, septembre 1889. BAnQ Québec (P546, D1, P4). Fred C. Würtele.

– Quartier Cap-Blanc — Rue Champlain – Catastrophe, septembre 1889. BAnQ Québec (P560, S1, P377-5). Photographe non identifié.

– Quartier Cap-Blanc — Rue Champlain – Catastrophe, septembre 1889. BAnQ Québec (P560, S1, P516). Photographe non identifié.

– Quartier Cap-Blanc — Rue Champlain – Catastrophe, septembre 1889. BAnQ Québec (P585, D14, P11). Philippe Gingras.

– Quartier Cap-Blanc — Rue Champlain – Catastrophe, septembre 1889. BAnQ Québec (P600, S6, D1, P753). Saml H. N. Kennedy.

 

 

En complément :

Nous trouvons plusieurs photographies de cette catastrophe à BAnQ Québec dans la Collection initiale (P600) ainsi que dans les fonds Fred C. Würtele (P546), J.E. Livernois Ltée (P560) et Philippe Gingras (P585). Il est à noter que certaines images du fonds J.E. Livernois Ltée, plus troublantes (photographies des victimes, dont des enfants), n’ont pas été intégrées au diaporama afin de ne pas choquer nos lecteurs. Ces images portent les cotes P560, S1, P377-3 et P377-7. Les chercheurs intéressés et avertis pourront les visualiser en ligne à l’aide de notre moteur de recherche Pistard.

 

Les enquêtes du coroner concernant Joseph Kemp et les autres victimes de l’éboulement sont conservées à BAnQ Québec, dans le fonds Cour des sessions générales de la paix du district de Québec, série Enquêtes du coroner (TL31, S26), contenant 1960-01-353/2352, année 1889, dossier 188. Le compte de 43 victimes, utilisé dans cet article, est tiré du nombre d’enquêtes du coroner que contient ce dossier.


Dans les registres de l’état civil de la paroisse de Saint-Patrick (CE301,S98), dans les jours qui suivent le 20 septembre 1889, on retrouve plusieurs actes de sépulture qui portent la mention « Accidentally killed by a landslide ». Ces actes ont été numérisés et sont accessibles en ligne dans la Collection numérique de BAnQ.

Voici également quelques journaux d’époque numérisés qui couvrent l’événement :

– The Quebec Mercury (1804-1903)

– La Justice (1886-1892)

– Le Canadien (1806-1909)

 

Pour en savoir plus sur l’éboulement ou sur l’histoire du quartier Cap-Blanc de Québec :

– SAINT-PIERRE, Jacques. Les malheurs d’une époque, 1859-1979. Publications du Québec. Québec, 2010, 203 p.

– BLANCHET, Danielle. Vieux-Québec Cap-Blanc : place forte et port de mer. Ville de Québec. Québec, 1989, 80 p.

– PROVENCHER, Jean. L’histoire du Vieux-Québec à travers son patrimoine. Publications du Québec. Québec, 2007, 277 p.

 

 

Charles André Téotonio, technicien en documentation – BAnQ Québec




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