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Instantané, le blogue des archivistes.

Enquête publique : mode d’emploi

Que l’on s’intéresse ou non aux commissions d’enquête, il faut admettre qu’elles font partie de notre actualité politique depuis près de 150 ans (1869). Le gouvernement du Québec est tout à fait cohérent en matière de commission d’enquête. Il maintient son pouvoir législatif en contournant l’obligation d’instituer une loi spéciale touchant son administration.

Le gouvernement libéral de monsieur Couillard mène actuellement deux commissions d’enquête : la Commission Chamberland portant sur la protection de la confidentialité des sources journalistiques et la Commission Viens menée sur les relations entre les Autochtones et certains services publics mis à leur disposition au Québec.

Pour en savoir plus sur les commissions d’enquête, vous pouvez consulter les fonds de :

 

Caricature de Raoul Hunter. Rapport de la Commission Gendron. « Je trouve que vous livrez tard, surtout que je n’ai rien commandé… », 03 janvier 1973. BAnQ Québec, Fonds Raoul Hunter (P716,S1,P73-01-03).

 

Caricature de Raoul Hunter. «Après un, c’est un autre…», 8 février 1974. BAnQ Québec, Fonds Raoul Hunter (P716,S1,P74-02-08).

 

Mais qu’est-ce au juste qu’une commission d’enquête publique?

Une commission est un organisme éphémère et indépendant soumis à des règlements, directives et procédures gouvernementales comme tout organisme public. Les commissions sont régies par plusieurs lois dont la Loi sur les commissions d’enquête, Loi sur les archives, etc.

Elles sont décrétées par le gouvernement en place lorsqu’il juge à propos de mener une enquête sur une question d’affaire publique. Elles sont communément dénommées du nom du président désigné qui, lui-même, s’entoure de commissaires pour mener les travaux d’enquête. Ces derniers décideront de la comparution de personnes dont le témoignage peut apporter un éclairage particulier. Au terme de leurs travaux, les commissaires doivent remettre un rapport accompagné de recommandations ou mesures à mettre en place par le gouvernement.

 

Caricature de Raoul Hunter. Le juge Cliche : «Ça va pas être une partie de sucre», 18 septembre 1974. BAnQ Québec, Fonds Raoul Hunter (P716,S1,P74-09-18).

 

Bien que la commission soit autonome, des intervenants extérieurs viennent soutenir ses activités: Ministère du Conseil exécutif, Secrétariat du Conseil du trésor, Centre de services partagés du Québec, Société québécoise des infrastructures et Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

Le rôle de BAnQ en est un de soutien et d’appui à la gestion documentaire numérique auprès des commissions d’enquête.

 

Lynda Corcoran, archiviste – BAnQ Québec

Le destin parfois difficile des enfants en Nouvelle-France

De nos jours, les enfants sont particulièrement choyés, élevés dans un environnement protégé, aseptisé et entouré de l’affection de leurs proches. Il en était autrement en Nouvelle-France alors que le taux de mortalité infantile était de 38% avant l’âge de 24 mois.

Les archives judiciaires de la Nouvelle-France contiennent plusieurs causes qui présentent le triste destin de certains enfants. Les chercheurs seront intéressés par la lecture d’un extrait de l’Édit du roi Henri II, de l’an 1556 :

 

Enregistrement de l’ordonnance de Michel Bégon, du 6 février 1722, au sujet des femmes qui sont enceintes par des voies illicites selon l’Édit du roi Henri II, du 2 février 1556 [extrait]. BAnQ Vieux-Montréal (TL4,S35,P7).


Enregistrement de l’ordonnance de Michel Bégon, du 6 février 1722, au sujet des femmes qui sont enceintes par des voies illicites selon l’Édit du roi Henri II, du 2 février 1556 [extrait]. BAnQ Vieux-Montréal (TL4,S35,P7).


« portant peine de mort contre les filles et femmes qui, étant devenues enceintes par voie illégale, ne déclarent point leurs grossesses et qui font ou laissent périr leur enfant, (…) soit réputée comme ayant homicidé son enfant… »

 

Des accidents pouvaient survenir. Les bambins étaient souvent laissés seuls à la maison ou encore confiés à un enfant à peine plus âgé : l’enfant se blessait en tombant de son berceau, se brûlait dans l’âtre du foyer et parfois se noyait dans un simple sceau d’eau. Pour éviter ce genre d’accident, des mères attachaient leurs jeunes enfants avec de longues bandes de tissu appelées « lisières » pour restreindre leurs mouvements.

Au mois d’août 1717, Pierre Noël dit Lavigeur, soldat et valet du sieur de Portneuf, fit une découverte macabre : le ventre, d’un « mal achigan ou brême » qu’il venait de pêcher, contenait le bras d’un nouveau-né !

 

Enquête concernant une découverte macabre faite par Pierre Noël dit Lavigeur, soldat et valet du sieur de Portneuf, 1717 [extrait]. BAnQ Vieux-Montréal (TL4,S1,D2156).


Les maladies infantiles étaient aussi très nombreuses : le croup, la typhoïde, la rubéole, la rougeole, la scarlatine et la redoutable petite vérole représentaient des risques élevés de décès chez les jeunes enfants. Tous ne mourraient pas de ces maux mais nombreux étaient ceux dont le corps restait marqué à jamais.

Les chercheurs pourront consulter plusieurs dossiers judiciaires numérisés provenant des juridictions royales de Montréal (TL4) et de Trois-Rivières (TL3) ainsi que de la Collection Pièces judiciaires et notariales de Québec (TL5), tous disponibles sur le site de BAnQ.


Maryse Dompierre, technicienne en documentation – BAnQ Trois-Rivières


Pour en savoir plus :

Judith Jasmin, 1916-1972 : confidences de ses jeunes années

Les journaux intimes de Judith Jasmin, récemment acquis par BAnQ, témoignent de l’évolution personnelle et intellectuelle de celle qui va devenir la première femme grande reporter au Québec.

 

Judith Jasmin, cahier 2, p.58, 1932, BAnQ Vieux-Montréal (P143,S1,D11). Photographe non identifié.

 

Ces écrits, rédigés de 1928 à 1939 et en 1947, se présentent sous la forme de trois petits cahiers auxquels Judith Jasmin confie ses tourments, ses joies et ses peines. Ils documentent, entre autres, la fin du séjour de la famille Jasmin en France (1928-1929), le retour au Québec, la vie d’étudiante et de pensionnaire de la jeune Judith au lycée de Versailles (1930-1932), ses rôles au théâtre et à la radio de Radio-Canada, ses premiers pas sur le marché du travail.

 

Cahier 1, p.1, 1928, BAnQ Vieux-Montréal (P143,S1,D11).

 

Lycée de jeunes filles de Versailles, cahier 1, p.54, [1931], BAnQ Vieux-Montréal (P143,S1,D11).

 

Cahier 2, p.1, 1931, BAnQ Vieux-Montréal (P143,S1,D11).

 

Cahier 3, non paginé, 1936, BAnQ Vieux-Montréal (P143,S1,D11).

 

Cahier 3, non paginé, 1947, BAnQ Vieux-Montréal (P143,S1,D11).

 

L’acquisition de ces cahiers, témoins privilégiés des interrogations et réflexions de Judith Jasmin, constitue un remarquable ajout au fonds d’archives de cette grande communicatrice conservé à BAnQ Vieux-Montréal.

 

Marthe Léger, archiviste – BAnQ Vieux-Montréal

 

En complément :

Judith Jasmin, 1916-1972 : de feu et de flamme, par Colette Beauchamp, Boréal, 1992.

https://www.fpjq.org/prix-et-bourses/prix-judith-jasmin/

https://www.fpjq.org/prix-et-bourses/prix-judith-jasmin/prix-hommage/ (Prix remis à Lise Bissonnette en 2016)

http://blogues.banq.qc.ca/instantanes/2016/11/11/parrainage-dorphelins-de-deuxieme-guerre-mondiale/

Inauguration d’une œuvre du génie québécois : le pont-tunnel Louis-Hippolyte-La Fontaine

Les cérémonies officielles entourant l’inauguration du pont-tunnel Louis-Hippolyte La Fontaine, reliant Montréal à la Rive-Sud, ont lieu le samedi 11 mars 1967 soit quelques semaines avant l’ouverture de l’Exposition universelle de Montréal. Outre les nombreux automobilistes impatients d’utiliser cette nouvelle voie rapide, des centaines de personnes assistent à l’événement. Parmi les invités et dignitaires, signalons notamment le chef de l’opposition officielle du Québec, Jean Lesage ; l’évêque auxiliaire de Montréal, Mgr Paul Grégoire ; le coordonnateur du chantier, Roger Leblanc ; le maire d’Ottawa, Jules Morin ; le premier ministre du Québec, Daniel Johnson et le maire de Montréal, Jean Drapeau.


Panneau promotionnel sur les lieux des cérémonies d’inauguration du pont-tunnel, 11 mars 1967. BAnQ Vieux-Montréal (E6,S7,SS1,D670571 À 670599). Photographe: Adrien Hubert.

 

Le projet de construction du pont-tunnel remonte à octobre 1960 alors que les gouvernements fédéral et provincial signent une entente pour la construction d’une section de la route transcanadienne sur le territoire québécois qui reliera l’Ontario à Rivière-du-Loup. Le projet est officiellement lancé en mai 1962 et le chantier débute le 15 juillet 1963.

Quelques semaines plus tard, environ 300 familles de Longue-Pointe sont expropriées ou relocalisées malgré les protestations et les manifestations. La démolition de l’église Saint-François-d’Assise et du presbytère de Longue-Pointe a lieu au printemps 1964. Pour les concepteurs du projet, ces expropriations et démolitions sont un moindre mal puisque la construction d’un pont suspendu aurait défiguré le paysage de la ville et détruit non seulement le quartier entier de Longue-Pointe, mais également une partie de Ville d’Anjou.


Construction en cale sèche d’un des sept caissons du pont-tunnel, 1965, BAnQ Vieux-Montréal (E6,S7,SS1, D650611 à 650622). Photographe: Gilles Richard.

 

La conception de l’ouvrage routier relève de la société conjointe d’ingénieurs-conseils Brett & Ouellet, Lalonde & Valois (Lavalin) et Per Hall et Associés. L’option d’un pont-tunnel – le plus grand tunnel sous-marin au Canada – est privilégiée considérant les coûts et la complexité de construction d’un pont enjambant la voie maritime du Saint-Laurent. D’une longueur de 1,5 km et d’une profondeur de 24 mètres, le tunnel sous-marin rejoint un pont de près de 460 mètres de longueur situé sur l’île Charron. La pente du tunnel s’incline à 4,5% tandis que trois tubes le composent : deux pour la circulation automobile à trois voies et un troisième qui assure l’aération du tunnel. Deux tours de ventilation situées à chaque extrémité de l’ouvrage sont reliées aux ensembles tubulaires.


Vue aérienne de l’entrée nord et des tours de ventilation du pont-tunnel. Au centre en haut de la photographie, on voit l’hôpital Saint-Jean-de-Dieu (maintenant Louis-Hippolyte-La Fontaine), 1967. BAnQ Vieux-Montréal (E6,S7,SS1, D670497 à 670530). Photographe: Gabor Szilasi.

 

Inauguration du pont-tunnel en présence de Daniel Johnson, Jean Drapeau et Jean Lesage. 11 mars 1967. BAnQ Vieux-Montréal (E6,S7,SS1,D670571 À 670599). Photographe: Adrien Hubert.

 

La construction du pont-tunnel n’a jamais empêché la navigation sur la voie maritime. Elle a de plus généré environ 600 emplois réguliers et fait travailler plus de 2 500 ouvriers au plus fort du chantier. De nos jours, ce sont environ 130 000 véhicules qui empruntent cette portion de la route transcanadienne la reliant à l’autoroute 40. Elle a été nommée en l’honneur de Louis-Hippolyte La Fontaine (1807-1864), homme politique du Bas-Canada né à Boucherville.


Mireille Lebeau, archiviste – BAnQ Vieux-Montréal


Pour en savoir plus :

– Blogue Instantanés de Johanne Mont-Redon, Expropriation : quand bâtir veut dire partir. http://blogues.banq.qc.ca/instantanes/2014/09/25/expropriation-batir-veut-dire-partir/.

– Édition du 13 mars 1967 du journal La Presse http://collections2.banq.qc.ca/lapresse/src/cahiers/1967/03/13/82812_1967-03-13.pdf

– Gaudry, William, Laboratoire d’histoire et de patrimoine de Montréal. https://lhpm.uqam.ca/upload/files/Affiche_-_William_-_10_mai_2016.pdf

– Office du film du Québec : Pont-tunnel Louis-Hippolyte-La Fontaine – La sécurité dans le tunnel – Office du film du Québec (1970)

– Site du ministère des Transports du Québec : https://www.transports.gouv.qc.ca/fr/projets-infrastructures/projets/reseau-routier/projets-routiers/CMM/louis-hippolyte-lafontaine/Pages/refection-pont-tunnel.aspx

« Chagall », chanson de Marcel Cabay et Herbert Ruff

En 1966, Marc Chagall reçoit le disque vinyle, aujourd’hui introuvable, de la chanson « Chagall », écrite par Marcel Cabay et mise en musique par Herbert Ruff.

De sa villa « Les collines » de Vence, Marc Chagall écrit à Marcel Cabay une courte lettre dans laquelle il exprime sa «… reconnaissance pour la sympathie que vous me manifestez ainsi qu’à mon art. », précise qu’il a «… apprécié le timbre de voix et les sentiments exprimés. » et lui souhaite «… du succès pour continuer dans cette voie…».

 

« Chagall », tapuscrit de Marcel Cabay, [196-], BAnQ Vieux-Montréal. (P858,S7).


 

« Chagall », manuscrit de Marcel Cabay, [196-], BAnQ Vieux-Montréal. (P858,S7).


 

Marthe Léger, archiviste – BAnQ Vieux-Montréal

 

En complément :

 

  • « Chagall », texte de Louis Aragon mis en musique et interprété par Jean Ferrat

 

 

Avez-vous un permis?

Si les voyages sur le continent nord-américain et la traite des fourrures vous intéressent, la série TL4,S34 contient quelque 1000 congés et permissions accordés par le gouverneur entre 1721 à 1752 et disponibles sur le site de BAnQ. Ce sont des autorisations qui permettent à des individus d’équiper des canots pour aller commercer avec des Amérindiens à un poste dans l’arrière-pays, ou pour faire de la prospection et des explorations au nom du roi.

En 1696, le roi de France supprime les congés, d’une part à cause de l’effondrement des marchés en France et, d’autre part, parce que les colons français se sont «abandonnés au libertinage, à la débauche, [et] à toutes sortes de désordres et de crimes»; en 1716, la pratique est rétablie.


Enregistrement d’une permission accordée par Philippe Rigaud de Vaudreuil à De Cournoyer pour aller aux Pays-d’En-Haut, 30 avril 1721. BAnQ Vieux-Montréal (TL4,S34,P9).

Enregistrement d’une permission accordée par Philippe Rigaud de Vaudreuil à De Cournoyer pour aller aux Pays-d’En-Haut [suite], 30 avril 1721. BAnQ Vieux-Montréal (TL4,S34,P9).

 

Dans ce document exceptionnel, Hertel de Cournoyer s’engage à transporter et à mettre ses engagés au service du père Pierre-François-Xavier de Charlevoix (1682-1761) mandaté par le régent Philippe, duc d’Orléans pour localiser la Mer de l’Ouest qui ouvrirait la voie vers les contrées de l’Orient.

Ce texte est particulièrement intéressant parce qu’il fait référence à trois aspects au cœur de l’histoire de la Nouvelle-France soit la traite des fourrures entre les coureurs des bois et les Amérindiens, les voyages des explorateurs sur le continent nord-américain et la présence des communautés religieuses dans leur tentative de convertir les Sauvages en Amérique.


Carte de l’Amérique du Nord pour servir à l’histoire de la guerre de 1755 à 1760, 1800. BAnQ Rosemont-La Petite-Patrie (G/3301/S1/1800/M35 CAR). Anne-Joseph-Hippolyte de Maurès comte de Malartic.

 

Nous pouvons voir sur cette carte les postes de traite les plus fréquentés par les voyageurs : Détroit et Michillimakinac au Michigan, la Baie-des-Puants et Chagouamigon au Wisconsin, Michipicoton et Kaministiquia en Ontario, le poste des Miamis en Indiana et celui de la Rivière au Bœuf en Pennsylvanie. Ils se rendaient même parfois jusqu’au Lac Ouinipigon et au poste du Fort La Reine au Manitoba.


Enregistrement d’une permission accordée par Jacques-Pierre Taffanel de la Jonquière à D’Ailleboust de la Madeleine et D’Ailleboust de Menthet, 12 juin 1750 [extrait]. BAnQ Vieux-Montréal (TL4,S34,P901).


 

Le nombre d’engagés par canot varie, mais la plupart des congés mentionnent leurs noms, prénoms et lieux d’origine. Ces hommes sont surtout originaires de Montréal et des villages avoisinants comme Soulanges, Île-Perrot, Châteauguay, Rivière-des-Prairies, ainsi que de localités des rives sud et nord : Laprairie, Contrecœur, Boucherville, Maskinongé, Lavaltrie, Berthier. Ils partent pour une période maximale de 18 mois et la date de leur départ de Montréal est parfois mentionnée.

En plus de nous indiquer les lieux de traite et l’identité des voyageurs, cette série nous fait découvrir le courage de quelques femmes parties pour le long voyage vers l’Ouest avec leurs enfants. On pense à Marie-Anne Tetard de Forville, épouse de Joseph Lefebvre, installée au poste des Miamis avec ses enfants (TL4, S34, P38); à Barbe De Montmegnier et son époux François Lacroix, de la Côte de Beaupré, partis s’installer aux Illinois avec leurs cinq enfants (TL4, S34, P92).

Enregistrement d’une permission accordée par Philippe Rigaud de Vaudreuil à Marguerite Lalande, femme de Nicolas Ladouceur, 6 septembre 1724 [extrait]. BAnQ Vieux-Montréal (TL4,S34,P136).


 

Ci-dessus, le permis accordé à une toute jeune mère, Marguerite Lalande l’épouse de Nicolas Ladouceur qui s’est installé dans l’Ouest. Elle gère leur commerce de traite à partir de Montréal, engage des voyageurs, emprunte des fonds, signe des conventions. Le gouverneur Rigaud de Vaudreuil lui permet de se rendre au poste des Miamis et Ouyatanons avec un canot et quatre hommes. Le document n’indique pas si son nourrisson, Marie-Josèphe, et sa fille d’un an Marie-Thérèse, font partie du voyage.

Ainsi, ces congés de traite homologués sont riches d’informations pour qui s’intéresse à l’étude de la traite des fourrures au 18e siècle, alors que les historiens de la famille pourront peut-être y retracer un ancêtre.


Denyse Beaugrand-Champagne, archiviste – BAnQ Vieux-Montréal

Dans le cadre du Mois de l’histoire des Noirs – L’Affaire Christie c. York : une saga judiciaire méconnue au Québec

Peu importe l’époque, il y a certaines choses qui ne changent pas dans la vie. Boire une bière entre amis avant un évènement sportif est sans doute l’une d’elles. Aussi, il est difficile d’imaginer que ce simple désir, presque traditionnel, puisse aboutir à une saga judiciaire s’étant rendue à la Cour suprême du Canada!

On trouve dans le Fonds Cour supérieure (TP11), à BAnQ Vieux-Montréal, un dossier qui témoigne de la lutte pour les droits des Afro-Canadiens. On oublie souvent que le racisme n’est pas exclusif aux Américains, les Noirs au Canada ont eux aussi été confrontés à des pratiques discriminatoires.

Contrairement aux États-Unis, il est vrai que l’on n’y trouve pas de lois encourageant explicitement cette discrimination. Toutefois, des précédents juridiques qui mettent l’accent sur les droits de propriété des commerçants et employeurs leur permettent de fermer leurs portes à cette clientèle, ou du moins à la traiter différemment. À ce chapitre, Montréal, métropole canadienne, n’est pas très différente de ses consœurs américaines au début des années 1930.

Nous sommes le 11 juillet 1936. Un groupe d’amis se rend au Forum pour assister à un match de boxe. Avant l’évènement, Fred Christie, Émile King et Steven St-Jean, souhaitent boire une bière à la York Tavern située dans l’amphithéâtre. Rien de plus normal, pensez-vous ? Pourtant, un des serveurs de l’établissement, suivant les directives de son employeur, refuse de servir Christie et King parce qu’ils sont Noirs.

 

Christie c. York [extrait]. 1939. BAnQ Vieux-Montréal. Fonds Cour supérieure, Greffe de Montréal, Matières civiles en général, Dossiers portés en appel. (TP11,S2,SS2,SSS2, nos 151809, 151592 et 152164 [contenant 1992-07-002 \ 1110]).

 

Jamaïcain d’origine, amateur de hockey et de boxe, chauffeur de taxi et résident de Verdun depuis près de 20 ans, ce n’est pas la première fois que Christie fait face à ce genre de discrimination. Or, cette fois, il décide d’agir : la police est appelée sur les lieux; il espère qu’elle pourra témoigner en sa faveur devant les tribunaux. Avec l’aide d’un étudiant en médecine de l’université McGill (Kenneth Melville, premier homme noir à fréquenter cette faculté), des fonds sont recueillis pour acquitter les frais juridiques.

En mars 1937, Christie et son avocat Lovell C. Caroll obtiennent gain de cause à la Cour supérieure du Québec. Le juge Philippe Demers qui considère que la taverne s’apparente à un restaurant s’appuie sur le Code civil du Bas-Canada pour affirmer qu’en vertu du permis qui lui est accordé par le gouvernement, elle ne peut refuser de servir qui que ce soit. De plus, selon lui, toute personne capable de distinguer le bien du mal ne peut invoquer une tierce personne pour refuser de faire le bien. L’établissement est donc condamné à verser 25$ de dédommagement à Christie. La York Corporation via son avocat, Hazen Hansard, décide toutefois de porter le verdict en appel. Dans une décision rendue le 24 mai 1938, quatre des cinq juges de la Cour du Banc du Roi (Cour d’appel) infirment ce premier jugement : une taverne n’est pas un restaurant et puisque tout propriétaire est libre d’administrer son commerce comme il le souhaite, il est aussi libre de choisir sa clientèle. Lorsque Christie porte appel de cette décision à la Cour suprême du Canada, le résultat reste le même : le droit de propriété l’emporte sur le droit de la personne.

Tant le jugement de la Cour d’appel du Québec que celui de la Cour suprême démontrent le peu d’importance que l’on accorde alors aux droits individuels. À chaque occasion, c’est le droit de propriété qui est mis de l’avant. La dissension du juge Antonin Galipeault (Cour d’appel du Québec), puis du juge Henry Hague Davis (Cour suprême du Canada) sont toutefois de bons augures. Pour Antonin Galipeault, servir monsieur Christie n’aurait entrainé aucun dommage à l’entreprise. Ce refus lui semble donc déraisonnable. Henry Hague Davis abonde aussi dans le même sens et ajoute que puisque le permis de vente d’alcool est attribué par les gouvernements provinciaux, ces mêmes gouvernements peuvent limiter certaines pratiques liées à la libre entreprise pour le bien du public en général. Au Québec, il faut attendre l’adoption de la Charte des droits et libertés de la personne en 1975 pour que les tribunaux soient correctement outillés à juger ce type de cause.

Christie c. York, Jugement du juge P. Demers de la Cour supérieure [première page]. 1939. BAnQ Vieux-Montréal. Fonds Cour supérieure, Greffe de Montréal, Matières civiles en général, Dossiers portés en appel. (TP11,S2,SS2,SSS2, nos 151809, 151592 et 152164 [contenant 1992-07-002 \ 1110]).


Christie c. York, Jugement du juge P. Demers de la Cour supérieure [deuxième page]. 1939. BAnQ Vieux-Montréal. Fonds Cour supérieure, Greffe de Montréal, Matières civiles en général, Dossiers portés en appel. (TP11,S2,SS2,SSS2, nos 151809, 151592 et 152164 [contenant 1992-07-002 \ 1110]).

 

York Tavern. BAnQ Vieux-Montréal. Fonds Cour supérieure, Greffe de Montréal, Matières civiles en général, Raisons sociales, Montréal. (TP11, S2, SS20, SSS48, no 434 [26 juin 1933] et 1087 [16 août 1935]). On note que le tavernier Jimmy F. Parent, est propriétaire.

 

York Tavern. BAnQ Vieux-Montréal. Fonds Cour supérieure, Greffe de Montréal, Matières civiles en général, Raisons sociales, Montréal. (TP11, S2, SS20, SSS48, no 434 [26 juin 1933] et 1087 [16 août 1935]). On note que le bourgeois Joseph E. Barbin est copropriétaire.

 

York Tavern. BAnQ Vieux-Montréal. Fonds Cour supérieure, Greffe de Montréal, Matières civiles en général, Raisons sociales, Montréal. (TP11, S2, SS20, SSS48, no 397 [1936]). Dans ce troisième document, le commerce initialement localisé au 2079 de la rue Saint-Catherine se trouve dorénavant dans les locaux du Forum. Il est aussi devenu une entreprise incorporée sur la présidence de l’Honorable Donat Raymond. Fait à noter : dans son témoignage, Christie affirme avoir souvent fréquenté cette taverne avant son transfert dans l’amphithéâtre.

 

Jugements judiciaires

 

 

Denis Boudreau, bibliothécaire – BAnQ Vieux-Montréal

 

Pour en savoir plus

 

Livres

 

 

Articles

  • MATHIEU, Sarah-Jane, « North of the Colour Line: Sleeping Car Porters and the Battle Against Jim Crow on Canadian Rails, 1880–1920», Labour/Le Travail, vol. 47, 2001, pp. 9-41. Consulté dans JSTOR.
  • ADAMS, Eric M. « Errors of fact and law : Race, space, and hockey in ‘’Christie v York’’ », The University of Toronto Law Journal, vol. 62, no. 2 (Fall 2012), pp. 463-497. Consulté dans JSTOR.

 

Sur le Web

Un village, un moulin et du hockey

À la fin du XIXe siècle, les forêts vierges de la Côte-Nord sont convoitées par des industriels désireux de s’approvisionner en matières premières. Parmi eux, les frères Clarke, propriétaires d’une maison d’édition à Toronto, qui, lors d’un voyage de pêche sur la Côte-Nord en 1898, ont trouvé l’emplacement idéal pour y ériger un moulin à papier.

 

Bénédiction du S.S. North Shore ; Walter Clarke, Mgr Labrie, inconnu et Desmond Clarke, 1947. BAnQ Sept-Îles (P8,S1,P296). Photographe non-identifié.

 

C’est en 1901 que débute la construction des installations nécessaires à l’exploitation forestière autour desquelles sera érigé le village de Clarke City. Situé à environ 17 km de Sept-Îles, ce village de pêcheurs près de la Rivière Sainte-Marguerite possédait le potentiel hydroélectrique essentiel à l’érection d’un moulin.

 

Ste. Marguerite Dam, 12 octobre 1955. BAnQ Sept-Îles (P21,P5554). Photographe non-identifié.

 

À cette époque la compagnie s’occupait de tout : le logement, les services … et les loisirs de ses employés. Les hivers étaient rudes et la faiblesse du débit de la Rivière Sainte-Marguerite réduisaient l’apport en énergie électrique durant les mois de janvier à avril ce qui ne permettait pas de garder opérationnel le moulin. Le développement d’activités de loisirs s’avère donc nécessaire pour occuper les travailleurs qui y étaient affectés.

 

Vue aérienne de Clarke City en hiver, 10 octobre 1954. BAnQ Sept-Îles (P21,P5178). Photographe non-identifié.


C’est en parcourant les journaux manuscrits conservés dans le fonds Gulf Pulp and Paper Company (P49) à BAnQ Sept-Îles que vous pourrez découvrir une mine d’informations sur la vie à Clarke City. En effet, l’arrêt annuel de production y est clairement inscrit. On y découvre qu’en l’année 1924, le moulin a repris du service à compter du 21 avril et que la production de la pulpe a cessé le 31 décembre 1924.

 

Gulf Pulp and Paper Company Diary, 21 avril 1924. BAnQ Sept-Îles (P49).

 

Outre les témoignages relatifs aux opérations forestières, ces journaux sont riches en témoignages pour la période 1924 à 1957. Les informations consignées portent sur le développement du village, la vie sociale, les naissances, les carnavals, l’industrie forestière, mais également sur le « phénomène hockey ». Eh oui ! Même en région éloignée, de véritables ligues ont vu le jour. D’abord formées d’équipes composées de résidents du village portant les noms de «Mill» «Town» et «Bush» elles compétitionnent entre elles avant d’affronter les équipes formées dans les villages environnants.

 

Équipe de hockey «Bush» de Clarke City, vers 1930. BAnQ Sept-Îles (P6,S3,D4,P674). Photographe non-identifié.

 

Équipe de hockey «Town» de Clarke City : 1ère range: Lantier, 2e rangée : Topping, Ross, 3e rangée : Leclerc, Green, Walter Clarke, Topping, vers 1920. BAnQ Sept-Îles (P20,S4,P19). Photographe non identifié.

 

Partie de Hockey à Clarke City, Clarke City vs Shelter Bay, vers 1950. BAnQ Sept-Îles (P20,S4,P29). Photographe non identifié.

 

Telle fut notre agréable découverte en lisant la première page du tout premier journal de cette compagnie conservé dans nos locaux !

 

Gulf Pulp and Paper Company Diary, Hockey – Clarke City – season 1923-24, 1924. BAnQ Sept-Îles (P49).

 

Gulf Pulp and Paper Company Diary, Hockey – Clarke City – season 1923-24, 1924. BAnQ Sept-Îles (P49).

 

Danielle Saucier, archiviste-coordonnatrice – BAnQ Sept-Îles

 

Pour en savoir plus:

  • Isabel Calderón, Histoire de Clarke City, Comités culturel et du Centième anniversaire de Clarke City, Sept-Îles, 1998, 61 pages.

Les patrouilles de nuit à Québec

En 1818, une loi adoptée à l’Assemblée législative promulguait que dorénavant, pour veiller à la sécurité des cités (Québec et Montréal), une troupe d’hommes de guet sillonnerait les rues à la nuit tombée. Ces patrouilleurs, équipés d’un bâton et d’un fanal, veilleraient au maintien de l’ordre général des villes et assureraient l’allumage des lanternes dans les rues.

« Acte qui pourvoit plus efficacement à la sûreté des Cités de Québec et de Montréal, par l’établissement de Guets et de Flambeaux de Nuit… », Journal de la Chambre d’Assemblée du Bas-Canada, p. 77, 19 janvier 1818.


Si cette loi de 1818 encadrait légalement la mise en place d’une surveillance de nuit avec des membres rémunérés, la présence de patrouilleurs et d’hommes de guet dans les rues des villes était remarquée depuis le XVIIIe siècle. En 1796, des professionnels, des marchands et des maîtres-artisans s’étaient organisés afin d’assurer la sécurité de leurs commerces. Ce type de patrouille hétéroclite agissait de manière bénévole, mais les membres percevaient en guise de salaire, un pourcentage des amendes délivrées lors de leurs rondes. Après la Conquête, les «services policiers» furent inégalement assurés selon les périodes, par les baillis, les capitaines de milice et les huissiers.

BAnQ Québec possède des rapports de patrouilles pour 1837 et 1838 conservés dans le Fonds ministère de la Justice (E17) qui sont révélateurs de la vie nocturne dans la Haute-Ville de Québec.

 

Rapport sur les patrouilles de nuit dans la Haute-ville de Québec, 9 novembre 1837. BAnQ Québec (E17_1960-01-036/5)

 

Rapport sur les patrouilles de nuit dans la Haute-ville de Québec, 29 novembre 1837. BAnQ Québec (E17_1960-01-036/5)

 

Rapport sur les patrouilles de nuit dans la Haute-ville de Québec, 14 janvier 1838. BAnQ Québec (E17_1960-01-036/5)

 

Ces patrouilles devaient effectuer trois rondes par soir, la première vers 21h00, la seconde vers 23h00 et la troisième aux alentours de 2h du matin. Les rondes étaient assurées alternativement par une équipe francophone, un jour, et une équipe anglophone, le jour suivant. La plupart des interventions consistaient à prévenir les incendies, à intercepter les individus en état d’ébriété et à gérer les désordres publics.

 

Liste des patrouilleurs de nuit dans la Haute-ville de Québec, 1837-1838. BAnQ Québec (E17_1960-01-036/5)

 

Cette série de documents témoigne d’évènements se déroulant synchroniquement avec les Rébellions des Patriotes. S’agit-il d’une simple coïncidence ou si à l’inverse, les patrouilles de nuit de 1837-1838 découlèrent d’une cause à effet avec le bouillonnement social au Bas-Canada à cette époque? Une étude approfondie de ces documents particuliers apportera peut-être une réponse à cette question!

 

Jean-Philippe Asselin, agent de bureau – BAnQ Québec

 

Pour en savoir plus :

Donald Fyson, Magistrats, police et société : la justice criminelle ordinaire au Québec et au Bas-Canada, 1764-1837, Montréal, Hurtubise, 2010, 592 p.

David-Thierry Ruddel et Marc Lafrance, «Québec, 1785-1840 : problèmes de croissance d’une ville coloniale», Histoire sociale / Social History, Vol. 10, No 20, (1985), p. 315-333.

Hommage à Pierre-Georges Roy : en route vers le 100e anniversaire des Archives nationales du Québec

Historien, archiviste, journaliste et auteur, Pierre-Georges Roy est une figure importante et peu connue de l’histoire du Québec. Né à Lévis en 1870, il étudie au Collège de Lévis et au Petit séminaire de Québec, deux institutions scolaires réputées de la région de Québec.


Pierre-Georges Roy, vers 1895. BAnQ Québec (P560,S2,D1,P1169). Photographie par Livernois.


À 20 ans, il fonde sa première revue historique Le Glaneur (1890),  suivi du Bulletin des recherches historiques : bulletin d’archéologie, d’histoire, de biographie, de numismatique mieux connu par les chercheurs sous l’appellation de « BRH » publié de 1895 à 1968. Au cours de ses recherches et de ses travaux, P.-G. Roy constate que les archives documentant la naissance du Canada et du Québec sont dispersées un peu partout en Europe et aux États-Unis. Leur conservation se retrouve au cœur de ses préoccupations et il se donne pour mission de les inventorier et de les rapatrier au Québec. Le Service des archives de la province de Québec est le résultat des efforts déployés par monsieur Roy et ses partenaires. À juste titre, le Secrétaire de la province, Athanase David, le nomme Archiviste de la province le 2 septembre 1920, date qui marque officiellement la naissance des Archives de la province de Québec.


Bulletin des recherches historiques : bulletin d’archéologie, d’histoire, de biographie, de numismatique. Prospectus. Janvier 1895, vol. 1, no 1.


Au cours de sa carrière d’archiviste, de 1920 à 1943, Pierre-Georges Roy travaille inlassablement à  inventorier les sources documentaires des Régimes français et britannique et défend auprès des élites gouvernementales, l’importance de la conservation des archives de l’État. Le fruit de son travail est publié annuellement dans le Rapport de l’archiviste de la province de Québec. Fier défenseur du patrimoine culturel québécois, P.-G. Roy occupe également le poste de secrétaire de la Commission des monuments historiques (1922 à 1941) et participe, en 1931, à la fondation du Musée provincial du Québec dont il sera le premier conservateur. Son intérêt pour l’histoire et sa connaissance des documents d’archives permettent à Pierre-Georges Roy d’écrire près de 300 publications. Son œuvre est principalement constituée d’histoires de familles, de monographies de monuments et de lieux historiques et d’inventaires de documents. Son fils Antoine lui succède au poste de conservateur des Archives de la province et poursuit la collecte et l’inventaire du patrimoine documentaire du Québec. Les documents textuels acquis par Pierre-Georges et Antoine Roy sont conservés dans la Collection Centre d’archives de Québec (P1000,S3)


Antoine Roy, vers 1937. BAnQ Québec  (P1000,S4,D83,PR48-4). Photographie par Sartony Laffitte.


L’année 2020 marquera le 100e anniversaire de la création des Archives de la province de Québec, aujourd’hui la Direction générale des Archives nationales de BAnQ.


Pour en connaître davantage sur l’histoire des Archives nationales du Québec et sur son fondateur, vous pouvez consulter trois fonds intéressants conservés à BAnQ Québec :

Fonds Archives nationales du Québec (E53).

Fonds Bibliothèque et Archives nationales du Québec (E200)

Fonds Famille Roy (P608)


Source complémentaire :

Répertoire du patrimoine culturel du Québec


Amélie Doyon, archiviste – BAnQ Québec




© Bibliothèque et Archives nationales du Québec