Le lac Flora, un attrait naturel disparu

Jusqu’au début du XXe siècle, le lac Flora se trouve au centre de l’île de Hull, une île formée par une rivière et un ruisseau. Il est nommé Flora pour les plantes à fleurs couvrant sa surface. Pour certains, en raison de son eau stagnante et de sa faible profondeur, le lac devrait plutôt être qualifié d’étang naturel. Le site est aujourd’hui connu sous le nom de parc Fontaine.

 

Map of the village of Hull, 25 novembre 1863. BAnQ Québec (E21,S555,SS1,SSS23,P23). Auteur : William A. Austin.

 

À la fin du XIXe siècle, le lac Flora est un lieu de divertissement. En hiver, il est fréquenté par les amateurs de courses de chevaux sur glace et les enfants qui s’amusent sur la patinoire. En été, il est visité par les pique-niqueurs et les baigneurs qui s’y rafraîchissent.

Les phénomènes naturels lui donnent même un air surnaturel. Par exemple, par un beau dimanche soir de 1889, la houle formée par de grands vents balaye le fond marécageux du lac au-dessus duquel s’élèvent de nombreux feux follets. Ces petites flammes dessinent en surface une variété de figures qui donnent l’impression que le lac est en feu. Ce spectacle se déroule pendant deux heures sous les yeux des spectateurs.

 

Insurance plan of Hull, Québec, 1891. BAnQ numérique (http://collections.banq.qc.ca/ark:/52327/2246903).

 

À la suite des grands incendies de la ville, le lac devient une zone de refuge. Afin d’échapper au grand feu de 1900, des centaines de citoyens recouverts seulement de leurs habits trempés s’enfuient vers ses rives et y campent pendant plusieurs nuits.

Avec l’augmentation des habitants, le lac est entouré de rues bordées de terrains étroits ornés de maisons en bois. On retrouve également des cabanes et des « bécosses » sur ses rives. Seuls les terrains vaseux situés au nord sont inhabités. Ainsi, au début du XXe siècle, le lac devient une source de malheur. Les terres autour du lac sont inondées chaque printemps. Des caves se remplissent d’eau. Des maisons menacent de s’écrouler. Des familles quittent leur demeure temporairement. Certains bâtiments finissent même par devenir invivables.

 

Map of the city of Hull, Ottawa county, province of Quebec, Canada, 1908. BAnQ Rosemont-La Petite-Patrie, collection cartographique (http://collections.banq.qc.ca/ark:/52327/2243917).

 

En 1909, la Ville de Hull redirige l’écoulement de certains égouts vers le lac, et ce, même s’il reçoit une quantité déjà trop élevée d’eaux usées selon ce qu’affirme un ingénieur. Un officier de la santé déclare ensuite que l’état lamentable du plan d’eau représente une menace pour la santé publique. Bref, l’urbanisation fait en sorte que le lac Flora devient un gâchis puant et malsain!

Les citoyens se plaignent fréquemment de cette situation insupportable. Néanmoins, ce n’est qu’en 1910 que la Ville construit un deuxième canal jusqu’à la rivière pour drainer l’eau du lac. Antérieurement, elle s’est contentée de creuser plus profondément le premier canal construit en 1885 afin d’abaisser le niveau de l’eau.

Avant son assainissement, le lac peut être un endroit dangereux. Les enfants risquent de s’y noyer, comme c’est le cas pour le fils d’un épicier qui périt en 1910, peu de temps avant le début des travaux. De plus, les médecins affirment que l’eau corrompue du lac est la cause des épidémies du début du XXe siècle. La diphtérie, le choléra et la fièvre typhoïde ont fait des ravages dans le quartier.

 

Lettre de George C. Wright au Dr J.E. Fontaine, 12 juillet 1909. Lettre annexée à l’acte n° 12575 du notaire F. A. Labelle, 1909-1911. BAnQ Gatineau (CN701,S28).

 

À la suite du drainage, des problèmes persistent malgré tout. Des égouts se vident toujours dans le lac, des ordures s’y déversent et une porcherie y jette ses carcasses. La Ville met tout simplement de la chaux pour cacher les odeurs. Un lit de boue de cinq pieds de profondeur recouvre une partie du site et représente un danger pour les citoyens. D’ailleurs, en 1911, un homme passe à travers la glace en tentant de traverser le lac et il s’enfonce dans la boue jusqu’à la taille. Heureusement, il est sauvé par un résident du secteur.

Au début des années 1920, les habitants du quartier construisent des glissoires sur une des rues environnantes pour y retrouver les plaisirs d’antan. Les enfants y glissent jusqu’à se rendre à l’ancien lac et un trottoir de bois leur permet de traverser la boue restante sans danger.

 

Vue aérienne d’Ottawa et de Hull en hiver, vers 1925. BAnQ Québec (P600,S4,SS3,P668/32). Photo : Fairchild Aerial Surveys Co. Of Canada Ltd.

 

En 1925, la Ville entreprend des démarches auprès de la Commission fédérale d’embellissement (CFE) afin d’obtenir une somme d’argent pour le développement du parc Flora. La transformation de ces 30 acres de friches était nécessaire depuis longtemps, mais la Ville n’avait pas les moyens de l’accomplir par elle-même.

Les travaux approuvés par la CFE durent longtemps. Ils débutent au printemps 1927 et se terminent à la fin de l’été 1929. Une grande quantité de terre est nécessaire pour enterrer les restes du vieux lac, ce qui engendre un coût énorme pour l’époque. L’ouverture du parc Flora a lieu en septembre 1929. La transformation du site en une aire de jeux comme l’avaient désiré les anciens propriétaires (la succession Wright et Scott) est très appréciée par les enfants de ce quartier défavorisé. Ce bel étang, devenu une fosse nocive, était un candidat idéal pour être transformé en parc public.

 

Insurance plan of Hull, Québec, 1928. BAnQ numérique (http://collections.banq.qc.ca/ark:/52327/2247045).

 

L’aire de jeux est rebaptisée parc Fontaine en 1935, en l’honneur d’un ancien maire de Hull. De nos jours, les limites du parc sont donc une combinaison des rues environnantes et de la courbe de l’ancien rivage. Malgré la disparition du lac, on y retrouve les mêmes divertissements que ceux qui étaient pratiqués au XIXe siècle : la baignade, les pique-niques, les jeux et la patinoire.

Mélanie Plouffe, agente de bureau – BAnQ Gatineau

Pour en savoir plus :

 

Ernest E. CINQ-MARS, Hull : son origine, ses progrès, son avenir, Éditions Bérubé et Frères, 1908, 241 p.

Les journaux Le Canada, Le Droit, The Evening Citizen, La Presse, Le Temps, Le Devoir, Le Courrier du Canada, Le Journal des campagnes, L’Action sociale, Le Soleil, The Ottawa Journal, La Tribune, La Vallée d’Ottawa, 1884-1929.

Lettre du comité nommé pour changer le nom des rues à Léon Leblanc, greffier de la Cité de Hull, 26 septembre 1936. Archives de la Ville de Gatineau (H005-01/0043).

Procès-verbaux du conseil municipal de Hull, 1885-1911. Archives de la Ville de Gatineau, (H002), (https://www.gatineau.ca/portail/default.aspx?p=guichet_municipal/archives/documents_numerises).