La drave en Outaouais, une région bâtie avec l’eau et le bois

Pour un passionné d’histoire, une visite du Québec peut s’avérer une expérience enrichissante. Nous pouvons y découvrir la terre d’arrivée de Jacques Cartier dans la péninsule gaspésienne, des trésors de la Nouvelle-France à Québec ou encore les traces d’une période plus récente liée au retour à la terre des années 1930 dans les Laurentides ou en Abitibi-Témiscamingue.

Lorsque l’on arrive en Outaouais, l’élément historique caractéristique de la région n’est pas évident à première vue. Toutefois, en y regardant de plus près, cet élément devient flagrant. Il s’agit d’une histoire liée à la naissance et au développement de l’industrie forestière. Cette industrie possédait en ses rangs des hommes de courage exerçant l’un des métiers les plus dangereux: la drave.

 

Draveurs sur la rivière Quyon, reproduit vers 1978 (original créé vers 1920). BAnQ Gatineau (P14,S1,P157). Photographe non identifié.

 

Merci à Napoléon

C’est au début du XIXe siècle que l’industrie forestière en Outaouais prend son essor et annonce, d’une certaine manière, l’ouverture régionale. À cette époque, l’empereur des Français, Napoléon Ier, livre une guerre à la Grande-Bretagne. C’est alors qu’il instaure un blocus commercial. Pour pallier ce blocus touchant particulièrement les importations de bois venant de l’Europe de l’Est et de la Scandinavie, la Grande-Bretagne se tourne vers sa colonie nord-américaine pour le ravitaillement en bois.

Sur le terrain, quelques familles réussissent à se hisser dans les plus hautes sphères de cette industrie. Elles prennent ainsi le contrôle des opérations quotidiennes. Nous pouvons penser à la famille Wright de Hull, à la famille MacLaren de Buckingham ou à la famille Gilmour du comté de Pontiac.

 

Transport sur les rivières

L’une des bases de cette industrie dans la région est le réseau hydrographique. On y retrouve notamment la rivière des Outaouais à l’ouest, la rivière du Lièvre à l’est et la rivière Gatineau au nord. Ces cours d’eau ont grandement supporté le transport du bois en Outaouais durant la plus grande partie des XIXe et XXe siècles.

Pour exécuter ce travail relativement peu coûteux, les compagnies forestières engagent des hommes en très bonne forme physique et possédant un bon esprit d’aventure. Chaque année, du début du mois d’avril jusqu’à l’automne, les draveurs et les « cageux » participent au travail forestier. Armés de leurs outils de prédilection, le  tourne-bille et la gaffe, ils doivent transporter des milliers de billots de bois de leur point de coupe jusqu’aux différentes usines de transformation des compagnies propriétaires.

Évidemment, ce travail n’est pas de tout repos. Malgré un salaire plus élevé que d’autres travailleurs forestiers, les draveurs doivent affronter des conditions de travail plus ardues, plus dangereuses et plus brutales que les autres. On n’a qu’à penser aux quarts de travail de 14 à 16 heures par jour, aux risques de blessures ou aux conséquences mortelles du travail, telles que les risques de noyade lors de la descente de rapides tumultueux. C’est sans compter les nombreuses conséquences à long terme sur la santé, comme l’arthrite chronique ou les rhumatismes.

 

Travailleurs forestiers s’apprêtant à laisser rouler des billes de bois dans la rivière, reproduit vers 1985 (original créé vers 1930). BAnQ Gatineau (P1000,S8,D14,P2). Photographe non identifié.

 

Pendant près de 200 ans, ces travailleurs de la drave ont été le maillon fort de la chaîne et ils ont permis la naissance et l’expansion de compagnies qui ont fait la renommée internationale de l’industrie forestière en Outaouais. Nous pouvons penser à la James MacLaren Company de Buckingham, à la E.B. Eddy Company de Hull, à la Stone Consolidated inc. du comté de Pontiac ou à la Canadian International Paper de Gatineau.

 

L’arrêt d’un métier

Avec la construction de chemins de fer et de routes, le transport par train et par camion vient supplanter l’utilisation des rivières. On remet en question d’ailleurs le trop grand impact environnemental de la drave. La drave vient aussi nuire à l’industrie touristique qui occupe une part beaucoup plus importante dans l’économie de l’Outaouais. Les plaisanciers et les amateurs de sports nautiques, notamment, se plaignent de plus en plus des effets néfastes de la drave sur leurs activités. Au début des années 1990, ces différentes réactions entraînent la fin graduelle du flottage du bois par les différentes compagnies forestières toujours présentes à travers le Québec.

Bref, par les millions de billots de bois transportés et les milliers de travailleurs impliqués, l’industrie forestière et sa pratique de la drave font maintenant partie intégrante de la jeune histoire de l’Outaouais. Ainsi, lors d’une prochaine visite dans la région, vous pourrez aller prendre un verre sur le boulevard de la Gappe à Gatineau, en empruntant le pont des Draveurs. Vous pourrez même aller encourager l’équipe de hockey des Draveurs de Gatineau lors d’une visite hivernale. Passionnés d’histoire, je vous invite à venir découvrir cette région bâtie solidement… avec l’eau et le bois.

BAnQ Gatineau rend disponibles plusieurs fonds d’archives contenant des documents relatifs à l’industrie forestière, tels que le fonds James Maclaren Company (P117), le fonds Stone Consolidated inc. (P191) et la Collection Venetia Crawford (P14).

 

François Veillette, technicien en documentation – BAnQ Gatineau

 

En complément :

Le sport extrême des anciens : la drave! (Histoire forestière de l’Outaouais : http://www.histoireforestiereoutaouais.ca/c3/ ).

La fin du flottage (Histoire forestière de l’Outaouais : http://www.histoireforestiereoutaouais.ca/d3/ ).

– Michael Rosen, traduction par Kristina Jensen, « La drave sur la Rivière Gatineau », Écho de Cantley, août 2014, volume 26, numéro 2.