Vitrine sur la vie d’Éléonore Gendreau : jeune femme, épouse et mère de famille

Le fonds de la famille Lippé (P39) est composé de documents de différents membres d’une famille s’étant illustrée, entre autres, dans la pratique du notariat ainsi que dans le commerce. Il permet aussi d’observer le développement de quelques villes et villages des Cantons-de-l’Est, de la Beauce et d’autres régions du Québec et du Canada. Toutefois, nous nous attardons ici sur une série bien précise de ce fonds, celle d’Éléonore Gendreau, femme du notaire De Lourdes Lippé.

Éléonore Gendreau est née du mariage de Louis Gendreau et de Marguerite « Maggie Rita » Cahill, le 12 novembre 1882, à Saint-Georges de Beauce. Elle est descendante de deux familles pionnières de la Beauce. D’une part, Louis Gendreau possède un magasin général à Jersey Mills (aujourd’hui Saint-Georges de Beauce). D’autre part, son grand-père maternel d’origine irlandaise, Michael Cahill, y dirige un important hôtel utilisé par les voyageurs qui empruntent le chemin Kennebec pour se rendre dans l’État du Maine. Bref, ces deux familles jouent un rôle important dans le développement agricole et commercial de la région.

Le magasin Gendreau est installé dans l’ancien magasin général Cahill. Quelques années après son mariage avec Marguerite Cahill, Louis Gendreau reprend le commerce de sa belle-famille, puis sa descendance demeure fort impliquée dans la région. La porte de gauche donne accès au bureau de poste, août 1889. BAnQ Sherbrooke (P39). Photographe non identifié.

 

Né à Lyster en Irlande, Michael Cahill s’établit sur une terre de Jersey Mills (Saint-Georges de Beauce) au Québec où il fait construire le premier hôtel de l’endroit, lieu de transition populaire chez les marchands de bois, les géologues et les prospecteurs miniers. De plus, Cahill s’implique activement dans la construction d’un chemin de fer qui relie les deux rives de Jersey Mills, [vers 1889]. BAnQ Sherbrooke. (P39). Photographe non identifié.

Le 24 septembre 1907, dans sa ville natale, Éléonore épouse le notaire De Lourdes Lippé. Le jeune couple a trois enfants : Louis Hubert (1908), Marguerite (1910) et Joseph (1911). Malheureusement, ils perdent leur premier fils lorsqu’il n’a que 7 mois.

Les Lippé-Gendreau de Lac-Mégantic ont fière allure : De Lourdes Lippé tenant sa fille Marguerite et Éléonore Gendreau tenant son fils Joseph, [1911?]. BAnQ Sherbrooke (P39). Photographe non identifié.

Le 1er janvier 1914, Éléonore Gendreau décède à Sherbrooke, puis est inhumée deux jours plus tard à Saint-Georges de Beauce. L’année suivante, De Lourdes Lippé épouse en secondes noces Laura Léonard, cousine de sa première femme. De Lourdes et Laura agrandissent la famille avec la naissance de deux filles : Françoise (1916) et Andrée (1919). La correspondance entre Laura Léonard et Joseph Lippé témoigne du grand soin et de l’amour de cette dernière pour les enfants de sa cousine.

Grande collectionneuse, Éléonore Gendreau nous laisse plusieurs documents qui témoignent non seulement de sa vie personnelle, mais également du contexte social dans lequel elle évolue, d’abord comme jeune femme, puis comme épouse et mère de famille. Parmi ces documents, un spicilège se distingue particulièrement. À première vue, la couverture nous laisse croire qu’il s’agit d’un cahier scolaire du couvent Jésus-Marie de Lévis appartenant à sa mère.

Couverture du cahier scolaire de Maggie Rita Cahill du couvent Jésus-Marie de Lévis, [187-]. BAnQ Sherbrooke (P39).

D’ailleurs, les premières pages sont décorées d’exercices de géométrie et de dessins.

Exercices de géométrie réalisés par Maggie Rita Cahill : angle droit, angle aigu, lignes droites et circonférences, [187-]. BAnQ Sherbrooke (P39).

 

Le curriculum scolaire des jeunes filles à cette époque se concentre principalement sur l’économie domestique, bien que des cours de lecture, d’écriture, d’histoire et de religion, entre autres, soient également dispensés. Dès lors, il est intéressant d’observer que des techniques de dessin plus avancées semblent être enseignées au couvent Jésus-Marie de Lévis, [187-]. BAnQ Sherbrooke (P39).

Toutefois, le cahier est repris par Éléonore qui appose ses souvenirs par-dessus les dessins de sa mère. Elle collige principalement des coupures de presse aux sujets variés. On y retrouve notamment des poèmes, des prières et des articles prodiguant des conseils pour être une bonne mère ou une bonne épouse. Il y a également des passages mondains traitant des déplacements des gens de son entourage, puis des extraits concernant des événements la touchant plus personnellement, tels que le décès de membres de sa famille (son beau-frère Alexandre Lippé, son fils Louis Hubert et sa mère Maggie Rita Cahill). Elle conserve également les traces de moments plus heureux comme son voyage de noces et la naissance de sa fille Marguerite.

Collage de coupures de presse sélectionnées par Éléonore Gendreau, dont un poème romantique écrit par L. A. Blanchet et envoyé par De Lourdes Lippé qui l’a annoté (2 juillet 1907), l’annonce du décès de Louis Hubert Lippé (21 juin 1909) et l’annonce de la naissance de Marguerite Lippé (23 avril 1910). BAnQ Sherbrooke (P39).

Certaines coupures de presse lui sont envoyées par De Lourdes Lippé avant leur mariage, surtout des poèmes ou de la prose sur l’amour. Toutefois, d’autres jeunes hommes tentent de charmer Éléonore par des poèmes et des acrostiches à saveur romantique…

Acrostiche romantique où les initiales de chaque vers, lues dans le sens vertical, forment le nom Lena Gendreau, signé «De ton Alphédor tout à toi», ce qui laisse croire qu’Éléonore avait eu plus d’un admirateur avant de donner son cœur à De Lourdes Lippé, [avant 1908]. BAnQ Sherbrooke (P39).

… tandis que d’autres misent sur l’humour!

Dentelle avec une inscription humoristique au centre : « République des vieux garçons. Ministère de l’Affection. Bureau de l’Amitié. Je soussigné certifie que Mlle Lena Gendreau, après des épreuves en l’art culinaire satisfaisantes, a mérité la note très bien. En foi de quoi nous donnons le présent diplôme, et en plus la mention de demoiselle très mariable, étant le plus haut titre. Donné le 4 fév. ’07 en mon bureau J. H. Vieux-garçon, ministre ». 4 février 1907. BAnQ Sherbrooke (P39).

Finalement, près d’une dizaine de pages sont remplies de photographies plus candides les unes que les autres. Certaines forment une sorte de mémorial des amitiés entretenues par Éléonore en tant que jeune femme célibataire.

Collage de photographies d’Éléonore Gendreau avec ses amis ou des membres de sa famille. Dans le coin supérieur gauche : Éléonore et son mari De Lourdes Lippé à l’extérieur de leur maison à Lac-Mégantic, [1907?]. Parmi les autres photographies : quelques mises en scène de jeunes femmes costumées en homme et portant fièrement la fausse moustache! [Vers 1900]. BAnQ Sherbrooke (P39).

D’autres démontrent l’épanouissement de la créatrice dans son rôle d’épouse et de mère.

Collage de photographies d’Éléonore Gendreau et ses enfants, Marguerite et Joseph Lippé. Au centre, un groupe, incluant Éléonore et son mari, rassemblé sur le perron du bureau de notaire de De Lourdes Lippé. En dessous de cette photographie, on remarque la carte mortuaire d’Éléonore Gendreau, ce qui nous porte à croire que le spicilège a été terminé par une tierce personne, [1907?]-1914. BAnQ Sherbrooke (P39).

Bref, le spicilège permet de jeter un regard sur l’expérience bien personnelle de sa créatrice. Dans ce cas-ci, les pièces conservées par Éléonore Gendreau nous projettent dans diverses facettes de sa vie et nous permettent de suivre ses expériences à différentes étapes de son aventure, qui se termine malheureusement trop tôt. Ce qui nous semble évident, en tournant chaque page du cahier, c’est l’importance qu’occupent la famille et les amitiés chez cette femme qui a su bien s’entourer.

Chloé Ouellet-Riendeau, agente de bureau – BAnQ Sherbrooke