Henriette Dessaulles alias Fadette, diariste et comédienne d’une soirée de théâtre amateur

 

« Le quatre [janvier 1878] eu[ren]t lieu nos comédies. Ce fut un succès – j’étais, d’avance, malade de peur –, mais après une minute d’étourdissement, pendant laquelle je croyais marcher sur la tête, et où je ne voyais pas si j’avais devant moi du monde ou des arbres, je devins très maîtresse de moi, et je finis par me sentir tout à fait à l’aise, assez, même, pour aider mes deux amoureux [Eugène Sicotte et Joseph de La Broquerie Taché] qui firent des prodiges, et dont l’ardeur ne laissait rien à désirer.

La soirée se termina gaîment. Monsieur Maurice [Saint-Jacques] s’amusa à être un peu jaloux, parce que d’autres que lui m’ont dit qu’ils m’aiment! » [1], rédige Henriette Dessaulles dans son journal intime le 7 janvier 1878.

 

Programme de théâtre, 1878. BAnQ Vieux-Montréal (P7,S7,D5).

 

Les deux maris d’Eugène Scribe et Les portraits de la marquise d’Octave Feuillet sont les deux pièces de théâtre inscrites au programme de cette soirée du Nouvel An 1878 présentée par un groupe de jeunes comédiens amateurs [2] à leurs familles et amis. Les nombreuses répétitions liées à cette activité permettent à Henriette Dessaulles de partager la scène et de voir régulièrement l’homme dont elle s’ennuie beaucoup quand il  part étudier à Québec, Maurice Saint-Jacques. Celui-ci, une fois les vacances de Noël terminées, devra encore une fois s’éloigner de son amoureuse afin de poursuivre et de terminer ses études en droit. Les deux amis d’enfance, qui s’aiment depuis plusieurs années, vont se marier en la cathédrale de Saint-Hyacinthe le 19 juillet 1881.

Ce journal intime, publié sous le titre Fadette : journal d’Henriette Dessaulles, 1874-1880, ne sera rendu public qu’en 1971, soit 25 ans après la mort de la diariste, journaliste et comédienne d’un soir.

 

Henriette Dessaulles, [1878]. BAnQ Vieux-Montréal (P7,S13,D3,P30). Photographe : William Notman.
 

Maurice Saint-Jacques, [1878]. BAnQ Vieux-Montréal (P7,S13,D3,P31). Photographe : John Lewis Jones, Québec.

 

Marthe Léger, archiviste – BAnQ Vieux-Montréal

 

[1] Henriette Dessaulles, Journal, édition critique par Jean-Louis Major, Montréal, Presses de l’Université de Montréal, coll. «Bibliothèque du Nouveau Monde», 1989, p. 384-385.

[2] Henriette Dessaulles, Maurice Saint-Jacques, Joséphine Saint-Jacques, Eugène Sicotte, Blanche Sicotte, Arthur Sicotte, Joseph de La Broquerie Taché, J. B. Ostell, A. Lamothe.

 

En complément :

Aubin, Anne-Marie et Jean-Noël Dion, Hommage à Henriette Dessaulles, 1860-1946, pionnière de l’écriture et du journalisme féminin, Saint-Hyacinthe, Regroupement littéraire Richelieu-Yamaska, 1985, 187 p.

Dessaulles, Henriette, Journal intime, 4 cahiers, de septembre 1874 à mai 1881, Musée McCord.