Portail BAnQ Nétiquette
Instantané, le blogue des archivistes.

Perdue et retrouvée : la lettre de Louis Riel écrite à la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal en 1874

26 juin 2019 par Instantanés | Domaine(s) : Diffusion et mise en valeur

 

Louis Riel est un personnage incontournable de l’histoire canadienne. Fondateur du Manitoba, il est notamment célèbre pour avoir mené deux soulèvements métis : la rébellion de la rivière Rouge en 1870 et la résistance du Nord-Ouest en 1885, où il est arrêté et accusé pour haute trahison. À la suite de son procès, il est reconnu coupable et exécuté le 16 novembre 1885. Au Québec, il est renommé pour être le défenseur de la langue française et de la religion catholique au Manitoba. Son histoire a marqué notre imaginaire collectif et elle fait partie intégrante de notre patrimoine culturel.

 

Riel (Louis-David), Chef métis, exécuté à Régina le 16 novembre 1885, [vers 1880], BAnQ Québec (P1000, S4, D30, P2) Photographe non identifié.




Riel and his council (1870), [vers 1880], BAnQ Québec (P1000,S4,D30,P5) Photographe non identifié.

 

Le contenu de la lettre

Cette lettre manuscrite originale a été écrite par Louis Riel en juin 1874 alors qu’il se trouve aux États-Unis. Ce dernier vit en exil, et ce, même s’il a été élu en octobre 1873 lors de l’élection partielle dans le comté fédéral de Provencher et réélu en février 1874 aux élections générales. De plus, il est expulsé de la Chambre en réponse à une motion déposée par le chef orangiste ontarien Mackenzie Bowell.

Louis Riel a étudié et vécu durant une partie de sa jeunesse au Québec. Sa lettre témoigne de l’attachement qu’il porte envers les Canadiens français ainsi que des liens étroits que les Métis entretiennent avec eux. Voici ce que nous pouvons y lire :

 

À son Honneur

Le juge Coursol, Président de la Société St-Jean-Baptiste de Montréal

 

Monsieur,

 

Je suis heureux d’offrir l’hommage de mon respect au président de la Société St-Jean-Baptiste de Montréal et à tous les présidents des autres sociétés Saint-Jean-Baptiste aujourd’hui réunis en cette belle ville.

 

Je félicite les Canadiens français de célébrer comme peuple notre fête nationale d’une manière aussi digne, aussi grandiose.

Honneur au pur patriotisme qui fait de notre fête nationale une aussi belle fête. Honneur surtout à la religion catholique qui rend fort et remarquable même un petit peuple.

 

Je sais que le noble cœur du peuple Canadien français aime les métis canadiens du Manitoba et du nord ouest. Et puisqu’en travaillant pour les Métis, pour mes chers compatriotes, je suis sûr de ceux qui ont le plus à se féliciter des sympathies canadiennes-françaises, je tiens à vous assurer, Monsieur le Président et tous les Canadiens français, je tiens à vous assurer, au nom des Métis, que je suis uni de cœur et d’esprit pour fêter avec vous ce beau jour.

 

Les Métis Canadiens français du Nord-Ouest sont une branche de l’arbre canadien français. Ils veulent grandir comme cet arbre et avec cet arbre, ne point se détacher de lui, souffrir et se réjouir avec lui.

 

Louis Riel

 

États-Unis, 24 juin 1874

 

*Transcription libre

 

Lettre de Louis Riel au juge Charles-Joseph Coursol, 24 juin 1874, BAnQ Vieux-Montréal (P82,S3).

 

Cette lettre est envoyée au juge Charles-Joseph Coursol, alors président de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal (SSJBM) (1872-1874) pour souligner les célébrations du 24 juin ainsi que le 40e anniversaire de l’organisme. Cependant, c’est en septembre 1938 que la SSJBM reprend possession de la lettre. C’est le petit-fils du juge Coursol, le major Roderick Kane, qui en fait don. La lettre est conservée au siège social de la société de l’époque, c’est-à-dire au Monument national, jusqu’à son déménagement à la Maison Ludger-Duvernay en 1976.

 

Enveloppe contenant la lettre de Louis Riel et envoyée par Roderick Kane, 9 septembre 1938, BAnQ Vieux-Montréal (P82,S3)

 

La (re)découverte de la lettre

 

Cette pièce d’archives a été retrouvée en novembre 2018 par la secrétaire générale de la SSJBM, Madame France Langlais. La lettre était connue de l’organisme, mais celui-ci en avait perdu la trace. C’est en faisant l’inventaire des documents conservés dans l’une de leurs salles que ce petit trésor a été aperçu dans une boîte, au milieu de vieux documents notariés. À la suite de cette unique trouvaille, la lettre est publiée sur le site web de l’organisme. Dès le lendemain, Radio-Canada Manitoba sollicite une entrevue avec la SSJBM. Peu de temps après la diffusion de l’entrevue, Bibliothèque et Archives Canada et la Société historique de Saint-Boniface démontrent un intérêt pour son acquisition. Finalement, le Conseil général de la SSJBM décide de garder la lettre au Québec et de l’ajouter à leur fonds d’archives conservé à Bibliothèque et Archives nationales du Québec le 14 mars 2019.

 

Vous pouvez consulter le fonds de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal à BAnQ Vieux-Montréal sous la cote P82.

 

En complément :

 

Vous pouvez lire la nouvelle de la découverte et écouter l’entrevue de Radio-Canada Manitoba donnée par Mme France Langlais ici.

Vous pouvez visiter le site web de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal afin de connaître l’ensemble des activités qu’ils proposent.

Sources :

STANLEY, George F.G. « Louis Riel », Historica Canada, L’Encyclopédie canadienne [en ligne]. https://www.thecanadianencyclopedia.ca

S.a., « Louis Riel flees to the U.S.A. », Centre du patrimoine. Société historique de Saint-Boniface [en ligne].  https://shsb.mb.ca/

S.a., « Louis Riel », Wikipédia [en ligne]. https://fr.wikipedia.org/

 

Remerciements à Mme France Langlais de la SSJBM pour les informations fournies sur la mise en contexte de la lettre, les circonstances de sa découverte et les étapes menant à sa donation à BAnQ.

 

Annie Dubé, archiviste – BAnQ Vieux-Montréal

 

8 commentaires pour “Perdue et retrouvée : la lettre de Louis Riel écrite à la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal en 1874”

  1. bravo pour avoir gardé cette lettre au québec

  2. Je vous remercie pour la publication de la lettre écrite par Louis Riel. Je vous félicite de l’avoir conservée.

  3. Excellente nouvelle que cette re-découverte! J’ai eu l’occasion de visiter le cimetière à Winnipeg et j’ai admiré le buste de M. Louis Riel, faussement accusé de trahison et de meurtre. Quand le gouvernement fédéral offrira-t-il ses excuses à ce fier fondateur du Manitoba?

  4. je me sent tres heureux de l`inventaire mener par Madame L`Anglais et le remercie sincerement d`avoir remis la lettre original a qui de droit et remercie aussi , les responsable d`avoir pirs la decision de conserver ici ce joyaux .

  5. Encore une fois Louis sort de sa tombe.

  6. Bonjour, je voulais mentionner que notre famille a fait des recherches dans l’arbre généalogique de nos ancêtres et le nom de Louis Riel fait parti de notre branche.

  7. Dire que Louis Riel ã été exécuté, c’est une honte!

  8. Bonjour de Paris (France). Sur le site Wikisource, j’ai appris à mieux connaître l’Histoire du peuple canadien. Cela me touche beaucoup d’autant plus que des « Wikisourciens » sont venus à Paris, et depuis leur séjour en France, nous sommes restés en étroite collaboration basée sur l’amitié franco-canadienne. Mon regard sur les pierres de la Rochelle (en provenance du Canada pour lester les bateaux emplis de pelleterie) portent pour maintenant pour moi une grande symbolique historique ; tout comme notre travail collaboratif pour mettre gratuitement à la disposition du lecteur l’ouvrage de Catherine Tekakouita, bibliographie en langue algonquine de la première (et seule!) sainte amérindienne. C’est le premier livre en algonquin (alq) qui fut traité sur Wikisource. Un grand merci pour le partage historique du joyau que représente la lettre écrite par Louis Riel. Merci de rendre vivante la mémoire de nos parents aussi difficile soit-elle à comprendre, et à accepter.

Laissez un commentaire




© Bibliothèque et Archives nationales du Québec