Portail BAnQ Nétiquette
Instantané, le blogue des archivistes.

Une nouvelle carrière dans une nouvelle ville : la vie culturelle en Abitibi-Témiscamingue vue par François Ruph

22 mai 2019 par Instantanés | Domaine(s) : Diffusion et mise en valeur

 

Déménager dans une ville que l’on ne connait  pas ou très peu et changer de carrière sont deux événements marquants dans la vie de quiconque l’a expérimenté. Pour François Ruph, ces deux épisodes se succédèrent rapidement. Fort de son diplôme en psychologie à l’Université de Lyon, il vient s’établir à Rouyn-Noranda en 1969 afin d’y enseigner au Cégep de l’Abitibi-Témiscamingue. Un autre changement majeur survient à peine trois ans plus tard, lorsqu’il décide d’abandonner le professorat au profit d’une carrière en photographie et en journalisme. Dès lors, il s’applique à poser un regard artistique sur  presque tous les pans de la vie en Abitibi-Témiscamingue. Tandis que ses intérêts pour une variété de sujets tels que l’écologie, la vie quotidienne et les paysages ont déjà été mis en valeur à diverses occasions par l’équipe de BAnQ Rouyn-Noranda, son implication au sein du milieu culturel de la ville restait, en grande partie, à être découverte.

 

Loin de vouloir comparer mes exploits à ceux de M. Ruph, je n’ai toutefois pu m’empêcher de dresser quelques parallèles entre nos situations respectives, alors que je parcourais ses archives. Après tout, je n’avais visité Rouyn-Noranda qu’une seule fois avant de quitter Montréal et de m’y établir avec l’optimisme comme seule garantie que j’y trouverais ma place. À peine six mois plus tard, je commençais ma carrière à BAnQ. Sans compter que le milieu culturel, et en particulier tout ce qui a trait à la musique, est de loin ma plus grande passion. Je n’aurais jamais pu rêver d’un meilleur fonds à traiter comme première expérience en tant que technicien en documentation.

 

 

 

En plein action : photographie prise en 1981 lors d’une représentation d’Un reel ben beau ben triste, de Jeanne-Mance Delisle. BAnQ Rouyn-Noranda (P227,S55,P6) Photo : François Ruph

 

 

 

François Ruph devait également se dire qu’il était au bon endroit au bon moment, puisqu’il fut aux premières loges de l’éclosion d’une nouvelle génération d’artistes, d’entrepreneurs et surtout de passionnés qui allaient ranimer tout le milieu culturel de Rouyn-Noranda et de l’Abitibi-Témiscamingue. Il a pu témoigner de l’essor de productions théâtrales originales qui allaient bientôt voyager au-delà des limites de la région. Pensons notamment à Un reel ben beau ben triste, écrit par Jeanne-Mance Delisle et produit par le Théâtre de Coppe en 1978. Rapidement, cet éclatement des idées est freiné par le manque de ressources en création et en diffusion mises à la disposition des artistes. Plutôt que de s’en remettre uniquement à l’instabilité des subventions gouvernementales, les artisans de la scène locale s’impliquent et multiplient les initiatives indépendantes.

 

 

Accrochage de l’enseigne du Cabaret de la dernière chance, le 15 décembre 1982, lors de la soirée d’inauguration officielle. BAnQ Rouyn-Noranda (P227,S59,P117) Photo : François Ruph

 

 

C’est dans cet esprit d’autosubsistance que naît le Cabaret de la dernière chance, inauguré le 15 décembre 1982. À la fois un lieu de création et de diffusion, un café et un lieu de rencontre, le Cabaret se veut surtout une manière de financer les projets culturels de la communauté. Aujourd’hui devenu un lieu quasi mythique, le Cabaret de la dernière chance a vu évoluer une kyrielle d’artistes de la région et d’ailleurs sur ses planches. Dans les premières années d’activités du Cabaret, soulignons Richard Séguin, Bob Walsh, Michel Rivard et, bien entendu, Richard Desjardins. Outre la musique, le Cabaret a été et est toujours un espace privilégié pour une variété de disciplines comme le théâtre, les arts visuels, l’improvisation et autres événements à caractère plus politique, tels que les excentriques rassemblements du parti Rhinocéros.

 

 

 

Richard Desjardins prend une petite pause entre deux nouvelles chansons pour se rafraîchir et rigoler un peu. Cette photographie a été prise lors de son concert au Cabaret de la dernière chance, en 1984. BAnQ Rouyn-Noranda (P227,S75,P30) Photo : François Ruph

 

 

Parmi les nombreux autres documents produits par François Ruph ayant trait à la vie culturelle de l’Abitibi-Témiscamingue, il est impossible de passer sous silence sa couverture massive de plateaux de tournage pour des films réalisés dans la région. Les archives photographiques pour le tournage du long métrage L’hiver bleu, réalisé par André Blanchard, sont particulièrement fascinantes non seulement pour l’impressionnant nombre de lieux visités et photographiés, mais également pour la sensibilité tout à fait locale et ponctuelle des portraits criants de réalisme qui sont dressés dans ce film et que François Ruph a heureusement pu documenter.

 

 

 

En attendant la prochaine scène : acteurs poilus et moins poilus sur le plateau de tournage du film L’hiver bleu, réalisé par André Blanchard. BAnQ Rouyn-Noranda (P227,S110,D1,P1067031) Photo : François Ruph

 

 

Évidemment, ceci n’est qu’une partie de ce qui rend ce fonds d’archives aussi captivant. Ces photographies témoignent d’un moment charnière dans la vie culturelle de l’Abitibi-Témiscamingue, un moment où ses artisans ont déployé la détermination et les efforts nécessaires afin de tisser leur propre réseau de création et de diffusion. Aujourd’hui, leur volonté se fait ressentir par l’esprit immensément inventif et libre qui caractérise la pléiade d’initiatives culturelles qui prennent forme jour après jour.

 

 

 

Tandis que le Cabaret de la dernière chance mettait en lumière les talents locaux, le Forum de Rouyn-Noranda a souvent accueilli des formations populaires d’ici et d’ailleurs, dont Corbeau en juin 1984. BAnQ Rouyn-Noranda (P227,S77,P9) Photo : François Ruph

 

 

Cela devait être bien stimulant pour François Ruph de pouvoir prendre part à un mouvement communautaire distinct, lui qui n’avait peut-être pas de port d’attache aussi prononcé que celles et ceux qui avaient grandi dans la région. Mais en me fiant à ma propre expérience en tant que témoin de leurs réussites, je ne doute pas qu’il ait rapidement été investi d’un fort sentiment d’appartenance. Pour ma part, je sais que d’avoir eu la chance de travailler sur ce fonds et de découvrir l’histoire de ma ville adoptive au moyen de mon travail à BAnQ m’a permis de comprendre que j’y avais effectivement trouvé ma place.

 

Yannick Valiquette, technicien en documentation – BAnQ Rouyn-Noranda

 

5 commentaires pour “Une nouvelle carrière dans une nouvelle ville : la vie culturelle en Abitibi-Témiscamingue vue par François Ruph”

  1. Super intéressant Yannick. Bravo!

  2. Merci pour ce bon travail, ça m’a permis d’en apprendre beaucoup sur un tas de sujets.

  3. Ça explose de vie culturelle, cette région-là!

  4. Ces photos de F. Rush sont-elles accessibles, et si oui comment?

  5. Bonjour, les photos de François Ruph sont, en partie, disponibles sur le moteur de recherche Pistard en utilisant le lien suivant: http://pistard.banq.qc.ca/unite_chercheurs/description_fonds?p_anqsid=201906031633072935&p_centre=08Y&p_classe=P&p_fonds=227&p_numunide=750276

    Toutefois, celles dont il est question dans ce billet ne sont pas encore disponibles en ligne. Il faut venir les consulter sur place à BAnQ Rouyn-Noranda

Laissez un commentaire




© Bibliothèque et Archives nationales du Québec