Portail BAnQ Nétiquette
Instantané, le blogue des archivistes.

La Gaspésie au temps du choléra

27 mars 2019 par Instantanés | Domaine(s) : Diffusion et mise en valeur

 

 

Apparue en 1826 dans les Indes orientales, la seconde pandémie connue de choléra se propage rapidement sur le continent européen. En 1831, le choléra, qualifié d’asiatique, est aux portes de l’Amérique et du Canada. Afin de sécuriser la population et de réduire l’impact de l’arrivée de cette infection, la législature du Bas-Canada adopte, en septembre 1831, l’Acte pour l’établissement de bureaux sanitaires dans la province.

 

Cette législation amène, entre autres, la création d’un lieu de quarantaine sur la Grosse-Île située en face de Montmagny et l’ouverture d’un bureau de santé pour le district inférieur de Gaspé. Cette loi oblige tous les navires en provenance de l’extérieur, particulièrement des endroits où sévit l’épidémie, à faire halte afin de procéder à une inspection du bâtiment et de ses passagers. Si le vaisseau est jugé non porteur de maladies infectieuses, le capitaine se voit remettre un certificat de santé par le surintendant du bureau sanitaire. Par contre, si on suspecte la présence du choléra, le navire est alors conduit au lieu de quarantaine le plus près.

 

En juin 1832, George Mellis Douglas, médecin d’origine écossaise arrivé au pays depuis quelques années et juge de paix du district de Gaspé depuis 1831, est nommé surintendant médical de la station de quarantaine du district de Gaspé. À l’époque, les ports gaspésiens sont achalandés, particulièrement à cause du commerce international de morue et des vagues d’immigration en provenance de l’Europe.

 

Le bureau de santé pour le district inférieur de Gaspé est situé à New Carlisle et le lieu de quarantaine pour les navires se trouve à Paspébiac. Le bureau est composé d’officiers, d’un surintendant et de plusieurs gardiens de santé publique dispersés sur le littoral sud de la Gaspésie. Contrairement à la station de la Grosse-Île qui est en opération jusqu’en 1937, le bureau sanitaire du district de Gaspé semble avoir une courte existence. Il y a peu d’information concernant ce bureau sanitaire, outre les quelques documents conservés à BAnQ Gaspé. L’examen de ces documents d’archives nous laisse croire que le bureau de santé est en opération au cours de la saison de navigation de 1832, et peut-être aussi en 1833.

 

Dès le mois de juin 1832, la population de la ville de Québec est frappée par une épidémie de choléra qui sème émoi et désespoir. À l’automne, malgré les mesures prises par le gouvernement, le bilan dressé par le bureau de santé est lourd. Québec a perdu plus de 3000 de ses habitants. Aucun chiffre de cette nature n’existe pour la population gaspésienne. On peut cependant croire que la région a également souffert de l’épidémie qui, au Bas-Canada, a fauché plus de 8000 citoyens.

 

En 1836, le docteur George Mellis Douglas est nommé surintendant à la station de quarantaine de la Grosse-Île où il reste en poste jusqu’en 1864. Au cours de sa longue carrière, il fait face à de nombreuses maladies contagieuses présentes à bord des navires, particulièrement au typhus en 1847 et au choléra en 1849 et en 1854.

 

En 1848, il achète l’île au Ruau située à proximité de l’île d’Orléans. Il y fait construire une ferme et un manoir et y exploite les ressources forestières et agricoles en plus d’y faire l’élevage des chevaux, sa grande passion. On mène grand train sur l’île au Ruau, mais les nombreux voyages en Angleterre, le goût du luxe et de la belle vie auront raison du docteur. En 1864, tout s’écroule. Le docteur Douglas, qui vient de perdre sa deuxième épouse (1860), est malade et criblé de dettes. Le 3 juin 1864, suite à un moment d’aliénation selon le coroner Charles-Eugène Panet, le docteur Douglas se suicide.

 

Aujourd’hui, la Grosse-Île est devenue un lieu historique national et le Mémorial des Irlandais est très fréquenté. L’île au Ruau, pour sa part, semble être considérée comme un paradis. En effet, la propriété a été mise en vente en 2017 pour la somme de cinq millions de dollars.

 

 

Acte de nomination (recto) de David Poirier par le bureau sanitaire comme gardien de santé pour le secteur de la Petite Bonaventure et de ses environs, 26 juin 1832. BAnQ Gaspé, Fonds Ministère de la Justice (E17,S300,SS7,D3,P1).

 

 

Acte de nomination (verso) de David Poirier par le bureau sanitaire comme gardien de santé pour le secteur de la Petite Bonaventure et de ses environs, 26 juin 1832. BAnQ Gaspé, Fonds Ministère de la Justice (E17,S300,SS7,D3,P1).

 

 

À titre de gardien de santé, David Poirier doit voir à l’application des règlements sanitaires. Il a la responsabilité, entre autres, d’intercepter tout navire se présentant dans le havre de la Petite Bonaventure et de vérifier si le commandant a en sa possession le certificat de santé émis par le docteur Douglas. En l’absence de ce document, il ordonne au navire de se présenter au lieu de quarantaine situé à Paspébiac. En cas de refus de la part du capitaine, le gardien de santé avise le bureau sanitaire de New Carlisle. Il doit également produire un rapport détaillant chacune de ses interventions auprès des vaisseaux qu’il intercepte. Ce rapport précise le nom du navire, le nom de son commandant, le lieu de départ, les haltes faites en cours de route ainsi qu’une description de la cargaison du navire. Le gardien de santé voit aussi à ce qu’aucun résidu de poisson ne soit laissé sur les rivages ou étendu dans les champs en guise d’engrais afin d’empêcher les miasmes et les maladies contagieuses de se propager.

 

 

Rapport d’inspection de la station de quarantaine de Paspébiac rédigé par le Dr George Mellis Douglas pour la période du 1er au 3 septembre 1832. BAnQ Gaspé, Fonds Ministère de la Justice (E17,S300,SS7,D4,P7).

 

 

On remarque, en date du 3 septembre 1832, la note du docteur Douglas selon laquelle le capitaine Garret du schooner Jane en provenance de la ville de Québec a souffert de vomissements, de crampes ainsi que d’autres symptômes du choléra asiatique.

 

 

Ligne du temps : Début d’une importante épidémie de choléra au Bas-Canada : http://numerique.banq.qc.ca/ligne-du-temps?eventid=83

 

 

André Ruest, technicien en documentation – BAnQ Gaspé

 

 

2 commentaires pour “La Gaspésie au temps du choléra”

  1. Merci André Ruest pour ce billet qui m’en a appris sur un épisode que je ne connaissais pas de notre histoire. Très intéressant et bien documenté.

  2. Bonjour André,

    Je t’adresse mes félicitations pour la justesse des informations de ton texte. J’ai eu la chance de visiter, en compagnie de ma conjointe, la station de Grosse-Île l’été dernier et tout ce que tu révèles est de l’excellente information. Nous pouvions d’ailleurs lire sur des panneaux d’interprétation la saga du Dr Douglas à l’île au Ruau. Bref, tu révèles une intéressante période de notre histoire.

Laissez un commentaire




© Bibliothèque et Archives nationales du Québec