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Le « Croche-des-Maires »

29 novembre 2018 par Instantanés | Domaine(s) : Diffusion et mise en valeur

 

Sur la route 169 au Lac-Saint-Jean, entre Saint-Méthode et Saint-Félicien, la courbe connue sous le nom le « Croche–des-Maires » a une histoire bien singulière. Voici l’origine de ce toponyme si particulier.

 

Nous sommes le 9 décembre 1948. Les maires de deux municipalités de la région se préparent à prendre le train à Chambord pour se rendre à Québec. Le premier, Arthur Gaudreault, 62 ans, a été élu en février de la même année comme maire de la nouvelle municipalité de Saint-Ludger-de-Milot. Le deuxième, Théophile Côté, 47 ans, est le maire de Péribonka depuis 1945.

 

Lors de cette journée, les deux protagonistes se rendent à Roberval pour une réunion du conseil de comté. Prévoyant faire des transactions dans la Vieille Capitale, les deux maires ont retiré de grosses sommes d’argent. Ils prennent le repas du midi chez Aimé Trudel, le gendre de M. Gaudreault. Cependant, pendant le repas, on les avise par téléphone qu’ils doivent revenir à Dolbeau pour rencontrer le secrétaire de la coopérative de Sainte-Jeanne-d’Arc, M. Léo Routhier, pour une raison qui, apparemment, ne peut pas être discutée au téléphone.

 

Arthur Gaudreault appelle alors son fils pour qu’il vienne le chercher à la croisée du chemin de Péribonka, après sa rencontre avec M. Routhier. Toutefois, le fils attend en vain jusqu’au matin. Son père n’arrive jamais à destination. Pendant plus d’une semaine, le mystère demeure complet. Il n’y a aucune trace des deux maires. Tous se perdent en conjectures. Où sont-ils passés? Que leur est-il arrivé? Les journaux de l’époque émettent plusieurs hypothèses. Dans un article paru le 16 décembre 1948 dans L’Étoile du Lac, on évoque la possibilité d’un accident de la route. L’éventualité d’une embuscade, en raison des importantes sommes d’argent transportées, n’est pas non plus écartée. D’intenses recherches sont organisées partout dans la région et même à Québec.

 

 

 

« Disparition de deux maires », journal L’Étoile du Lac, édition du 16 décembre 1948.

 

 

Ce n’est que le 16 décembre, dans l’après-midi, que Léo Gaudreault, fils du maire Gaudreault, remarque une aile de voiture émergeant de l’eau dans la rivière Ticouapé. Après des recherches, une voiture est retrouvée par Joseph-Élie Girard, agent de la circulation de Saint-Gédéon, par Georges-Émile Lemieux, chef de police de Saint-Félicien, et par le fils de M. Gaudreault. Malheureusement, les deux maires ont rencontré leur destin à Saint-Méthode. L’accident s’est produit dans une courbe assez prononcée de la route. La voiture a probablement dérapé sur une couche de glace. Le véhicule a alors plongé dans la rivière, à environ 1,6 kilomètre de Saint-Méthode, et ce, après avoir défoncé la clôture de sécurité sur une longueur d’environ cinquante pieds. Ce tragique accident est passé inaperçu. Quelque temps plus tard, le coroner du district, le docteur Ludger Poisson de Roberval, rend un verdict de mort accidentelle.

 

 

 

Photo prise lors de la découverte des corps des deux maires dans la rivière Ticouapé à Saint-Méthode, 16 décembre 1948. Collection de la Société d’histoire de Saint-Félicien.

 

 

Photo prise lors de la découverte des corps des deux maires dans la rivière Ticouapé à Saint-Méthode, 16 décembre 1948. Collection de la Société d’histoire de Saint-Félicien.

 

 

Photo prise lors de la découverte des corps des deux maires dans la rivière Ticouapé à Saint-Méthode, 16 décembre 1948. Collection de la Société d’histoire de Saint-Félicien.

 

 

Photo prise lors de la découverte des corps des deux maires dans la rivière Ticouapé à Saint-Méthode, 16 décembre 1948. Collection de la Société d’histoire de Saint-Félicien.

 

 

Photo prise lors de la découverte des corps des deux maires dans la rivière Ticouapé à Saint-Méthode, 16 décembre 1948. Collection de la Société d’histoire de Saint-Félicien.

 

 

Photo prise lors de la découverte des corps des deux maires dans la rivière Ticouapé à Saint-Méthode, 16 décembre 1948. Collection de la Société d’histoire de Saint-Félicien.

 

 

 

 

Verdict du coroner Ludger Poisson sur la mort d’Arthur Gaudreault et de Théophile Côté, 9 décembre 1948. BAnQ Saguenay (TP12,S31,SS26,SSS1 dossier 987).

 

 

 

Témoignage de Joseph-Élie Girard sur la mort des maires Gaudreault et Côté, décembre 1948. BAnQ Saguenay (TP12,S31,SS26,SSS1 dossier 987).

 

 

 

Après la découverte de la voiture, les funérailles des maires sont organisées. Celles de Théophile Côté ont lieu dans la nouvelle église de la paroisse de Péribonka, que l’on aménage spécialement pour l’occasion puisque sa construction n’est pas terminée. Quant à Arthur Gaudreault, ses funérailles ont lieu le 20 décembre 1948 à l’église de Saint-Ludger-de-Milot. Outre la famille et les amis, de nombreuses personnalités de la région sont présentes, notamment des maires et des membres du clergé.

 

Cette tragédie a donné un nom à la courbe de Saint-Méthode responsable de l’accident : le « Croche-des-Maires ».

 

 

 

« Les deux maires retrouvés noyés », journal L’Étoile du Lac, édition du 23 décembre 1948.

 

 

 

 

Un merci spécial à la Société d’histoire de Saint-Félicien qui a fourni les photos.

 

Myriam Gilbert, archiviste – BAnQ Saguenay

14 commentaires pour “Le « Croche-des-Maires »”

  1. Merci de nous faire connaître votre région et son histoire. Très intéressant!

  2. Quelle chronique intéressante, relatant un événement que je ne connaissait pas, malgré mes pérégrinations professionnelles par toute la région pendant ma carrière de plus de 35 ans au Saguenay-Lac-Saint-Jean!
    Par cette documentation, on se rend compte que nos histoires sont riches et que notre toponymie n’existe pas pour rien.

  3. Wow! Merci Myriam Gilbert et la Société d’Histoire de Saint-Félicien pour nous rappeler ce tragique événement de notre « petite » histoire régionale et locale. J’ai été moi-même bénévole il y a plusieurs années à la dite société et je passe encore régulièrement par ce coin. Dire que je savais rien! Preuve que nos archives sont riches et méritent d’être connues. Je vais surement en fait part à mon entourage. Merci!

  4. Woh Myriam c est super moi et Langis ont à vraiment aimé ton article. Super

  5. T’es aperçue

  6. Un gros merci à toi pour cette recherche. Je connaissais l’histoire de grand-père par ma mère, je n’avais vu les photos. Beau travail
    Suzie Côté

  7. Merci
    Combien de fois j’ entendu mon père (Joseph ) dire LE CROCHE DES MAIRES…maintenant je sais .merci pour ce retour dans le passé…
    C’est tellement agréable de vous lire.
    Bravo à toute l’équipe

  8. Je vais transférer votre travail à l’hôtel de ville pour tenter qu’il soit mis en valeur par un panneau d’interprétation! Beau travail!

  9. Bravo à auteur de cet article pour des faits si précis

  10. Je connais l’histoire de cette courbe depuis plusieurs années et lorsque nous y passons, surtout en hiver j’y pense très très souvent sans oublier les autres personnes qui ont plongé au même endroit et qui s’y sont noyées peu importe la période de l’année. C’est une très triste histoire qui marque le temps.

  11. Super comme blogue. Même si je suis native de St Félicien je n avais jamais entendu parlé de cet événement.Bravo beau travail

  12. Bonjour,
    Je suis curieuse de savoir dans quel cadre vous avez fait cette recherche.
    Théophile Côté a toujours été ce grand-père inconnu, mort tragiquement, au sujet duquel la plupart de ses nombreux petits-enfants ont eu assez peu d’informations sinon qu’il était un homme d’affaire énergique, qui réussissait bien dans ses entreprises.
    Merci pour ces renseignements qui apportent un nouvel éclairage à la mort de Théophile en rendant plus tangible la triste finale de son histoire.

  13. merci beaucoup pour ces précieuses informations qui m’ont fait revivre cette période si triste de ma vie de jeune adolescent pensionnaire au séminaire de chicoutimi qui était sans nouvelle de mon père théophile décédé le 9 décembre 1948.

  14. En outaouais, une tragédie semblable a eu lieu. En novembre 1935, les citoyens des villages de Val-des-Bois et de Bowman apprennent que trois de leurs concitoyens ont perdu la vie, lorsque la voiture dans laquelle prenaient place Hormidas Gauthier, Adélard Morin et Matte Faubert s’est enfoncée dans les eaux du ruisseau Stravey. Les éditions des journaux Le Droit et La Patrie couvrent l’événement. Les trois hommes revenaient d’une réunion préparatoire à une activité politique partisanne. La Patrie du 4 novembre 1935 signale que cet accident vient de faire vingt-neuf orphelins dans la paroisse de Notre-Dame-de-la-Garde. La toponymie locale n’en a malheureusement rien retenu.

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