Portail BAnQ Nétiquette
Instantané, le blogue des archivistes.

Une macabre découverte sur l’île d’Anticosti

31 octobre 2018 par Instantanés | Domaine(s) : Diffusion et mise en valeur

 

Le golfe du Saint-Laurent a connu bien des naufrages. Dans les eaux entourant l’île d’Anticosti, surnommées le « Cimetière du Golfe », près de 400 navires ont sombré. Parmi les nombreuses histoires et légendes qui ont marqué l’imaginaire collectif nord-côtier et québécois, le drame du brick Granicus est certainement le plus macabre.

 

Cette histoire, rapportée par Placide Vigneau dans ses récits de naufrages, lui a été racontée en 1871 par le capitaine Basile Giasson, alors nonagénaire.

 

À la fin du mois d’avril 1829, des pêcheurs acadiens des Îles-de-la-Madeleine partent vers la Côte-Nord pour faire la chasse aux loups-marins. L’absence totale de l’espèce sur les glaces et le mauvais temps les obligent à revenir sur leurs pas. À la hauteur de Fox Bay, le vent contraire et l’épuisement de leurs provisions d’eau les contraignent à mouiller l’ancre pour la nuit dans la baie.

 

Ils remarquent alors une chaloupe amarrée sur les lieux. Trouvant l’endroit trop calme, quatre chasseurs décident d’embarquer dans un canot pour aller faire une reconnaissance. En arrivant à la hauteur de la chaloupe, ils ne trouvent personne. Ils hurlent et appellent en vain. Ils retournent sur le navire afin de s’armer et repartent pour l’île. Quelle surprise sur la plage! Les quatre hommes découvrent une robe de soie et un vêtement d’enfant tachés de sang et lacérés par ce qui ressemble à des coups de couteau. Terrifiés, trois des chasseurs sont tentés de prendre leurs jambes à leur cou. Toutefois, Jacques Bourgeois, un téméraire, décide qu’ils doivent continuer les recherches.

 

En approchant d’une maison, une forte odeur les assaille. Ne reculant devant rien, ils osent y pénétrer. Une scène lugubre se présente à eux : cœurs et boyaux sont accrochés au plafond, six cadavres sont éventrés, têtes, jambes et bras coupés. Des morceaux de chair pendent des cadavres. Dans la cheminée, ils trouvent des chaudières remplies d’une bouillie de jambes et de bras rongés.

 

Malgré l’horreur, les chasseurs font le tour de la maison. Ils ouvrent une porte donnant sur une chambre. Un homme est couché dans un hamac, un couteau de boucher près de lui. Il est mort.

 

Il n’est pas question de demeurer sur l’île. Les chasseurs repartent donc sur leur navire, sans toutefois parvenir à fermer les yeux de la nuit. Le lendemain, ne pouvant se résoudre à repartir vers les Îles-de-la-Madeleine sans offrir une sépulture digne à tous ces malheureux, ils retournent sur l’île et enterrent les cadavres dans une fosse. Ce n’est qu’en soirée qu’ils reprennent enfin la mer pour regagner leurs demeures.

 

Le brick Granicus et sa cargaison de bois étaient partis de Québec le 29 octobre 1828. À son bord, on comptait environ une vingtaine d’hommes comme membres d’équipage ainsi que quelques passagers, dont trois femmes et deux enfants. Le bateau devait se rendre jusqu’à Cork en Irlande, mais il fut pris dans une tempête. Il fit naufrage entre la baie du Renard et la pointe est de l’île d’Anticosti. Les naufragés, n’ayant plus aucune provision, attaquèrent les plus faibles. L’homme dans le hamac, connu maintenant sous le nom de B. Harrington, mourut d’avoir trop mangé. Ce cas d’anthropophagie fait désormais partie de l’histoire de l’île d’Anticosti.

 

 

 

 

Avant de quitter Fox Bay, les chasseurs ont rapporté plusieurs objets appartenant aux victimes, dont ce rasoir. BAnQ Sept-Îles (P48,S1,SS2,D3,P9). Photo : Simon Boudreau.

 

 

 

Le massacre de l’Anticosti, Fonds Placide Vigneau, Récits de naufrages de 1829 à 1902. BAnQ Sept-Îles (P48,S1,D2.6).

 

 

 

Danielle Saucier, archiviste-coordonatrice – BAnQ Sept-Îles

 

Simon Boudreau, technicien en documentation – BAnQ Sept-Îles

 

 

 

Pour en savoir plus :

 

 

Dupont, Jean-Claude. Légendes de la Côte-Nord : de Tadoussac à Blanc-Sablon. Sainte-Foy, Éditions J.-C. Dupont, 1996, 64 p. Disponible dans BAnQ numérique : http://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/2406271.

 

Fonds Placide Vigneau. Récits de naufrages. BAnQ Sept-Îles (P48,S1,D2.6).

 

Rapport de l’Archiviste de la province de Québec. 1970, tome 48, p. 88.

 

Rouxel, Pierre. « Chronologie des naufrages sur l’île d’Anticosti », Emmanuel Crespin, dir. Lettres du père Crespel et son naufrage à Anticosti en 1736, Montréal, Imaginaire | Nord, 2009, p. 245-253. Coll. «Jardin de givre ».

Laissez un commentaire




© Bibliothèque et Archives nationales du Québec