Portail BAnQ Nétiquette
Instantané, le blogue des archivistes.

Les premiers procédés photographiques

26 septembre 2018 par Instantanés | Domaine(s) : Diffusion et mise en valeur

 

En 1839, le monde occidental est mûr pour accueillir la photographie. Ce nouveau moyen d’expression de l’individualité permet une certaine démocratisation de l’art du portrait qui est présent depuis l’Antiquité dans les œuvres d’art picturales et graphiques. La photographie offre désormais une solution de rechange moins coûteuse au portrait peint. La représentation de la réalité est aussi plus directe et plus précise. La photographie offre également la possibilité aux familles de conserver des souvenirs tangibles de leurs proches. Toutefois, il faut savoir que ce nouvel art est plutôt onéreux. Il est principalement accessible aux familles les plus aisées. L’invention suscite également l’enthousiasme auprès d’un public d’intellectuels et d’artistes, charmés par les nombreuses possibilités de reproduire la réalité telle qu’elle est.

Quels sont les premiers procédés photographiques? Comment pouvons-nous les distinguer les uns des autres? Ce sont quelques-unes des questions auxquelles nous allons répondre.

 

Daguerréotype

 

Le daguerréotype est un procédé photographique non reproductible. Il est mis au point en 1839 par le Français Louis Jacques Mandé Daguerre (1787–1851). Mais c’est avant tout à Joseph-Nicéphore Niépce (1765-1833) que nous devons l’invention de la photographie.

Le procédé consiste à capter l’image sur une plaque de cuivre recouverte d’argent. Placée dans une chambre noire, la plaque est sensibilisée à la lumière par des vapeurs d’iode. Par la suite, elle est maintenue dans le noir et développée aux vapeurs de mercure légèrement chauffé. La plaque se couvre alors de zones blanches et mates aux endroits exposés. Ce qui lui donne un aspect positif. Néanmoins, du point de vue de la technique, le daguerréotype est un négatif.

Après la commercialisation de cette invention, le daguerréotype domine le marché des procédés photographiques jusqu’au début des années 1850. Son succès est néanmoins provisoire, car plusieurs critiques sont émises à son sujet, dont la lenteur des prises de vue, l’aspect statique des modèles, le miroitement de la plaque ainsi que la lourdeur et l’aspect encombrant du matériel photographique.

BAnQ Québec possède environ une vingtaine de daguerréotypes dans ses collections. Ce sont des portraits d’hommes et de femmes, dont quelques-uns sont identifiés.

 

 

Coffret des ancêtres de Muriel Hall, 1850. BAnQ Québec (P964,P2 et P3).

 

 

Daguerréotype de Louis-Joseph-Cyprien Fiset – gracieuseté de Mlle Pauline Fiset Québec, vers 1845. BAnQ Québec (P1000,S4,D32,P14).

 

  

Ambrotype

 

Les premiers ambrotypes sont réalisés et présentés par le photographe britannique Frederick Scott Archer (1813–1857) en 1851. Toutefois, le procédé photographique est breveté seulement en 1854 par le photographe américain James Ambrose Cutting (1814–1867).[1]

L’ambrotype est un procédé monochrome positif direct. Il s’agit d’un négatif sur plaque de verre enduit au collodion humide. Il est volontairement sous-exposé à la prise de vue, puis blanchi en le plongeant dans un bain de nitrate d’argent. C’est cette transformation chimique qui rend la plaque photosensible. L’image négative ainsi traitée est alors posée sur un fond noir où l’image apparaît en positif. Après le séchage, un vernis transparent est appliqué. Des rehauts de couleur à l’aide de pigments peuvent également être effectués à l’occasion.

Ce procédé constitue une avancée technologique importante à l’époque, car elle permet de diminuer les temps de pose et de développement. Il est couramment utilisé de 1854 jusqu’au début des années 1880.

BAnQ Québec conserve également une collection de quelques ambrotypes représentant majoritairement des personnages non identifiés. Celui montrant deux hommes photographiés devant les chutes Niagara est sans conteste la plus intéressante du lot.

 

 

 

Deux hommes photographiés devant les chutes Niagara, 19 juillet 1858. BAnQ Québec (P1000,S4,D33,P4).

 

 

Ferrotype

 

Le ferrotype est un procédé photographique monochrome inventé par le Français Adolphe Martin (1824-1896) en 1852. Il s’agit d’une fine plaque de métal qui est recouverte d’un vernis noir et d’une émulsion de collodion qui produit une image positive après avoir été exposée directement à la lumière. La photographie est capturée avec une chambre photographique. Pour achever le processus, la photo est sensibilisée dans une solution de nitrate d’argent. La plaque est ensuite développée dans un bain chimique puis rincée à l’eau dès que l’image fait son apparition. L’image ainsi fixée peut être rehaussée de couleurs avant d’être vernie.

En raison de son accessibilité et de la facilité de son utilisation, de nombreux autres brevets sont déposés en Angleterre et aux États-Unis. C’est d’ailleurs en Amérique que la ferrotypie progresse le plus rapidement, et ce, à partir de la guerre de Sécession jusqu’au début du XXe siècle. Comme il s’agit d’un procédé photographique rapide et bon marché, il est popularisé surtout par les photographes ambulants.

BAnQ Québec possède une collection de ferrotypes à travers différents fonds d’archives privés. Sauf exception, ils représentent principalement des personnages anonymes.

 

 

Famille d’Ada, vers 1875. BAnQ Québec (P1000,S4,D34,P53-1).

 

 

Homme assis, vers 1875. BAnQ Québec (P1000,S4,D34,P18).

 

  

La stéréoscopie

 

La stéréoscopie se fait connaître en 1851 lors de la première Exposition universelle à Londres. Les stéréogrammes deviennent ainsi très populaires de la fin du XIXe siècle jusqu’au début de XXe siècle. L’histoire du stéréoscope commence en 1832, lorsque le physicien anglais Charles Wheatstone (1802-1875) imagine le premier appareil. Il fait breveter son invention en 1838. En 1849, c’est au tour de David Brewster (1781-1868) d’inventer un nouveau stéréoscope à lentilles. À l’origine, l’appareil est conçu pour regarder conjointement deux dessins, l’un avec l’œil droit, l’autre avec l’œil gauche. C’est grâce au développement de l’art photographique que cette technique devient populaire.

Au Québec, le photographe Louis-Prudent Vallée (1837-1905) en fait sa spécialité. Entre 1867 et 1889, il établit sa renommée dans le portrait ainsi que dans le domaine de la vue touristique. Il arpente la ville de Québec, ses alentours ainsi que la région du Saguenay en faisant tirer son laboratoire mobile par des chevaux.

BAnQ Québec conserve plusieurs stéréogrammes dans ses collections, dont ceux de Louis-Prudent Vallée (P1000,S4,D59), de William Notman (P1000,S2,D61) et de plusieurs autres.

 

 

Quartier Vieux-Québec-Basse-Ville – Rue Petit-Champlain, vers 1870. BAnQ Québec (P1000,S4,D59,P22). Photographe : L. P. Vallée, Portrait and Landscape Photographer, Quebec.

 

 

Quartier Vieux-Québec – Place D’Youville – Porte Saint-Jean, vers 1870. BAnQ Québec (P1000,S4,D59,P29). Photographe : L. P. Vallée, Portrait and Landscape Photographer, Quebec.

 

 

[1] Atelier de Restauration et de Conservation des Photographies de la Ville de Paris. (2015). Glossaire visuel des procédés photographiques – Ambrotype. Repéré à https://www.parisphoto.com/fr/glossaire/ambrotype/

 

 

 

Catherine Lavoie, technicienne en documentation – BAnQ Québec

 

Bibliographie:

ROSEMBLUM, Naomi. Une histoire mondiale de la photographie. 2e édition. Paris, Éditions Abbeville, 1996, 696 p.

BRUNET, François et William B. BECKER. L’héritage de Daguerre en Amérique. Paris, Mare & Martin, 2013, 327 p.

Atelier de Restauration et de Conservation des Photographies de la Ville de Paris. « Ferrotype ». Glossaire visuel des procédés photographiques. 2013. https://www.parisphoto.com/fr/glossaire/Ferrotype/, consulté le 14 mai 2018.

Atelier de Restauration et de Conservation des Photographies de la Ville de Paris. « Ambrotype ». Glossaire visuel des procédés photographiques. 2015. https://www.parisphoto.com/fr/glossaire/ambrotype/, consulté le 14 mai 2018.

Atelier de Restauration et de Conservation des Photographies de la Ville de Paris. « Daguerréotype ». Glossaire visuel des procédés photographiques. 2013. https://www.parisphoto.com/fr/glossaire/daguerreotype/, consulté le 14 mai 2018.

KENDRIKS, Klaus B. Travaux publics et Services gouvernementaux Canada. « Care of Encased Photographic Images – Canadian Conservation Institute ». 2007. https://www.canada.ca/en/conservation-institute/services/conservation-preservation-publications/canadian-conservation-institute-notes/care-encased-photographic-images.html, consulté le 14 mai 2018.

[1] Atelier de Restauration et de Conservation des Photographies de la Ville de Paris. (2015). Glossaire visuel des procédés photographiques – Ambrotype. Repéré à https://www.parisphoto.com/fr/glossaire/ambrotype/

3 commentaires pour “Les premiers procédés photographiques”

  1. Bonjour,

    Quelle belle rapide présentation de l’évolution de la photographie aux temps anciens. Mais j’aurais aimé voir cité Nicéphore Niepce.

  2. Très intéressant cette brève présentation sur l’évolution des anciens procédés photographiques. Je serais intéressée de lire une suite (un 2e volet) sur les modes et procédés photographiques du 20e siècle.

  3. Fort intéressant ce survol des débuts de la photo. Monsieur Guérin, Niépce est avantageusement mentionné dès le début, au chapitre sur les daguerréotypes.

Laissez un commentaire




© Bibliothèque et Archives nationales du Québec