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Bonheur d’occasion : le reflet de la vie ouvrière d’autrefois

20 juin 2018 par Instantanés | Domaine(s) : Diffusion et mise en valeur

Gabrielle Roy entourée de neuf petits garçons du quartier Saint-Henri à Montréal.

Feature. St. Henri : Gabrielle Roy & Boys of St. Henri. Gabrielle Roy entourée de neuf petits garçons du quartier Saint-Henri à Montréal. 29 août 1945. BAnQ Vieux-Montréal (P48,S1,P11917). Conrad Poirier

 

En ce mois de juin 2018, le blogue Instantanés fête ses cinq ans d’existence. Afin de souligner cet anniversaire, nous publierons de nouveau, aux cours des prochaines semaines, les cinq articles les plus marquants de l’histoire du blogue. Ces textes coups de cœur ont été consultés par des milliers de lecteurs et méritent d’être redécouverts!

 

Aujourd’hui, nous vous présentons la troisième position : Bonheur d’occasion : le reflet de la vie ouvrière d’autrefois

 

Nous célébrons cette année le 70e anniversaire du célèbre roman Bonheur d’occasion de l’écrivaine franco-manitobaine Gabrielle Roy publié en juin 1945. Tout premier livre de l’auteure, l’ouvrage a captivé le monde entier, ce qui valut à la romancière de remporter de nombreuses distinctions, dont le prix littéraire français Femina en 1947.

 

L’histoire nous transporte dans le quartier ouvrier de Saint-Henri en pleine Deuxième Guerre mondiale. On y découvre de minuscules logements dans lesquels les familles nombreuses s’entassaient, des habitations de bois situées au plus près des chemins de fer ainsi que des enfants côtoyant le bruit assourdissant et la fumée noire des locomotives. Le réalisme avec lequel l’auteure décrit la vie de ses personnages ainsi que les lieux où ils demeuraient dévoile le quotidien de la classe ouvrière montréalaise de cette période. En août 1945, le photographe Conrad Poirier, accompagné de Gabrielle Roy, a saisi cette réalité à travers plusieurs clichés, représentations fidèles de ce faubourg tel qu’il était à l’époque. Ces photographies sont conservées à BAnQ Vieux-Montréal dans le fonds Conrad Poirier, accessible à l’aide de la base de données Pistard.

 

 « La maison où Jean avait trouvé un petit garni se trouvait immédiatement devant le pont tournant de la rue Saint-Augustin. Elle voyait passer les bateaux plats, les bateaux-citernes dégageant une forte odeur d’huile ou d’essence, les barges à bois, les charbonniers, qui tous lançaient juste à la porte leurs trois coups de sirène, leur appel au passage, à la liberté, aux grandes eaux libres qu’ils retrouveraient beaucoup plus loin, lorsqu’ils en auraient fini des villes et sentiraient leur carène fendre les vagues. Mais la maison n’était pas seulement sur le chemin des cargos. Elle était aussi sur la route des voies ferrées, au carrefour pour ainsi dire des réseaux de l’Est et de l’Ouest et des voies maritimes de la grande ville. Elle était sur le chemin des océans, des Grands Lacs et des prairies. […] ce n’était autour d’elle que poussière de charbon, chevauchée des roues, galop effréné de vapeur […] Étroite de façade, la maison se présentait drôlement à la rue; de biais comme si elle eût voulu amortir tout les chocs qui l’ébranlaient. » p.34

 

 

maison de la rue Saint-Augustin dans le quartier Saint-Henri à Montréal

Feature. Old House St. Augustin Street. Maison de la rue Saint-Augustin dans le quartier Saint-Henri à Montréal , 29 août 1945. BAnQ Vieux-Montréal (P48,S1,P11923). Conrad Poirier

 

 

Le pont Atwater pivote pour laisser un bateau naviguer sur le canal de Lachine

Feature. St. Henri : Boat at Canal. Le pont Atwater pivote pour laisser un bateau naviguer sur le canal de Lachine, 29 août 1945. BAnQ Vieux-Montréal (P48,S1,P11920). Conrad Poirier

 

 

Gabrielle Roy sur le pont Atwater qui franchit le canal de Lachine

Feature. St. Henri Atwater Bridge & Canal. Gabrielle Roy sur le pont Atwater qui franchit le canal de Lachine, 29 août 1945. BAnQ Vieux-Montréal (P48,S1,P11919). Conrad Poirier

 

 

« Le train passa. Une âcre odeur de charbon emplit la rue. Un tourbillon de suie oscilla entre le ciel et le faîte des maisons. » p.38

 

 

L'arrivée du train bloque le passage d'un camion au croisement des rues Saint-Augustin et Saint-Ambroise à Montréal.

Feature. St. Henri : Traffic at St. Ambroise & St. Augustin. L’arrivée du train bloque le passage d’un camion au croisement des rues Saint-Augustin et Saint-Ambroise à Montréal. 29 août 1945. BAnQ Vieux-Montréal (P48,S1,P11921). Conrad Poirier

 

 

La locomotive et le wagon de queue passent sur la voie ferrée devant Gabrielle Roy.

Feature. Engine Crossing Street : St. Henri. La locomotive et le wagon de queue passent sur la voie ferrée devant Gabrielle Roy, 29 août 1945. BAnQ Vieux-Montréal (P48,S1,P11912). Conrad Poirier

 

 

« Il s’arrêta au centre de la place Saint-Henri, une vaste zone sillonnée du chemin de fer et de deux voies de tramways, carrefour planté de poteaux noirs et blancs et de barrières de sûreté, clairière de bitume et de neige salie, ouverte entre les clochers et les dômes, à l’assaut des locomotives hurlantes, aux volées de bourdons, aux timbres éraillés des trams et à la circulation incessante de la rue Notre-Dame et de la rue Saint-Jacques. […] À la rue Atwater, à la rue Rose-de-Lima, à la rue du Couvent et maintenant place Saint-Henri, les barrières des passages à niveau tombaient. Ici, au carrefour des deux artères principales, leurs huit bras de noir et de blanc, leurs huit bras de bois où luisaient des fanaux rouges se rejoignaient et arrêtaient la circulation. » p.37-38

 

 

La place Saint-Henri avec ses tramways, ses barrières de traverse de chemin de fer et l'église de Saint-Henri démolie en 1969

Feature. Place St. Henri. La place Saint-Henri avec ses tramways, ses barrières de traverse de chemin de fer et l’église de Saint-Henri démolie en 1969, 29 août 1945. BAnQ Vieux-Montréal (P48,S1,P11914). Conrad Poirier

 

 

« Il arriva au viaduc Notre-Dame, presque immédiatement au-dessus de la petite gare de brique rouge. Avec sa tourelle et ses quais de bois pris étroitement entre les fonds de cour […] » p.39

 

 

Gare de Saint-Henri

Feature. Viaduct : St. Henri, Gare de Saint-Henri, 29 août 1945. BAnQ Vieux-Montréal (P48,S1,P11909). Conrad Poirier

 

 

Gare St. Henri

Feature. Gare St. Henri, 29 août 1945. BAnQ Vieux-Montréal (P48,S1,P11913). Conrad Poirier

 

« Rue Beaudoin, on n’entendait dans la maison que la poussée de la vapeur sous le couvercle de la bouilloire […] Pour recevoir Jean, la jeune fille avait brossé, ciré, épousseté; et elle avait fait disparaître tous ces petits vêtements, ces pauvres jouets défoncés, ces petites choses d’enfants qui rappelaient leur vie étroite et bousculée. » p.229

 

 

Rue Beaudoin

Feature. Rue Beaudoin : St. Henri, 29 août 1945. BAnQ Vieux-Montréal (P48,S1,P11908). Conrad Poirier

 

« De nouveaux consommateurs affluaient vers le comptoir. […] Les cinq jeunes serveuses allaient et venaient rapidement, se heurtant dans leur course. […] Leurs pas agités, leurs brusques allées et venues, le frôlement de leurs blouses raides d’empois, le déclic du grille-pain […] le ronron des cafetières sur leur plaque électrique, le crépitement du poste de commande […] » p.16

 

 

Les clients du grand magasin général United de la rue Notre-Dame Ouest mangent au comptoir de restauration rapide

Feature. St. Henri : United Stores : Notre Dame Street, Les clients du grand magasin général United de la rue Notre-Dame Ouest mangent au comptoir de restauration rapide, 29 août 1945. BAnQ Vieux-Montréal (P48,S1,P11924). Conrad Poirier

 

« Les Deux Records, comme la plupart des petites boîtes de ce genre dans le quartier, était moins restaurant que tabagie, casse-croûte et débit de boissons non alcooliques, de crème glacée, de gomme à mâcher. » p.45

 

 

Le restaurant «Les Deux records» aux vitrines et aux murs couverts de panneaux publicitaires. Ce restaurant se trouve rue Saint-Ferdinand.

Feature. Old Restaurant : St. Henri. Restaurant aux vitrines et aux murs couverts de panneaux publicitaires. Ce restaurant se trouve rue Saint-Ferdinand. 29 août 1945. BAnQ Vieux-Montréal (P48,S1,P11918). Conrad Poirier

 

 

Gabrielle Roy, Bonheur d’occasion, Montréal, Boréal, 2009, 455 p. Ouvrage disponible à la Grande Bibliothèque pour le prêt et la consultation sur place.

 

 

Annie Dubé, technicienne en documentation – BAnQ Vieux-Montréal

Florian Daveau, archiviste – BAnQ Vieux-Montréal

14 commentaires pour “Bonheur d’occasion : le reflet de la vie ouvrière d’autrefois”

  1. Que de souvenirs. Je suis née en 1949, rue Maple à la Pointe Saint-Charles et au cours de mon secondaire à Esther-Blondin, je passais devant la Place St-Henri tous les jours. Je ne peux croire qu’ils ont démoli l’église. Et sur la droite, on ne voit que le ‘Georges’ du magasin George Alepin. Très touchant et tellement incroyable… une autre vie, un autre temps.

  2. J’ai été baptisée à l’Église St-Henri des tanneries en 1954

  3. Quel hasard! Je viens de terminer cette semaine la lecture de Bonheur d’occasion que j’ai découvert à 70 ans. J’ai ouvert Google Map pour situer les rues où se passe l’action. Me voilà comblé par ces photos.

  4. Il ya une erreur avec la dernière photo et je crois que ce n’est pas le restaurant ‘Les deux Records’ mais simplement une épicerie et je pense que cette épicerie appartenait à mon arrière grand mère! J’ai trouvé la même photo ailleurs sur l’internet et il avait simplement ‘épicerie du coin’.

  5. Bonjour. C’est le quartier où je suis né en 1951 et où j’ai vécu jusqu’à 35 ans. J’ai connu ce qu’on voit sur la plupart de ces photos.j’ai aussi vu les changements pas toujours pour le mieux. Le meilleur exemple est la démolition de l’église St-Henri et de tous les édifices patrimoniaux qui l’entouraient pour construire la polyvalente St-Henri. La gare à depuis, disparu, les voies ferrées, pour la plupart, également. Oui, les choses ont bien changé…

  6. Quels beaux souvenirs.C’est le quartier où je suis née en 1945.toutes ces photos me rappellent mon enfance heureuse.

  7. On en apprend tous les jours.

  8. Suite à vos remarques, nous effectuons des vérifications concernant la photographie décrite comme un restaurant situé au 327 rue Saint-Ferdinand par le photographe Conrad Poirier. Si vous avez des informations à propos de cet édifice et du commerce qui s’y trouvait à l’époque, nous vous invitons à contacter le service des archives iconographiques de BAnQ Vieux-Montréal. icono.cam@banq.qc.ca
    Merci à tous pour vos commentaires.

  9. Il s’agit presque certainement des « Deux records », un commerce qui était autant épicerie, restaurant que petite salle de spectacle si on se fie à la description qu’en fait Gabrielle Roy dans son célèbre roman. La propriétaire du lieu fait également l’objet d’un portrait émouvant. Votre correspondante y reconnaîtra peut-être sa grand-mère. La vocation du lieu a évolué par la suite. Au moment de mon installation en 2003 sur la rue Saint-Ferdinand coin Sainte-Émilie, non loin de l’endroit en question donc, il n’y avait plus là qu’un petit bâtiment abandonné. Un panneau en mauvais état suggérait que le local a pu servir de gymnase ou de salle de musculation. L’ensemble a été rasé en 2012 ou 2013 pour faire place à un immeuble à condos de trois étages.

  10. Oups, ne pas tenir compte de mon commentaire précédent. Je suis dans le champ !

  11. Au 327, il y avait un dépanneur comme celui de « La mère Philibert¯ dans le texte. Le dépanneur a été transformé en petit logement autour de 2010.
    « Au coin de la rue Saint-Ferdinand, un sanglot de guitare filtra d’une vitrine mal jointe. Il (Jean) s’approcha de cette devanture embuée et, entre les cartons-affiches, il aperçut au fond, dans un tout petit carré libre, le visage épanoui et rose de la mère Philibert, propriétaire de l’établissement. …elle avait acheté ce petit magasin de nananes. »

  12. Mais c’est un peu plus bas, sur la rue Saint-Ambroise (au coin de Saint-Ferdinand) que l’auteure campe le portrait de ce petit établissement imaginaire.
    “Rien n’est plus tranquille que la rue Saint-Ambroise par les nuits d’hiver. Un passant s’y glisse de temps à autre, attiré par la devanture faiblement illuminée d’une épicerie-restaurant. Une porte s’ouvre, un peu de clarté se répand sur le trottoir enneigé, un bruit de voix perce au loin. Le passant disparaît, la porte claque, et il n’y a plus dans la rue déserte, entre le feu pâle des lampes familiales d’un côté et les sombres murailles qui bordent le canal de l’autre, qu’une grande puissance nocturne. »
    Les sombres murailles en question étaient celles d’entrepôts jouxtant le Canal et dont l’entrée se trouvait sur Saint-Ambroise. Ils ont été démolis autour de 2005 pour faire place au complexe de condos de cinq étages Le quai des éclusiers. Au moment de mon installation en 2003 sur la rue Saint-Ferdinand coin Sainte-Émilie, non loin de l’endroit en question donc, il n’y avait plus sur Saint-Ambroise, en lieu et place de l’établissement imaginé par l’auteure, qu’un petit bâtiment abandonné. Un panneau en mauvais état suggérait que le local a pu servir de gymnase ou de salle de musculation. L’ensemble a été rasé en 2012 ou 2013 pour faire place à un autre immeuble à condos,celui-ci de trois étages.

  13. Merci de publier ces photos qui nourrissent notre lecture de « Bonheur d’occasion » en nous montrant les lieux réels qui ont inspiré Gabrielle Roy. J’oubliais que nous avions des ponts tournants à Montréal !

  14. Merci beaucoup!

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